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31 janvier 2021 7 31 /01 /janvier /2021 11:00

Forest Gump disait que la vie est comme une boite de chocolat, on ne sait pas sur quoi on va tomber. Je vous propose de paraphraser cette maxime à propos des enfants que l’on a et qui naisse.

En effet, lorsque l’on choisit, plus ou moins d’ailleurs…, d’avoir une enfant, on est rempli de projections, de désirs et d’envies. Il est l’objet de nos envies de lien. Parfois, on souhaite qu’il comble tout l’amour que l’on n’a pas eu ou qu’il permette de vivre tous les échanges dont on a été frustré. On aimerait aussi lui offrir toutes les opportunités et les cadeaux de la vie que nous aurions aimé recevoir. On se reconnait par fois en lui ou on aimerait qu’il répare les besoins qui n’ont pas été satisfait dans notre enfance. Ce dernier se moule parfois plus ou moins, par coping, à ce que nous représentons. On voudrait être fier de lui et se remplir de l’orgueil que provoque notre création. Mais un enfant n’est pas un résultat ni un trophée ! Inexorablement, il aura à apprendre à être lui avec son caractère, ses compétences et ses envies pour s’émanciper et s’inventer. Empêcher ce mouvent risque de le blesser et de l’entraver.

La série « Fais pas ci, fais pas cela » est exemplaire à ce sujet. Elle raconte la vie de deux familles : les Bouleys et les Lepics

  • Les Bouleys refusent le modèle autoritaire de leurs parents. Ils représentent une famille recomposée et moderne, appliquant un type d'éducation souple, déstressé, où le dialogue l'emporte sur l'autorité, et qui recherche l'épanouissement personnel de leurs enfants : Tiphaine, 16 ans, issue du premier mariage de Valérie, et Eliott, 8 ans. La famille s'élargira par l'arrivée de Salomé. Ils cherchent avant tout à ce que leurs enfants les aiment.
    Au gré des évènements, le modèle type subit des distorsions et fait apparaître des contradictions : ils appliquent un type d'éducation « cool », sans autoritarisme. Ils sont contre les idées toutes faites et veulent qu’ils fassent leurs propres expériences, mais ils se désolent quand Tiphaine veut devenir esthéticienne au lieu d'envisager un cursus universitaire. Elle finira par être policière. Et Eliott est un premier de la classe, qui veut faire du catéchisme, et exprime des opinions nettement à droite, alors que ses parents se positionnent politiquement à gauche. Salomé deviendra une sorte de Greta Thunberg dictatoriale sur toutes les valeurs écologiques avec que les comportements de consommation soit en adéquation avec le dogme.
  •  

  • Les Lepics sont persuadés que le mode d’éducation strict, reçu de leurs parents, est la solution aux problèmes de la jeunesse actuelle. Ils prônent les valeurs fondamentales, sont d’accord sur tout et forment un couple « raisonnable et sensé ». Leurs enfants doivent, en théorie, filer droit. Pas question de rigoler, le maître mot est la réussite, sociale et scolaire. Là aussi la réalité va s'écarter du modèle type : Christophe, l'ainé, accumule les mauvais résultats scolaires. Les Lepic veulent tout gérer et tout cadrer, mais en réalité, ils ont une capacité à dramatiser tout ce qui s'écarte de leur modèle, et réagissent en recourant à l'autorité ce qui crée régulièrement de petites crises familiales ! Ça crie et ça fuse ! 

Dans cette série, il est amusant de voir comment la volonté de contrôle éducatifs des parents poussent leurs enfants loin de ce qui compte pour eux.

Beaucoup de parents aimeraient avoir la formule miracle pour savoir comment éduquer ses enfants. Pourtant, il n’y a pas de formule miracle. L’approche ACT, ou thérapie de l’acceptation et de l’engagement, peut-être une piste pour gagner en flexibilité pour accompagner mieux ses enfants afin qu’ils donnent le meilleur d’eux-mêmes, tout en tissant une relation de qualité bienveillante avec eux

  • Tout d’abord accepter ce qu’ils sont. Sortir des attentes, la vie est toujours différente que ce que l’on a prévu ou imaginer. En outre, l’éducation est un long chemin. Il est nécessaire de savoir tenir la distance pour observer les fruits de son action.
  • Se comporter avec engagement et authenticité en fonction de ce qui compte pour soi. Avoir de la consistance et de la présence au contact de ses enfants. Aldo Naouri, le pédiatre, mettait en garde sur le fait d’avoir comme préoccupation première de leur faire plaisir car cela risquait de mettre les parents dans une position de séduction et dans une posture relationnelle horizontale alors qu’elle se doit d’être verticale, selon lui.
  • Avoir une posture de Sherpa auprès de ses enfants afin de les accompagner et de les aider
  • Ne pas rentrer en lutte avec eux mais les encourager afin qu’ils deviennent des experts de ce qui comptent pour eux. Il y aura irrémédiablement des moments de souffrance à accepter et à négocier. Parents demandent de savoir profiter des temps forts et savoir négocier au mieux les temps faibles de la relation.
  • Développer la curiosité, la créativité et l’engagement. Les aider à définir leurs valeurs, même si elles sont différentes de celle des parents.
  • Ne pas oublier que la frustration est un moteur de développement. En n’étant pas complètement satisfait, ils généreront l’envie de se satisfaire ailleurs et d’être créatif. N’est ce pas là une forme de désespoir créatif qu’aborde l’ACT ?
  •  

  • Vivre des moments avec eux dès le plus jeune âge. Avoir des enfants est un vrai engagement de vie qui demande de nombreux renoncements. Un enfant ne s’élève pas tout seul.
  • Ne pas oublier aussi que le destin d’un enfant est de foutre le camp pour qu’éventuellement il nous revienne en étant lui pour nouer une relation mature d’adulte avec ses parents. Il faut donc organiser des séparations dès leur plus jeune âge en les envoyant chez les grands parents, chez des copains, en colonie de vacances afin qu’ils développent leur autonomie et que les parents se retrouvent aussi, mais aussi pour avoir le plaisir de se retrouver et de se raconter plein de choses.
  • Avoir une main de fer dans un gant de velours. Les bénéfices du cadre que l’on impose, on les récolte de nombreuses années plus tard, mais cela vaut le coup.
  • Favoriser le lien et le dialogue. Ne pas rater une occasion de partager quelque chose avec eux. S’intéresser à ce qu’ils aiment même si c’est très loin de soi. Utiliser leurs gouts et centres d’intérêt pour vivre quelque chose avec eux. Autrefois, on le faisait en jouant au foot avec ses enfants, aujourd’hui c’est peut-être en faisant une partie de jeu ordinateur ensemble…
  • Ne pas comparer ses enfants aux réussites de ceux des autres que l’on voit sur les réseaux sociaux.
  • Savoir gérer son anxiété, son incertitude et son inquiétude sur l'avenir
  •  

  • Savoir parfois déléguer à d’autres parents de substitution (professeurs, entraineurs, etc.) des phases de l’éducation de nos enfants.
  • Savoir être humble et bienveillant avec soi. Chacun d’entre nous faisons le mieux que nous pouvons. Le plus important est d’être le plus souvent, juste là, à coté d’eux, à les regarder grandir avec amour et à les encourager dans leurs initiatives. Ils deviendront eux-mêmes.
  •  

A différentes étapes de leur vie, les enfants peuvent parfois être frustrant, décevant, source de renoncements. Il est important de ne pas se laisser aller à la déception mais savoir aller à leur rencontre. Rencontrer l’autre est savoir se laisser changer et évoluer par cette rencontre. Etre parents nous transforme. Cela nous demande beaucoup de flexibilité et de créativité. C’est une sacrée aventure car chaque parentalité est unique et ne possède aucun repère. Les parents ont à s’ajuster en permanence, en se faisant confiance et en sachant apprendre de leurs erreurs, car tous les parents font des erreurs ! On merdra tous. Moi aussi!!!

