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11 avril 2018 3 11 /04 /avril /2018 16:13

Parler des femmes et des hommes est devenu un sujet sociétal sensible voire polémique. Pourtant, il est nécessaire de l’aborder pour bien vivre ensemble, notamment en entreprise. L’objectif est de pouvoir travailler, femmes et hommes, tout en défendant l’égalité des droits et des chances de chacun et en s’enrichissant des spécificités de tous.

 

L’entreprise est constituée d’êtres humains qui participent à son fonctionnement. Elle se doit d’aborder en pleine conscience et de façon engagée le facteur humain pour permettre à chacun de s’épanouir et de donner le meilleur de soi-même au service de l’efficacité de l’entreprise.

Ce débat sur le genre est de plus en plus passionnel au fur et à mesure de sa médiatisation et des affaires. Il est source de nombreuses revendications et sources de batailles qui opposent les individus. Ce débat est souvent instrumentalisé. Il s’appuie parfois sur des argumentations discutables et partiales qui alimentent une guerre des sexes au détriment de tous.

  • L’affaire Weinstein a montré que certaines personnes pouvaient abuser de leur pouvoir professionnel pour avoir des comportements sexuels délictueux. Il a ouvert un espace de paroles et de reconnaissance nécessaires.Cependant, l’entreprise est un espace social où des comportements de séduction et de sexualité peuvent être présent. Il est aussi un lieu fréquent de rencontres amoureuses. Des hommes ont des comportements lourds, vulgaires ou malotrus sans pourtant avoir des comportements criminels et qui ont pu être stigmatisés par la campagne "balance ton porc" à tord. D’autre part, certaines femmes instrumentalisent l’appétence sexuelle des hommes pour négocier leur carrière et leur réussite en connaissance de cause.
  • La mode du pervers narcissique, qui est d’ailleurs un terme qui n’existe qu’en France, a tendance à stigmatiser les hommes. Il s’agit en fait de psychopathes. Ce trouble de la personnalité est dénoncé publiquement principalement chez les hommes alors qu’il touche aussi les femmes. D'ailleurs, dans les plaintes concernant le harcèlement au travail, qui est une pathologie de la relation, on retrouve plus de femmes que d’hommes incriminés.
  • Il est régulièrement mis en avant une différence de salaire entre les hommes et les femmes. La responsabilité est plus complexe qu’une discrimination de la part des hommes. Tout d’abord, aucune entreprise n’a eu à faire face à une action collective du personnel féminin pour corriger un tel décalage alors que c’est possible légalement. En outre, il a été montré que les femmes peuvent intégrer par elles-mêmes des stéréotypes limitants sans intervention de la gente masculine.

Deux livres s’appuyant sur des éléments scientifiques et écrits par des femmes donnent portent un éclairage plus nuancé à ces problématiques :

  • « Penser la violence des femmes » coordonnée par Coline Cardi et Geneviève Pruvost montre, que quoi que l’on en dise, la violence et l’agressivité sont partagés autant par les femmes que par les hommes mais ne fait pas le même traitement sociétal.
  • « Les barrières invisibles dans la vie d’une femme » de Nathalie Rapoport à partir d’éléments scientifiques montrant les différences fonctionnelles entre les hommes et les femmes. Malgré une anatomie cérébrale apparemment semblable, il existe des spécificités à chaque sexe dans le comportement, les émotions et les relations aux autres qui influent sur la façon de vivre et de travailler. Identifier et connaitre ceux-ci permettent de tirer le meilleur de soi-même au service d’un projet et d’un collectif.

 Pour bien vivre ensemble, il est nécessaire de sortir des stigmatisations et des raccourcis à la mode actuellement. La réalité est plus complexe que de classer les femmes en victimes et les hommes en bourreaux dans la vie personnelle et professionnelle.
Ce débat peut être une opportunité pour alimenter un projet d’entreprise autour d’une démarche sur le vivre ensemble et fluidifier les relations sociales. En effet, nous avons tous à faire évoluer notre posture pour que le jeu social se modernise, sans se rigidifier, et s'enrichisse de ce nouvel éclairage.

Cette démarche s’appuie sur un diagnostic autour d’un audit et des préconisations circonstanciées aux besoins et demandes des uns et des autres. Ces préconisations s’appuient sur une juste information et des possibilités d’expression des difficultés afin qu’elles puissent être gérées paisiblement.

Voilà la démarche que je propose aux entreprises autour d’ateliers ou de conférences.

 

 

 

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9 avril 2018 1 09 /04 /avril /2018 20:49

L'entreprise est un lieu de travail, de sueur et parfois de souffrance. C'est aussi un lieu d'échanges, de rencontres et d'épanouissement.

En fait, l’entreprise est un formidable lieu de vie. C’est l’opportunité de participer à des projets, de construire ensemble mais c’est aussi un lieu qui peut s’avérer éprouvant tant pour les hommes que pour le collectif et les structures, ce qui peut user l’engagement de chacun.

La façon dont on regarde l'entreprise et les salariés ne provoque mas la même perception et le même ressenti. En outre, le regard que l'on porte créer une identité et une image.

Avec mon amie, la photographe Frédérique Barraja, nous avons eu envie de jouer de ce regard pour jeter un œil différent et générer des opportunités. Ce projet photographique que nous souhaitons mettre à la disposition des entreprises à comme but d'accompagner les différents temps individuels comme collectifs.

  • Un autre regard pour l’entreprise est un projet photographique qui propose de donner l’opportunité de se rassembler, de construire ou de reconstruire une image personnelle ou collective à travers l’œil expert de notre photographe. En effet, Frédérique Barraja a eu l’occasion de photographier les plus grands comme les plus humbles en s’attachant à révéler la beauté humaine de tous. C’est aussi l’occasion pour chacun de se sentir considéré. Or la considération est un des facteurs majeurs de l’engagement dans un projet collectif.
  • Un autre regard pour l’entreprise peut être utile pour marquer certains événements (fusion, restructuration, inauguration, lancement de projet, séminaire, etc.), pour augmenter le sentiment d’appartenance, pour souder une équipe à travers un regard décalé qui permet à chacun de briller et de garder une trace de son histoire professionnelle. C’est aussi la possibilité de retrouver une image positive de soi dans les périodes de transitions sociales ou d’être un support pour des team buildings.

Notre approche se différencie par l’alliance d’une photographe et d’un consultant psy pour bien définir et répondre aux besoins du monde du travail afin que le projet permette de réconcilier l’épanouissement de l’individu et l’efficacité de l’entreprise.

Pour plus d'informations, contactez nous!

 

 

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31 mars 2018 6 31 /03 /mars /2018 09:23

8ème colloque international de l’Association Parole bégaiement

 

L’Art de « l’ouvrir » : de la peur à l’expression

Dialogue entre une orthophoniste et un psychiatre

Juliette Dechassey – Jean-Christophe Seznec

Juliette : Nous vous proposons un point de vue au travers d'un dialogue entre une orthophoniste et un psychiatre.

Le contexte est le suivant : une personne qui présente un trouble de la fluence, un bégaiement ou un bredouillement, prend rendez vous avec moi, orthophoniste. Lors de notre première rencontre, j'observe qu’elle arrive et se présente avec sa souffrance et ses peurs, bien sûr mais également avec de fortes attentes à mon égard :  le besoin de trouver des solutions rapidement, l'envie d’une méthode pour contrôler, résoudre ou supprimer le problème. Son langage est souvent "guerrier" car elle espère lutter, vaincre, éradiquer ou éliminer le bégaiement. Ce désir de contrôle se comprend aisément car il est intuitif, naturel et valorisé culturellement. La personne qui bégaie pense que c'est la solution et surtout c'est comme cela que l'orthophonie ("remettre la parole droite"!!) lui a été présentée.

Le premier rendez-vous et les séances qui suivront s’inscrivent à contre-courant de ces attentes : nous proposons au patient de s’arrêter, de ralentir, d’observer, de prendre le temps de se rencontrer pour explorer et  voir comment le bégaiement fonctionne dans sa vie et quelles sont les stratégies qui ne fonctionnent plus et le maintiennent "coincé" dans ses difficultés.

