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4 mars 2018 7 04 /03 /mars /2018 10:07

Une géographie des patients mobile et en constante évolution

La réalité de nos patients a changé. Leur vie ou leur travail les amène à une plus grande mobilité. La géographie des patients a évolué, les demandes de soin aussi. L’offre de soin se doit de s’adapter au contexte actuel :

  • De plus en plus d’étudiants partent faire des stages pour plusieurs mois à l’étranger au cours de leurs cursus. Ces stages sont souvent obligatoires et intégrés dans leur formation.
  • De nombreux français travaillent à l’étranger et ont une mobilité internationale.
  •  Dans certaines régions de France, il est difficile de trouver le spécialiste adéquat dans telle ou telle pathologie ou technique psychothérapeutique. Pour ma part, je suis sollicité de toute la France pour la prise en charge de la trichotillomanie.
  • La crise des vocations à l’exercice de la médecine et la mauvaise gestion de nos instances font que de plus en plus de zones se retrouvent en pénurie de médecin.
  • Le rythme professionnel et les temps de transport font qu’il est parfois difficile de trouver le médecin dont le planning est congruent aux contraintes de vie.
  • Certaines situations rendent les déplacements difficiles : pb du postpartum chez une mère multipare, phobies, etc.

Toutes ces personnes sont aussi de potentielles patients ayant besoin de soin et de consulter un psychiatre dans les meilleures conditions. Les psychiatres se retrouvent de plus en plus confrontés à des situations sociales et géographiques où l’organisation des soins classique ne répond plus aux besoins du monde actuel.

 

De nouvelles possibilités technologiques disponible

En parallèle, l’évolution de la technologie et du numérique offrent des possibilités de communications et d’échanges de plus en plus variées. De nombreux professionnels ont saisi cette évolution technologique pour adapter leur offre : Les coachs pratiquent leur métier aussi en ligne, des entreprises de soutien scolaire comme Acadomia ont une offre en ligne, etc.

Le numérique est devenu un espace de communication banal et familier pour les jeunes générations.

De plus en plus de psychothérapeutes ont, eux aussi, saisi l’opportunité du numérique pour répondre aux besoins de leurs patients dans un cadre d’une qualité disparate. De nombreux psychothérapeutes, psychologues ou psychiatres se sont mis à consulter spontanément par Skype pour élargir leur offre ou pour répondre aux besoins de leurs patients. Pour les médecins, ces consultations sur le net sont hors la loi au regard de l’ordre des médecins et ne peuvent pas faire l’objet de remboursement sécu pour la CPAM. Pourtant ces consultations existent et ne peuvent qu’augmenter face à la demande et aux contraintes évoquées.

 

 

Une clinique en évolution pour des consultations interactives

La télé-consultation  permet un autre type de relation pouvant être particulièrement créative. En effet, nous avons accès à l’intimité des patients en observant l’environnement qui les entourent. Il est possible de visiter leur logement en bougeant l’ordinateur. Un ami pédo-psychiatre m’a fait part comment les enfants partagent leur chambre et lui montre leurs jouets. Il est possible d’accompagner des patients phobiques qui ont des difficultés à sortir de chez eux à travers des exercices appropriés ou faire des expositions à distance en thérapie comportementale et cognitive.

 

 

Une adaptation de l’offre des soins nécessaires mais dans des conditions réfléchies

Face à cette évolution et à cette adaptation, il est nécessaire d’accompagner cette évolution sociétale et de « penser » cette nouvelle offre de soin afin de garantir le cadre éthique et déontologique tout en prévenant les risques médico-légaux. De plus, il est nécessaire que les médecins s’approprient en premier ces outils pour définir leur utilisation avant que ceux-ci soient dévoyés dans une utilisation commerciale mettant en péril la relation de soin et le secret médical ou une organisation administrative mortifère.

A côté de cette évolution technologique et des besoins, la France vit une crise sanitaire qui ne va qu’en s’aggravant avec l’évolution de la pyramide des âges des médecins. La déviance administrative et comptable de la santé orchestrée par les ARS[1] et la CPAM ont généré une crise de la vocation chez les soignants. Malgré un grand nombre de soignants en France, il est de plus en plus difficile d’avoir un médecin traitant ou une consultation chez un spécialiste. En outre, en dégradant l’image de soignant, ces instances ont transformé la relation de soin en une relation consumériste qui détériore le soin.

 

Quelles sont les conditions du succès ?

La télé-consultation se doit de se développer dans un contexte éthique et déontologique précis :

  • Elle ne doit pas retirer des soignants du terrain. Elle ne peut-être qu’un complément de l’offre de soin pour les patients et les soignants selon le contexte de chacun.
  • Elle fait l’objet d’un contrat de soin entre le médecin et le patient et ne doit pas être un acte de consommation d’un service en ligne.
  • Elle est à la disposition de médecins ayant une activité médicale de cabinet.
  • Elle ne doit pas être systématique mais dans des indications précises et évaluées.
  • Elle nécessite une déclaration à la CNIL dans le cadre d’un contrat avec l’ARS.
  • Sur la première page, des informations claires doivent être affichées en cas d’idées noires ou d’urgence pour aiguiller les patients sur la marche à suivre.
  • Une procédure doit être définie pour les patients perdus de vue ou qui n’ont pas honoré leurs consultations.
  • Les médecins doivent garder la maîtrise de cet outil et ses indications.

 

L’expérience Doctoconsult

Doctoconsult est la première plateforme ayant eu l’agrément du conseil de l’ordre, de l’ARS et de la CPAM. Elle permet d’avoir des consultations privées dans les mêmes conditions qu’au cabinet. Dans ce contexte, de jolies histoires thérapeutiques ont déjà eu lieu. Pour ma part, Doctoconsult m’a permis de suivre une danseuse souffrant de TCA en Angleterre, un étudiant ayant des difficultés à s’adapter au Japon, une étudiante s’étant fait agresser lors d’un stage à l’étranger, une patiente déprimée en Palestine, des patients souffrant de trichotillomanie aux quatre coins de la France, des personnes souffrant de TCA ne trouvant pas de psychiatres spécialistes autour de chez eux, des cadres supérieurs en déplacements fréquents et aux horaires incertains, des sportifs de haut-niveau, de nombreux patients ne pouvant pas faire deux heures de transport pour me consulter et de nombreuses autres histoires. Il m’est parfois arrivé de dire que la consultation par visioconsultation n’était pas adaptée ou qu’elle ne fonctionnait pas pour des problèmes techniques ou des difficultés pathologiques qui nécessitaient une prise en charge en face à face.

