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13 juin 2018 3 13 /06 /juin /2018 16:51

La préparation mentale est le serpent de mer de toute compétition. Pendant de nombreuses années, on savait que c’était un sujet important sans savoir comment l’aborder. De plus, jusqu’à peu, la psychologie était monopolisée par la psychanalyse. Or, avec un bon sens pratique, les entraîneurs comme les athlètes ne voyaient pas en quoi s’allonger ou raconter leur vie influençait significativement leurs performances. Les préparateurs mentaux étaient souvent des gourous ou des personnes avec une formation superficielle en psychologie. Avec l’essor du développent des neurosciences et de la recherche en psychologie de nouveaux outils pratiques et opérants sont désormais disponibles. C’est ainsi que la pleine conscience est progressivement devenue l’outil indispensable de tout sportif de haut niveau.

Un athlète n’est pas simplement un corps, qui se muscle et qui se coordonne, et un être qui apprend et améliore une technique sportive. Il est aussi un être humain dont l’activité sportive résonne à travers des émotions et des pensées pouvant parasiter l’efficience sportive. Les entraîneurs et les techniciens savent agir sur le corps et la technique mais ne savent pas toujours s’y prendre avec les émotions et les pensées.

Etre performant demande à être totalement présent à un instant donné pour donner le meilleur de soi-même. Les pensées et les émotions peuvent détourner l’attention du sportif qui peut ressasser des événements sportifs ou personnels passées, source de tristesse ou de colère, ou se préoccuper d’événements futurs qui seront sources d’anxiété. La machine à commenter, à juger et à comparer est un véritable sécateur de l'action. En outre, penser en termes de résultats fait quitter le présent pour aborder de façon dichotomique un futur que l’on ne connait pas. En effet, penser à gagner fait automatiquement penser que l’on peut perdre. Se demander si on va être à la hauteur de l’événement fait penser que l’on ne sera peut-être pas à la hauteur. L’athlète a donc la nécessité de bien s’ancrer dans le présent pour se concentrer sur ses intentions, ses actions et sa posture qui le conduira vers un résultat. Celui-ci sera la cerise sur le gâteau de ses actions présentes même si c’est le Graal recherché.

Pour fonctionner de façon opérante, l’athlète a besoin de savoir gérer son corps, sa machine à fabriquer ses pensées et ses émotions. La pleine conscience est un outil fonctionnel répondant bien à la problématique du sportif. Celle-ci va l’entraîner à s’ancrer dans le présent et à observer ses pensées et ses émotions. Il pourra ensuite trier et choisir les pensées et les émotions qui lui sont utiles et celles qu’il doit laisser filer comme des nuages dans le ciel. Une célèbre méditation est la méditation de la montagne. On apprend à se ressentir comme une montagne bien ancré sur le sol et bien présente dans l’ici et le maintenant qui voit passer le long de son flanc des nuages (pensées et émotions), plus ou moins vite (certains pourront s’arrêter ou être coincé un temps sur le sommet) sans la déstabiliser ou la déséquilibrer.

En outre si je sais observer mes pensées et mes émotions (mais aussi à ma douleur), je ne suis pas mes pensées et mes émotions. Cela me permet de me défusionner à celles-ci.

Pratiquer la méditation (ou pleine conscience), ce n’est pas ne plus penser ou n’avoir aucune émotion. Méditer, c’est ne plus être esclave de celles-ci tout en s’ouvrant à l’expérience émotionnelle présente avec curiosité. Chaque instant est une opportunité à vivre. Il deviendra ce que l’on en fera. Il existe de nombreuses applications sur les smartphones qui peuvent accompagner les athlètes au quatre coins du monde et leur offrir une pause ou un instant tout en se reconnectant à soi.

https://www.facebook.com/petitbambouzen/videos/1670970996313602/

Il existe un célèbre exemple d’une mise en pratique des principes de la pleine conscience dans le sport collectif. Lors d’une final de la coupe d’Europe de Rugby, l’équipe de Clermont dominait très nettement à la mi-temps l’équipe de Toulon. L’ouvreur de Toulon était Jonny Wilkinson qui pratiquait la méditation. Il a pris ses co-équipiers sous les poteaux et il leur a proposé que de se concentrer désormais à 500% à chaque instant, à chaque passe, à chaque poussée, à chaque plaquage sans se préoccuper de la suite ni du résultat. Il a demandé à son équipe d’avancer en pleine conscience pas à pas coller au présent. Progressivement l’équipe de Toulon a remonté pour l’emporter. L’équipe de Clermont se voyait gagnante avant l’heure et n’était plus présente au match qu’elle a laissé filer. Jonny Wilkinson a pu évoquer dans le journal l’Equipe que la pleine conscience lui avait permis de redresser ce match pour l’emporter.

En outre, ce joueur était aussi un fameux tireur de pénalités. Il avait tout une technique pour se rassembler et se concentrer à l’instant de son tir malgré les actions passées et malgré le public. Il était capable de se construire une bulle et de focaliser toute son attention dans le geste à produire. Lors d’un match de football, l’épreuve du penalty est aussi un moment où le tireur comme le gardien doivent savoir être vraiment là sans être distrait par des pensées ou des émotions. Ce moment est d’ailleurs le titre d’un célèbre livre « l’angoisse du gardien de but au moment du pénalty » de Peter Handke.

Dans le prolongement de la pleine conscience, la thérapie ACT (Acceptance and commitment therapy) permet, dans un contexte donné, de choisir les actions dans lesquels ont va s’engager en fonction de ce qui nous importe.

Pour une équipe de football, il s’agit de définir les valeurs que l’on souhaite mettre en œuvre (partage, agressivité, générosité, engagement, présence, etc.) et de savoir observer si les comportements que l’on choisi d’avoir se rapprochent ou s’éloignent de ceux-ci. L’entraineur pourra définir les valeurs qui seront des directions à chaque geste de son équipe. La pratique de l’ACT est un formidable outil de management pour les entraineurs pour une approche flexible et opérante.

Gagner une coupe du monde est un long chemin. Beaucoup d’équipes échouent faute de savoir tirer expérience des matchs passés et savoir avancer pas à pas. On dit que chaque jour est une vie. Lors d’une coupe du monde, chaque jour est un match. Cela demande à être bien là à cet instant pour jouer celui d’aujourd’hui et non un autre!

Bibliographie

Seznec jc et al : L’act, applications thérapeutiques. Ed Dunod

Seznec jc et Carouana L. Savoir se taire, savoir parler. Ed InterEditions

Seznec jc : J'arrête de lutter avec mon corps, Ed PUF

Seznec JC : L'économie de l'effort. Ed désiris

 

 

 

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3 juin 2018 7 03 /06 /juin /2018 21:09

Lorsque l’on est soignant, nous avons à être vigilant à ne pas nous oublier en route dans une relation thérapeutique, pour ne pas s’épuiser et bien soigner. En effet, une relation thérapeutique se pratique à deux. Faire cela demande de considérer de la même façon les deux protagonistes de cette relation, de prendre le temps de ralentir pour observer, voire de s’arrêter, pour s’ouvrir à l’expérience présente.

 

Or l’engagement dans une pratique soignante, le dévouement et une empathie non contenue associés aux objectifs de performances que demande désormais l’administration font que le soignant à de grand risque de s’oublier dans le soin et dans son travail d’exécutant.

En effet, les contraintes organisationnelles et la dérive administrative et comptable de notre système de soin transforme de plus en plus les soignants en employé de santé. Cette dérive élude la part nécessaire d’humanité à l’exercice de la médecine et à la qualité du soin.

A force de « faire » et de vouloir offrir le maximum à ses patients, le soignant risque d’oublier « d’être » et de vivre un épuisement empathique. Cet épuisement empathique est la première marche du burn-out. De nombreuses études montrent que plus d’un soignant sur deux en souffre. Il est donc nécessaire de repenser sa posture de soignant pour bien prendre soin de soi et probablement mieux accompagner ses patients. En effet, prendre soin de soi n’est pas une posture égoïste mais il s’agit de se mettre au service d’une relation thérapeutique en proposant une présence de qualité qui respecte et considère la personne en face de soi.