Comme nous n'avons pas le pouvoir de supprimer le bégaiement, nous l'invitons alors à s’engager dans un processus actif de changement et à envisager ses difficultés autrement, à changer ses interactions avec le bégaiement… La thérapie ACT s’inscrit dans ce projet-là, Peux-tu nous expliquer comment la thérapie ACT est un outil précieux pour les orthophonistes et peut servir de cadre à cette prise en charge ?

 

Jean Christophe : L’ACT est une thérapie comportementale dite de troisième vague. La première a comme objectif de modifier les comportements selon le modèle de Pavlov, la deuxième de proposer une restructuration cognitive afin de ne pas se laisser parasiter pas des pensées automatiques en proposant des pensées alternatives et la troisième, comme la pleine conscience, est centrée sur les émotions et l’instant présent. L’ACT, ou thérapie de l’acceptation et de l’engagement, c’est agir en fonction de ses valeurs. C’est aussi accepter ce qui est hors de son contrôle personnel pour s’engager dans des actions qui enrichissent notre vie pour une vie pleine qui a du sens, tout en acceptant la douleur qu’elle nous apporte inévitablement. Oui, bégayer peut être source d’inconforts, de difficultés et de douleurs pour soi et l’entourage. Cependant lutter contre risque de générer une double peine émotionnelle qui va aggraver les symptômes. Le piège est de fantasmer et désirer une élocution parfaite qui n’existe pas dans la réalité. La première étape est d’accueillir ce trouble qui se présente à nous pour apprendre à composer avec, l’apprivoiser et le négocier tel un surfeur qui négocie la vague qui se présente à lui.

 

Juliette : La problématique de l’enfant, l’adolescent ou l’adulte qui bégaie s’articule, se maintient et se complexifie autour des stratégies de contrôle mises en place pour ne pas bégayer, pour camoufler le bégaiement. Ces stratégies ont également pour fonction de ne pas faire l’expérience des émotions inconfortables et désagréables en lien avec le bégaiement (comme la honte, la colère, le malaise, le sentiment de perte de contrôle ou de crédibilité et bien sûr l’anxiété).

En ce qui concerne l’anxiété, le patient n’a souvent pas pris le temps de questionner sa peur : il identifie facilement qu’il a peur de s'exprimer, de bégayer ou de la moquerie mais quand il vient la regarder de plus près, quand il a le courage de la regarder dans les yeux, il peut mettre à jour la peur du jugement, des réactions de l'autre et plus profondément, comme disait Joseph Sheehan, la "peur d’être perçu comme quelqu’un qui bégaie". Il parlait aussi d’un « conflit de rôle ».

 

Jean Christophe : Le contrôle de notre intériorité ne fonctionne pas. Nous pouvons contrôler ce qui est à l’extérieur de nous comme mettre un pull quand on a froid mais on ne peut pas contrôler ses pensées et ses émotions. Faites l’expérience : ne pensez pas à un éléphant rose. Immédiatement, on y pense alors que cela n’était pas à notre esprit 5 mn avant. Essayez d’avoir une joie immense dans les 2 mn afin de toucher un million d’euros. Vous n’y arriverez pas. Le contrôle fonctionne comme le syndrome de la savonnette, plus on veut la contrôler plus elle nous échappe. Le problème des parents est que leur métier de parent est un métier difficile et anxiogène. Personne ne sait comment faire. Il s’agit d’un métier d’ajustement contextuel. Alors quand en plus votre enfant bégaie, cela majore l’anxiété de ce métier. Il est donc tentant de mettre tout en place pour essayer de contrôler avec l’envie de demander à votre enfant d’être plus parfait que la moyenne des enfants. Cela crée une pression qui risque de majorer les troubles ou de faire obstacle au traitement. Le métier de parent comme d’orthophoniste est un métier de sherpa pour accompagner l’enfant dans l’apprivoisement de son élocution et l’apprentissage d’un art oratoire. Pour faire cela, il est nécessaire de sortir du résultat qui est source d’anxiété pour se concentrer sur le chemin.

 

Qu’est ce que le conflit de rôle ?

 

Juliette : Joseph Sheehan disait en s’adressant aux personnes qui bégaient : « ta peur de bégayer repose largement sur ta honte et ta hantise du bégaiement. La peur découle également de cette drôle de comédie que tu joues en prétendant que ton bégaiement n’existe pas ». J'évoque ici la personne qui bégaie et qui ne fait pas état de son bégaiement ou de sa difficulté quand elle parle en se comportant comme si de rien n'était. Cette absence de métacommunication peut entraîner une gêne entre les partenaires de l'échange (celui qui écoute ne sait pas comment se comporter et ne sent pas autorisé à aider, ce qui est intuitif en présence d'une personne en difficulté). Peux-tu nous donner ton point de vue sur notre fonctionnement émotionnel et plus particulièrement sur la peur ?

 

Jean Christophe : Les émotions sont des outils adaptatifs. Elles nous informent de nos besoins et nous donnent de l’énergie pour satisfaire nos besoins. Forest Gump a, à un moment, une grosse émotion, il court pendant trois ans pour purger cette émotion. Une fois que cela va mieux, il s’arrête et revient à la maison. Aussi devant une émotion, demandons-nous quel est le besoin qui n’est pas satisfait et que puis-je faire de l’énergie qu’elle procure. Il est aussi nécessaire de savoir si le besoin qui s’exprime et qui n’est pas satisfait est un besoin réel ou un besoin induit parce que l’on a jugé une situation. Beaucoup d’émotions sont dues au fait que l’on juge notre vie et que l’on n’accepte pas la réalité. D’ailleurs dans les 4 accords Toltèques une des attitudes est d’aller à la recherche de la réalité. Enfin, la peur est un sentiment qui se traverse. Le bonheur est toujours de l’autre coté de la peur. Pour utiliser une autre métaphore, lorsque l’on se baigne en Normandie, au début elle est froide ensuite elle est bonne ! Beaucoup de choses sont ainsi. Lorsque l’on s’engage, au début ce n’est pas confortable. Nous devons composer avec des émotions et notre machine à penser qui nous raconte des choses pas toujours agréables qui peuvent faire obstacle, ensuite cela va mieux. A chacun de trouver le courage de traverser les émotions et plus particulièrement la peur. 

 

http://docteur-seznec.over-blog.com/article-ce-que-nous-apprends-forrest-gump-120372683.html

 

Juliette : Quand nous recevons des enfants, notre prise en charge est spécifique dans le sens où la problématique est double : celle de l’enfant et celle des parents. C’est l’enfant qui bégaie mais pas forcément lui qui souffre le plus. L’enfant n’a pas encore peur de bégayer mais ses parents ont peur de son bégaiement. Ils sont souvent très angoissés, se sentent coupables, s’inquiètent pour l’avenir : leur enfant va être moqué, rejeté, ne sera pas heureux.

La prise en charge est double également.

 Les parents sont souvent très investis voire trop dans l’éducation de leur enfant, ils veulent contrôler, être rassurés et se retrouvent très impuissants. Tu utilises une métaphore intéressante pour parler de ce que vivent les parents ?

 

 Jean Christophe : En thérapie ACT, nous utilisons beaucoup les métaphores. Elles éclairent notre chemin.  Une métaphore vaut tous les discours car une fois que l’on a vu, on ne peut plus ne pas plus voir. En outre, elles nous protègent des discours intérieurs qui nous enlisent. En effet, face à des problèmes, nous avons tendance à nous agiter comme on a tendance à s’agiter lorsque l’on est dans un sable mouvant. Cela n’aboutit qu’à s’enfoncer.

Une métaphore classique est celle de la pensée hameçon. Notre cerveau émotionnel est un dealer de pensées et tente de nous attraper en nous proposant des pensées hameçons. Si on mord à elles, on est happé vers des ruminations ou vers une lecture problématique de la vie. Lorsque l’on a un enfant avec des difficultés, notre inquiétude fabrique de nombreuses pensées hameçons catastrophiques à propos d’un futur que l’on ne connait pas. On se noie dans un imaginaire qui n’existe pas au lieu de se concentrer sur le présent.