De nombreux patients ont bénéficié via la téléconsultation d’opportunité de soins que la médecine classique n’aurait pas pu leur proposer.  La brider serait mettre de nombreux thérapeutes la pratiquant hors-la-loi. En outre, c'est aux médecins d'accompagner cette évolution technologique et non des assureurs, des mutuelles ou toute autre entreprise commerciale.

 

 

Elargir l’offre de soin sous la direction des seuls médecins

L’objectif de ces outils n’est pas de remplacer les consultations dans le monde réel mais d’élargir l’offre de soin afin de tenir compte des contextes de chacun ainsi que de l’évolution technologique. L’avenir de la téléconsultation reste malgré tout incertain en considération des risques de contrôle de cet outil par les instances ou d’une évolution consumériste. Soignants, nous devons tous être solidaires et vigilants à bien développer cette opportunité de soin créative et moderne qui répond à des situations cliniques du quotidien. C'est aux médecins de s'approprier cet outil et de le développer.

 

 

 

 

 

 

[1] Agence Régionale de Santé

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25 février 2018 7 25 /02 /février /2018 11:25

Alors que le nombre de médecin en burn out augmente régulièrement, que leur est-il proposé pour reprendre une activité professionnelle ? Pas grand-chose... Pourtant, après un arrêt de travail, il est essentiel de retrouver les chemins de la qualité de vie au travail. Des pistes à explorer avec le Dr Jean-Christophe Seznec co-auteur du livre « Réussir son retour au travail ».

 

Le Quotidien : Comment expliquer le nombre élevé de médecins en burn out ?

Dr Jean-Christophe Seznec : Aujourd’hui, l’Etat – et plus globalement la société – n’a aucun amour pour les médecins. Les tutelles s’adressent à eux avec des propos administratifs, hors de la réalité, sans tenir compte des conséquences de décisions réglementaires et bureaucratiques sur la qualité de travail et de vie des médecins. Et on assiste à une fuite en avant Etatique pour répondre aux besoins d’un système de santé dont la qualité se dégrade de plus en plus vite.

Les soignants sont pris en étau entre un Etat qui leur demande toujours plus et des patients qui préfèrent désormais la relation virtuelle à la relation humaine. Pleins de croyances – souvent fausses et relayées par Internet et les médias – ils viennent déverser leurs souffrances chez le médecin en le harcelant, l’agressant.

L’exemple récent de la crise du Levothyrox ® est l’illustration de la position de porte-à-faux dans laquelle l’administration met les médecins vis-à-vis des patients. Face à des consommateurs de soins exigeants et inquiets, les médecins n’ont pas eu les moyens de répondre aux interrogations ne disposant pas d’informations des tutelles ni des laboratoires. Après avoir dépensé de l’énergie à tenter de rassurer les utilisateurs, ils se sont retrouvés mis en échec dans leur démarche de réassurance par la Ministre qui a annoncé le retour à l’ancienne formulation.

Les médecins sont aujourd’hui des victimes de la déliquescence des liens sociaux.

Pourtant, ce sont les « grognards de la République », ceux qui sont toujours prêts à suivre les ordres même si c’est en grognant.

Ils sont prêts à donner énormément et, dans les faits, ils donnent énormément. Mais ce sont de sentimentaux, ils ont besoin qu’on les aime un peu.

 

Le Quotidien : Les médecins vivent-ils des difficultés particulières à la reprise du travail après un épisode de burn out ?

Dr JC S : Les médecins vivent la plupart du temps « le nez dans le guidon ». Ils sont tellement engagés dans leur vie professionnelle qu’ils ne prennent pas de temps de réfléchir à des choses essentielles : leurs valeurs, celles qui les ont conduites à choisir des études de médecine ; leurs possibilités de carrière ; les choix qu’ils sont prêts à consentir pour travailler et vivre mieux… Ces passionnés oublient d’organiser des espaces personnels et intimes nécessaires à la récupération mentale d’un métier éprouvant.

Pourtant, tous ces sujets doivent être abordés car si le médecin reprend de la même façon l’activité professionnelle qui l’a conduit à un burn-out, il présente tous les risques de rechute. La reprise doit être planifiée, car aux mêmes causes peuvent aboutir les mêmes effets.

Désormais, les médecins ont à prendre conscience qu’ils ont la possibilité de vivre plusieurs vies professionnelles libérales ou salariées. L’exercice du soin est vaste, beaucoup plus vaste que le pensent la plupart des praticiens.

 

 

Le Quotidien : Certaines personnalités auront-elles plus de mal à se replonger dans l’exercice de la médecine ?

Dr JC S : Le burn-out est un trouble de l’adaptation personnelle aux conditions extérieures. Certaines personnalités sont plus à risque, il s’agit des premiers de classe, des perfectionnistes qui veulent toujours bien faire leur travail.

Aujourd’hui, il est difficile et rarement fonctionnel pour un médecin de garder ses exigences de perfectionnisme. Et c’est être peu réaliste que d’imaginer que même si les autres n’y arrivent pas, nous, parce que nous sommes différents, pourrons y arriver.

Le médecin perfectionniste s’épuise dans un monde du travail qui ne correspond pas à l’idée qu’il se faisait du métier quand il a débuté ses études. La médecine est devenue plus administrative, plus contraignante. Elle use ces passionnés. D’autant que le médecin perfectionniste, pour trouver le temps de continuer à examiner ses patients comme ses valeurs lui imposent de le faire, va rapidement se mettre en surrégime et s’épuiser.

Vivre cette situation de conflit de valeurs entre celles portées par le médecin et celles imposées par l’Etat ou véhiculées par la société est une source de souffrance intense.

 

Le Quotidien : Que peut-on leur conseiller avant la reprise ?

Dr JC S : De se faire aider car il est parfois difficile d’accepter que la vie soit faite de renoncements pour s’adapter à une réalité sociale. Aujourd’hui, la notion de burn out des médecins a été médiatisée mais on leur offre encore que très peu de solutions d’accompagnement à la reprise. Pourtant, le burn-out est bien souvent vécu comme l’échec d’une vocation, d’un choix de vie.

Avant même de prendre une activité professionnelle, le médecin doit s’interroger : Pourquoi fais-je ce métier ? Quel est son sens ? Comme puis l’exercer ?

Une fois que le médecin a défini ses valeurs, il cherchera comment les adapter à la réalité du contexte. Et pour cela, il analysera la réalité de son exercice. Il n’est pas obligatoire de renoncer à ses valeurs pour éviter le burn out, mais il est indispensable d’analyser comment s’en rapprocher et comment les décliner.

Par exemple, si l’humanisme et la bienveillance sont essentiels, il n’est pas nécessaire de s’y référer de manière rigide : il y a 10 000 manières d’aider les gens, sans y perdre une qualité de vie nécessaire à sa santé pour bien soigner.