Pour nouer cette relation, le soignant a à s’engager dans une relation horizontale avec ses patients comme avec ses collègues. Il construira ainsi un espace collaboratif et mènera un travail thérapeutique, tous ensemble. Il aura à prendre soin de ne pas abuser de sa posture et ni de se maltraiter au service de la mission dans laquelle il s’est engagé.

Prendre soin de soi demande à développer des compétences de pleine conscience de son intériorité (émotion et pensée) et pouvoir s’ouvrir à l’expérience émotionnelle. Cette expérience émotionnelle est d’ailleurs source d’informations qui donnera des directions au soignant pour s’adapter à la relation thérapeutique.

Dans ce travail de pleine conscience, le thérapeute observera les résonances intérieures de la relation avec le soigné, les réactions de son interlocuteur et ce qui se passe dans le lien établi. Il pourra aussi faire l’expérience de ses limites et de son rapport à ses limites afin de s’ajuster dans son travail.

 

En pratique, il existe de nombreuses possibilités pour décliner cette approche

  • Tout d’abord en faisant un cycle MBSR[1] et en poursuivant par une pratique personnelle régulière.
  • Mettre en place des pauses méditatives dans son travail pour s’offrir des bulles de flottaison dans l’instant : quelques respirations ou pratiques méditatives entre les consultations, etc.
  • Proposer un espace dans les services ou les établissements où il est possible, régulièrement, de s’asseoir ensemble[2], pour une méditation libre et ouverte tout en se connectant, dans une verticalité qui rompt avec la verticalité de la hiérarchie, avec l’ensemble des collègues de travail (Pourquoi pas de la femme de ménage au chef de service !).
  • Organiser des méditations régulières dans les services
  • Etc.

Cette prise de conscience[3] s’exerce aussi dans la pratique de l’ACT[4]

Soigner, c’est certes des connaissances et des gestes techniques mais c’est aussi proposé son humanité à l’humain qui est en face de soi. En effet les patients sont parfois objectivés par un système sanitaire industriel ou par une maladie ou une douleur qui gomme son humanité. En étant fermement humain, on donne la possibilité au patient d’être toujours humain malgré l’épreuve qu’il surmonte, et à l’issu parfois fatale. Le travail de soignant est un travail de sherpa qui vise à accompagner des femmes et des hommes dans une épreuve de vie tout en lui mettant à disposition les outils nécessaires pour la traverser. En outre, le temps du chemin de la maladie est aussi un temps de vie qui mérite d’être vraiment vécu. En clown, on dit que chaque jour est une vie…

La pleine conscience est un outil important qui est désormais à la disposition des soignants pour prendre soin d’eux et de la relation qu’ils construisent avec leurs patients. Cette pratique est de plus en plus diffusée à travers de DU ou des initiatives dans les services hospitaliers ou les établissements de soin. La diffusion de cette pratique est encore à son début et nécessite d’être encouragé pour que tous puissent librement en bénéficier. Soigner est un acte d'amour et bien souvent de passion. Bien aimer demande à ne pas s'oublier pour être le partenaire qu'à besoin l'autre.

 

 

 

[1] Meditation Based Stress Reduction

[3] Kelly Wilson et Troy Dufrene : La pleine conscience en thérapie. Ed De boeck

[4] Acceptance and Commitment therapy ou thérapie de l’acceptation et de l’engagement appartenant tour comme la pleine conscience dans les thérapie comportementales et cognitives de troisième vague.

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23 mai 2018 3 23 /05 /mai /2018 20:31

La pleine conscience est un levier de la pratique du clown. Pourtant, pour le grand public, il n’est pas évident de rapprocher ces deux domaines. En fait, le grand public méconnaît le véritable travail du clown qui est un formidable outil pour les psychothérapeutes.

Le clown est un funambule de la vie. Il marche sur le fil de son l'histoire en posant ses pas dans le présent, dans l'ici et le maintenant. Il avance, le feu au fesses, doté d'un balancier : à un bout son esprit cause, à l'autre son corps émotionnel s'exprime. De cet équilibre improbable, il fait naitre son jeu. La fragilité de son existence, il en joue en pleine conscience. Le clown est un humain qui a cette folie d'être lui et d'oser partager sa fragilité avec générosité. Le clown nait de ses échecs et de son ridicule pour Etre alors que nous n'arrêtons pas de faire : faire un travail, du sport, consommer, manger, etc.

« Etre un clown », c’est laisser vivre son dérisoire, se moquer de soi et de sa propre réalité. C’est être présent dans l’instant, sans munition, sans défense dans une urgence vitale et primitive. C’est laisser apparaître son innocence. C'est jouer « à » et pour le public. Le clown est avant tout dans le ludisme, à la recherche de son plaisir. C’est un curieux de tout ! Un explorateur, un aventurier de l'insignifiant ! Dans ses mains, un stylo devient une fusée, un télescope, un être vivant, un aspirateur, une porte vers un autre monde… Ce n’est pas ce qu’il fait qui importe mais ce qu’il vit et ce qu’il est. Dans cette expression, chacun y reconnaît ses failles : cette fragilité que l'on tente tant de masquer pour avoir l'air, alors que l'on n'a pas l'air du tout ! Cà, le clown le sait. Quand il voit que le public rit de l'avoir pris à avoir l'air, il en rit aussi. Même pas peur, même du bide !

Etre un clown, c'est aussi être au contact de son enfant intérieur. Un clown a toujours quatre ans. Dans l'innocence de cet âge, il s'extrait de la souffrance de la vie pour s'évader et vagabonder la tête dans les étoiles, émerveillé par tout ce qui s'offre à lui. Face à lui, le public ne rit pas par moquerie mais par empathie et par tendresse.

Woody Allen dit que "la vie est une maladie sexuellement transmissible à pronostic toujours défavorable". Il rajoute " depuis l'homme le sait, il est plus tendu". Le clown est justement là pour nous détendre et pour nous procurer des moments de respiration afin d'échapper à nos angoisses existentielles[1] (l'angoisse de mort, la liberté, la solitude et le sens de la vie, etc.). Il nous propose une invitation au voyage dans son univers pour une échappée belle. Il entraine le publique dans une émotion, un rire, joyeux et consolateur. Les spectateurs se retrouvent un peu délesté de la lourdeur de la vie et un peu plus léger partageant avec ce trublion la piste aux étoiles. En effet, le clown est peut-être né dans l'arène d'un cirque de Renz où un garçon de piste ivre et trébuchant le long de la piste a apporté une respiration à un public tendu devant les prouesses équestres des acrobates. Le public, hurlant de rire devant ces pitreries, traitant ce maladroit d' August ("Idiot" dans le dialecte local) lui a donné vie. Sa présence, c'est imposé pour apporter de l'humour et de la dérision à un spectacle régit par des codes où les artistes côtoient la mort afin d'atteindre la performance et qui met en tension le spectateur. Il est le contre-point participant à la théâtralisation du spectacle et à son humanisation.

Cependant, en étant pleinement en vie et en nous affichant outrageusement sa liberté d'être, il nous parle aussi de la mort et de la souffrance. En effet, avoir c'est montrer que l'on peut ne pas avoir. Etre, c'est montrer que l'on peut ne pas être. C'est en cela que le clown peut être angoissant, voire être source de phobie. Le voir évoluer et rebondir de ses chutes, c'est percevoir notre vulnérabilité. Pour certains spectateurs, c'est insupportable. Il révèle le grotesque de nos tentatives de contrôle et de camouflage, la futilité de nombre de nos actions et que notre espace de vie ne tient qu'au fil de l'instant présent. En nous embarquant dans son histoire, il nous empêche de nous raconter des histoires sur notre existence afin d'éviter la crudité de la réalité. Par sa présence, il nous oblige à être en pleine conscience de l'instant et de son impermanence tout en nous proposant sa solution : "Du moment que l'on rit des choses, elles ne sont plus dangereuses"[2]. Si le clown est naïf, nous pas. C'est là toute l'épreuve que nous propose le clown.