Avoir des enfants est une aventure de vie unique qui nous demande d’avancer pas à pas, sans savoir où l’on va arriver, mais en ayant confiance que l’on arrivera de toutes les façons quelque part. Cette aventure unique que vive chaque parent n’est-ce pas cela qui rend merveilleux cette expérience de vie ?

 

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13 janvier 2021 3 13 /01 /janvier /2021 16:19

La danse est la poésie du corps. Le geste dansé ouvre une fenêtre sur l'être, sa sensibilité, sa vulnérabilité... Il nait de la respiration du corps pour sonder l'âme humaine. Nietzsche, Mallarmé et Valéry ont exploré celui-ci...

 

De quoi parle-t-on lorsque l’on parle de danse ?

Le petit Robert dit que c’est « une action représentant une suite expressive de mouvement du corps exécutés selon un rythme, le plus souvent au son de la musique et suivant un art, une technique ou un code social plus ou moins explicite ».

Platon dit que la danse est un présent des Dieux, qui a un rôle social et religieux. Ses bienfaits sont de sculpter les corps, son action morale est que le beau ne peut se séparer du bien et sur le groupe elle civilise l’individu.

Il décrit des bonnes danses qui sont les Pyrrhiques (danses guerrières surtout présente à Sparte ; on retrouve ainsi la notion que la danse est un art de la guerre) et les danses laides issues du théâtre comique. Par exemple, le Kordex est une danse faite de déhanchements pour imiter la laideur par la destruction de la rectitude des lignes.

Il existe d’autres danses dans la Grèce Antique que Platon n’ose pas déclarer laides, ce sont les danses Dionysiaques. Ce sont des danses de transes. Il s’agit de sortir de soi pour trouver le bonheur dans l’extase mystique. Les danses Dionysiaques sont par exemples les Bacchantes ou les Ménades. Il s’agit d’une transe féminine avec ivresse masculine pour permettre le contact avec le divin.

La Corybante a pour rôle de préserver l’enfant Dionysos de la jalousie d’Héra par l’intermédiaire d’une manifestation bruyante. Elle est pratiquée par des prêtres en transe, ils exécutent une chorégraphie bruyante, violente et guerrière. Elle a parfois une fonction thérapeutique et d’initiation.

Devant ces fonctions importantes de la danse, Platon a voulu légiférer la danse pour faire perdurer ses bienfaits.

La danse a eu longtemps la fonction de permettre aux hommes de communiquer avec les Dieux notamment par la transe qu’elle peut engendrer. Il n’est pas question d’art ni d’activité corporelle mais d’un mode de communication avec l’inconnu et le divin ce qui permet d’exorciser nos peurs sur terre. En occident, le monothéisme a effacé l’existence de ces danses. La communication avec Dieu a été monopolisé par les religieux interdisant à tout homme de le faire sous peine d’hérésie.

Par la Renaissance qui est la découverte de l’homme par lui-même, la danse va réapparaitre en tirant leurs origines des danses seigneuriales et des danses paysannes pour donner les danses de divertissement et les danses spectaculaires. C’est-à-dire le bal et le ballet. Lors des fêtes, la nourriture passe au second plan pour laisser place aux divertissements raffinés. C’est aussi une occasion de transgresser les lois divines. La danse a été longtemps un art de la guerre qui permettait aux homes d’entrainer leur corps. La danse a les même cinq positions que l’escrime. La première danse propre à l’occident est née et s’est développée en France pour donner la dance classique.

La danse classique est devenue décadente à la fin du XIXème siècle en France et à survécu de manière académique en Russie. Elle est revenue à son apogée en France par l’intermédiaire des Ballets Russe avec Diaguilev, Nijinski, Fokine, Massine, Nijinska et Balanchine pour se développer telle qu’on la connait actuellement par son plus beau représentant qu’est l’Opéra de Paris.

 

Au début du siècle, pendant que la danse était décadente ou académique, il est né dans le nouveau monde la danse contemporaine qui s’est libérée de la rigueur classique par l’intermédiaire de Loïs Fuller puis de Martha Graham. Ce courant de danse touche désormais le même territoire géographique que la danse classique. Dans ce même temps, en Amérique par le mélange des danses « blanches » et « noires » par l’intermédiaires d’un métissage complexe est née la danse jazz dont l’un des plus grand maitre a été Alvin Alley.

 

La danse est un art particulier dans le sens qu'il explore la problématique d'être, associée aux concepts de limite et de l'ailleurs. La danse permet à travers le corps que j'ai de nous parler du corps que je suis et, en conséquence, de notre existence. Tout au long de notre vie, chacun d'entre nous est à la recherche de lui-même. La danse possède cette faculté de nous parler, avec notre corps terrestre (ou organique), de notre corps inconscient donc inconnu. C'est un peu ce que dit le chorégraphe Jean Gaudin dans l'ouvrage "Danse et Pensée": "la danse permet de découvrir l'ordre caché du corps et de le "décacher". De la même manière que les nouveau-nés jouent avec leurs doigts comme s'ils les comptaient et les remettaient en ordre. Au cours du temps, nous perdons l'ordre du corps et par la danse, on tente de le retrouver. La danse est un moyen de connaissance de nous-même". L'ordre caché est notre existence, le jeu corporel de la danse permet de tester les limites de notre enveloppe corporelle et de notre psychisme, et de dire ainsi au danseur qui il est.

                Explorer qui l'on est et se définir plus précisément à travers l'art de la danse est possible si l'on possède, au préalable, une entité psychique source d'une énergie qui va transparaître dans le mouvement. La danse a besoin d'être alimentée par cette angoisse originelle à l'origine de notre existence psychique. Elle doit être une nécessité qui s'impose d'elle-même par le mouvement. Martha Graham dans sa biographie exprime bien cet impérieux besoin de faire s'écouler cette énergie vitale dans le geste.

                Par contre, certaines personnes, confrontées à un vide originel, peuvent avoir l'illusion d'exister à travers la danse. En effet, l'enseignement de la danse par l'apprentissage mécanique de gestes répétés, peut donner une fausse identité et de fausses limites à travers le mouvement. Certaines élèves se perdent ainsi dans la répétition, au-delà de l'ennui, de ces gestes, à la recherche d'une existence factice permettant de structurer leur vide, leur non -existence et ainsi leur procurer une fausse identité. De manière plus pernicieuse, la danse procure un ailleurs psychique tout aussi factice à travers cette illusion de la représentation de la danseuse comme un ange pur sans pulsion et à l'extrême de l'étoile. Cette image de la sylphide permet alors si facilement de rompre avec le corps organique lié à la mère afin d'exister ailleurs et de couper les attaches terrestres, mais pour se retrouver alors sans vie. Mais il s'agit d'une voie sans issue non salutaire car elle échappe à la fusion maternelle pour la fusion avec le corps de danse, et, toujours, sans identité.