Mais pour accepter ce constat – qui parfois implique une réorientation de carrière – cela demande à faire preuve de souplesse, de créativité, de flexibilité psychologique. Ainsi, la question financière doit être abordée car il est important de savoir quel coût le médecin est prêt à payer pour s’adapter au contexte qu’il vit. Il ne faut pas occulter les enjeux financiers (prêts, études des enfants…) mais toujours se rappeler qu’il ne s’agit pas de l’élément primordial dont a besoin un être humain dont la vie nécessite de l’amour, de l’amitié, de l’attention, les passions…

 

Encadré : les 3 chemins possible pour définir sa reprise

-Rester fidèle à soi même

Le médecin est souvent un être entier qui s’engage. Il est cependant possible de décliner ses comportements tout en restant en contact de ses valeurs en tenant compte de la réalité qui l’entoure. Il aura à bien définir les valeurs qui l’animent pour choisir sa route et sortir de la soumission. Plusieurs chemins mènent à Rome !

-Brises et chaines et tenir debout

Prendre soin de soi, observer et se réajuster dans ses attitudes et ses postures.  Il existe un savoir-faire pratique pour prendre au jour le jour soin de soi et ne pas s’user au travail.

-Droit dans ses bottes

Qu’il soit salarié ou libéral, le médecin peut disposer d’aides pratiques et juridiques à la reprise. Il lui est possible d’être aidé pour quitter son emploi, aménager son temps de travail, acquérir de nouvelles formations, mettre en place des projets personnels… Pour cela des professionnels de la formation, de l’analyse des compétences, des bassins d’emplois, des besoins en professionnels de santé, de l’emploi des cadres ou du droit des salariés et des libéraux peuvent être contactés directement ou par le biais des organisation professionnelles ou salariales.

 

 

 

Réseau RPBO, réseau indépendant de professionnels de la reconstruction post burn out. www.RPBO.fr

Bataille S et coll. Réussir son retour au travail. Bien organiser sa qualité de vie professionnelle après un burn out ou une longue absence. Ed InterEditions, 2017

Seznec JC et Rohant S. Médecine en danger, qui va nous soigner demain. Ed First 2016

Seznec JC et Carouana L. Savoir se taire, savoir parler. Ed InterEditions, 2017

 

 

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16 février 2018 5 16 /02 /février /2018 11:43

Pourquoi, aujourd'hui, publier sur la parole ?

 

Pour appeler à un ajustement de celle-ci. Au début des années 2000, nous avons connu dans nos métiers l’expansion de la communication : il fallait révéler les secrets de famille, s’affirmer, clarifier ses relations en échangeant à tout propos avec son partenaire… Résultat : une hyper-communication intensifiée encore par l’usage des nouvelles technologies et qui nous amène désormais à des situations paradoxales et déroutantes. Ainsi, sur les réseaux sociaux, tout le monde se sent obligé d’intervenir à la moindre occasion, même pour ne rien dire au fond. La tragique affaire de Charlie Hebdo est venu relever une faille de notre époque : nous ne savons plus qui est le récepteur de nos propos. N’importe qui, différent culturellement ou sociologiquement, peut mal entendre et pervertir ce que l’on dit. Nous sommes à la merci de qui pro quo, de distorsions malveillantes et de la négation du contexte de nos paroles. Il faut donc sortir de l’immédiateté pulsionnelle à laquelle nous sommes invités dans notre expression, et d’une certaine hystérie de la parole qui fait bien des ravages.

 

Comment cela affecte-il la pratique de votre métier ?

 

Je dirais déjà que dans notre métier de soignant, et donc y compris en médecine, c’est la relation humaine qui fonde la thérapie. Or aujourd’hui où l’on dit tout et n’importe quoi en matière de santé, où la parole s’enflamme, nous voyons arriver des patients tenant des discours caricaturaux sur les vaccins, les médicaments, sans s’être réellement informés. Et pire : ils développent une grande méfiance envers nous. En ce sens, il devient difficile de soigner des patients pris dans des « éléments de langage » sortis de leur contexte, ou produits de rumeurs galopantes. Le problème c’est que dans une telle société de communication, et assez pauvre spirituellement, il faut des années pour remettre la vérité là où il n’y avait qu’un discours malveillant… En outre, les médecins ont de moins en moins de temps de paroles dans une médecine administrative et industrielle.

 

Mais dans la psychothérapie, qui est vraiment « le soin par la parole », quelle évolution notez-vous ?

 

Nous voyons arriver des patients qui ont « trop de paroles dans leur tête ». Ils s’usent à commenter leur quotidien, ce qui accentue leur anxiété au travail, avec leurs enfants…et favorise les ruminations mentales. Ils se noient dans le discours en oubliant d’être. Je les aide à se libérer de trop de mentalisation. Je leur dis que la vie c’est comme un match de foot. La vie est sur le terrain. Lorsque l’on commente, on se retrouve sur les gradins, loin du jeu. En outre, il n’y a pas « une bonne passe ». Alors, arrêtons de juger, pour jouer et composer avec ce qui se présente à nous.

 

Comment cela est-il possible ?

 

Je les incite à se reconnecter à leur corps, à écouter ce que celui-ci leur dit, car il y a souvent une différence entre la réalité et ce que leur tête leur raconte. Je pointe aussi la nécessité de faire attention à la dictature de la parole. Prenons l’actuel diktat dans le couple, par exemple, qui invite les partenaires à « tout se dire ». Mais la parole peut être instrumentalisée et générer d’incessants conflits émotionnels, comme lorsqu’on avoue avoir eu une aventure dans une précédente relation et que notre femme actuelle utilise cela comme argument pour justifier qu’on ne peut pas vous faire confiance dans les disputes présentes.  Je pense que deux des compétences nécessaires à la vie de couple sont : savoir faire des compromis et être capable d’accueillir la vulnérabilité de l’autre. Se dire tout, c’est souvent devenir compagnon de son partenaire, mais en perdant l’érotisme subtil qui vivifie l’union. Nous avons tous une arrière-cuisine et c’est heureux. Mais si nous l’exposions à tout bout de champs, nous aurions moins envie « d’y manger » !

 

Quelles autres dérives de la parole observez-vous ?

 

Chez certains, la tendance à commenter toute situation de manière négative, c’est-à dire la plainte, qui nourrit l’anxiété.