 

Juliette : Je voudrais te parler des deux axes de la prise en charge orthophonique de la personne qui bégaie car on y retrouve beaucoup d’ingrédients, de ressources et d’illustrations dans ton livre « Savoir se taire, savoir parler »

Ces deux axes sont complémentaires et tous les deux indispensables. Le premier est la dimension technique du soin, dimension instrumentale : quand nous parlons nous sommes à la fois l’instrument et l’instrumentiste. C’est en fait la pratique de l’art oratoire avec le travail sur le débit de la parole, les pauses, la place de la voix, l’expressivité, la posture, la respiration…. L’approche est très fonctionnelle comme dans l’ACT, car nous observons avec le patient ce qui est fonctionnel dans sa communication et sa parole, ce qui l’est moins et mérite d’être assoupli ou entraîné. Nous observons également ce qui est absurde (fausses bonnes solutions) mais assez intuitif et habituel chez la personne qui bégaie comme forcer ou accélérer au moment des blocages, baisser la voix au risque qu’on lui demande de répéter, faire comme si de rien n’était ou se taire …

J’aimerai que tu nous donnes des conseils pour mieux « l’ouvrir », négocier et surfer la peur de parler, pour reprendre tes expressions.

 

Jean Christophe : L’art de l’ouvrir consiste à accueillir ce qui vient, l’assumer pour en jouer. On dit en ACT qu’il faut regarder la vie comme un coucher de soleil et non comme un problème. Une autre façon de voir les choses est la métaphore du surf : les événements de vie et les émotions sont comme des vagues que nous ne contrôlons pas et qui se proposent à nous. Si nous ne voulons pas nous noyer dans la lutte ou finir comme Brice de Nice coincé sur la plage, nous avons à nous engager dans la mer en « voulant la vague » pour la négocier comme un surfeur dans la direction de ce qui est important pour nous. Le clown est un surfeur free style de l’instant. Il joue et crée de tout ce qu’il est et de tout ce qui se propose à lui. Dans, le fameux documentaire « Tout va bien, le premier commandement du clown », un enseignant en clown dit que « l’on aime l’on admire les acrobates et que l’on aime les clown ». Je ne sais pas vous mais moi je préfère être aimé qu’admirer. Or le clown est riche de ses imperfections, de ses bévues, de ses bides et c’est pour cela que l’on l’aime. On en rit pas de lui de moquerie mais de tendresse. Les techniques de clown sont des techniques intéressantes pour sortir de l’importance de la rééducation orthophonique pour en faire un chemin qui vaut autant que la direction que l’on prend. En outre, elle permet de s’émanciper du résultat qui ne peut qu’induire de l’anxiété.

 

Juliette : L’autre axe est la dimension « acceptation, désensibilisation » où nous accompagnons le patient vers la possibilité de ressentir du plaisir à parler, discuter, débattre AVEC le bégaiement.

Accepter ne veut pas dire être content de bégayer et il n’y a plus rien à faire ! Le bégaiement  est là et déjà là, le patient peut alors le regarder non pas comme un obstacle à son évolution vers la parole qu'il aimerait avoir mais comme un ingrédient de l’amélioration de son aisance dans la conduite de sa parole…  AVEC le bégaiement pourquoi pas ou dans un un premier temps!  Nous l'invitons à considérer le bégaiement comme  tu as conseillé de lire les émotions : écouter et comprendre que le bégaiement vient parler des besoins de la parole : besoin de douceur, de ralentir, de mettre du rythme. Tout comme la peur de bégayer est une invitation à se sécuriser, à la prudence.

Nous l’entraînons à parler de son bégaiement, à l'annoncer lors d'un oral, d'un entretien ou d'un exposé, à s’exposer aux situations qu’il redoute et à comprendre que la confiance en soi vient quand on ose faire ce qui est important pour soi alors que c’est difficile…. Personnellement, quand je commence à aborder le fait que parler du bégaiement va soulager, dissiper la peur et la honte, créer de la sympathie dans l’échange, le patient réagit souvent en me disant « C'est trop compliqué!! C’est afficher une faiblesse !!!!». Qu’est-ce que tu répondrais toi ? ou qu’est-ce que cela t’inspire ?

 

Jean Christophe : Une de mes amies clowns regrettait de ne pas avoir plus de défauts pour pouvoir nourrir son clown. Nos échanges ont fait que nous avons choisi de faire un livre qui s’intitule « Pratiquer l’ACT par le clown » chez Dunod pour partager de nombreux exercices pour jouer de soi et gagner en flexibilité psychologique.

Notamment, Attention à la machine à comparer qui fait que l’on compare son arrière cuisine à la vitrine des personnes que l’on croise. La première étape est d’apprendre à assumer et oser le dire et le partager pour qu’un non-dit ne devienne pas un problème. Voilà j’assume et je partage avec le sourire que je souffre de bégaiement et que je vais faire le mieux possible dans son contexte. Lorsque l’on croise des personnes bienveillantes cela permet de les faire s’ouvrir émotionnellement pour qu’elles aient un regard de tendresse et non un regard de jugement. Les gens sont en miroir de notre attitude.

 

Juliette : Nous n’avons pas encore parlé du fait qu’une grande partie de nos difficultés viennent et se maintiennent de notre impulsivité, c’est le moment de parler de pleine conscience non ?

 

Jean Christophe : En méditation, on dit qu’il faut méditer 15 mn par jour mais quand on n’a pas le temps, il faut méditer 1 heure. Les émotions nous amènent à accélérer car elles ont été mises en place chez l’homme préhistorique pour échapper au tigre à dents de sabres. Maintenant, à ma connaissance, il n’en n’existe plus. Aussi, prenons le temps de ralentir et voir même de commencer à parler et échanger par un silence. Ce silence permet de prendre pleine conscience de l’instant, de se connecter à soi, à son expérience sensorielle et à l’autre pour choisir comment on va s’exprimer selon les circonstances et ses capacités. L’impulsivité fait que les mots vont se bousculer et déborder dans tout les sens. Les vertus du silence et de la pleine conscience ont motivé l’écriture de mon dernier livre avec le metteur en scène Laurent Carouana « Savoir se taire, savoir Parler » aux éditions InterEditions.

 

 

 

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29 mars 2018 4 29 /03 /mars /2018 10:22

Les dermatoses inflammatoires sont des maladies invalidantes physiquement et psychiquement. Elles sont à l’origine d’un handicap social. Le patient se retrouve à faire face à une pathologie visible, à l’origine de réactions de la part des gens qu’il côtoie et d’un prurit parfois douloureux. Les objectifs de la prise en charge sont de traiter les lésions pour essayer de les blanchir et d’apprendre à accepter et à composer avec cette pathologie. En outre, la recherche actuelle montre que ces pathologies sont le haut de l’iceberg de maladies systémiques inflammatoires. D’ailleurs, les nouvelles thérapies sont des biothérapies.

La pratique de la pleine conscience pour ces patients est un outil complémentaire qui trouve toute sa place. En effet, elle permet à la fois au patient de sortir de la lutte, de travailler l’acceptation mais elle a aussi un impact sur notre système inflammatoire.

 

La pleine conscience est une pratique psychothérapie développée par Jon Kabat-Zinn à l’université médicale du Massachussetts.

Il s’agit d’une forme de méditation qui vise à développer un certain état de conscience. Celui -ci consiste à porter intentionnellement son attention au moment présent sur l’expérience qui se déploie moment après moment sans la juger. Il s’agit de faire l’expérience de ce qui se présent en nous avec ouverture afin de l’explorer sans ne la juger ni la commenter : perceptions à l’aide de nos 5 sens, nos sensations corporelles, nos émotions, nos pensées

Jon Kabat-Zinn a développé cette pratique au sein de la clinique de réduction du stress qu’il a fondé. En effet, médecin, il s’est intéressé aux relations corps/esprit pour la guérison, et sur les diverses applications cliniques d'entraînement de méditation de la pleine conscience (mindfulness) pour les personnes atteintes de douleurs chroniques et/ou de désordres associés au stress. Kabat-Zinn a commencé à enseigner la réduction du stress basée sur la pleine conscience (Mindfulness-Based Stress Reduction, MBSR) à la clinique de réduction du stress en 1979. MBSR est un cours de huit semaines qui combine la méditation et le hatta yoga pour aider les patients à faire face au stress, à la douleur, et à la maladie en utilisant la conscience de l'instant présent instant après instant. Une telle pleine conscience aide les participants à utiliser leurs ressources intérieures pour obtenir bonne santé et bien-être. Kabat-Zinn et ses collègues ont étudié les effets de la pratique de la conscience de l'instant présent instant après instant sur le cerveau, et comment il traite les émotions en particulier lors du stress, ainsi que sur le système immunitaire.