On retrouve ainsi ce jeu de la mort pour vivre de l'ordalie. Sans existence psychique, ces personnes, en tentant de danser, font de leur corps non pas un corps-pensée, mais un corps-machine. Elles ne dansent pas, elles font seulement une gymnastique parfois dansante. Elles existent alors symptomatiquement à travers le corps machine prépubère de la pseudo danseuse. Ces personnes vont ainsi se perdre dans la danse sans jamais devenir des danseuses.

               

 

                Il est en fait très difficile d'être un danseur, car en plus d'exister tout simplement dans la vie, il va falloir exister en dépassant la rigueur d'une technique de danse. Il va devoir affirmer ses différences à l'intérieur de son identité de danseur.

 

La danse met en jeu le corps mais est au fond une pensée. Nietzsche en a fait un fondement de son travail à travers son double Zarathoustra. Pour lui la danse décrive la pensée ou que la pensée doit être pensée comme la danse.

Pour ce philosophe, la danse est une métaphore de la pensée. La danse, pour Zarathoustra, est ce qui s’oppose à l’esprit de pesanteur. La danse est avant tout l’image d’une pensée soustraite à tout esprit de pesanteur.

Zarathoustra déclare ; « C’est parce que je hais l’esprit de pesanteur que je tiens de l’oiseau ». Il s’agit là de l’oiseau intérieur que nous portons tous en nous. La danse est donc aussi l’image de l’envol. Vaslav Nijinski n’a-t-il pas éclot lorsqu’il s’est envolé à travers une fenêtre lors de sa première apparition en France dans le Spectre de la Rose ?

Zarathoustra dit aussi : « celui qui apprendra à voler donnera à la terre un nom nouveau. Il l’appellera la légère ». En tant qu’oiseau, la danse est pour Zarathoustra dans ses comparaisons animales le contraire du chameau. Quant au lion, il est trop agressif pour être danseur.

La danse est un oiseau, un envol tel un enfant.  Elle est innocence parce qu’elle est un corps avant le corps. Elle est oubli parce qu’elle met en jeu un corps qui oublie son astreinte à la pesanteur. Elle est un commencement parce que le geste dansant doit toujours être comme s’il inventait son propre commencement. C’est aussi un jeu car elle libère le corps de toute mimique sociale, de tout sérieux et de toute convenance.

La question de la danse est le rapport à la verticalité et à l’attraction. Elle jaillit de l’être comme une fontaine de jouvence de la terre.

La danse s’oppose à la gymnastique. La gymnastique est un corps obéissant et musclé. Un corps capable et soumis. Aux yeux de Nietzsche, un tel corps est le contraire d’un corps dansant, celui qui échange intérieurement l’air et la terre. Pour cet auteur, ce contraire est le mauvais Allemand dont il donne la définition suivante : de l’obéissance et de bonnes jambes.

Toujours pour Nietzsche, la mauvaise Allemagne donne l’essence au défilé militaire. Au fond, la danse a pour exact contraire le rapport au corps qui se manifeste dans le défilé militaire. Ce dernier n’est qu’un corps aligné et martelant, un corps horizontal et sonore, le corps de la cadence frappée. Alors que la danse est un corps aérien et rompu, le corps vertical. Il ne martèle pas, il est sur pointes qui pique le sol comme si c’était un nuage. C’est surtout un corps silencieux dédié au zénith. Il a une mobilité spontanée, non imposée, en expansion de son centre. Elle crée des étoiles qui illuminent la scène de leur grâce.

La danse est un mouvement impulsif mais retenue. Dans le cas contraire, pour Nietzsche, il serait vulgarité. La danse est un mouvement du corps soustrait à toute vulgarité. Ce n’est pas une impulsion corporelle libérée à l’énergie sauvage. La danse métaphorise la pensée légère et subtile parce qu’elle montre la retenue immanente du mouvement.

Alors oui, la danse s’oppose à l’esprit de pesanteur, elle est la légèreté. Soyons plus précis. Dans ce cas, la légèreté, ce n’est pas que l’absence de poids. C’est la capacité du corps à se manifester comme corps non contraint, y compris non contraint par lui-même. C’est-à-dire, la désobéissance par rapport à ses propres impulsions. Pour cela, elle exige un principe de lenteur. La danse est la capacité à manifester la lenteur secrète de ce qui est rapide. Le mouvement de la danse est certes d’une extrême promptitude, il est même virtuose dans la rapidité, mais il ne l’est qu’habité par la lenteur latente, qui est la puissance affirmative de sa retenue.

La danse se joue du temps et de l’espace. Elle situe tout évènement avant que celui-ci est un nom. Elle suspend le temps dans l’espace comme le ballon du danseur dans l’apogée de son saut.

Dans l’Ame et la Danse, Paul Valéry s’adresse à la danseuse en lui disant : « comme tu es extraordinaire dans l’imminence ». La danse est donc le corps en proie à l’imminence qu’il met en espace. Avant le nom, il y a le silence.  La danse manifeste le silence avant le nom. Elle s’émancipe de ce fait aussi à la musique. Si elle le faisait en étant obéissante tout comme le mauvais allemand du défilé, elle transformerait toute musique, même du Chopin ou du Boulez, en musique militaire.

De ceci, on peut dire que du point de vue de la danse, la musique n’a pas d’autre office que de marquer le silence.

Mallarmé a décrit six principes à la danse les opposant au théâtre. Il s’agit.

  • L’obligation de l’espace
  • L’anonymat des corps
  • L’omniprésence effacée des sexes
  • La soustraction de soi-même
  • La nudité
  • Le regard absolu.

 