En réalité, cette parole est une vaine tentative de masquer sa fragilité essentielle, cette vulnérabilité de base que l’ACT, thérapie de l’acceptation que je pratique, pose comme un fondement à l’existence. Avez vous observé ? Certains sont littéralement « accros » aux discours pour ne pas rentrer en contact avec leur intériorité vacillante. Les pervers narcissiques n’utilisent guère la parole comme un instrument de dialogue, mais parfois comme un masque de leur fragilité au service d’une agressivité relationnelle. L’usage des SMS peut aussi servir à cet évitement relationnel. D’autres, dans leur conversation, reviennent sans cesse sur trois ou quatre thèmes obsessionnels qui leur servent à installer un monologue et, ainsi, à se sentir exister.

 

Quelle pratique recommandez-vous pour sortir de ces enfermements verbaux ?

 

En premier lieu, il est essentiel de repérer son discours intérieur, et notamment ce que nous appelons les « pensées hameçons » proposées par notre cerveau émotionnel du type « je suis nul », « je n’y arriverai jamais » ou « elle ne m’apprécie pas »… Puis il s‘agit de différencier son moi de ces pensées, qui sont en fait un bavardage intérieur de notre cerveau émotionnel. J’aime en ce sens l’image du surf : les patients peuvent envisager leur vie mentale comme une succession de vagues émotionnelles à traverser. Vivre, c’est accepter chaque vague comme elle est, la négocier en restant concentrer sur celle-ci tout en se rapprochant de ce qui nous importe et sans se perdre dans le pourquoi des vagues.

 

Observer et accueillir ce qui est, est le propre de la Pleine Conscience que vous invitez à pratiquer. Mais comment celle-ci peut-elle aider à mieux parler ?

 

Beaucoup ont l’idée que méditer revient à ne pas penser. Or, c’est plutôt observer son discours intérieur, son bavardage mental afin de s’en libérer. Lorsqu'on s’y adonne régulièrement, il devient possible de conscientiser ses échanges et sa parole. Certaines questions peuvent alors nous aider à peaufiner celle-ci : « pourquoi je parle ? » « Quelles conséquences à court et à moyen terme peuvent avoir mes propos ? », « comment l’autre semble-t-il percevoir ce que je dis ? ». Cette conscience de « qui parle ? » en moi (mon cerveau réactif ou l’être humain que je suis) permet peu à peu de pleinement retrouver le plaisir de la palabre, de la conversation. Car ne l‘oublions pas, parler, et échanger sont le socle de la relation humaine.

Interview Pascale Senk

 

DR Jean Christophe Seznec, psychiatre spécialiste en psychologie du sport et du travail, membre de l’Association Française des Thérapies Cognitives et Comportementales). Il vient de publier « Savoir se taire, savoir parler » (interéditions)

 

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26 janvier 2018 5 26 /01 /janvier /2018 15:54

Nous jugeons bon ce que nous désirons (Spinoza) et non le contraire. Désirer ce qui est bon, c’est un des écueils de la quête amoureuse qui nous amène à juger bon pour nous un être que nous désirons. Cependant, une fois le désir retombé, la réalité nous présente un partenaire qui n’est pas toujours aussi bon pour nous. Dans l’art de la drague, une approche est de faire générer par le garçon du désir chez l’autre, la femme, afin qu’elle nous trouve « bon » au moins le temps d’une rencontre. C’est ainsi que fonctionne le marketing amoureux que maitrise les séducteurs qui vivent dans l’instant de la rencontre. Casanova était séducteur, générer le désir, et se sentir aimer le rassurait le temps d’un instant.

En fait, tout le marketing commercial fonctionne ainsi : générer du désir afin que nous jugions bon le produit et que cela se traduise par un comportement d’achat. Combien d’objet avons-nous juger bon et avons-nous acheter et qui s’accumule dans un coin de notre maison ? Notre tête nous raconte de nombreuses histoires de besoins matériels et amoureux.

Nos désirs se nourrissent de nos besoins : sécurité, reconnaissance, considération, amour, apaisement, etc. Lorsqu’ils s’enflamment deviennent passions. Pour certains, ils prennent la forme de discours et de jugement, pour d’autres d’actions.

La mauvaise foi se nourrit elle de la difficulté à renoncer à ce que nous désirons ? Comme être aimer ou reconnu ? Tout serait bon pour ne pas être au contact de la sensation de ne pas être à la hauteur ?

Le désir nous amène dans une quête avide. Cette quête nous protège de l’angoisse de la solitude que nous observons lorsque nous nous détachons du troupeau mu par ce désir collectif. Arrivé à dépasser cette angoisse, en accueillant notre fragilité et notre impermanence, ouvre à une joie et à une plénitude. Nous pouvons ainsi observer et savourer la beauté de ce qui est et de ce que nous sommes comme une expérience unique et précieuse qui n’existe que dans cet instant.

A tout cela se pose la question existentielle suivante. Que choisir : la fièvre et à la jouissance de la passion quitte à se fourvoyer et à se noyer d’illusions ou la satisfaction paisible de nos besoins en s’émancipant du prisme déformant des désirs afin de gagner en pleine conscience ? Que préférez ? Une vie consommatrice de désir et de passion source de nombreux rebus et de déchets, une fois ceux-ci passés pour se jeter dans d’autres ? Ou une vie plus consciente qui butine et qui négocie l’instant avec justesse ?

La question se pose à titre individuelle. Mais d’un point de vue collectif, cette vie de désir et de passion est source de mouvement qui font tanguer la terre : déchets, pollution, accumulation, industrialisation, etc. En outre, est-ce que nos désirs et passions sont authentiques ou instrumentalisés par la société de consommation ? Voulons-nous être libre, authentique et autonome ou fiévreux, passionnés au risque d’être dépendant et le jouet d’autres ?

Est-ce que parce que j’ai peu de désir que je peux observer le monde au plus proche de sa réalité ? Comme je n’attends rien de celle-ci pour juste la vivre, j’ai l’impression d’être plus en connexion avec celle-ci pour choisir et m’ajuster. François

La pleine conscience et la défusion (faire la différence entre soi et ses pensées) permettent d’essayer d’appréhender au plus près de la réalité ce qui se présente à nous afin de ne pas être trop dans la réaction mais dans l’accueil pour choisir comment nous allons négocier ce qui se présente à soi.

Désir d’exister et de ne pas être dissous dans le groupe qui amène à s’agiter, quitte à griffer l’entourage pour dire que je suis moi et non mélangé au groupe. Cette difficulté d’être que l’on a appelé fragilité narcissique amène à parler, à travailler, à s’agiter, à batailler ou à faire du sport.

On a souvent émis l’hypothèse que les sportifs compétiteurs étaient, pour certains, des personnes ayant une fragilité narcissique. Face à la difficulté d’être, ils auraient besoin de faire et de refaire dans un système sportif qui leur donne d’une main ce que leur retire le lendemain une autre main. Les titres sont éphémères et amènent à recommencer la compétition dans une addiction à la gagne. Combien de sportifs addictent à la gagne, malgré tous leurs titres, ont continué à se doper en fin de carrière pour à nouveau pouvoir renouer avec ce sentiment de la gagne.