Actuellement, il existe deux principaux protocoles de pleine conscience en utilisé en thérapie :

- Meditation Based Cognitive Thérapy (MBCT) qui a fait ses preuves dans la prévention de la rechute dépressive

- Meditation Based Stress Reduction (MBSR) qui est utilisée dans le traitement du stress et des pathologies associées.

Ces deux protocoles durent 8 semaines en suivant un programme normé et validé. Cela consiste en une séance collective par semaine animée par un instructeur et des exercices d’une durée d’une heure par jour à faire chaque jour entre les séances. Pour obtenir le titre d’instructeur, il est nécessaire de faire une formation spécifique qui sera validé par l’Association pour le Développement de la Méditation (ADM).

Il existe de nombreuses études scientifiques montrant l’effet de la méditation sur la réactivité émotionnelle et cognitive, la flexibilité cognitive, la rumination, l’auto compassion et la pleine conscience mais aussi sur la douleur, l’anxiété, la dépression, les maladies cardio-vasculaires, les troubles alimentaires, le stress.

De plus, différentes études ont montré l’impact de la pleine conscience sur le fonctionnement cérébral et sur l’immunité, notamment chez des personnes souffrant de cancer

Différentes méta-analyses ont révélé des preuves provisoires que la méditation de pleine conscience est associée à des changements dans certains biomarqueurs de l'activité du système immunitaire. En utilisant les critères de trois ECR ou plus montrant que la méditation de pleine conscience a au moins un effet de tendance-niveau ou dose-dépendante sur les paramètres immunitaires, il a été identifié les effets liés à la médiation de pleine conscience pour les quatre paramètres suivants : facteur NF-kB, réduction des taux circulants de CRP, augmentation du nombre de lymphocytes T CD4 + (chez les individus diagnostiqués avec le VIH) et augmentation de l'activité de la télomérase. En revanche, des découvertes nulles ou un manque d'effets répliqués ont été trouvés pour les anticorps (IgA, IgG, influenza), les interleukines (IL-1, IL-6, IL-8, IL-10), IFN, TNF, et diverses mesures de nombre de cellules.

Ces résultats ouvrent des perspectives de recherche pour proposer l’utilisation de la pleine conscience dans les maladies inflammatoires notamment en dermatologie.

En effet, dans les maladies telles que le psoriasis, il existe un lourd impact psychologique de cette pathologie sur l’humeur, l’anxiété et la qualité de vie de ces patients. Non seulement la pleine conscience pourrait améliorer le vécu de cette pathologie par les patients mais aussi agir sur les facteurs immunitaires sous-jacents. Il s’agit de proposer désormais aux patients une approche intégrative du soin alliant des approches pharmacologiques et psychothérapiques ayant fait leur preuve afin d’agir autant sur le corps que sur l’esprit. D’ailleurs, Jon Kabat-Zinn a montré tout l’intérêt de la pleine conscience dans le psoriasi dès 1998.

 

Gu J. et al : How do mindfulness-based cognitive therapy and mindfulness based stress reduction improve mental health and wellbeing ? a systematic review and meta-analysis of meditation studies. Clinical psychology reviex 37 (2015) 1-2.

Grossman P. et al : Mindfulnessbased stress reduction and health benefits. A meta-analysis. Journal of psychosomatic research 57 (2004) 35-43

Kabat-Zinn J, Wheeler E, Light T, Skillings A, Scharf MJ, Cropley TG, Hosmer D, Bernhard JD : Influence of a mindfulness meditation-based stress reduction intervention on rates of skin clearing in patients with moderate to severe psoriasis undergoing phototherapy (UVB) and photochemotherapy (PUVA). Psychosom Med. 1998 Sep-Oct; 60(5):625-32.

 

 

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21 mars 2018 3 21 /03 /mars /2018 22:19

La crise sanitaire s’installe doucement et surement comme une crue monte pour tout détruire sur son passage malgré toutes les alertes proférées par les soignants.

En effet, cela fait plusieurs années que les soignants, et plus particulièrement les médecins, sont en lutte contre la dérive administrative et comptable de notre système de santé organisée par l’Etat, la CPAM et les ARS. L’accélération de cette dérive s’est effectuée sous le ministère de Marisol Touraine avec l’instauration du tiers payant et la nième réorganisation hospitalière en GHT[1]. Elle en a profité pour faire des cadeaux incroyables aux mutuelles en obligeant toutes les entreprises à souscrire une mutuelle qu’elles imposent à leur salarié quelque soit sa qualité et en plafonnant les remboursements de celles-ci sans impact sur les cotisations.  Pendant ces années des luttes, l’état et les médias étaient plus préoccupés à organiser un bashing systématique à l'encontre des médecins qu’à les entendre. On les a traités de voleurs, de sexistes, de racistes… Quelque soit le problème de société, on finissait par s’en prendre aux médecins les amenant à rendre de plus en plus leur tablier blessé, dégouté et découragé devant ce harcèlement. Les médecins se suicident deux fois plus que la moyenne nationale et plus de la moitié sont en burn-out.

Cette dérive a cassé la relation médecin-malade qui est le pilier de la relation de soin. Les soignants sont de plus en plus considérés comme des employés de santé de ces organismes qui imposent leur diktat et les détournent de leur mission afin qu’ils remplissent les exigences comptables et administratives. La dégradation de cette relation a entraîné les patients à aborder le soin comme un produit de consommation.

Tout cela a entraîné une dégradation du soin, une souffrance des soignants et une crise des vocations. De moins en moins de médecins cherchent à exercer le soin. Moins de 10% des internes souhaitent s’installer en libéral et de nombreux médecins déplaquent.

En cassant en amont le système libéral, il est de plus en plus difficile de se faire soigner en ville. Les maisons de santé sont vides et ils ne trouvent plus de médecin traitant ni de spécialiste. Tout le territoire est devenu un désert médical avec en tête la région parisienne. Faute de médecin traitant, les patients se rendent de plus aux urgences et font appel à un système hospitalier qui ne peut plus absorber cet excès de patients, ce d’autant qu’il est complètement désorganisé par les multiples réorganisations. Les médecins sont détournés de leur mission pour essayer de sauver leur service avec ces réorganisations à répétition et la tarification T2A. Les services ont perdu leur âme et leur identité avec ses infirmières qui tournent désormais en permanence d’un service à l’autre. Le système est entrain de s'écrouler comme un jeu de domino.

Notre système sanitaire souffre du syndrome de la tranche de jambon.

 

Le syndrome de la tranche de jambon.[2]

Un certain nombre de personnes aiment manger une tranche de jambon. Imaginons que des politiques se penchent sur celle-ci afin de garantir la qualité de celle-ci.

Un gouvernement épris de qualité décidera de retirer la couenne autour de celle-ci.

Le suivant, basant sa politique sur la santé des français dira qu'il est nécessaire de retirer le gras de dedans afin de diminuer les matières grasses dans cet apport alimentaire.

Ensuite, un politique fera remarquer que tous les français n'ont pas la chance de posséder des dents et exigera, dans l'objectif de permettre l'accessibilité de tous à la tranche de jambon, elle sera dorénavant moulinée.

Une écologiste, ayant bien conscience, que l'accès à une eau de bonne qualité est de plus en plus difficile malgré les besoins de s'hydrater pour compenser le réchauffement de la planète demandera que la tranche de jambon soit diluée dans de l'eau.

Au final, la tranche de jambon est devenue une infâme bouillie à la suite de toutes ces nobles et justes intentions.

Voilà comment procèdent nombre de politique apparemment bien intentionnés qui ont une vision parcellaire et dogmatique de la vie.