Il est difficile de rester pleinement dans le présent. Nous sommes vite distrait par notre esprit. La souffrance psychologique est issue de cette relation avec notre intériorité. Elle s'exprime par :

  • L'évitement du présent en ruminant le passé et en s'inquiétant du futur
  • Une attention happée par les commentaires et les jugements de notre esprit qui viennent entraver l'individu,
  • Un abandon du corps pour se perdre dans les méandres de la tête,
  • Des tentatives stériles de contrôle pour se sécuriser,
  • Une lutte avec ce qui se présente à soi et en soi.

Lorsque l’on travaille le clown, on muscle sa liberté d’être. On se nourrit de ses doutes pour exprimer et ne pas interpréter. Le clown se nourrit d’amour. Dans ce travail, il est question d’être là et d’accepter sa fragilité et sa connerie.

Travailler le clown permet d'apprendre à s'inscrire dans le présent et dans l'instant pour ne pas se faire "harponner" par nos pensées hameçons qui nous font ruminer le passé et nous inquiéter du futur. Dans cette approche on travaille l'à propos (terme issu de l'escrime). L'à propos est la capacité de trouver la parole ou le geste juste qui, dans l'instant, nous maintient au contact de ce qui est important pour nous. L'à propos se nourrit de notre intelligence émotionnelle. Notre cerveau cortical (machine à penser et à réflexion) est trop lent pour cela. Le temps d'observer, d'analyser, d'évaluer et de choisir, c'est trop tard ! Les techniques de clown sont utiles en psychothérapie tant pour les patients que pour les thérapeutes. Les exercices de pré-clown permet d’expérimenter sa vulnérabilité, le vertige et le déséquilibre sans en faire un problème pour apprendre à le négocier de façon ludique. Elles aident les individus à redescendre dans le corps et le présent lorsque les personnes sont bloquées dans leur tête, dans leurs pensées et la crainte d'un futur imaginaire. Elles sont aussi utilisées en team building en entreprise.

On dit que "l'on admire les acrobates et que l'on aime les clowns". Or dans la vie, nous sommes tentés à être performant et à atteindre des objectifs comme les acrobates. Pourtant, ce qui nous importe, c'est surtout d'être aimé. Le clown nous montre une voie mais cela passe par l'acceptation de ce que l'on est: de simples humains. C'est cela qui est génial! Le clown est un poète de la vie qui nous invite à jouer, à rire et à danser, quelque soit la "plantade" ou la situation comme Zorba le Grec, car "Tout va bien[3]" et que la vie est belle pour le clown[4]. De toutes les façons, avons-nous autre chose à faire? Jour sans rire, jour perdu dit le poète dans une chanson d'Henri Tachan.

Médecin psychiatre, je pratique la thérapie ACT. J'ai fais pendant plusieurs années des études de clown à l'école du Samovar. Souvent, je dis qu'après avoir fait des études pour essayer d'être intelligent, j'en ai fait d'autres pour apprendre à être con… ce qui est un compliment pour un clown ! Cette double formation m'a fait prendre conscience du lien évident entre l'ACT et le clown[5] et c'est devenu ma philosophe de vie. Lorsque l'angoisse me prend (comme tout le monde !!), je pense à la chanson des Monty Pithon Always look on the bright side of life[6]. Nous sommes très rarement au contact de la réalité. Le simple fait de nommer une chose, cela nous amène à la juger et à construire une représentation qui est propre à chacun, selon son histoire et son contexte. Notre cerveau émotionnel passe son temps à commenter pour nous raconter des choses sur tout et n'importe quoi. Au lieu d'être sur le terrain de la vie, nous passons notre temps dans les tribunes à la commenter. Nous sommes prisonniers de nos croyances et des "je me dis". Nous sommes totalement conditionnés sous le joug de nos représentations. Il n'est pas simple de se libérer du diktat de cette radio intérieure. Je propose d'ailleurs à mes patients de donner un nom grotesque à ce commentateur afin d'apprendre à l'observer et à prendre ses distances pour s'en libérer. Le clown accueille tout ce qui se présente à lui sans jugement car tout est une possibilité de jeu même le bide.

 

Le clown s’exprime en pleine conscience du public, de son ridicule et des états qui l’habite. Il n’a pas besoin de méditer assis pour vivre. C’est dans le mouvement qu’il explore le présent et qu'il est curieux de l'instant.

Chaque jour est une vie et c’est aujourd’hui que vit le clown.

 

 


 

 

[1] Thérapie existentielle. Yalom I. Galaade Edition

[2] Raymond Devos

[3] Premier commandement du clown

[4] "La vie est belle" film de Roberto Begnini

[5] "Pratiquez l'ACT par le clown", jc seznec, Dunod édition.

[6] "La vie de Brian" film des Monty Pithon. Eric Idle a aussi chanté cette chanson le jour de l'enterrement de son comparse Graham Chapman.

 

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8 mai 2018 2 08 /05 /mai /2018 15:16

La CPAM est prête à entrouvrir la porte du remboursement pour permettre la prise en charge d’une consultation par un psychologue. Les psychologues attendaient cette mesure depuis longtemps. En effet, leurs actes de psychothérapies n’étaient pas remboursés alors que les psychiatres pouvaient faire des actes remboursés de psychothérapie.

En fait, les psychiatres déguisaient des actes de psychothérapie sous des actes de consultations psychiatriques. Les actes de psychothérapie ne sont pas théoriquement remboursables.

Pour les psychologues, cette différence constitue une concurrence déloyale qui a un impact sur l’accès à leur expertise et est source d’une différence de rémunération notable.

 De plus, ces professionnels sont souvent très sensibles à la situation de leurs patients. Ils étaient régulièrement confrontés à des patients nécessitant une prise en charge psychothérapeutique mais qui n’avaient pas les moyens de se la payer, dans un contexte de désert médical, avec très peu d’offre médicale alternative.

Enfin, il paraissait illogique que des thérapies telles que les thérapies comportementales et cognitives qui ont montré scientifiquement leur efficacité dans la prise en charge de certaines maladies et dans la prévention de la rechute ne soit pas autant reconnu qu’une prise en charge médicamenteuse, parfois sources d’effets indésirables, effectuée par des médecins. Il était donc très compréhensible que les psychologues demandent et obtiennent cette reconnaissance et ce remboursement.

Tout cela était valable avant la dérive de notre système de soin vers un système administrative et industriel. En effet, la CPAM n’est désormais plus une simple assurance. Dorénavant, elle essaie de diriger et contrôler les soins. La loi santé de Marisol Touraine à instituer que l’Etat était devenu le garant des soins donc les contrôles. Tout cela fait que la CPAM et l’Etat dirige désormais la façon d’exercer avec une vision comptable. Cette dérive a eu plusieurs conséquences :

  • Les soignants sont englués dans les tâches administratives
  • Ils se retrouvent sanctionnés pour des délits statistiques
  • La relation médecin malade est devenu consumériste et s’est altérée. Cela a eu comme conséquence une augmentation des consultations non honorées et des violences envers les soignants..
  • On se retrouve face à une crise des vocations où les médecins sont dans un mouvement général pour quitter la CPAM soit en partant à l’étranger, soit en s’installant en secteur 3 soit en faisant des actes non côtés.

Dans cette logique administrative et comptable, la CPAM propose une expérimentation sur quatre départements du remboursement des actes des psychologues dans les conditions suivantes :

  • Le prix des consultations est de 22 euros la demiheure et 32 euros les 45 minutes sans dépassement d’honoraires.
  • Ces consultations s’effectuent uniquement sur prescription médicale
  • La première consultation est de 45 minutes.
  • Ensuite, le patient a 10 consultations de 30 mn avec un rapport à rendre au médecin.
  • Si les soins doivent être poursuivi, on peut proposer 10 nouvelles consultations de 45 mn.