Le désir prend de nombreuses formes et nous donnent à penser et parfois à nous illusionner. Il fait le sel de la vie mais nous pique parfois. La mode est plus au désir de consommation qu’au désir passionnel et à ses excès que notre société semble moins tolérer. La force obscure de la force n'est plus à la mode.

 

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10 janvier 2018 3 10 /01 /janvier /2018 12:21

Pour une très large majorité de mes patients, l'objectif de la thérapie est la prise d'autonomie. Le travail dans le cabinet du psychothérapeute a de multiples objectifs qui donnent le sens à cette relation. Mais quelque soit ceux-ci, cette prise en charge doit avoir un début et une fin pour en garder son sens. On est dans le cadre d'un soin et non d'une greffe psychothérapeutique!

Ce travail prend différent aspect selon les besoins et les techniques proposées. Il peut consister à apprendre de nouvelles compétences, à savoir négocier les aléas de la vie, gérer les cicatrices du passé. Les patients apprendront aussi à composer avec la souffrance, l'inconfort et les frustrations de la vie, qui peuvent parfois être traumatique, mais aussi, si besoin, à se construire une identité, une représentation de soi ou un espace psychique où ils pourront vivre et s'exprimer le plus en paix possible.

Le corrélat de la finitude de ce soin est que l'on doit arriver à ne plus se voir avec le patient dès que possible malgré le plaisir de l'échange et du partage, car ce n'est pas ce qui donne du sens à ce type de rencontre qui reste et restera uniquement professionnelle. Pour ma part, c'est ainsi que je l'énonce dès la première séance : l'objectif de notre travail est que l'on arrive à ne plus se voir.

Pourtant, certains psychothérapeutes et patients se complaisent dans une relation psychothérapeutique chronique qui reste qu'une illusion de vie lorsqu'elle dure excessivement et qui met en jeu d'autres problématiques que celui du soin pour le patient et/ou le thérapeute. La vie est ailleurs que dans le cabinet. Le cabinet n'est qu'un lieu de transition, de soutien, de transformation, mais aussi un lieu où l'on s'autorise à penser et à à avoir un espace psychique entre soi et soi grâce au rôle réflexif du psychothérapeute et du cadre. Mais quoiqu'il en soit, la direction de cette prise en charge est de pouvoir se séparer et de construire une vie qui s'émancipera du cadre psychothérapeutique. Elle ne doit pas être une rente pour le psychothérapeute et une vie canada dry pour le patient où la relation psychothérapeutique y instrumentalisé pour oser être soi. Il en est de la responsabilité du thérapeute de garantir cette intention.

Est ce que les thérapies qui dure sans fin ne constituent pas un évitement à la solitude pour le patient et à une difficulté à se séparer et à renoncer pour le psychothérapeute? Vivre demande du courage.

Le départ d'un patient n'est pas toujours simple pour un psychothérapeute. Les conditions pour se dire correctement en revoir ne sont pas toujours réunies.

Dans cette époque consumériste, les patients disparaissent parfois brutalement ou nous adresse un mail ou un sms pour nous dire merci et qu'ils n'ont plus besoin de nous sans prendre le temps de ces dernières séances si importantes pour la psychothérapie pour pouvoir conclure une prise en charge et se dire en revoir. Le psychothérapeute investi beaucoup de lui, de son coeur et de son humanité pour accompagner ses patients. Cet investissement est particulièrement important et nécessaire en début de psychothérapie pour encourager le patient à s'engager dans cette prise en charge. Certaines séparations peuvent être brutale et source de souffrance, d'où la tentation de durer sans fin. De plus, ressentir que l'on est si important tout au long d'une vie d'un patient peut combler les failles narcissiques ou nourrir un sentiment de toute puissance d'un thérapeute fragile.
Enfin, la question de savoir qui doit annoncer la fin de la thérapie n'est pas simple. Est ce qu'elle soit se dire, se ressentir ou être une évidence driver par le thérapeute?

Sur ce sujet, je vous encourage à lire l'excellent article de mon collègue van rillaer sur ce sujet : http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article2905

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8 décembre 2017 5 08 /12 /décembre /2017 23:10

Docteur Jean et Mister Johnny sont partis

Jean d’Ormesson et Johnny Hallyday ont tous les deux, coup sur coup, disparus. Cette double disparition, au lieu d’annuler l’écho qu’elle aurait pu produire, résonne l’une avec l’autre. A mon avis, ce n'est pas pour rien. En effet Jean D’Ormesson et Johnny Hallyday apparaissent comme deux facettes d’une même idée de la France issue de la deuxième guerre mondiale et qui a pris son essor pendant les grandes glorieuses pour atteindre définitivement le firmament et traverser l’histoire intellectuelle et populaire de France.Ils sont le docteur Jean et le Mister Johnny d'un même type d'homme.

Ce qui est particulièrement frappant dans ces deux parcours est la trajectoire continue de ses êtres d’exceptions qui les a menés aux contacts de ce qui les importaient sans changer. Ils sont restés les mêmes hommes quelques soient leur succès, les critiques ou les adversités. Bien d’autres de leur génération ont trébuché, se sont fourvoyés, ont eu des périodes de médiocrités ou se sont éclipsés plus ou moins longuements. De plus, ils ont connu la gloire et la reconnaissance tout en cheminant avec la souffrance qui était la leur. Pour Jean D’Ormesson, ce fut la déception du père trop rapidement déçu et un amour qu’il a laissé échapper et une enfance douloureuse et des peines d’amour pour Johnny.

Malgré cela, ils ont choisi de suivre la direction qui était la leur : L’écriture pour Docteur Jean et le Rock’n roll pour Mister Johnny. Autant Jean D’Ormesson a eu une forte conscience qu’il avait traversé la vie en première classe faite d’élégance, charme, lettre et distinction, autant Johnny est resté cet homme simple, rocker et populaire malgré les succès. Cet engagement autour de ces valeurs est une signature d’une certaine idée de la France que l’on appréciait à leur époque. J'aime cette facette de la France malgré ma Breizh attitude. C’est aussi une idée de l’homme que j’apprécie faite de dignité et d’honnêteté dans ses choix. Je trouve qu’il y a de l’ACT dans tout cela. Ils ont su surfer dans la vie tout en gardant la direction de leur vie. Ils ont su faire preuve de flexibilité pour vivre avec la souffrance que possède tous les êtres humains tout en gardant le cap de leur existence. En cela j’admire ces deux hommes et, je l’avoue, leur parcours me fait envie sans les jalouser car c’est leur vie. Il y a je trouve une certaine beauté dans tout cela. Ils ont été les héros de leur vie tout en restant humain avec leur souffrance, leur fragilité, leurs imperfections. Ils ont su assumés leur travers comme Jean D'Ormesson avouait ne pas avoir suffisamment d'orgueil pour résister aux honneurs. Il sont restés tout simplement humain tout en devenant grand.