  1. Le théâtre n’a pas forcément besoin d’espace. La danse intègre l’espace dans son essence. Elle en génère dans le mouvement qu’elle dessine ou suggère. En ce qui concerne le décor, il est nécessaire au théâtre et non à la danse.
  2. Le corps dansant est un corps pensée alors que le corps dans le théâtre est une imitation d’un personnage ou d’une singularité. L’acteur est saisi par un rôle. Le corps dansant exprime aucune intériorité, il est intériorité. Il nait aux yeux comme un corps.
  3. L’omniprésence effacée des sexes :  Pour Mallarmé, la danse n’est que la mystérieuse interprétation sacrée du baiser. La danse est entièrement composée de la conjonction et de la disjonction des positions sexuées. Tous les mouvements retiennent leur intensité dans les parcours dont la gravitation capitale unit puis sépare les position homme et femme. Mallarmé dit que la danseuse n’est pas une femme. Comment est-ce possible ? Est-ce que cela veut dire que l’homme n’est pas un homme ? La danse ne retient de la sexuation, du désir, de l’amour, qu’une pure forme : celle qui organise la triplicité de la rencontre, de l’enlacement et de la séparation. Ces trois termes, la danse les codes techniquement. Une chorégraphie en organise le rouage spatial. Mais finalement, le triple de la rencontre, de l’enlacement et de la séparation accède à la pureté d’une retenue intense qui se sépare de sa destination. Ce qui est mis en jeu dans l’illusion omniprésente aux sexes est au bout du compte la corrélation entre l’être et le disparaitre, entre l’avoir-lieu et l’abolition, dont rencontre, enlacement et séparation fournissent un codage corporelle reconnaissable.
  4. La soustraction de soi-même. Mallarmé dit que la danseuse ne danse pas. C’est-à-dire que ce n’est pas quelqu’un qui exécute une danse. Il dit aussi que c’est le poème dégagé de tout appareil de scribe. C’est-à-dire le poème dégagé du poème, le poème soustrait à lui-même tout comme la danseuse, qui ne danse pas, est la danse soustraite à la danse. La vraie danseuse ne doit jamais apparaitre comme celle qui sait la danse. Son savoir (qui est technique, immense, conquis douloureusement) est traversé, comme nul, par le surgir pur de son geste. La danseuse ne danse pas veut dire que ce que ce qu’on voit n’est en aucun moment la réalisation d’un savoir, bien que de part en part ce savoir en soit la matière, ou l’appui. En vérité, la danseuse abolit de toute danse sure parce qu’elle dispose de son corps comme s’il était inventé. En sorte que le spectacle de la danse est le corps soustrait de tout savoir d’un corps, le corps comme éclosion.
  5. La nudité. La danse visite le pur et n’a donc que faire d’un décor, de même le corps dansant, qui est corps-pensée n’a que faire d’un costume. Cette nudité est cruciale. Mallarmé que la danse te livre la nudité de tes concepts et écrira ta vie. La danse est pure consumation de la pensée car elle répudie tous les ornements possibles.
  6. Le regard absolu. Ce dernier principe concerne le spectateur. Qu’est-ce qu’un spectateur de danse ? Mallarmé dit que tout comme le danseur est emblème et jamais quelqu’un, le spectateur de danse ne peut d’aucune façon être la singularité de celui qui regarde. Si on regarde, le spectateur est un voyeur. Tout autre spectacle (et d’abord le théâtre) exige que le spectateur investisse la scène de son propre désir. La danse, à cet égard, n’est pas un spectacle. Elle ne l’est pas, car elle ne tolère pas le regard désirant, lequel, dès qu’il y a danse, ne peut être qu’un regard voyeur où les soustractions dansantes se suppriment elles-mêmes. Il faut donc ce que Mallarmé appelle « un impersonnel ou fulgurant regard absolu ». Ainsi le regard du spectateur doit cesser de chercher sur le corps des danseurs les objets de son désir. Parvenir à la nudité des concepts exige un regard, qui délesté de toute enquête désirante sur les objets dont le corps vulgaire de Nietzsche est le support, parvient au corps-pensée innocent et primordial, au corps inventé ou éclos.

Maintenant, si on examine les six principes de la danse, on peut établir que le vrai contraire de la danse est le théâtre. Certes, il y a le défilé militaire mais ce contraire est négatif. Le théâtre est le contraire positif de la danse. Nietzsche met la danse, tout comme le théâtre, dans une classification des arts. Mallarmé en revanche, quand il déclare que le théâtre est un art supérieur, n’entend nullement affirmer par là sa supériorité à la danse. Il ne dit pas que la danse n’est pas un art, mais il suggère que la danse est le signe de la possibilité de l’art, telle qu’inscrite dans le corps.

 

La danse révèle cette capacité artistique du corps, sans pour autant définir un art singulier. Dire que le corps en tant que corps, est capable d’art, c’est le montrer comme corps-pensée. Non pas comme pensée prise dans un corps mais comme un corps qui est pensée.  Telle est l’office de la danse. Comment nommer l’émotion qui nous saisit, pour peu que nous soyons, nous capables d’un fulgurant regard impersonnel et absolu ? Je la nommerai un vertige exact. C’est un vertige, parce que l’infini y apparait comme latent dans la finitude du corps visible. Si la capacité du corps, dans la guise de la capacité d’art, est de montrer la pensée native, cette capacité d’art est infinie, et le corps dansant est lui-même infini. Infini dans l’instant de sa grâce aérienne. Ce dont il s’agit là, et qui est vertigineux, n’est pas la capacité limitée d’un exercice du corps, mais la capacité infinie de l’art, de tout art, tel qu’enraciné dans l’événement qui lui prescrit sa chance. 

Ce vertige est exact. Car finalement, c’est la précision retenue qui compte, qui s’avère l’infini, c’est la lenteur secrète, et non la virtuosité manifeste. C’est l’extrême précision, millimétrée, du rapport entre le geste et le non-geste.

Ciro Bruni et al : Danse et pensée, une autre scène pour la danse. Ed Germs

Badiou A.: Indroduction à Danse et Pensée. Ed Germs

Seznec jc : Economie de l'effort. Ed Desiris

 

 

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5 janvier 2021 2 05 /01 /janvier /2021 11:59

Chers humains , chères humaines, chers être vivants, chères présences... (Je souhaiterai froisser personne par une dénomination qui pourrait être prise comme jugeante)

 

J’allais vous adresser des vœux un peu rapidement, mais après consultation d'un avocat, je me suis rendu compte de l'imprudence de ma formulation.
Vous souhaiter une bonne année, une bonne santé et la prospérité me soumet, en effet, au risque de poursuites...
Voici donc la version rectifiée de mes vœux, et qui est en conformité avec le principe de précaution inscrit dans la Constitution.
Nouvelle formulation:
Je vous prie d'accepter, sans aucune obligation
implicite ou explicite de votre part, mes vœux à l'occasion du solstice d'hiver et du premier de l'an, en adéquation avec la tradition, la religion ou les valeurs existentielles de votre choix, dans le respect de la tradition, de la religion ou des valeurs existentielles des autres, ou dans le respect de leur refus, en la circonstance, de traditions, religions ou valeurs existentielles,
ou de leur droit de manifester leur indifférence aux fêtes populaires programmées.
Ces vœux concernent plus particulièrement :
- la santé, ceci ne supposant de ma part aucune connaissance particulière de votre dossier médical, ni d'une quelconque volonté de m'immiscer dans le dialogue confidentiel établi avec votre médecin traitant ou votre assureur avec lequel vous auriez passé une convention obsèques ;
- la prospérité, étant entendu que j’ignore tout de la somme figurant sur votre déclaration de revenus, de votre taux d'imposition et du montant des taxes et cotisations auxquelles vous êtes assujetti ;
- le bonheur, sachant que l'appréciation de cette valeur est laissée à votre libre arbitre et qu'il n'est pas dans mon intention de vous recommander tel ou tel type de bonheur.
Nota Bene :
Le concept d'année nouvelle est ici basé, pour des raisons de commodité, sur le calendrier grégorien, qui est celui le plus couramment utilisé dans la vie quotidienne de la région à partir de laquelle ces vœux vous sont
adressés.
Son emploi n'implique aucun désir de prosélytisme.
La légitimité des autres chronologies utilisées par d'autres cultures n'est absolument pas mise en cause.
Notamment :
- le fait de ne pas dater ces vœux du Jumada I 17, 1442 AH de l'Hégire (émigration du Prophète à Médine) ne constitue ni une manifestation d'islamophobie, ni une prise de position dans le conflit israëlo-palestinien ;
- le fait de ne pas dater ces vœux du 17 Tevet 5781, ne constitue ni un refus du droit d'Israël à vivre dans des frontières sûres et reconnues, ni le délit de contestation de crime contre l'humanité ;
- le fait de ne pas dater ces vœux du 18ème jour du 11ème mois de l'année du Rat / GengZide l’année 4719, n'implique aucune prise de position dans l'affaire dite "des frégates de Taïwan" ;
- le fait de ne pas dater ces vœux du 10 Nivôse An CCXXIX de la République Française, une et indivisible, ne saurait être assimilé à une contestation de la forme républicaine des institutions.
Enfin, l'emploi de la langue française ne sous-entend aucun jugement de valeur.
Son choix tient au fait qu'elle est la plus couramment actuellement pratiquée par l'expéditeur dans ce pays.
Tout autre idiome a droit au respect tout comme ses locuteurs.
Clause de non responsabilité légale :
En acceptant ces vœux, vous renoncez à toute contestation postérieure.
Ces vœux ne sont pas susceptibles de rectification ou de retrait.
Ils sont librement transférables à quiconque, sans indemnités ni royalties.
Leur reproduction est autorisée.
Ils n'ont fait l'objet d'aucun dépôt légal. Ils sont valables pour une durée d'une année, à la condition d'être employés selon les règles habituelles et à l'usage personnel du destinataire.
A l'issue de cette période, leur renouvellement n'a aucun caractère obligatoire et reste soumis à la libre décision de l’expéditeur.
Ils sont adressés sans limitation préalable liée aux notions d'âge, de genre, d'aptitude physique ou mentale, de race, d'ethnie, d'origine, de communauté revendiquée, de pratiques sexuelles, de régime alimentaire, de convictions politiques, religieuses ou philosophiques, d'appartenance syndicale, susceptibles de caractériser les destinataires.
Leurs résultats ne sont, en aucun cas, garantis et l'absence, totale comme partielle, de réalisation n'ouvre pas droit à compensation.
En cas de difficultés liées à l'interprétation des présentes, la juridiction compétente est le Tribunal habituel du domicile de l'expéditeur.
Après ce préambule je me permets de vous adresser mes vœux :
BONNE ANNÉE 2021
 