Il est clair à la lumière de ces règles qu’il s’agit d’un encadrement très strict. Tout d'abord, elle ne propose pas un simple remboursement, mais un remboursement qui contrôle l'activité et les tarifs. Ces tarifs ont été calculés en fonction de la rémunération des psychologues à l’hôpital. Or, déjà cette rémunération est honteusement basse. Pendant longtemps, les psychologues compensaient en détournant leur temps FIR dans l’exercice d’une activité plus rémunératrice. A l’époque de la mise en place des 35 heures, l’administration s’est rendue compte que beaucoup de psychologues abusaient en ne travaillant au final que 6 mois sur l’année en cumulant le temps FIR, les vacances et les récupérations. Ce temps FIR est désormais très encadré.

Cette rémunération proposée aux psychologues libéraux ne tient pas compte qu’à l’hôpital, on est payé pendant ses vacances, en cas d’absence des patients, pendant que l’on fait des réunions, que l’on boit un café, lorsque l’on est malade, etc. En outre, lorsque l’on est libéral, on donne 60% de son salaire dans des charges diverses.

Cette proposition est tentante comme la pomme que le serpent propose à Eve. Cependant, elle est actuellement contre l’histoire où les soignants se débattent avec la CPAM.

La rémunération proposée est honteuse, déconnectée de la réalité. Elle s'inscrit dans une logique comptable digne de la vision stalinienne actuelle qui prévaut à la CPAM.

Depuis fort longtemps, les psychologues ont désiré rentrer dans le système, parfois un peu envieux des psychiatres, pour que l'on reconnaisse mieux leurs compétences. La CPAM leur dit oui, mais... et leur propose d'être de simples employés de santé à qui elle veut donner la pièce. D'ailleurs, les podologues et les orthophonistes ont actuellement un exercice professionnel difficile du fait des tarifs, sécurité social, imposés.

Outre, l'enjeu du remboursement, actuellement, serrer la main de la CPAM est ouvrir la porte au contrôle du soin par celle-ci, comme elle le fait pour les médecins en contrôlant leur façon d’exercer.

La liberté de soigner dans les règles de l'art et le code de déontologie est le fondement de l'acte de soin. Ne l'oublions pas et résistons aux sirènes...

 

 

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11 avril 2018 3 11 /04 /avril /2018 16:13

Parler des femmes et des hommes est devenu un sujet sociétal sensible voire polémique. Pourtant, il est nécessaire de l’aborder pour bien vivre ensemble, notamment en entreprise. L’objectif est de pouvoir travailler, femmes et hommes, tout en défendant l’égalité des droits et des chances de chacun et en s’enrichissant des spécificités de tous.

 

L’entreprise est constituée d’êtres humains qui participent à son fonctionnement. Elle se doit d’aborder en pleine conscience et de façon engagée le facteur humain pour permettre à chacun de s’épanouir et de donner le meilleur de soi-même au service de l’efficacité de l’entreprise.

Ce débat sur le genre est de plus en plus passionnel au fur et à mesure de sa médiatisation et des affaires. Il est source de nombreuses revendications et sources de batailles qui opposent les individus. Ce débat est souvent instrumentalisé. Il s’appuie parfois sur des argumentations discutables et partiales qui alimentent une guerre des sexes au détriment de tous.

  • L’affaire Weinstein a montré que certaines personnes pouvaient abuser de leur pouvoir professionnel pour avoir des comportements sexuels délictueux. Il a ouvert un espace de paroles et de reconnaissance nécessaires.Cependant, l’entreprise est un espace social où des comportements de séduction et de sexualité peuvent être présent. Il est aussi un lieu fréquent de rencontres amoureuses. Des hommes ont des comportements lourds, vulgaires ou malotrus sans pourtant avoir des comportements criminels et qui ont pu être stigmatisés par la campagne "balance ton porc" à tord. D’autre part, certaines femmes instrumentalisent l’appétence sexuelle des hommes pour négocier leur carrière et leur réussite en connaissance de cause.
  • La mode du pervers narcissique, qui est d’ailleurs un terme qui n’existe qu’en France, a tendance à stigmatiser les hommes. Il s’agit en fait de psychopathes. Ce trouble de la personnalité est dénoncé publiquement principalement chez les hommes alors qu’il touche aussi les femmes. D'ailleurs, dans les plaintes concernant le harcèlement au travail, qui est une pathologie de la relation, on retrouve plus de femmes que d’hommes incriminés.
  • Il est régulièrement mis en avant une différence de salaire entre les hommes et les femmes. La responsabilité est plus complexe qu’une discrimination de la part des hommes. Tout d’abord, aucune entreprise n’a eu à faire face à une action collective du personnel féminin pour corriger un tel décalage alors que c’est possible légalement. En outre, il a été montré que les femmes peuvent intégrer par elles-mêmes des stéréotypes limitants sans intervention de la gente masculine.

Deux livres s’appuyant sur des éléments scientifiques et écrits par des femmes donnent portent un éclairage plus nuancé à ces problématiques :

  • « Penser la violence des femmes » coordonnée par Coline Cardi et Geneviève Pruvost montre, que quoi que l’on en dise, la violence et l’agressivité sont partagés autant par les femmes que par les hommes mais ne fait pas le même traitement sociétal.
  • « Les barrières invisibles dans la vie d’une femme » de Nathalie Rapoport à partir d’éléments scientifiques montrant les différences fonctionnelles entre les hommes et les femmes. Malgré une anatomie cérébrale apparemment semblable, il existe des spécificités à chaque sexe dans le comportement, les émotions et les relations aux autres qui influent sur la façon de vivre et de travailler. Identifier et connaitre ceux-ci permettent de tirer le meilleur de soi-même au service d’un projet et d’un collectif.

 Pour bien vivre ensemble, il est nécessaire de sortir des stigmatisations et des raccourcis à la mode actuellement. La réalité est plus complexe que de classer les femmes en victimes et les hommes en bourreaux dans la vie personnelle et professionnelle.
Ce débat peut être une opportunité pour alimenter un projet d’entreprise autour d’une démarche sur le vivre ensemble et fluidifier les relations sociales. En effet, nous avons tous à faire évoluer notre posture pour que le jeu social se modernise, sans se rigidifier, et s'enrichisse de ce nouvel éclairage.

Cette démarche s’appuie sur un diagnostic autour d’un audit et des préconisations circonstanciées aux besoins et demandes des uns et des autres. Ces préconisations s’appuient sur une juste information et des possibilités d’expression des difficultés afin qu’elles puissent être gérées paisiblement.

Voilà la démarche que je propose aux entreprises autour d’ateliers ou de conférences.

 

 

 

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9 avril 2018 1 09 /04 /avril /2018 20:49

L'entreprise est un lieu de travail, de sueur et parfois de souffrance. C'est aussi un lieu d'échanges, de rencontres et d'épanouissement.

En fait, l’entreprise est un formidable lieu de vie. C’est l’opportunité de participer à des projets, de construire ensemble mais c’est aussi un lieu qui peut s’avérer éprouvant tant pour les hommes que pour le collectif et les structures, ce qui peut user l’engagement de chacun.

La façon dont on regarde l'entreprise et les salariés ne provoque mas la même perception et le même ressenti. En outre, le regard que l'on porte créer une identité et une image.

Avec mon amie, la photographe Frédérique Barraja, nous avons eu envie de jouer de ce regard pour jeter un œil différent et générer des opportunités. Ce projet photographique que nous souhaitons mettre à la disposition des entreprises à comme but d'accompagner les différents temps individuels comme collectifs.

  • Un autre regard pour l’entreprise est un projet photographique qui propose de donner l’opportunité de se rassembler, de construire ou de reconstruire une image personnelle ou collective à travers l’œil expert de notre photographe. En effet, Frédérique Barraja a eu l’occasion de photographier les plus grands comme les plus humbles en s’attachant à révéler la beauté humaine de tous. C’est aussi l’occasion pour chacun de se sentir considéré. Or la considération est un des facteurs majeurs de l’engagement dans un projet collectif.
  • Un autre regard pour l’entreprise peut être utile pour marquer certains événements (fusion, restructuration, inauguration, lancement de projet, séminaire, etc.), pour augmenter le sentiment d’appartenance, pour souder une équipe à travers un regard décalé qui permet à chacun de briller et de garder une trace de son histoire professionnelle. C’est aussi la possibilité de retrouver une image positive de soi dans les périodes de transitions sociales ou d’être un support pour des team buildings.