Je n'ai jamais lu un livre de Jean D'Ormesson, je n'ai jamais acheté un disque de Johnny ni vu un de ses spectacles pourtant j'ai beaucoup entendu et suivi la vie de l'un et de l'autre et chanté des chanson de Johnny. J'aime la facétie d Docteur Jean et l'entièreté de Mister Johnny. Ils ont partiticipé tous deux à la colonne vertébrale d'un époque

J’admire les êtres qui ont le courage de s’engager toute une existence dans un projet de vie tout en restant de simples humains. J'aime admirer ce genre de grands hommes ou de femmes. Ils en font partis à mon goût.

Alors certes, tout le monde n’a pas les mêmes goûts que Docteur Jean et Mister Johnny, mais ils ont habité pendant toutes ces années notre univers et la permanence de leur présence pendant tout ce temps a participé à notre univers social quoiqu’il en soit. Même si on n’aime pas leurs œuvres, il est difficile de rester insensible aux mots sur la vie et la mort de Jean D’Ormesson et sa truculence jusqu’à la fin de sa vie. Il est de même quant à la présence et à la musique de Johnny qui a existé même au sein des Guignols et de la grande époque de Canal plus qui constitue un univers plutôt éloigné de ce chanteur. Pour tout cela, je m’incline et je souhaite dire, à la façon du guignol de Johnny : Ah que respect !

Les derniers mots écrits de la main de Jean d'Ormesson:
« Une beauté pour toujours. Tout passe. Tout finit. Tout disparaît. Et moi qui m’imaginais devoir vivre pour toujours, qu’est-ce que je deviens ? Il n’est pas impossible… Mais que je sois passé sur et dans ce monde où vous avez vécu est une vérité et une beauté pour toujours et la mort elle-même ne peut rien contre moi. »

 

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7 décembre 2017 4 07 /12 /décembre /2017 11:05

La relation médecin patient est le socle de la relation de soin. Il s’agit d’une relation de confiance ouvrant la possibilité d’un contrat thérapeutique. Dans celui-ci, le médecin donne le meilleur de lui-même tout en suivant les règles de l’art (éthique et déontologie) et le niveau des connaissances en vigueur à l’instant. Quant au patient, s’engage pleinement en collaborant au soin.

 

La dérive administrative et industrielle de notre système de santé a transformé profondément l’image du médecin, la perception de celui-ci par les patients et son évaluation par les instances qui régissent la santé aux dépens de la relation de soin. En effet, dans cette évolution, le système demande aux médecins de faire ou de ne pas faire certains actes aux dépens de l’être. On impose aux médecins de devenir un employé de santé aux ordres des injonctions des objectifs de santé au lieu d’être un thérapeute. Le pivot du soin n’est plus le soin mais la logique comptable et statistique de la santé. La médecine est devenue un service que l’on consomme avec tous les abus possibles.

De ce fait, cette relation patient médecin essentielle au soin ne fonctionne plus. Le patient n’est plus un allié mais un client qui peut à tout moment se retourner contre son médecin, ce qui participe à l’insécurité de celui-ci. En effet, des patients que l’on connait depuis des années peuvent à tout moment se retourner brutalement et agressivement son médecin. La relation n’est plus une relation de confiance où l’on peut se parler et s’expliquer mais une relation émotionnelle. Ceci- est d’autant le cas que la médecine et le médecin sont régulièrement bashé par les médias. Tout sujet d’actualité se termine ibranler, rrémédiablement sur les médecins. Que cela soit la corruption, les conflits hommes femmes, les harcèlements sexuels, le racisme, le testing, ces sujets se terminent systématiquement dans les médias par une accusation des médecins. Ils sont devenus les boucs émissaires sociales d’une société fragilisée comme le sont aussi les enseignants et les policiers. A travers ce regard complotiste de la société et des médias, le patient a été éduqué a voir le mal dans chaque acte de son médecin, prêt à dégainer devant toute frustration, insatisfaction ou incompréhension.

Pour le plus grand nombre, il est clair que le médecin prescrit trop, mal, qu’il est acheté par l’industrie pharmaceutique tout en voulant des antibiotiques immédiatement pour guérir une infection ou un arrêt de travail. Dans les enquêtes, on observe le paradoxe que les français aiment leur médecin mais se méfient des médecins. Celui-ci est pris dans des injonctions paradoxales de la part des patients et des instances qui le font souffrir, qui l’use et qui le maltraite. Les relations avec les patients et les tutelles sont de plus en plus insécurisantes. Il se sent désormais en permanence menacé d’une plainte, d’un contrôle CPAM, d’un contrôle fiscal ou URSSAF ou d’une remise en cause de ses prescriptions alors qu’il donne le plus souvent sans compter.

Le médecin ne peut plus s’appuyer sur son autorité professionnelle et son savoir faire qui est discordante avec la logique émotionnelle des patients et administratives des tutelles. La tension que cela induit est un des facteurs majeurs du burn out des soignants et de la perte de vocation. Si le patient a besoin d'être écouter et entendu, le médecin a besoin d'être respecter dans son professionnalisme. La médecine est un pilier de la société. Lorsque l'on permet à chacun, sur un mouvement d'humeur, de taper dessus au risque de l'ébranler, le toit tombe sur la maison. L'état et les médias portent une lourde responsabilité dans cette dégradation.

En effet, exercer la médecine est engagement. C’est une relation d’amour et un don de soi envers son prochain. Prendre de la distance serait du cynisme incompatible avec l’exercice de la médecine. Le médecin ne peut pas soigner au quotidien avec le sentiment d’avoir un pistolet sur la tempe. Au quotidien, il se doit de prendre des risques pour négocier ce qui se présente à lui. Il a besoin de se sentir en confiance et sécuriser pour pouvoir le faire. Prendre en charge le burn out des soignants demande à restaurer cette relation.

La relation médecin patient est malade. Il s’agit d’une fracture sociale qui peut être lourde de conséquences pour l’équilibre de notre société car au fond, nous avons besoin d’être tous rassurés, que quelqu’un est prêt de nous pour nous accompagner dans les épreuves de la vie. S’il n’a plus de médecins qui le fera humainement ?