Le mécanisme de la tranche de jambon[3] fait que l'évaluation des services hospitaliers se fait grâce au paiement à l'acte instauré par Mme Bachelot. Dorénavant, ce qui compte, ce n'est pas le besoin du patient mais le nombre d'actes que fait un médecin afin de rapporter de l'argent à son hôpital. Les conséquences de cette directive est qu'à l'hôpital des médecins sont payés pour coter les actes au lieu de soigner. Les services de cardiologie ne reçoivent plus de personnes souffrant d'insuffisance cardiaque car le traitement ne nécessite pas d'acte. On prescrit des dosages de vitamine D, inutile dans les services de rhumatologie (tout le monde est en déficit) afin d'avoir des actes cotés. Je me souviens d'une patiente médecin qui a eu le droit après une douleur thoracique à une coronarographie et de nombreux autres actes sans qu'on ait pris le temps de lui faire un interrogatoire clinique sur l'histoire de sa maladie et de ses antécédents qui sont le préalable à toute prise en charge. Le mécanisme de la tranche de jambon fait que l'on pratique une médecine industrielle qui est une canada dry de la médecine.

A force de légiférer à tort et à travers, la vie devient impossible. Les médecins ne peuvent plus exercer leur art mais doivent suivre des directives générales qui ne tiennent pas compte des spécificités de chacun. Exercer la médecine, c'est s'occuper de l'exceptionnel.

Malheureusement telle une crue, la crise n’est pas prête d’être endiguée. Pourtant, ce n'est pas faute de l'avoir crié comme l'UFML a pu le faire ces dernières années. Les médecins sont les grognards de la république. Ils grognent mais ils sont fidèles à leur métier et à leur engagement malgré tout ce que l’on dit sur eux. Commençons à vraiment les écouter et on arrivera peut-être à inverser cette triste tendance.

 

 

[1] Groupement hospitalier territorial

[2] Je pratique les thérapies ACT. Le fonds de commerce de ces thérapies est la fabrication de métaphore. En voici une de mon cru que je trouve très fonctionnel.

[3] Un exemple du syndrome de la tranche de jambon est la redistribution des certains actes qui étaient du domaine des gynécologues aux sages-femmes sans concertation pour diminuer les déserts médicaux : possibilité de faire un arrêt de travail après un IVG, etc. En redécoupant les périmètres de façon unilatéral, l'Etat risque de donner de la confusion sans en maitriser les risques et à opposer deux professions qui ont pour objet à travailler ensemble.

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15 mars 2018 4 15 /03 /mars /2018 15:37

Depuis le début des années 70, les hommes se sont mis à exprimer à leur tour un sentiment de plus en plus grand d’insatisfaction corporelle. Ce sentiment est difficilement partageable car il vécu comme honteux et pas socialement acceptable comme l’insatisfaction corporelle féminin. Il est probablement lié à l’essor de l’image et des médias qui impose une pression sociale d’une certaine réussite professionnelle, personnelle que corporelle.

Cette insatisfaction peut prendre la forme du complexe que l’on appelle Le complexe d’Adonis.

Le complexe d’Adonis est un trouble de l’image corporelle chez l’homme décrit par H. G. Pope, médecin psychiatre et qui a fait l’objet d’un livre du même nom en 2000.

Je ne suis pas assez beau. Je ne suis pas assez musclé. Je ne suis pas assez homme. 

Ce trouble entraine une préoccupation physique afin d’atteindre l’image idéal d’un homme mince et musclé. Ce trouble n’est pas officiellement reconnu dans les classification internationnale.

Ces hommes éprouveraient de la honte face à leur physique et auraient ainsi des difficultés à en parler. Ce trouble est à l’origine de troubles du comportement alimentaire et à la consommation de substance comme des anabolisant stéroïdiens.

Cette préoccupation corporelle apparue dans les années 70 augmente progressivement et se traduit par un investissement dans les salles de sport, l’activité physique et une orthorexie.

L’histoire de Scott (cf H. G. Pope)

Les auteurs du livre The Adonis Complex rapportent l’interview de Scott, agé de 25 ans. Sa taille est de 178 cm., son poids est de 83 kg., le taux de graisse corporelle est de 7 %. Son tour de poitrine – 120 cm., son tour de taille – 80 cm. Scott a des abdos parfaits et des épaules puissantes.

« J’ai commencé la musculation au collège. Je me souviens de me regarder dans le miroir et de comprendre que je déteste mon corps faible et mou. J’ai commencé à fréquenter la salle de gym tous les jours, et j’ai suivi un régime alimentaire ayant peur de me transformer à nouveau en un morceau de lard. Les jours où je n’ai pas la possibilité de m’entraîner, j’angoisse. Il me semble que je peux voir mes muscles disparaitre. Quand on est allés en voyage avec ma petite amie il n’y avait pas de salle de gym à l’hôtel et je me suis surpris à m’entraîner dans la chambre même. J’avais pris des haltères avec moi. Ma petite amie me disait souvent que j’avais un comportement anormal, obsédé par mes séances d’entraînement et par mon régime alimentaire. Elle a fini par me quitter bien que je l’aimasse beaucoup. A vrai dire, je pense même qu’elle m’a quitté pour un autre homme plus musclé ».

La thérapie ACT est particulièrement indiqué dans le traitement de l’insatisfaction corporelle. Florian Saffer a proposé une prise en charge dans le livre ACT, applications thérapeutiques coordonnées par le docteur JC Seznec aux éditions DUNOD

Les femmes ne sont pas les seules à souffrir et à commenter leur corps. Comme dans de beaucoup de souffrance, les hommes en parlent moins souvent et accèdent moins au soin.

 

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4 mars 2018 7 04 /03 /mars /2018 10:07

Une géographie des patients mobile et en constante évolution

La réalité de nos patients a changé. Leur vie ou leur travail les amène à une plus grande mobilité. La géographie des patients a évolué, les demandes de soin aussi. L’offre de soin se doit de s’adapter au contexte actuel :

  • De plus en plus d’étudiants partent faire des stages pour plusieurs mois à l’étranger au cours de leurs cursus. Ces stages sont souvent obligatoires et intégrés dans leur formation.
  • De nombreux français travaillent à l’étranger et ont une mobilité internationale.
  •  Dans certaines régions de France, il est difficile de trouver le spécialiste adéquat dans telle ou telle pathologie ou technique psychothérapeutique. Pour ma part, je suis sollicité de toute la France pour la prise en charge de la trichotillomanie.
  • La crise des vocations à l’exercice de la médecine et la mauvaise gestion de nos instances font que de plus en plus de zones se retrouvent en pénurie de médecin.
  • Le rythme professionnel et les temps de transport font qu’il est parfois difficile de trouver le médecin dont le planning est congruent aux contraintes de vie.
  • Certaines situations rendent les déplacements difficiles : pb du postpartum chez une mère multipare, phobies, etc.

Toutes ces personnes sont aussi de potentielles patients ayant besoin de soin et de consulter un psychiatre dans les meilleures conditions. Les psychiatres se retrouvent de plus en plus confrontés à des situations sociales et géographiques où l’organisation des soins classique ne répond plus aux besoins du monde actuel.

 

De nouvelles possibilités technologiques disponible

En parallèle, l’évolution de la technologie et du numérique offrent des possibilités de communications et d’échanges de plus en plus variées. De nombreux professionnels ont saisi cette évolution technologique pour adapter leur offre : Les coachs pratiquent leur métier aussi en ligne, des entreprises de soutien scolaire comme Acadomia ont une offre en ligne, etc.

Le numérique est devenu un espace de communication banal et familier pour les jeunes générations.

De plus en plus de psychothérapeutes ont, eux aussi, saisi l’opportunité du numérique pour répondre aux besoins de leurs patients dans un cadre d’une qualité disparate. De nombreux psychothérapeutes, psychologues ou psychiatres se sont mis à consulter spontanément par Skype pour élargir leur offre ou pour répondre aux besoins de leurs patients. Pour les médecins, ces consultations sur le net sont hors la loi au regard de l’ordre des médecins et ne peuvent pas faire l’objet de remboursement sécu pour la CPAM. Pourtant ces consultations existent et ne peuvent qu’augmenter face à la demande et aux contraintes évoquées.