Notre approche se différencie par l’alliance d’une photographe et d’un consultant psy pour bien définir et répondre aux besoins du monde du travail afin que le projet permette de réconcilier l’épanouissement de l’individu et l’efficacité de l’entreprise.

Pour plus d'informations, contactez nous!

 

 

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31 mars 2018 6 31 /03 /mars /2018 09:23

8ème colloque international de l’Association Parole bégaiement

 

L’Art de « l’ouvrir » : de la peur à l’expression

Dialogue entre une orthophoniste et un psychiatre

Juliette Dechassey – Jean-Christophe Seznec

Juliette : Nous vous proposons un point de vue au travers d'un dialogue entre une orthophoniste et un psychiatre.

Le contexte est le suivant : une personne qui présente un trouble de la fluence, un bégaiement ou un bredouillement, prend rendez vous avec moi, orthophoniste. Lors de notre première rencontre, j'observe qu’elle arrive et se présente avec sa souffrance et ses peurs, bien sûr mais également avec de fortes attentes à mon égard :  le besoin de trouver des solutions rapidement, l'envie d’une méthode pour contrôler, résoudre ou supprimer le problème. Son langage est souvent "guerrier" car elle espère lutter, vaincre, éradiquer ou éliminer le bégaiement. Ce désir de contrôle se comprend aisément car il est intuitif, naturel et valorisé culturellement. La personne qui bégaie pense que c'est la solution et surtout c'est comme cela que l'orthophonie ("remettre la parole droite"!!) lui a été présentée.

Le premier rendez-vous et les séances qui suivront s’inscrivent à contre-courant de ces attentes : nous proposons au patient de s’arrêter, de ralentir, d’observer, de prendre le temps de se rencontrer pour explorer et  voir comment le bégaiement fonctionne dans sa vie et quelles sont les stratégies qui ne fonctionnent plus et le maintiennent "coincé" dans ses difficultés.

Comme nous n'avons pas le pouvoir de supprimer le bégaiement, nous l'invitons alors à s’engager dans un processus actif de changement et à envisager ses difficultés autrement, à changer ses interactions avec le bégaiement… La thérapie ACT s’inscrit dans ce projet-là, Peux-tu nous expliquer comment la thérapie ACT est un outil précieux pour les orthophonistes et peut servir de cadre à cette prise en charge ?

 

Jean Christophe : L’ACT est une thérapie comportementale dite de troisième vague. La première a comme objectif de modifier les comportements selon le modèle de Pavlov, la deuxième de proposer une restructuration cognitive afin de ne pas se laisser parasiter pas des pensées automatiques en proposant des pensées alternatives et la troisième, comme la pleine conscience, est centrée sur les émotions et l’instant présent. L’ACT, ou thérapie de l’acceptation et de l’engagement, c’est agir en fonction de ses valeurs. C’est aussi accepter ce qui est hors de son contrôle personnel pour s’engager dans des actions qui enrichissent notre vie pour une vie pleine qui a du sens, tout en acceptant la douleur qu’elle nous apporte inévitablement. Oui, bégayer peut être source d’inconforts, de difficultés et de douleurs pour soi et l’entourage. Cependant lutter contre risque de générer une double peine émotionnelle qui va aggraver les symptômes. Le piège est de fantasmer et désirer une élocution parfaite qui n’existe pas dans la réalité. La première étape est d’accueillir ce trouble qui se présente à nous pour apprendre à composer avec, l’apprivoiser et le négocier tel un surfeur qui négocie la vague qui se présente à lui.

 

Juliette : La problématique de l’enfant, l’adolescent ou l’adulte qui bégaie s’articule, se maintient et se complexifie autour des stratégies de contrôle mises en place pour ne pas bégayer, pour camoufler le bégaiement. Ces stratégies ont également pour fonction de ne pas faire l’expérience des émotions inconfortables et désagréables en lien avec le bégaiement (comme la honte, la colère, le malaise, le sentiment de perte de contrôle ou de crédibilité et bien sûr l’anxiété).

En ce qui concerne l’anxiété, le patient n’a souvent pas pris le temps de questionner sa peur : il identifie facilement qu’il a peur de s'exprimer, de bégayer ou de la moquerie mais quand il vient la regarder de plus près, quand il a le courage de la regarder dans les yeux, il peut mettre à jour la peur du jugement, des réactions de l'autre et plus profondément, comme disait Joseph Sheehan, la "peur d’être perçu comme quelqu’un qui bégaie". Il parlait aussi d’un « conflit de rôle ».

 

Jean Christophe : Le contrôle de notre intériorité ne fonctionne pas. Nous pouvons contrôler ce qui est à l’extérieur de nous comme mettre un pull quand on a froid mais on ne peut pas contrôler ses pensées et ses émotions. Faites l’expérience : ne pensez pas à un éléphant rose. Immédiatement, on y pense alors que cela n’était pas à notre esprit 5 mn avant. Essayez d’avoir une joie immense dans les 2 mn afin de toucher un million d’euros. Vous n’y arriverez pas. Le contrôle fonctionne comme le syndrome de la savonnette, plus on veut la contrôler plus elle nous échappe. Le problème des parents est que leur métier de parent est un métier difficile et anxiogène. Personne ne sait comment faire. Il s’agit d’un métier d’ajustement contextuel. Alors quand en plus votre enfant bégaie, cela majore l’anxiété de ce métier. Il est donc tentant de mettre tout en place pour essayer de contrôler avec l’envie de demander à votre enfant d’être plus parfait que la moyenne des enfants. Cela crée une pression qui risque de majorer les troubles ou de faire obstacle au traitement. Le métier de parent comme d’orthophoniste est un métier de sherpa pour accompagner l’enfant dans l’apprivoisement de son élocution et l’apprentissage d’un art oratoire. Pour faire cela, il est nécessaire de sortir du résultat qui est source d’anxiété pour se concentrer sur le chemin.

 

Qu’est ce que le conflit de rôle ?

 

Juliette : Joseph Sheehan disait en s’adressant aux personnes qui bégaient : « ta peur de bégayer repose largement sur ta honte et ta hantise du bégaiement. La peur découle également de cette drôle de comédie que tu joues en prétendant que ton bégaiement n’existe pas ». J'évoque ici la personne qui bégaie et qui ne fait pas état de son bégaiement ou de sa difficulté quand elle parle en se comportant comme si de rien n'était. Cette absence de métacommunication peut entraîner une gêne entre les partenaires de l'échange (celui qui écoute ne sait pas comment se comporter et ne sent pas autorisé à aider, ce qui est intuitif en présence d'une personne en difficulté). Peux-tu nous donner ton point de vue sur notre fonctionnement émotionnel et plus particulièrement sur la peur ?

 

Jean Christophe : Les émotions sont des outils adaptatifs. Elles nous informent de nos besoins et nous donnent de l’énergie pour satisfaire nos besoins. Forest Gump a, à un moment, une grosse émotion, il court pendant trois ans pour purger cette émotion. Une fois que cela va mieux, il s’arrête et revient à la maison. Aussi devant une émotion, demandons-nous quel est le besoin qui n’est pas satisfait et que puis-je faire de l’énergie qu’elle procure. Il est aussi nécessaire de savoir si le besoin qui s’exprime et qui n’est pas satisfait est un besoin réel ou un besoin induit parce que l’on a jugé une situation. Beaucoup d’émotions sont dues au fait que l’on juge notre vie et que l’on n’accepte pas la réalité. D’ailleurs dans les 4 accords Toltèques une des attitudes est d’aller à la recherche de la réalité. Enfin, la peur est un sentiment qui se traverse. Le bonheur est toujours de l’autre coté de la peur. Pour utiliser une autre métaphore, lorsque l’on se baigne en Normandie, au début elle est froide ensuite elle est bonne ! Beaucoup de choses sont ainsi. Lorsque l’on s’engage, au début ce n’est pas confortable. Nous devons composer avec des émotions et notre machine à penser qui nous raconte des choses pas toujours agréables qui peuvent faire obstacle, ensuite cela va mieux. A chacun de trouver le courage de traverser les émotions et plus particulièrement la peur. 