Seznec jc et Carouana L : Savoir se taire, savoir parler. Ed Interéditions

 

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29 novembre 2020 7 29 /11 /novembre /2020 16:57

Je ne sais pas vous mais moi je bous et je m’échauffe dans mon trou. J’ai comme un trou à ma culture. Que vaut la vie sans rire, sans lien, sans tendresse, sans théâtre, sans jeux, sans conneries… Je croise sur les ondes trop de gens important et sérieux. Cette mise en scène me désespère.

De plus, un clown sans public est un clown mort. Je ne sais pas vous, mais moi, je me sens trop jeune pour mourir !

Alors si le public ne vient pas au clown, c’est au clown d’aller au contact d’un public dans les campagnes, dans les rues, dans les villes. Différentes études ont montré que la population souffrait du confinement et des règles que le gouvernement nous a imposé. Au gouvernement, il n’y a pas de portefeuille pour un ministre de la joie.

  • J’en appelle donc à tous les ministres de la joie pour donner leur avis !
  • Nous avons eu le droit aux mesures pour se protéger du COVID, il est temps d’avoir de la démesure 

Alors amis clowns et clowns, en ce 19 décembre je vous propose de vous remettre au travail. Allez à la rencontre des gens, des enfants, des oiseaux, des escargots… de ce que vous voulez d’ailleurs. Je vous encourage à :

  • Prendre, en ce premier jour des vacances scolaires, votre mètre pour retrouver la bonne mesure, pour reconnaitre qui est à la hauteur, calculer la taille de la barrière afin de trouver le bon geste…
  • Prendre vos filets à papillon pour attraper de la joie, des idées maussades ou capturer des virus …
  • Faites montez le son avec vos instruments de fortune! Il est tant d'entendre les clowns car ils ont des choses essentiels à dire et de la plus haute importance!

Je vous propose de prendre la vie en farce et de prendre l’air avec votre air confit et d'inondez le monde de votre joie et les réseaux sociaux de vos performances avec vos films et vos images. Faites montez le son avec vos instruments de fortune!

Le 19 décembre est un galop d’essai en attendant que la grande famille des artistes se rassemblent en 2021. C’est un échauffement à la connerie ! Après tous ces experts du COVID, nous avons notre mot à dire. Nous sommes là pour maintenir l’équilibre. Je ne sais pas vous mais j’ai des fourmis dans le nez. Sans rire et sans amour, la vie n’est que malheur ! Alors faisons n’importe quoi mais faisons le bien. Qui d’autres que nous s’est le faire !

A vous de jouer !

Jean-Balthazar

 

 

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27 novembre 2020 5 27 /11 /novembre /2020 10:56

Beaucoup désirent innover, mais peu savent en quoi innover consiste. Je vous propose de vous sensibiliser à la design attitude savoir innover. 

Lorsque l'on veut innover, on s'enlise aisément dans des pensées telles que les yakafokon, les « ils faut » et les « je dois »,  des émotions d'anxiété et de culpabilité, de peur de ne pas être à la hauteur de la tâche ou de l'attente que l'on imagine de l'autre, qui sont source de souffrance et de procrastination. En effet, notre capacité d’innovation est souvent entravée par notre système de règles qui construit en nous une prison mentale et notre angoisse à la performance. Notre cerveau émotionnel, cet obsédé de la sécurité, aimerait être sur du résultat et contrôler le chemin pour aboutir. Par peur de ne pas y arriver et de ce qui peut échapper, il nous propose des process et des bonnes pratiques qui nous maintiennent dans le rail… sans finalement innover.

C’est un autre chemin qu’il est nécessaire d’emprunter. Innover est une aventure créative qui demande à se lâcher, à abandonner pour expérimenter… et peut-être trouver le graal… En tout cas, au cours du chemin parcouru, on apprend ! En effet, pour le designer, le plus important est probablement ce qu’il apprend et développe dans le processus plutôt que le résultat. Le designer fait la peau à la culture du résultat et des objectifs qui ne font que produire de l’anxiété. En effet, penser au fait d’y arriver fait automatiquent penser que l’on peut échouer. Ce mécanisme est une machine à anxiété.

Dans la peau d’un designer !

Mettons-nous d’abord dans la peau d’un designer. D’entrée de jeu, il est utile de rappeler qu’un designer de profession ne s’exécute pas uniquement pour son bon plaisir. Il innove afin de répondre à un besoin, et ce qui est fabriqué à partir de ce qu’il conçoit doit être vendu.

Posez le problème

La première étape est donc de définir les besoins et le contexte de la démarche, d’identifier les constantes et les variables de la problématique. Il est en effet important de partir du bon pied pour aboutir à quelque chose. Cette mise en ordre est une étape importante. Elle consiste à se poser des questions afin de cadrer le chemin à prendre et ne pas se fourvoyer en se jetant,  tête baissée, dans la recherche de la solution au problème posé

Cette mise en perspective est un exercice délicat. Un exercice crucial, car tout le reste du projet en dépend. Commettre l’erreur qui consiste à ne pas cadrer correctement le projet dès le départ risque d’entraîner une remise en question de toutes les étapes suivantes et de constituer, parfois, une perte de temps et de ressources considérables.

Les 4 Étapes clés pour poser un problème et s’engager dans une démarche design

  1. Décrivez votre défi. Cette description devrait être courte et facile à retenir. Quelques phrases seulement. Vous pourriez les formuler sous forme de questions, car celles-ci peuvent ensuite être reprises, en équipe, pour générer un maximum d’idées.
  2. Analysez le contexte. Votre défi doit mettre en évidence le contexte, ainsi que les contraintes auxquelles le problème est assujetti.
  3. Misez juste. Évitez l’erreur qui consiste à voir trop grand, ou trop petit. Si votre angle d’attaque est trop étroit, il vous sera difficile de parvenir à des solutions créatives et originales. À l’inverse, si vous visez trop large, vous risquez de vous perdre et vous aurez beaucoup de mal à générer une idée de départ.
  4. Posez la bonne question. Maintenant que vous avez mis votre défi par écrit, recommencez l’exercice. Cela peut vous paraître rébarbatif, mais poser la bonne question est primordial pour parvenir ensuite à une bonne solution. Une façon de vérifier si votre défi est correctement formulé consiste à le mettre à l’épreuve. Si vous pouvez, seul ou en équipe, parvenir à générer 5 solutions en quelques minutes seulement, vous êtes sur une bonne piste.