 

 

Une clinique en évolution pour des consultations interactives

La télé-consultation  permet un autre type de relation pouvant être particulièrement créative. En effet, nous avons accès à l’intimité des patients en observant l’environnement qui les entourent. Il est possible de visiter leur logement en bougeant l’ordinateur. Un ami pédo-psychiatre m’a fait part comment les enfants partagent leur chambre et lui montre leurs jouets. Il est possible d’accompagner des patients phobiques qui ont des difficultés à sortir de chez eux à travers des exercices appropriés ou faire des expositions à distance en thérapie comportementale et cognitive.

 

 

Une adaptation de l’offre des soins nécessaires mais dans des conditions réfléchies

Face à cette évolution et à cette adaptation, il est nécessaire d’accompagner cette évolution sociétale et de « penser » cette nouvelle offre de soin afin de garantir le cadre éthique et déontologique tout en prévenant les risques médico-légaux. De plus, il est nécessaire que les médecins s’approprient en premier ces outils pour définir leur utilisation avant que ceux-ci soient dévoyés dans une utilisation commerciale mettant en péril la relation de soin et le secret médical ou une organisation administrative mortifère.

A côté de cette évolution technologique et des besoins, la France vit une crise sanitaire qui ne va qu’en s’aggravant avec l’évolution de la pyramide des âges des médecins. La déviance administrative et comptable de la santé orchestrée par les ARS[1] et la CPAM ont généré une crise de la vocation chez les soignants. Malgré un grand nombre de soignants en France, il est de plus en plus difficile d’avoir un médecin traitant ou une consultation chez un spécialiste. En outre, en dégradant l’image de soignant, ces instances ont transformé la relation de soin en une relation consumériste qui détériore le soin.

 

Quelles sont les conditions du succès ?

La télé-consultation se doit de se développer dans un contexte éthique et déontologique précis :

  • Elle ne doit pas retirer des soignants du terrain. Elle ne peut-être qu’un complément de l’offre de soin pour les patients et les soignants selon le contexte de chacun.
  • Elle fait l’objet d’un contrat de soin entre le médecin et le patient et ne doit pas être un acte de consommation d’un service en ligne.
  • Elle est à la disposition de médecins ayant une activité médicale de cabinet.
  • Elle ne doit pas être systématique mais dans des indications précises et évaluées.
  • Elle nécessite une déclaration à la CNIL dans le cadre d’un contrat avec l’ARS.
  • Sur la première page, des informations claires doivent être affichées en cas d’idées noires ou d’urgence pour aiguiller les patients sur la marche à suivre.
  • Une procédure doit être définie pour les patients perdus de vue ou qui n’ont pas honoré leurs consultations.
  • Les médecins doivent garder la maîtrise de cet outil et ses indications.

 

L’expérience Doctoconsult

Doctoconsult est la première plateforme ayant eu l’agrément du conseil de l’ordre, de l’ARS et de la CPAM. Elle permet d’avoir des consultations privées dans les mêmes conditions qu’au cabinet. Dans ce contexte, de jolies histoires thérapeutiques ont déjà eu lieu. Pour ma part, Doctoconsult m’a permis de suivre une danseuse souffrant de TCA en Angleterre, un étudiant ayant des difficultés à s’adapter au Japon, une étudiante s’étant fait agresser lors d’un stage à l’étranger, une patiente déprimée en Palestine, des patients souffrant de trichotillomanie aux quatre coins de la France, des personnes souffrant de TCA ne trouvant pas de psychiatres spécialistes autour de chez eux, des cadres supérieurs en déplacements fréquents et aux horaires incertains, des sportifs de haut-niveau, de nombreux patients ne pouvant pas faire deux heures de transport pour me consulter et de nombreuses autres histoires. Il m’est parfois arrivé de dire que la consultation par visioconsultation n’était pas adaptée ou qu’elle ne fonctionnait pas pour des problèmes techniques ou des difficultés pathologiques qui nécessitaient une prise en charge en face à face.

De nombreux patients ont bénéficié via la téléconsultation d’opportunité de soins que la médecine classique n’aurait pas pu leur proposer.  La brider serait mettre de nombreux thérapeutes la pratiquant hors-la-loi. En outre, c'est aux médecins d'accompagner cette évolution technologique et non des assureurs, des mutuelles ou toute autre entreprise commerciale.

 

 

Elargir l’offre de soin sous la direction des seuls médecins

L’objectif de ces outils n’est pas de remplacer les consultations dans le monde réel mais d’élargir l’offre de soin afin de tenir compte des contextes de chacun ainsi que de l’évolution technologique. L’avenir de la téléconsultation reste malgré tout incertain en considération des risques de contrôle de cet outil par les instances ou d’une évolution consumériste. Soignants, nous devons tous être solidaires et vigilants à bien développer cette opportunité de soin créative et moderne qui répond à des situations cliniques du quotidien. C'est aux médecins de s'approprier cet outil et de le développer.

 

 

 

 

 

 

[1] Agence Régionale de Santé

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25 février 2018 7 25 /02 /février /2018 11:25

Alors que le nombre de médecin en burn out augmente régulièrement, que leur est-il proposé pour reprendre une activité professionnelle ? Pas grand-chose... Pourtant, après un arrêt de travail, il est essentiel de retrouver les chemins de la qualité de vie au travail. Des pistes à explorer avec le Dr Jean-Christophe Seznec co-auteur du livre « Réussir son retour au travail ».

 

Le Quotidien : Comment expliquer le nombre élevé de médecins en burn out ?

Dr Jean-Christophe Seznec : Aujourd’hui, l’Etat – et plus globalement la société – n’a aucun amour pour les médecins. Les tutelles s’adressent à eux avec des propos administratifs, hors de la réalité, sans tenir compte des conséquences de décisions réglementaires et bureaucratiques sur la qualité de travail et de vie des médecins. Et on assiste à une fuite en avant Etatique pour répondre aux besoins d’un système de santé dont la qualité se dégrade de plus en plus vite.

Les soignants sont pris en étau entre un Etat qui leur demande toujours plus et des patients qui préfèrent désormais la relation virtuelle à la relation humaine. Pleins de croyances – souvent fausses et relayées par Internet et les médias – ils viennent déverser leurs souffrances chez le médecin en le harcelant, l’agressant.

L’exemple récent de la crise du Levothyrox ® est l’illustration de la position de porte-à-faux dans laquelle l’administration met les médecins vis-à-vis des patients. Face à des consommateurs de soins exigeants et inquiets, les médecins n’ont pas eu les moyens de répondre aux interrogations ne disposant pas d’informations des tutelles ni des laboratoires. Après avoir dépensé de l’énergie à tenter de rassurer les utilisateurs, ils se sont retrouvés mis en échec dans leur démarche de réassurance par la Ministre qui a annoncé le retour à l’ancienne formulation.

Les médecins sont aujourd’hui des victimes de la déliquescence des liens sociaux.

Pourtant, ce sont les « grognards de la République », ceux qui sont toujours prêts à suivre les ordres même si c’est en grognant.

Ils sont prêts à donner énormément et, dans les faits, ils donnent énormément. Mais ce sont de sentimentaux, ils ont besoin qu’on les aime un peu.

 

Le Quotidien : Les médecins vivent-ils des difficultés particulières à la reprise du travail après un épisode de burn out ?

Dr JC S : Les médecins vivent la plupart du temps « le nez dans le guidon ». Ils sont tellement engagés dans leur vie professionnelle qu’ils ne prennent pas de temps de réfléchir à des choses essentielles : leurs valeurs, celles qui les ont conduites à choisir des études de médecine ; leurs possibilités de carrière ; les choix qu’ils sont prêts à consentir pour travailler et vivre mieux… Ces passionnés oublient d’organiser des espaces personnels et intimes nécessaires à la récupération mentale d’un métier éprouvant.

Pourtant, tous ces sujets doivent être abordés car si le médecin reprend de la même façon l’activité professionnelle qui l’a conduit à un burn-out, il présente tous les risques de rechute. La reprise doit être planifiée, car aux mêmes causes peuvent aboutir les mêmes effets.

Désormais, les médecins ont à prendre conscience qu’ils ont la possibilité de vivre plusieurs vies professionnelles libérales ou salariées. L’exercice du soin est vaste, beaucoup plus vaste que le pensent la plupart des praticiens.