 

http://docteur-seznec.over-blog.com/article-ce-que-nous-apprends-forrest-gump-120372683.html

 

Juliette : Quand nous recevons des enfants, notre prise en charge est spécifique dans le sens où la problématique est double : celle de l’enfant et celle des parents. C’est l’enfant qui bégaie mais pas forcément lui qui souffre le plus. L’enfant n’a pas encore peur de bégayer mais ses parents ont peur de son bégaiement. Ils sont souvent très angoissés, se sentent coupables, s’inquiètent pour l’avenir : leur enfant va être moqué, rejeté, ne sera pas heureux.

La prise en charge est double également.

 Les parents sont souvent très investis voire trop dans l’éducation de leur enfant, ils veulent contrôler, être rassurés et se retrouvent très impuissants. Tu utilises une métaphore intéressante pour parler de ce que vivent les parents ?

 

 Jean Christophe : En thérapie ACT, nous utilisons beaucoup les métaphores. Elles éclairent notre chemin.  Une métaphore vaut tous les discours car une fois que l’on a vu, on ne peut plus ne pas plus voir. En outre, elles nous protègent des discours intérieurs qui nous enlisent. En effet, face à des problèmes, nous avons tendance à nous agiter comme on a tendance à s’agiter lorsque l’on est dans un sable mouvant. Cela n’aboutit qu’à s’enfoncer.

Une métaphore classique est celle de la pensée hameçon. Notre cerveau émotionnel est un dealer de pensées et tente de nous attraper en nous proposant des pensées hameçons. Si on mord à elles, on est happé vers des ruminations ou vers une lecture problématique de la vie. Lorsque l’on a un enfant avec des difficultés, notre inquiétude fabrique de nombreuses pensées hameçons catastrophiques à propos d’un futur que l’on ne connait pas. On se noie dans un imaginaire qui n’existe pas au lieu de se concentrer sur le présent.

 

Juliette : Je voudrais te parler des deux axes de la prise en charge orthophonique de la personne qui bégaie car on y retrouve beaucoup d’ingrédients, de ressources et d’illustrations dans ton livre « Savoir se taire, savoir parler »

Ces deux axes sont complémentaires et tous les deux indispensables. Le premier est la dimension technique du soin, dimension instrumentale : quand nous parlons nous sommes à la fois l’instrument et l’instrumentiste. C’est en fait la pratique de l’art oratoire avec le travail sur le débit de la parole, les pauses, la place de la voix, l’expressivité, la posture, la respiration…. L’approche est très fonctionnelle comme dans l’ACT, car nous observons avec le patient ce qui est fonctionnel dans sa communication et sa parole, ce qui l’est moins et mérite d’être assoupli ou entraîné. Nous observons également ce qui est absurde (fausses bonnes solutions) mais assez intuitif et habituel chez la personne qui bégaie comme forcer ou accélérer au moment des blocages, baisser la voix au risque qu’on lui demande de répéter, faire comme si de rien n’était ou se taire …

J’aimerai que tu nous donnes des conseils pour mieux « l’ouvrir », négocier et surfer la peur de parler, pour reprendre tes expressions.

 

Jean Christophe : L’art de l’ouvrir consiste à accueillir ce qui vient, l’assumer pour en jouer. On dit en ACT qu’il faut regarder la vie comme un coucher de soleil et non comme un problème. Une autre façon de voir les choses est la métaphore du surf : les événements de vie et les émotions sont comme des vagues que nous ne contrôlons pas et qui se proposent à nous. Si nous ne voulons pas nous noyer dans la lutte ou finir comme Brice de Nice coincé sur la plage, nous avons à nous engager dans la mer en « voulant la vague » pour la négocier comme un surfeur dans la direction de ce qui est important pour nous. Le clown est un surfeur free style de l’instant. Il joue et crée de tout ce qu’il est et de tout ce qui se propose à lui. Dans, le fameux documentaire « Tout va bien, le premier commandement du clown », un enseignant en clown dit que « l’on aime l’on admire les acrobates et que l’on aime les clown ». Je ne sais pas vous mais moi je préfère être aimé qu’admirer. Or le clown est riche de ses imperfections, de ses bévues, de ses bides et c’est pour cela que l’on l’aime. On en rit pas de lui de moquerie mais de tendresse. Les techniques de clown sont des techniques intéressantes pour sortir de l’importance de la rééducation orthophonique pour en faire un chemin qui vaut autant que la direction que l’on prend. En outre, elle permet de s’émanciper du résultat qui ne peut qu’induire de l’anxiété.

 

Juliette : L’autre axe est la dimension « acceptation, désensibilisation » où nous accompagnons le patient vers la possibilité de ressentir du plaisir à parler, discuter, débattre AVEC le bégaiement.

Accepter ne veut pas dire être content de bégayer et il n’y a plus rien à faire ! Le bégaiement  est là et déjà là, le patient peut alors le regarder non pas comme un obstacle à son évolution vers la parole qu'il aimerait avoir mais comme un ingrédient de l’amélioration de son aisance dans la conduite de sa parole…  AVEC le bégaiement pourquoi pas ou dans un un premier temps!  Nous l'invitons à considérer le bégaiement comme  tu as conseillé de lire les émotions : écouter et comprendre que le bégaiement vient parler des besoins de la parole : besoin de douceur, de ralentir, de mettre du rythme. Tout comme la peur de bégayer est une invitation à se sécuriser, à la prudence.

Nous l’entraînons à parler de son bégaiement, à l'annoncer lors d'un oral, d'un entretien ou d'un exposé, à s’exposer aux situations qu’il redoute et à comprendre que la confiance en soi vient quand on ose faire ce qui est important pour soi alors que c’est difficile…. Personnellement, quand je commence à aborder le fait que parler du bégaiement va soulager, dissiper la peur et la honte, créer de la sympathie dans l’échange, le patient réagit souvent en me disant « C'est trop compliqué!! C’est afficher une faiblesse !!!!». Qu’est-ce que tu répondrais toi ? ou qu’est-ce que cela t’inspire ?

 

Jean Christophe : Une de mes amies clowns regrettait de ne pas avoir plus de défauts pour pouvoir nourrir son clown. Nos échanges ont fait que nous avons choisi de faire un livre qui s’intitule « Pratiquer l’ACT par le clown » chez Dunod pour partager de nombreux exercices pour jouer de soi et gagner en flexibilité psychologique.

Notamment, Attention à la machine à comparer qui fait que l’on compare son arrière cuisine à la vitrine des personnes que l’on croise. La première étape est d’apprendre à assumer et oser le dire et le partager pour qu’un non-dit ne devienne pas un problème. Voilà j’assume et je partage avec le sourire que je souffre de bégaiement et que je vais faire le mieux possible dans son contexte. Lorsque l’on croise des personnes bienveillantes cela permet de les faire s’ouvrir émotionnellement pour qu’elles aient un regard de tendresse et non un regard de jugement. Les gens sont en miroir de notre attitude.

 

Juliette : Nous n’avons pas encore parlé du fait qu’une grande partie de nos difficultés viennent et se maintiennent de notre impulsivité, c’est le moment de parler de pleine conscience non ?

 

Jean Christophe : En méditation, on dit qu’il faut méditer 15 mn par jour mais quand on n’a pas le temps, il faut méditer 1 heure. Les émotions nous amènent à accélérer car elles ont été mises en place chez l’homme préhistorique pour échapper au tigre à dents de sabres. Maintenant, à ma connaissance, il n’en n’existe plus. Aussi, prenons le temps de ralentir et voir même de commencer à parler et échanger par un silence. Ce silence permet de prendre pleine conscience de l’instant, de se connecter à soi, à son expérience sensorielle et à l’autre pour choisir comment on va s’exprimer selon les circonstances et ses capacités. L’impulsivité fait que les mots vont se bousculer et déborder dans tout les sens. Les vertus du silence et de la pleine conscience ont motivé l’écriture de mon dernier livre avec le metteur en scène Laurent Carouana « Savoir se taire, savoir Parler » aux éditions InterEditions.