Mettre en place un processus de design dans une démarche créative n’est pas simple, surtout en équipe. Voici quelques astuces pour avancer et bien cadrer la démarche :

  • Formulez votre défi sous forme de question, tel que suggéré précédemment : Comment, pourquoi, de quelle manière
  • Décrivez l’impact ultime que vous tentez d’obtenir.
  • Énumérez quelques solutions possibles. Soyez ouvert d’esprit. N’hésitez pas à mettre sur papier des solutions qui peuvent sembler étonnantes.
  • Décrivez le contexte dans lequel le projet verra le jour (contexte géographique, démographique, culturel) et précisez les contraintes (technologiques, financières, réglementaires, d’agendas) auxquels vous devez faire face.

Revenez à votre question de départ, celle qui est censée décrire le défi. La description que vous en avez faite est-elle satisfaisante ? Devez-vous la modifier ? N’hésitez pas à recommencer autant de fois que nécessaire afin d’épurer la problèmatique.

Que l’esprit du designer soit le vôtre !

La deuxième étape à l’innovation est d’intégrer la design attitude pour négocier les multiples problèmes que le designer aura à négocier à chaque instant. Alors, voici comment le designer réagit mentalement à sa démarche créative :

  • Un bon designer ne cesse de se tromper. Il avance à tâtons, par essais et erreurs. Il ne cesse d’expérimenter, de recommencer, jusqu’à ce qu’il trouve la bonne réponse.
  • Justement, cette réponse, d’avance, il ne la connaît pas. Si cette réponse était connue d’avance, il n’y aurait pas besoin d’innover.
  • Un designer doit être optimiste. Cet énoncé découle tout naturellement des deux précédents.
  • Un designer doit être curieux. Il trouve son inspiration dans des lieux inhabituels, et parfois de manière inattendue. Un designer doit être aux aguets.
  • Un designer doit être habile pour traduire par le biais d’un dessin, d’un texte, d’un prototype, une idée nouvelle.
  • Un designer doit avoir la foi. S’il la perd, il s’en remet alors aux utilisateurs, ceux pour qui il s’échine pour trouver le design idéal, et les interroge de nouveau.
  • Suite à cet exercice de projection (se mettre dans la peau d’un designer), passons à l’étape suivante : l’émulation…

Quelles sont les compétences à acquérir pour devenir un designer ?

  • La confiance en sa capacité créative. Vous êtes convaincu que vous pouvez y arriver et que vous êtes capable de traduire votre concept en un produit, un procédé ou un service qui sera utile et qui aura du succès.
  • Passer le plus rapidement possible à l’étape du prototype. Prototyper est une façon efficace de réduire le risque. Commencez par un prototype simple. Vous tirerez rapidement des leçons de vos erreurs. Multipliez le nombre de prototypes en les améliorant progressivement.
  • Apprenez de vos erreurs et ne les considérez pas comme des échecs. Les erreurs sont les fondements même du processus d’apprentissage.
  • Faites preuve d’empathie. L’empathie vous permettra de comprendre ce que vivent les utilisateurs. Changez d’angles, imaginez différents scénarios, rencontrez un maximum d’utilisateurs.
  • N’ayez pas peur de ce qui est ambigu. Aimez ce qui sort des sentiers battus. Plus vous explorez d’options, plus vous aurez de chances de trouver la solution.
  • Demeurez optimiste. C’est l’optimisme, un optimisme têtu, qui vous poussera à aller toujours plus loin.
  • Recommencez. Recommencez sans cesse, en apportant chaque fois une amélioration correspondant à ce que les utilisateurs vous enseignent.

C’est ainsi que les ingénieurs de l’entreprise 3M ont découvert les post-it en essayant de fabriquer une super colle. Ils ont merdé, ce qui leur a permis d’innover et ils ont abouti à autre chose de formidable ! La design attitude est un processus stimulant et créatif source d’épanouissement. Il permet de créer et d’innover de façon ludique. La design attitude est une proche cousine de l’ACT (acceptance and committement therapy).

Texte inspiré de l’école de la créativité animée par Sylvie Gendreau

https://www.lanouvelleecoledecreativite.com/

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25 novembre 2020 3 25 /11 /novembre /2020 07:52

Le XXIème siècle apparait comme un siècle critique pour la nature (les humains étant un élément de cette nature). Il la confronte à de nombreux risques : extinctions massives des espèces, réchauffement de la planète, mise en danger de l’espèce humaine, altération des écosystèmes, etc. Cette situation est due à une explosion de l’impact de l’homme sur son environnement.

En effet, jusqu’au XVIIIème siècle, la très large majorité de l’humanité avait une vie rurale (97% de la population mondiale). Cette vie n’était pas si loin de celle des hommes du néolithique. La principale activité de l’homme y était de survivre. La mortalité infantile était extrêmement importante et l’espérance moyenne de vie de 30 ans. A l'époque, on mourrait essentiellement de maladies infectieuses.

Le XIXème siècle a vu l’essor de l’urbanisation et de l’industrialisation.  En 1815, nous étions un million sur terre. Nous sommes désormais 7 millions. Alors que cette période allant du XVIIIème siècle au XXème siècle a durée moins de 1/1OOOème de l’histoire des homo-sapiens, le contexte de vie des humains a radicalement changé. De la survie, au milieu de tous, nous sommes passés à des comportements narcissiques et hégémoniques, au centre du monde : pouvoir, dominer, profiter, etc., sans mesurer, conscientiser et considérer suffisamment les conséquences de nos comportements pour les autres espèces vivantes de la planète et les répercussions à moyen terme de nos actions sur l’environnement. Nous avons construit des mégapoles, nous traversons le monde de long en large, nous surexploitons la terre et ses ressources tout en produisant de plus en plus de déchets. Nous avons même créé un VIème continent fait de plastique au milieu de l’océan.

Cette évolution a permis de nombreux progrès scientifiques et technologiques et a permis de doubler l’espérance des hommes de vie au XXème siècle. Désormais, on meurt de cancers, de problèmes métaboliques à la place des maladies infectieuses d’autrefois. L’obésité et la dépression sont en voie de devenir les principales maladies de notre présent. Cependant la nature et les hommes ne s’accommodent pas de transitions brutales. Le XXème siècle risque d’être le siècle où nous allons payer le cout de cette évolution brutale. La crise de COVID est un exemple car il a circulé aussi vite que les humains à travers le monde. Il est à l’origine d’une pandémie mondiale qui grippe les rouages de notre société

La nécessité du changement

Cette évolution des modes de vie des humains n’est plus fonctionnelle aujourd’hui. Les risques immédiats dépassent les bénéfices à court terme. Il est nécessaire d’engendrer un recentrage de notre façon de vivre au sein de la nature. L’homme a la nécessité d’initier un changement pour se réajuster au contexte d’aujourd’hui. Changer et évoluer nécessite un engagement qui doit être source de sens pour tous pour avoir lieu.

Deux façons d'appréhender le changement :

1 – Une attitude de survie et dans la réaction : Nous attendons d'être au bord du gouffre pour nous y mettre et vous subirons la réalité Dans ce cas, nos ressources cognitives disponibles seront limitées et amoindries par le feu émotionnel négatif ambiant (peur de l'échec, appréhension, stress cumulatif, ruminations, projections anxieuses...).