 

 

Le Quotidien : Certaines personnalités auront-elles plus de mal à se replonger dans l’exercice de la médecine ?

Dr JC S : Le burn-out est un trouble de l’adaptation personnelle aux conditions extérieures. Certaines personnalités sont plus à risque, il s’agit des premiers de classe, des perfectionnistes qui veulent toujours bien faire leur travail.

Aujourd’hui, il est difficile et rarement fonctionnel pour un médecin de garder ses exigences de perfectionnisme. Et c’est être peu réaliste que d’imaginer que même si les autres n’y arrivent pas, nous, parce que nous sommes différents, pourrons y arriver.

Le médecin perfectionniste s’épuise dans un monde du travail qui ne correspond pas à l’idée qu’il se faisait du métier quand il a débuté ses études. La médecine est devenue plus administrative, plus contraignante. Elle use ces passionnés. D’autant que le médecin perfectionniste, pour trouver le temps de continuer à examiner ses patients comme ses valeurs lui imposent de le faire, va rapidement se mettre en surrégime et s’épuiser.

Vivre cette situation de conflit de valeurs entre celles portées par le médecin et celles imposées par l’Etat ou véhiculées par la société est une source de souffrance intense.

 

Le Quotidien : Que peut-on leur conseiller avant la reprise ?

Dr JC S : De se faire aider car il est parfois difficile d’accepter que la vie soit faite de renoncements pour s’adapter à une réalité sociale. Aujourd’hui, la notion de burn out des médecins a été médiatisée mais on leur offre encore que très peu de solutions d’accompagnement à la reprise. Pourtant, le burn-out est bien souvent vécu comme l’échec d’une vocation, d’un choix de vie.

Avant même de prendre une activité professionnelle, le médecin doit s’interroger : Pourquoi fais-je ce métier ? Quel est son sens ? Comme puis l’exercer ?

Une fois que le médecin a défini ses valeurs, il cherchera comment les adapter à la réalité du contexte. Et pour cela, il analysera la réalité de son exercice. Il n’est pas obligatoire de renoncer à ses valeurs pour éviter le burn out, mais il est indispensable d’analyser comment s’en rapprocher et comment les décliner.

Par exemple, si l’humanisme et la bienveillance sont essentiels, il n’est pas nécessaire de s’y référer de manière rigide : il y a 10 000 manières d’aider les gens, sans y perdre une qualité de vie nécessaire à sa santé pour bien soigner.

Mais pour accepter ce constat – qui parfois implique une réorientation de carrière – cela demande à faire preuve de souplesse, de créativité, de flexibilité psychologique. Ainsi, la question financière doit être abordée car il est important de savoir quel coût le médecin est prêt à payer pour s’adapter au contexte qu’il vit. Il ne faut pas occulter les enjeux financiers (prêts, études des enfants…) mais toujours se rappeler qu’il ne s’agit pas de l’élément primordial dont a besoin un être humain dont la vie nécessite de l’amour, de l’amitié, de l’attention, les passions…

 

Encadré : les 3 chemins possible pour définir sa reprise

-Rester fidèle à soi même

Le médecin est souvent un être entier qui s’engage. Il est cependant possible de décliner ses comportements tout en restant en contact de ses valeurs en tenant compte de la réalité qui l’entoure. Il aura à bien définir les valeurs qui l’animent pour choisir sa route et sortir de la soumission. Plusieurs chemins mènent à Rome !

-Brises et chaines et tenir debout

Prendre soin de soi, observer et se réajuster dans ses attitudes et ses postures.  Il existe un savoir-faire pratique pour prendre au jour le jour soin de soi et ne pas s’user au travail.

-Droit dans ses bottes

Qu’il soit salarié ou libéral, le médecin peut disposer d’aides pratiques et juridiques à la reprise. Il lui est possible d’être aidé pour quitter son emploi, aménager son temps de travail, acquérir de nouvelles formations, mettre en place des projets personnels… Pour cela des professionnels de la formation, de l’analyse des compétences, des bassins d’emplois, des besoins en professionnels de santé, de l’emploi des cadres ou du droit des salariés et des libéraux peuvent être contactés directement ou par le biais des organisation professionnelles ou salariales.

 

 

 

Réseau RPBO, réseau indépendant de professionnels de la reconstruction post burn out. www.RPBO.fr

Bataille S et coll. Réussir son retour au travail. Bien organiser sa qualité de vie professionnelle après un burn out ou une longue absence. Ed InterEditions, 2017

Seznec JC et Rohant S. Médecine en danger, qui va nous soigner demain. Ed First 2016

Seznec JC et Carouana L. Savoir se taire, savoir parler. Ed InterEditions, 2017

 

 

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16 février 2018 5 16 /02 /février /2018 11:43

Pourquoi, aujourd'hui, publier sur la parole ?

 

Pour appeler à un ajustement de celle-ci. Au début des années 2000, nous avons connu dans nos métiers l’expansion de la communication : il fallait révéler les secrets de famille, s’affirmer, clarifier ses relations en échangeant à tout propos avec son partenaire… Résultat : une hyper-communication intensifiée encore par l’usage des nouvelles technologies et qui nous amène désormais à des situations paradoxales et déroutantes. Ainsi, sur les réseaux sociaux, tout le monde se sent obligé d’intervenir à la moindre occasion, même pour ne rien dire au fond. La tragique affaire de Charlie Hebdo est venu relever une faille de notre époque : nous ne savons plus qui est le récepteur de nos propos. N’importe qui, différent culturellement ou sociologiquement, peut mal entendre et pervertir ce que l’on dit. Nous sommes à la merci de qui pro quo, de distorsions malveillantes et de la négation du contexte de nos paroles. Il faut donc sortir de l’immédiateté pulsionnelle à laquelle nous sommes invités dans notre expression, et d’une certaine hystérie de la parole qui fait bien des ravages.

 

Comment cela affecte-il la pratique de votre métier ?

 

Je dirais déjà que dans notre métier de soignant, et donc y compris en médecine, c’est la relation humaine qui fonde la thérapie. Or aujourd’hui où l’on dit tout et n’importe quoi en matière de santé, où la parole s’enflamme, nous voyons arriver des patients tenant des discours caricaturaux sur les vaccins, les médicaments, sans s’être réellement informés. Et pire : ils développent une grande méfiance envers nous. En ce sens, il devient difficile de soigner des patients pris dans des « éléments de langage » sortis de leur contexte, ou produits de rumeurs galopantes. Le problème c’est que dans une telle société de communication, et assez pauvre spirituellement, il faut des années pour remettre la vérité là où il n’y avait qu’un discours malveillant… En outre, les médecins ont de moins en moins de temps de paroles dans une médecine administrative et industrielle.

 

Mais dans la psychothérapie, qui est vraiment « le soin par la parole », quelle évolution notez-vous ?

 

Nous voyons arriver des patients qui ont « trop de paroles dans leur tête ». Ils s’usent à commenter leur quotidien, ce qui accentue leur anxiété au travail, avec leurs enfants…et favorise les ruminations mentales. Ils se noient dans le discours en oubliant d’être. Je les aide à se libérer de trop de mentalisation. Je leur dis que la vie c’est comme un match de foot. La vie est sur le terrain. Lorsque l’on commente, on se retrouve sur les gradins, loin du jeu. En outre, il n’y a pas « une bonne passe ». Alors, arrêtons de juger, pour jouer et composer avec ce qui se présente à nous.

 

Comment cela est-il possible ?

 

Je les incite à se reconnecter à leur corps, à écouter ce que celui-ci leur dit, car il y a souvent une différence entre la réalité et ce que leur tête leur raconte. Je pointe aussi la nécessité de faire attention à la dictature de la parole. Prenons l’actuel diktat dans le couple, par exemple, qui invite les partenaires à « tout se dire ». Mais la parole peut être instrumentalisée et générer d’incessants conflits émotionnels, comme lorsqu’on avoue avoir eu une aventure dans une précédente relation et que notre femme actuelle utilise cela comme argument pour justifier qu’on ne peut pas vous faire confiance dans les disputes présentes.  Je pense que deux des compétences nécessaires à la vie de couple sont : savoir faire des compromis et être capable d’accueillir la vulnérabilité de l’autre. Se dire tout, c’est souvent devenir compagnon de son partenaire, mais en perdant l’érotisme subtil qui vivifie l’union. Nous avons tous une arrière-cuisine et c’est heureux. Mais si nous l’exposions à tout bout de champs, nous aurions moins envie « d’y manger » !