 

 

 

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29 mars 2018 4 29 /03 /mars /2018 10:22

Les dermatoses inflammatoires sont des maladies invalidantes physiquement et psychiquement. Elles sont à l’origine d’un handicap social. Le patient se retrouve à faire face à une pathologie visible, à l’origine de réactions de la part des gens qu’il côtoie et d’un prurit parfois douloureux. Les objectifs de la prise en charge sont de traiter les lésions pour essayer de les blanchir et d’apprendre à accepter et à composer avec cette pathologie. En outre, la recherche actuelle montre que ces pathologies sont le haut de l’iceberg de maladies systémiques inflammatoires. D’ailleurs, les nouvelles thérapies sont des biothérapies.

La pratique de la pleine conscience pour ces patients est un outil complémentaire qui trouve toute sa place. En effet, elle permet à la fois au patient de sortir de la lutte, de travailler l’acceptation mais elle a aussi un impact sur notre système inflammatoire.

 

La pleine conscience est une pratique psychothérapie développée par Jon Kabat-Zinn à l’université médicale du Massachussetts.

Il s’agit d’une forme de méditation qui vise à développer un certain état de conscience. Celui -ci consiste à porter intentionnellement son attention au moment présent sur l’expérience qui se déploie moment après moment sans la juger. Il s’agit de faire l’expérience de ce qui se présent en nous avec ouverture afin de l’explorer sans ne la juger ni la commenter : perceptions à l’aide de nos 5 sens, nos sensations corporelles, nos émotions, nos pensées

Jon Kabat-Zinn a développé cette pratique au sein de la clinique de réduction du stress qu’il a fondé. En effet, médecin, il s’est intéressé aux relations corps/esprit pour la guérison, et sur les diverses applications cliniques d'entraînement de méditation de la pleine conscience (mindfulness) pour les personnes atteintes de douleurs chroniques et/ou de désordres associés au stress. Kabat-Zinn a commencé à enseigner la réduction du stress basée sur la pleine conscience (Mindfulness-Based Stress Reduction, MBSR) à la clinique de réduction du stress en 1979. MBSR est un cours de huit semaines qui combine la méditation et le hatta yoga pour aider les patients à faire face au stress, à la douleur, et à la maladie en utilisant la conscience de l'instant présent instant après instant. Une telle pleine conscience aide les participants à utiliser leurs ressources intérieures pour obtenir bonne santé et bien-être. Kabat-Zinn et ses collègues ont étudié les effets de la pratique de la conscience de l'instant présent instant après instant sur le cerveau, et comment il traite les émotions en particulier lors du stress, ainsi que sur le système immunitaire.

Actuellement, il existe deux principaux protocoles de pleine conscience en utilisé en thérapie :

- Meditation Based Cognitive Thérapy (MBCT) qui a fait ses preuves dans la prévention de la rechute dépressive

- Meditation Based Stress Reduction (MBSR) qui est utilisée dans le traitement du stress et des pathologies associées.

Ces deux protocoles durent 8 semaines en suivant un programme normé et validé. Cela consiste en une séance collective par semaine animée par un instructeur et des exercices d’une durée d’une heure par jour à faire chaque jour entre les séances. Pour obtenir le titre d’instructeur, il est nécessaire de faire une formation spécifique qui sera validé par l’Association pour le Développement de la Méditation (ADM).

Il existe de nombreuses études scientifiques montrant l’effet de la méditation sur la réactivité émotionnelle et cognitive, la flexibilité cognitive, la rumination, l’auto compassion et la pleine conscience mais aussi sur la douleur, l’anxiété, la dépression, les maladies cardio-vasculaires, les troubles alimentaires, le stress.

De plus, différentes études ont montré l’impact de la pleine conscience sur le fonctionnement cérébral et sur l’immunité, notamment chez des personnes souffrant de cancer

Différentes méta-analyses ont révélé des preuves provisoires que la méditation de pleine conscience est associée à des changements dans certains biomarqueurs de l'activité du système immunitaire. En utilisant les critères de trois ECR ou plus montrant que la méditation de pleine conscience a au moins un effet de tendance-niveau ou dose-dépendante sur les paramètres immunitaires, il a été identifié les effets liés à la médiation de pleine conscience pour les quatre paramètres suivants : facteur NF-kB, réduction des taux circulants de CRP, augmentation du nombre de lymphocytes T CD4 + (chez les individus diagnostiqués avec le VIH) et augmentation de l'activité de la télomérase. En revanche, des découvertes nulles ou un manque d'effets répliqués ont été trouvés pour les anticorps (IgA, IgG, influenza), les interleukines (IL-1, IL-6, IL-8, IL-10), IFN, TNF, et diverses mesures de nombre de cellules.

Ces résultats ouvrent des perspectives de recherche pour proposer l’utilisation de la pleine conscience dans les maladies inflammatoires notamment en dermatologie.

En effet, dans les maladies telles que le psoriasis, il existe un lourd impact psychologique de cette pathologie sur l’humeur, l’anxiété et la qualité de vie de ces patients. Non seulement la pleine conscience pourrait améliorer le vécu de cette pathologie par les patients mais aussi agir sur les facteurs immunitaires sous-jacents. Il s’agit de proposer désormais aux patients une approche intégrative du soin alliant des approches pharmacologiques et psychothérapiques ayant fait leur preuve afin d’agir autant sur le corps que sur l’esprit. D’ailleurs, Jon Kabat-Zinn a montré tout l’intérêt de la pleine conscience dans le psoriasi dès 1998.

 

Gu J. et al : How do mindfulness-based cognitive therapy and mindfulness based stress reduction improve mental health and wellbeing ? a systematic review and meta-analysis of meditation studies. Clinical psychology reviex 37 (2015) 1-2.

Grossman P. et al : Mindfulnessbased stress reduction and health benefits. A meta-analysis. Journal of psychosomatic research 57 (2004) 35-43

Kabat-Zinn J, Wheeler E, Light T, Skillings A, Scharf MJ, Cropley TG, Hosmer D, Bernhard JD : Influence of a mindfulness meditation-based stress reduction intervention on rates of skin clearing in patients with moderate to severe psoriasis undergoing phototherapy (UVB) and photochemotherapy (PUVA). Psychosom Med. 1998 Sep-Oct; 60(5):625-32.

 

 

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21 mars 2018 3 21 /03 /mars /2018 22:19

La crise sanitaire s’installe doucement et surement comme une crue monte pour tout détruire sur son passage malgré toutes les alertes proférées par les soignants.

En effet, cela fait plusieurs années que les soignants, et plus particulièrement les médecins, sont en lutte contre la dérive administrative et comptable de notre système de santé organisée par l’Etat, la CPAM et les ARS. L’accélération de cette dérive s’est effectuée sous le ministère de Marisol Touraine avec l’instauration du tiers payant et la nième réorganisation hospitalière en GHT[1]. Elle en a profité pour faire des cadeaux incroyables aux mutuelles en obligeant toutes les entreprises à souscrire une mutuelle qu’elles imposent à leur salarié quelque soit sa qualité et en plafonnant les remboursements de celles-ci sans impact sur les cotisations.  Pendant ces années des luttes, l’état et les médias étaient plus préoccupés à organiser un bashing systématique à l'encontre des médecins qu’à les entendre. On les a traités de voleurs, de sexistes, de racistes… Quelque soit le problème de société, on finissait par s’en prendre aux médecins les amenant à rendre de plus en plus leur tablier blessé, dégouté et découragé devant ce harcèlement. Les médecins se suicident deux fois plus que la moyenne nationale et plus de la moitié sont en burn-out.

Cette dérive a cassé la relation médecin-malade qui est le pilier de la relation de soin. Les soignants sont de plus en plus considérés comme des employés de santé de ces organismes qui imposent leur diktat et les détournent de leur mission afin qu’ils remplissent les exigences comptables et administratives. La dégradation de cette relation a entraîné les patients à aborder le soin comme un produit de consommation.