2 – Une attitude adaptative : Nous prenons nous-même les devants en initiant / promouvant le changement. Nous reprenons le contrôle de nos comportements pour être acteur et moteur du changement. Nos ressources cognitives seront décuplées par une bordée d'émotions positives (excitation, créativité, motivation intrinsèque, intelligence collective...). Changer deviendra alors un jeu et un défi permanent.

Il n'y a pas de baguette magique pour passer d'un mode mental à l'autre et encore moins des recettes de cuisine managériale et politique toutes faites. Seulement du travail sur soi patient et déterminé qui doit se faire au rythme de chacun. Ce travail englobe aussi bien des aspects professionnels que privés, tout est lié ! Comment par exemple s'inscrire dans une dynamique de "changement apprenant". Seule une approche globale et un travail de fond permettront à notre cerveau de donner le meilleur de lui-même... et ainsi de vous surprendre !

L’enjeu des transitions

La vie est faite de « ruptures », de « passages » qui ponctue l’histoire des humains comme des populations. A leur origine, il est possible de trouver des événements déclencheurs, comme celui de la crise du covid aujourd’hui. Ces stimuli déclenchent des comportements d’adaptations, selon le modèle Darwinien, et une pression évolutionniste. Ils engendrent des comportements individuels et collectifs, des prises de décisions, des stratégies qui rentrent en écho avec le référentiel individuel comme collectif. Les normes sociales contextuelles vont être soit des freins, soit des accélérateurs à l’adaptation. Celles-ci dépendent de la culture au changement de l’écosystème. Dans le contexte actuel, du fait de l’amélioration majeure des conditions de vie et d’un long espace de paix, les guerres ayant lieu ailleurs, la société occidentale a renforcé la culture du plaisir et du profit. Cette culture de l’instant est un frein à l’engagement à du moyen terme.

Les modifications des générations (babyboomers (1945-64), Génération X (1965-79), Génération Y (1980-94), etc.) influencent la prise de décision. La difficulté est que l’allongement de la durée de vie fait que les jeunes d’aujourd’hui sont gouvernés par une génération précédente, ce qui peut être un autre frein à l’évolution tout comme une source de modulation.

La motivation intrinsèque et extrinsèque sont des leviers aux changements. Du fait de la durée des enjeux écologiques, la motivation au changement doit basculer d’un plaisir et d’une satisfaction immédiate au plaisir d’être au contact de ce qui compte pour soi. Pour cela, il est nécessaire que l’événement de vie déclencheur soit perçu comme un évènement de vie personnel qui incite au mouvement. La société du spectacle dans laquelle nous vivons engendre une déréalisation qui est aussi un frein à l’adaptation. Les multiples discussions sur l’intérêt des masques et de la vaccination en sont de bons exemples alors que l’hygiénisme développé par Pasteur a permis des avancées sanitaires majeurs pour l’humanité.

La recherche de nouveaux équilibres collectifs est d’autant plus délicate qu’elle passe par le remaniement du modèle de vie de chacun : remise en cause profonde des valeurs personnelles et du projet de vie associé. Elle demande un renoncement et une acceptation afin de pouvoir s’engager.

Plus la société est structurée et plus elle permet une justice sociale, plus l’individu peut adhérer à un nouveau projet et s’engager dans une transition. Les valeurs collectives doivent être lisibles, solides et sécurisantes pour que l’individu puisse construire un compromis entre ses besoins et ses sources de satisfaction avec les enjeux collectifs. C’est en cela que la restauration et le renforcement du politique est primordiale pour amener toute une population à un changement. Le politique est celui qui donne du sens. Or, comme l’évoque le philosophe Bernard Stiegler, nous vivons depuis la deuxième guerre mondiale une misère du symbolisme. Toujours, selon cet auteur, le vide occasionnée a été investi par la société marchande.

L’intégration de la diversité des personnes composant une population est un enjeu important pour construire un nouveau collectif. Elle demande une considération des préoccupations de chacun ainsi qu’une reconnaissance. Pour cela, il est nécessaire de faire un travail de relevé des préoccupations de chacun, de la place et de l’identité des uns et des autres dans ce nouvel ensemble. Elle demande aussi un renforcement constant selon le modèle de l’apprentissage opérant.

Enfin la transition doit d’être considérée comme faisant partie de la vie et être en soi une période de vie qui vaut le coup d’être vécu. La culture de l’objectif est source d’une expérience intérieure négative. En effet, tant que l’on n’a pas atteint son objectif, on ressent de l’insatisfaction. Une fois qu’on l’a atteint, on se dit et après… La culture de l’objectif et de l’attente enflamme le désir et fait le lit à l’addiction, en l’occurrence en une culture de la consommation. Pour fonctionner, une transition de vie doit s’inscrire dans un projet et une politique de vie qui ne fait que décliner de façon contextuelle ce qui compte pour l’individu comme pour le collectif.


 

Il est désormais tant de passer à l’ACT

L’ACT, Acceptance and Comittment Therapy, est une thérapie comportementale et cognitive de troisième vague. Elle met le focus sur l’ici et le maintenant connectant les comportements du présent à des valeurs de vie pour les incarner à chaque instant. Elle porte son attention sur les obstacles intérieurs (pensées, émotions, sensations physiques) pour les accepter afin que trouver une solution à ceux-ci ne détourne pas l’individu de ce qui compte pour lui. Par exemple, manger du sucre apaise mais, à moyen terme, par la répétition de cette solution, il confronte l’individu à problèmes de santé (diabète, obésité, troubles cardio-vasculaires, etc.). Voyager en avion et visiter le monde en long et en large est confortable et plaisant immédiatement. Par contre, il a un impact sur la planète et sur notre environnement et la vie de nos enfants. 

Hexaflex : modèle théorique de l’ACT

Dans l’approche ACT, on essaie d’avoir des comportements qui fonctionnent selon les contextes. En ce sens, il ne s’agit pas d’établir des nouvelles règles. En effet, le contexte de chacun est différent et les règles sont désincarnées de l’individu, au contraire des valeurs. Le but de l’act est de développer une flexibilité globale :

  • Flexibilité attentionnelle : La capacité à être conscient et présent à l’ensemble des événements psychologiques du moment avec une attitude ouverte et curieuse (observation accueillante).
  • Flexibilité comportementale : la capacité à engager des actions dans l’ici et le maintenant guidées par ses valeurs fondamentales, ses besoins avec le contexte présent.

Apprendre et développer cette flexibilité afin de s’ajuster avec cohérence avec son présent est possible en ne se fourvoyant pas dans l’évitement expérientiel. L’évitement expérientiel est un comportement pour tenter de ne pas être au contact avec ses pensées, ses émotions, ses sensations physiques ou tout autre expérience intérieure désagréable, même lorsque répéter cette tentative entraine des problèmes à long terme. En fait, dans l’approche ACT, on dit que ce ne sont pas nos pensées, nos sensations et nos émotions qui posent problèmes mais plutôt notre façon de réagir à elles, ainsi que les multiples moyens qui sont utilisés pour les éviter, comme le plaisir afin d’avoir l’illusion d’être mais qui nous entraine dans une addiction à la consommation dont profite le modèle capitalistique actuel. Le modèle capitalistique est dysfonctionnel dans ce modèle car il fonctionne sur la recherche d’un bénéfice immédiat au prix de conséquences délétères à moyen terme non considérées, comme la crise écologique actuel. Il engendre un déséquilibre entre le présent et le futur, en proposant des solutions égoïques et narcissiques aux populations.