 

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22 novembre 2017 3 22 /11 /novembre /2017 08:43

Le microbiote est cet amas de micro-organisme qui recouvre les surfaces de notre corps : peau, l’intestin,la bouche, le vagin,  tube séminale, etc. Le microbiote intestinal est désormais considéré comme un organe à part entière car il possède une physiologie propre influant sur notre métabolisme et nos comportements.

Le microbiote intestinal est l’ensemble des micro-organismes qui habitent la lumière de notre système intestinal. Il est composé d’environ deux kilos de bactéries et levures et de plus de 10 millions de gènes (l’être humain en possède 30 millions) avec plus 1500 espèces.  17% de celui-ci sont des bactéroïdes, 80,15 % des firmicutes.

La composition du microbiote est propre à chaque être humain et forme une carte d’identité personnelle. Les êtres humains n’ont que 18 espèces en commun ce qui nous informe de l’hétérogénéité de ce nouvel organe.  Il se constitue à partir de la naissance pour se stabiliser vers 2 ans à partir des bactéries maternelles, de l’environnement et de ce que le nouveau-né mangera. On a découvert aussi que nous possédions des bactéries dans nos cellules. Finalement tout cela pose des questions existentielles, à savoir qui habite qui ! Est-ce que c’est notre microbiote qui nous habite ou l’inverse ? En tout cas, la vie et notre équilibre biologique n’est possible que grâce à cet organisme. Il participe à notre équilibre écologique. A la lumière de ces découvertes, je vous propose une lecture un peu différente de Freud et du développement pré-œdipien. Pendant le stade oral, le nourrisson incorpore des bactéries pour stabiliser son microbiote intestinal lors du stade anal ! Ces stades ne seraient qu’une histoire de microbiote et non celle d’une sexualité pré-oedipienne. Qu’en pensez-vous ?

Autrefois, le microbiote était connu pour participer à la digestion intestinale. Depuis, on a découvert qu’il avait un impact sur le fonctionnement de notre intestin, de notre cerveau, de notre bouche, nos yeux, notre système cardio vasculaire, notre foie, nos muscles squelettiques et notre tissu adipeux. L’apparition d’une obésité, d’une stéatose et d’une stéatite peut se faire par transmission microbiotique. En effet, si vous implanter une portion du microbiote d’un homme obèse à une souris, celle-ci deviendrai obèse. Le stress, la nutrition, les médicaments (plus particulièrement les antibiotiques) et les insecticides ont une influence sur notre microbiote. Habituellement, après un traitement antibiotique pour un trouble infectieux qui aura abrasé notre flore intestinale, une repousse à lieu à partir des réserves enclavées dans les replis et les cavernes intestinales. Par contre, les traitements antibiotiques pris avant l’âge d’un an perturbent un microbiote encore instable et peut être source d’une dysbiose (l'altération qualitative et fonctionnelle de la flore intestinale). Ainsi, le rôle du microbiote intestinal est de mieux en mieux connu. On sait désormais qu'il joue un rôle dans les fonctions digestive, métabolique, immunitaire et neurologique. En conséquence, la dysbiose est une piste sérieuse pour comprendre l'origine de certaines maladies, notamment celles sous-tendues par des mécanismes auto-immuns ou inflammatoires. Son étude est devenue un axe central pour la recherche biologique et médicale.

Les habitants de notre tube intestinal influent sur notre comportement. En effet, de façon incroyable, il a été montré que la probabilité d’être impliqué dans un accident de la route est plus élevé lorsque le conducteur est colonisé par des toxoplasmes. Cet effet est amplifié lorsque le conducteur possède un rhésus négatif. Cet effet a été mis en évidence aussi chez des rats qui lorsqu’ils sont porteurs de toxoplasmes prennent plus de risques.

La greffe fécale est une piste thérapeutique d'avenir. D'ailleurs, dans le cas d'infection au clostridium, elle est déjà remboursé par la sécurité sociale.

 

Ce n’est pas tous les jours que nous découvrons un nouvel organe chez l’être humain. J’ai une petite pensée pour mes collègues qui choisissaient d’être gastro-entérologue et que l’on raillait en les appelant des trou-du-cul-ologue et de notre air dégoutté en pensant aux examens de selles que l’on se représentaient comme de la merde. Non, c’est de l’or en barre. L’examen de nos selles et de notre microbiote permet d’appréhender la façon dont on a vécu et prédire notre avenir, ou du moins, les maladies métaboliques que nous allons avoir. Finalement, Mme Irma va se reconvertir et ce n’est plus dans le marc de café qu’elle nous lira l’avenir. Tout cela nous rend humble sur les jugements hâtifs que nous pouvons parfois avoir.

 

https://www.inserm.fr/thematiques/physiopathologie-metabolisme-nutrition/dossiers-d-information/microbiote-intestinal-et-sante

 

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6 novembre 2017 1 06 /11 /novembre /2017 21:08

Dans le bus, le métro ou le train, il est devenu de plus en plus difficile de lire, de penser ou de rêvasser sans être envahit par la pollution sonore de toutes ces personnes qui profitent du temps de transport pour téléphoner, tout en faisant bénéficier leur voisin de leur intimité. Ce bruit et ses conversations qui ne m’appartiennent pas m’indispose. Je ne veux pas être au courant de la vie privé des inconnus qui voyagent autour de moi. Je suis prêt à papoter avec eux, palabrer mais pas à être condamner à être passivement voyeur de leurs histoires personnelles, de ce qu’ils vont faire à diner, de leurs pannes de robinet, des recommandations faites à leurs enfants, de leurs jeux amoureux, de leur liste de courses… STOP ! Je n’en peux plus de cette pollution sonore de l’intimité d’autrui. Dans mon cabinet de psychiatre, je peux tout entendre mais dans les transports en commun non !

 

Dans le film « les ailes du désir » de Wim Wenders, des anges écoutaient les voyageurs dans le métro pour être les récepteurs de la souffrance humaine et pour pouvoir essayer de les apaiser en mettant une main sur leurs épaules. Pour ma part, je n’essaierai même pas de le faire de peur de prendre une baffe ou d’une phrase du type « Qu’est-ce qu’il me veut celui-là ? plus moyen de téléphoner tranquille ! Nous avons perdu en poésie et la psychologie n’est pas urbaine.

 

A l’époque des écoutes téléphoniques organisées sous le septennat de François Mitterrand, la population française s’est offusquée que ces écoutes touchaient non seulement des responsables politiques mais aussi des Peoples et des citoyens lambda. On a crié au scandale et condamné sur la place publique de tels agissements. Maintenant, grâce à la technologie du mobile, ces écoutes téléphoniques sont publiques ! Il suffit de prendre le train pour être au courant de la vie quotidienne de votre voisin. Étonnant, dirait Pierre Desproges ! On vit une époque formidable !