Tout cela a entraîné une dégradation du soin, une souffrance des soignants et une crise des vocations. De moins en moins de médecins cherchent à exercer le soin. Moins de 10% des internes souhaitent s’installer en libéral et de nombreux médecins déplaquent.

En cassant en amont le système libéral, il est de plus en plus difficile de se faire soigner en ville. Les maisons de santé sont vides et ils ne trouvent plus de médecin traitant ni de spécialiste. Tout le territoire est devenu un désert médical avec en tête la région parisienne. Faute de médecin traitant, les patients se rendent de plus aux urgences et font appel à un système hospitalier qui ne peut plus absorber cet excès de patients, ce d’autant qu’il est complètement désorganisé par les multiples réorganisations. Les médecins sont détournés de leur mission pour essayer de sauver leur service avec ces réorganisations à répétition et la tarification T2A. Les services ont perdu leur âme et leur identité avec ses infirmières qui tournent désormais en permanence d’un service à l’autre. Le système est entrain de s'écrouler comme un jeu de domino.

Notre système sanitaire souffre du syndrome de la tranche de jambon.

 

Le syndrome de la tranche de jambon.[2]

Un certain nombre de personnes aiment manger une tranche de jambon. Imaginons que des politiques se penchent sur celle-ci afin de garantir la qualité de celle-ci.

Un gouvernement épris de qualité décidera de retirer la couenne autour de celle-ci.

Le suivant, basant sa politique sur la santé des français dira qu'il est nécessaire de retirer le gras de dedans afin de diminuer les matières grasses dans cet apport alimentaire.

Ensuite, un politique fera remarquer que tous les français n'ont pas la chance de posséder des dents et exigera, dans l'objectif de permettre l'accessibilité de tous à la tranche de jambon, elle sera dorénavant moulinée.

Une écologiste, ayant bien conscience, que l'accès à une eau de bonne qualité est de plus en plus difficile malgré les besoins de s'hydrater pour compenser le réchauffement de la planète demandera que la tranche de jambon soit diluée dans de l'eau.

Au final, la tranche de jambon est devenue une infâme bouillie à la suite de toutes ces nobles et justes intentions.

Voilà comment procèdent nombre de politique apparemment bien intentionnés qui ont une vision parcellaire et dogmatique de la vie.

Le mécanisme de la tranche de jambon[3] fait que l'évaluation des services hospitaliers se fait grâce au paiement à l'acte instauré par Mme Bachelot. Dorénavant, ce qui compte, ce n'est pas le besoin du patient mais le nombre d'actes que fait un médecin afin de rapporter de l'argent à son hôpital. Les conséquences de cette directive est qu'à l'hôpital des médecins sont payés pour coter les actes au lieu de soigner. Les services de cardiologie ne reçoivent plus de personnes souffrant d'insuffisance cardiaque car le traitement ne nécessite pas d'acte. On prescrit des dosages de vitamine D, inutile dans les services de rhumatologie (tout le monde est en déficit) afin d'avoir des actes cotés. Je me souviens d'une patiente médecin qui a eu le droit après une douleur thoracique à une coronarographie et de nombreux autres actes sans qu'on ait pris le temps de lui faire un interrogatoire clinique sur l'histoire de sa maladie et de ses antécédents qui sont le préalable à toute prise en charge. Le mécanisme de la tranche de jambon fait que l'on pratique une médecine industrielle qui est une canada dry de la médecine.

A force de légiférer à tort et à travers, la vie devient impossible. Les médecins ne peuvent plus exercer leur art mais doivent suivre des directives générales qui ne tiennent pas compte des spécificités de chacun. Exercer la médecine, c'est s'occuper de l'exceptionnel.

Malheureusement telle une crue, la crise n’est pas prête d’être endiguée. Pourtant, ce n'est pas faute de l'avoir crié comme l'UFML a pu le faire ces dernières années. Les médecins sont les grognards de la république. Ils grognent mais ils sont fidèles à leur métier et à leur engagement malgré tout ce que l’on dit sur eux. Commençons à vraiment les écouter et on arrivera peut-être à inverser cette triste tendance.

 

 

[1] Groupement hospitalier territorial

[2] Je pratique les thérapies ACT. Le fonds de commerce de ces thérapies est la fabrication de métaphore. En voici une de mon cru que je trouve très fonctionnel.

[3] Un exemple du syndrome de la tranche de jambon est la redistribution des certains actes qui étaient du domaine des gynécologues aux sages-femmes sans concertation pour diminuer les déserts médicaux : possibilité de faire un arrêt de travail après un IVG, etc. En redécoupant les périmètres de façon unilatéral, l'Etat risque de donner de la confusion sans en maitriser les risques et à opposer deux professions qui ont pour objet à travailler ensemble.

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15 mars 2018 4 15 /03 /mars /2018 15:37

Depuis le début des années 70, les hommes se sont mis à exprimer à leur tour un sentiment de plus en plus grand d’insatisfaction corporelle. Ce sentiment est difficilement partageable car il vécu comme honteux et pas socialement acceptable comme l’insatisfaction corporelle féminin. Il est probablement lié à l’essor de l’image et des médias qui impose une pression sociale d’une certaine réussite professionnelle, personnelle que corporelle.

Cette insatisfaction peut prendre la forme du complexe que l’on appelle Le complexe d’Adonis.

Le complexe d’Adonis est un trouble de l’image corporelle chez l’homme décrit par H. G. Pope, médecin psychiatre et qui a fait l’objet d’un livre du même nom en 2000.

Je ne suis pas assez beau. Je ne suis pas assez musclé. Je ne suis pas assez homme. 

Ce trouble entraine une préoccupation physique afin d’atteindre l’image idéal d’un homme mince et musclé. Ce trouble n’est pas officiellement reconnu dans les classification internationnale.

Ces hommes éprouveraient de la honte face à leur physique et auraient ainsi des difficultés à en parler. Ce trouble est à l’origine de troubles du comportement alimentaire et à la consommation de substance comme des anabolisant stéroïdiens.

Cette préoccupation corporelle apparue dans les années 70 augmente progressivement et se traduit par un investissement dans les salles de sport, l’activité physique et une orthorexie.

L’histoire de Scott (cf H. G. Pope)

Les auteurs du livre The Adonis Complex rapportent l’interview de Scott, agé de 25 ans. Sa taille est de 178 cm., son poids est de 83 kg., le taux de graisse corporelle est de 7 %. Son tour de poitrine – 120 cm., son tour de taille – 80 cm. Scott a des abdos parfaits et des épaules puissantes.

« J’ai commencé la musculation au collège. Je me souviens de me regarder dans le miroir et de comprendre que je déteste mon corps faible et mou. J’ai commencé à fréquenter la salle de gym tous les jours, et j’ai suivi un régime alimentaire ayant peur de me transformer à nouveau en un morceau de lard. Les jours où je n’ai pas la possibilité de m’entraîner, j’angoisse. Il me semble que je peux voir mes muscles disparaitre. Quand on est allés en voyage avec ma petite amie il n’y avait pas de salle de gym à l’hôtel et je me suis surpris à m’entraîner dans la chambre même. J’avais pris des haltères avec moi. Ma petite amie me disait souvent que j’avais un comportement anormal, obsédé par mes séances d’entraînement et par mon régime alimentaire. Elle a fini par me quitter bien que je l’aimasse beaucoup. A vrai dire, je pense même qu’elle m’a quitté pour un autre homme plus musclé ».

La thérapie ACT est particulièrement indiqué dans le traitement de l’insatisfaction corporelle. Florian Saffer a proposé une prise en charge dans le livre ACT, applications thérapeutiques coordonnées par le docteur JC Seznec aux éditions DUNOD

Les femmes ne sont pas les seules à souffrir et à commenter leur corps. Comme dans de beaucoup de souffrance, les hommes en parlent moins souvent et accèdent moins au soin.

 

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  • : Espace de créativité, d'échanges et de palabres sur la vie, les humains et la psychologie. Boite à trucs et astuces mais aussi à réflexions
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