 

Quelles autres dérives de la parole observez-vous ?

 

Chez certains, la tendance à commenter toute situation de manière négative, c’est-à dire la plainte, qui nourrit l’anxiété.

En réalité, cette parole est une vaine tentative de masquer sa fragilité essentielle, cette vulnérabilité de base que l’ACT, thérapie de l’acceptation que je pratique, pose comme un fondement à l’existence. Avez vous observé ? Certains sont littéralement « accros » aux discours pour ne pas rentrer en contact avec leur intériorité vacillante. Les pervers narcissiques n’utilisent guère la parole comme un instrument de dialogue, mais parfois comme un masque de leur fragilité au service d’une agressivité relationnelle. L’usage des SMS peut aussi servir à cet évitement relationnel. D’autres, dans leur conversation, reviennent sans cesse sur trois ou quatre thèmes obsessionnels qui leur servent à installer un monologue et, ainsi, à se sentir exister.

 

Quelle pratique recommandez-vous pour sortir de ces enfermements verbaux ?

 

En premier lieu, il est essentiel de repérer son discours intérieur, et notamment ce que nous appelons les « pensées hameçons » proposées par notre cerveau émotionnel du type « je suis nul », « je n’y arriverai jamais » ou « elle ne m’apprécie pas »… Puis il s‘agit de différencier son moi de ces pensées, qui sont en fait un bavardage intérieur de notre cerveau émotionnel. J’aime en ce sens l’image du surf : les patients peuvent envisager leur vie mentale comme une succession de vagues émotionnelles à traverser. Vivre, c’est accepter chaque vague comme elle est, la négocier en restant concentrer sur celle-ci tout en se rapprochant de ce qui nous importe et sans se perdre dans le pourquoi des vagues.

 

Observer et accueillir ce qui est, est le propre de la Pleine Conscience que vous invitez à pratiquer. Mais comment celle-ci peut-elle aider à mieux parler ?

 

Beaucoup ont l’idée que méditer revient à ne pas penser. Or, c’est plutôt observer son discours intérieur, son bavardage mental afin de s’en libérer. Lorsqu'on s’y adonne régulièrement, il devient possible de conscientiser ses échanges et sa parole. Certaines questions peuvent alors nous aider à peaufiner celle-ci : « pourquoi je parle ? » « Quelles conséquences à court et à moyen terme peuvent avoir mes propos ? », « comment l’autre semble-t-il percevoir ce que je dis ? ». Cette conscience de « qui parle ? » en moi (mon cerveau réactif ou l’être humain que je suis) permet peu à peu de pleinement retrouver le plaisir de la palabre, de la conversation. Car ne l‘oublions pas, parler, et échanger sont le socle de la relation humaine.

Interview Pascale Senk

 

DR Jean Christophe Seznec, psychiatre spécialiste en psychologie du sport et du travail, membre de l’Association Française des Thérapies Cognitives et Comportementales). Il vient de publier « Savoir se taire, savoir parler » (interéditions)

 

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26 janvier 2018 5 26 /01 /janvier /2018 15:54

Nous jugeons bon ce que nous désirons (Spinoza) et non le contraire. Désirer ce qui est bon, c’est un des écueils de la quête amoureuse qui nous amène à juger bon pour nous un être que nous désirons. Cependant, une fois le désir retombé, la réalité nous présente un partenaire qui n’est pas toujours aussi bon pour nous. Dans l’art de la drague, une approche est de faire générer par le garçon du désir chez l’autre, la femme, afin qu’elle nous trouve « bon » au moins le temps d’une rencontre. C’est ainsi que fonctionne le marketing amoureux que maitrise les séducteurs qui vivent dans l’instant de la rencontre. Casanova était séducteur, générer le désir, et se sentir aimer le rassurait le temps d’un instant.

En fait, tout le marketing commercial fonctionne ainsi : générer du désir afin que nous jugions bon le produit et que cela se traduise par un comportement d’achat. Combien d’objet avons-nous juger bon et avons-nous acheter et qui s’accumule dans un coin de notre maison ? Notre tête nous raconte de nombreuses histoires de besoins matériels et amoureux.

Nos désirs se nourrissent de nos besoins : sécurité, reconnaissance, considération, amour, apaisement, etc. Lorsqu’ils s’enflamment deviennent passions. Pour certains, ils prennent la forme de discours et de jugement, pour d’autres d’actions.

La mauvaise foi se nourrit elle de la difficulté à renoncer à ce que nous désirons ? Comme être aimer ou reconnu ? Tout serait bon pour ne pas être au contact de la sensation de ne pas être à la hauteur ?

Le désir nous amène dans une quête avide. Cette quête nous protège de l’angoisse de la solitude que nous observons lorsque nous nous détachons du troupeau mu par ce désir collectif. Arrivé à dépasser cette angoisse, en accueillant notre fragilité et notre impermanence, ouvre à une joie et à une plénitude. Nous pouvons ainsi observer et savourer la beauté de ce qui est et de ce que nous sommes comme une expérience unique et précieuse qui n’existe que dans cet instant.

A tout cela se pose la question existentielle suivante. Que choisir : la fièvre et à la jouissance de la passion quitte à se fourvoyer et à se noyer d’illusions ou la satisfaction paisible de nos besoins en s’émancipant du prisme déformant des désirs afin de gagner en pleine conscience ? Que préférez ? Une vie consommatrice de désir et de passion source de nombreux rebus et de déchets, une fois ceux-ci passés pour se jeter dans d’autres ? Ou une vie plus consciente qui butine et qui négocie l’instant avec justesse ?

La question se pose à titre individuelle. Mais d’un point de vue collectif, cette vie de désir et de passion est source de mouvement qui font tanguer la terre : déchets, pollution, accumulation, industrialisation, etc. En outre, est-ce que nos désirs et passions sont authentiques ou instrumentalisés par la société de consommation ? Voulons-nous être libre, authentique et autonome ou fiévreux, passionnés au risque d’être dépendant et le jouet d’autres ?

Est-ce que parce que j’ai peu de désir que je peux observer le monde au plus proche de sa réalité ? Comme je n’attends rien de celle-ci pour juste la vivre, j’ai l’impression d’être plus en connexion avec celle-ci pour choisir et m’ajuster. François

La pleine conscience et la défusion (faire la différence entre soi et ses pensées) permettent d’essayer d’appréhender au plus près de la réalité ce qui se présente à nous afin de ne pas être trop dans la réaction mais dans l’accueil pour choisir comment nous allons négocier ce qui se présente à soi.

Désir d’exister et de ne pas être dissous dans le groupe qui amène à s’agiter, quitte à griffer l’entourage pour dire que je suis moi et non mélangé au groupe. Cette difficulté d’être que l’on a appelé fragilité narcissique amène à parler, à travailler, à s’agiter, à batailler ou à faire du sport.

On a souvent émis l’hypothèse que les sportifs compétiteurs étaient, pour certains, des personnes ayant une fragilité narcissique. Face à la difficulté d’être, ils auraient besoin de faire et de refaire dans un système sportif qui leur donne d’une main ce que leur retire le lendemain une autre main. Les titres sont éphémères et amènent à recommencer la compétition dans une addiction à la gagne. Combien de sportifs addictent à la gagne, malgré tous leurs titres, ont continué à se doper en fin de carrière pour à nouveau pouvoir renouer avec ce sentiment de la gagne.

Le désir prend de nombreuses formes et nous donnent à penser et parfois à nous illusionner. Il fait le sel de la vie mais nous pique parfois. La mode est plus au désir de consommation qu’au désir passionnel et à ses excès que notre société semble moins tolérer. La force obscure de la force n'est plus à la mode.

 

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  • : Espace de créativité, d'échanges et de palabres sur la vie, les humains et la psychologie. Boite à trucs et astuces mais aussi à réflexions
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