Il faut savoir que dans certains pays comme le Japon, il est interdit de téléphoner dans les transports en commun. Le métro est d’un calme olympien sans que, qui que cela soit, trouve à redire.

 

Alors, j’ai envie de dire STOP ! J’ai songé à prendre ma chaussure dans la main en guise de mobile pour téléphoner moi aussi à un interlocuteur imaginaire. J’ai aussi pensé chanter à tue-tête des chansons paillardes, péter, roter éhontément afin de montrer que moi aussi je peux être inconvenant et dérangeant pour mon entourage. Faire tout cela serait rentrer en lutte sachant que la guerre n’amène qu’à la guerre. En outre, je n’ai pas envie de jouer au concours de celui qui a la plus grosse, en l’occurrence la plus grosse connerie.

 

J’ai donc choisi de manifester silencieusement et paisiblement mon désaccord en extirpant une pancarte avec la mention « Halte aux écoutes téléphoniques, votre conversation ne m’intéresse pas » pour défendre le droit à l’intimité. Je lance donc officiellement aujourd’hui le mouvement « Halte aux écoutes téléphoniques » et j’encourage chacun à sortir pacifiquement sa pancarte dans les transports en commun et de la poser contre son ventre devant toute personne téléphonant publiquement. L’intimité est une chose précieuse. Les outils numériques fragilisent cette valeur. Facebook, Google et de nombreuses autres interfaces savent beaucoup de choses sur nous. Je ne suis pas sûr que nous soyons véritablement ravis de cette captation de notre vie personnelle. La défense de la vie privée commence par nos comportements, notamment en n’exposant pas à tous nos conversations téléphoniques personnelles.

 

Halte aux écoutes téléphoniques et vive l’intimité !

 

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23 octobre 2017 1 23 /10 /octobre /2017 23:11

Après Hunger games, vous allez adoré les care Games pour occuper les masses populaires et les détourner des vraies difficultés.

Les Care games sont des jeux organisés par les politiques et les administratifs pour essayer d’exister en malaxant et essorant le système de santé jusqu’à disparition du dernier médecin.

Autrefois, dans chaque district vivait en paix une population avec son instituteur, ses agriculteurs, ses policiers et surtout avec son médecin. Ce dernier était connu et reconnu. Il suivait des familles qu’il aidait au mieux de ses possibilités, de ses connaissances et des outils qu’il disposait. Etre médecin était un engagement par amour de l’autre, de la science, de la biologie et de son métier. Le médecin était un humaniste qui travaillait sans compter. Il faisait le mieux qu’il pouvait. Il en était récompensé par une rémunération, quelques avantages et surtout une reconnaissance et une considération.

Dans cet équilibre est arrivée des difficultés économiques de plus en plus importantes. Il n’y avait plus de guerre pour masquer l’incompétence de certains hommes politiques. Il a fallu trouver un bouc émissaire et organiser des jeux du cirque pour occuper la population afin qu’elle ne se révolte pas. Le problème choisi pour justifier ces jeux fut le trou de la sécurité sociale. Les responsables étaient les soignants. C’est ainsi que les jeux ont démarré éliminant un à un les médecins à chaque épreuve.

Pour commencer, on a limité par un numérus clausus le nombre de médecin sur l’idée que moins, il y en aurait, moins il y aurait de prescription. Ensuite, la loi santé Bachelot a coupé les médecins du sens de leur travail à l’hôpital. Désormais les médecins ne travaillaient plus pour répondre aux besoins médicaux mais pour répondre à des indicateurs administratifs leur permettant de faire survivre leur service. Ensuite, on a diffamé les médicaments et leurs fabricants. On a coupé les liens entre les médecins et l’industrie pharmaceutique en construisant un mur de Berlin entre eux. Les médecins ne pouvaient plus avoir l’information directe sur les médicaments qu’ils prescrivaient. Ils ont perdu la maitrise et la connaissance de leurs outils ainsi que le dialogue à leur bonne utilisation. C’est un peu comme si les réparateurs de voitures ne pouvaient pas discuter et échanger avec les fabricants de voitures tout en les rendant responsables des dangers encourus par les utilisateurs en cas de mauvaise utilisation. On a ensuite décidé et imposé leur formation via la formation continue (dpc). Les médecins de ville ont été obligé de soigner selon des indicateurs et non selon les besoins de santés. On les a aussi empêchés de voir trop de patient, de trop prescrire quitte à ce que la CPAM les condamne pour délit statistique et leurs interdisent d’exercer malgré les besoins de la population. L’état a choisi de mettre en place des normes d’accessibilité pour les handicapés mettant de nombreux cabinets hors la Loi et empêchant les médecins les habitant de trouver de jeunes associés pour prendre la relève ensuite. Il a été décidé de construire des maisons de santé avec des règles si strictes que très peu de médecins n’avaient envie de s’y installer. Le tiers payant a été inventé avec comme tentative de maitriser et de contrôler leur rémunération. L’exercice de la médecine est de plus en plus dur. Le temps médical disponible a baissé aux dépens du temps administratif. Les patients consomment de plus en plus du soin au détriment de la relation de soin. Ils sont de plus en plus procéduriers, agressifs et revendiquants les privant eux et les médecins d’une relation de soin seule soigante.

Notre nouvelle ministre de la santé veut contrôler les inscriptions en médecine par un prérequis et certifier les médecins en exercice.

De tout cela il en résulte une chute de la vocation. 10% des internes en médecine souhaitent s’installer. Le nombre de médecins en exercice va baisser jusqu’en 2025[1]. Une thèse en médecine a montré que parmi une population d’interne 10% étaient alcoolique, 20% avaient des idées suicidaires et 65% songeaient à arrêter leur métier. Les médecins sont des privilégiés qui étrangement renoncent à exercer ce formidable métier.

Le soin est une activité qui échappe aux politiques et aux administratifs. C'est métier qui se pratique par amour de l'autre. Les médecins sont les grognards de la République. Ils ont besoin qu'on les aime pour exercer. Lorsqu'on les aime, ils peuvent donner sans compter et procurer l'amour nécessaire ('altruisme et l'humanité) au soin.

La question reste : Quel est le dernier médecin qui va survivre à ces care games ? Quand est ce que l’embrasement et la révolte aura lieu contre ces politiques et administratifs qui auront engendré la crise sanitaire qui s’annonce faute de soignants ?

Quand une société organise des jeux du cirque, c'est souvent le début d'une décadence et d'un déclin.

 

 

[1] http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2017/10/12/20002-20171012ARTFIG00074-le-nombre-de-medecins-en-activite-continue-de-baisser.php

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