Les compétences à développer dans les populations sont :

  • La capacité à observer en temps réel ses expériences depuis une perspective neutre et acceptante
  • Une capacité à reconnaitre en temps réel les liens fonctionnels en les différents stimuli publics et privés, selon le modèle comportementaliste A-B-C.
  • La capacité à diriger avec flexibilité son attention vers ses valeurs et ses besoins importants et précieux (agir avec cohérence).
  • La capacité à engager des actions importantes et d’en assumer les conséquences. Chaque action engendre des risques et des couts à court et moyen terme.

Il existe différentes formes d’apprentissage de nouveaux comportements pour changer sa façon d’être. Les formes d’apprentissages comportementalistes se font classiquement par l’expérience (Répondant par l’association du comportement à des stimuli, Opérant en prenant en compte les conséquences de nos comportements et Vicariant par imitation). Elles sont inopérantes dans le contexte d’un changement écologique car les réponses sont trop distantes du comportement initial pour être significative au niveau individuel. Dans ce contexte, l’apprentissage ne peut qu’être collectif et ne peux s’appliquer dans le contexte individualiste et libérale de la société occidentale. L’ACT s’appuie sur un apprentissage relationnel par le biais du langage. Il s’appuie sur la théorie des cadres relationnels où l’on utilise le langage comme levier au changement. Cet apprentissage est à faire à tous les âges et dans toutes les activités humaines :

  • Observer et considérer
  • Choisir
  • S’engager dans une action cohérente avec soi
  • Observer comment fonctionne ce choix
  • Choisir à nouveau
  • Etc.

L’ACT, c’est la capacité de reconnaitre ce qui peut marcher dans une situation donnée au regard de ce qui compte et d’adopter des comportements adéquates pour soi et les autres. C’est une compétence à utiliser à chaque instant de sa vie

Cet aïkido verbal est notamment à pratiquer tout au long de la scolarité pour développer de nouvelles compétences. En étant dans l’action et non dans la réaction, en sachant observer ce qui se passe en lui et autour de lui et en regardant le coté fonctionnel de son action, l’enfant pourra gagner en cohérence et pourra s’engager dans un comportement qui prendra soin de lui comme de sa planète et qui sera beaucoup plus fonctionnel, tout en s’appuyant sur son sens moral inné. Le passage à l’ACT sera

  • Penser ce que l'on va (se) dire,
  • (se) Dire ce que l'on va faire,
  • Faire ce que l'on a pensé.

La boucle est bouclée. Elle va se poursuivre sans fin pour continuer à évoluer.

 

ACT et engagement écologique

La société de consommation et la dérive narcissique des populations font que nous renforçons les comportements à court terme. Or les actions pour l’écologie ont souvent des impacts à moyen ou long terme qui ne fonctionnent pas comme des renforçateurs. L’approche en termes de valeurs peut constituer un nudge qui gouverne le choix de nos comportements au-delà des résultats immédiats. Le simple fait de savoir observer si ce comportement nous rapproche ou nous éloigne de ce qui est précieux pour nous redirige nos comportements dans la direction de notre boussole de vie.
Faire cela demande de développer des compétences d’observation, de choix et de pouvoir définir ce qui est important pour nous.

  • Développer un apprentissage expérientiel et non un apprentissage cognitif qui risque de créer des règles et des restrictions cognitives. Les interdits empêchent difficilement les comportements prohibés, voire les stimule.
  • Une fois que l’on nomme quelque chose, il est difficile de ne plus le voir et de ne plus se positionner par rapport à ce que l’on observer. C’est l’effet nudge de l’ACT.

Faire évoluer le contexte pour donner l’opportunité aux populations d’avoir le choix de comportements écologiques. Le piège serait de créer un système kafkaïen avec des doubles contraintes. C’est-à-dire demander des actions écologiques tout en rendant impossible ceux-ci dans le quotidien ou en demandant un effort surdimensionné à l’usage courant.

Par exemple : dans une ville de Bretagne, les poubelles vertes, marrons et jaunes ne sont pas situés sur le même lieu géographique. Pour les personnes de passages, il est très difficile de faire le tri des ordures car cela demande de faire le tour de la ville. Dans cette même ville balnéaire, les poubelles jaunes et marrons sont relevées tous les 15 jours, il est aussi difficile de sortir ses poubelles lorsque l’on a une maison secondaire. Il intéressant d’observer que ces contraintes organisationnelles de ramassage des ordures ne répondent pas au contexte de touristes dans cette ville balnéaire. Ees organisent une impossibilité qui entrave l’adhésion à des valeurs écologiques au risque de les discréditer.

 

 

Comment faire évoluer nos comportements pour mieux prendre soin de la nature, de notre planète et de notre écosystème ?

Il est difficile de changer un comportement appris. Tout changement risque de créer une résistance, voir une lutte avec un retour à plus ou moins court terme à l’état initial. Il est plus fonctionnel d’apprendre de nouveaux comportements selon le modèle skinérien en générant des apprentissages opérants.

Ces apprentissages nécessitent qu’ils interviennent à chaque étape de la vie. Si, toute la vie, nous pouvons apprendre, la période la plus favorable à l’apprentissage est l’enfance. Aussi, cette période devrait être ciblée par les politiques pour faire évoluer nos comportements en écologie.

L’école propose avant tout un apprentissage cognitif et oublie le développement de notre intelligence émotionnelle. La logique est sélective en entretenant le désir de prendre l’ascenseur républicain social afin d’atteindre la caste des élus en haute de la pyramide. Ce système d’apprentissage crée une pression à la performance et au résultat. Il écarte de ce fait l’apprentissage de compétences collaboratives. L’idée n’est pas de le supprimer l’avancement au mérite mais de de faire de la place pour d’autres expériences sociales améliorer le vivre ensemble en harmonie avec la nature.

Queles seraient les nouvelles directions de l’apprentissage scolaire ?

  • Sortir d’un apprentissage égocentré
  • Développer la conscience de l’expérience et du collectif
  • Apprendre à œuvrer pour le groupe sans systématiquement chercher une récompense (avoir une bonne note, être le meilleur, être sélectionné, etc.) au risque de renforcer les réseaux neuronaux de la récompense.

Aujourd’hui le système d’apprentissage, couplé à la société de consommation, favorise le narcissisme et l’égocentrisme. Ce mécanisme engendre un déni de l’autre, de l’environnement et une inconscience de la conséquence de nos comportements sur les équilibres nous entourant.

  • Penser le développement des enfants pas uniquement sur un principe de récompense pour les motiver mais aussi par la perception et l’observation de l’expérience permettant l’apprentissage et le développement de soi.
  • Valider des étapes de la vie scolaire par l’observation et non pas uniquement par un système de notation individualiste et égocentrique.

L’éducation ne doit plus être désormais le seul champ de l’apprentissage de connaissance intellectuelle. L’école a à devenir le lieu d’apprentissages expérientielles pour développer des compétences sur la façon d’être en équilibre avec son environnement intérieur et son environnement extérieur.

 

Conclusion

Amener la population mondiale dans une transition écologique demande un changement de perspective. Elle ne peut s’appuyer sur l’instauration de nouvelles règles. Aucun changement opérant et durable ne se fait avec des « il faut » et des « je dois ». Les changements significatifs s’appuient sur des « je choisis » et des « je décide ». L’enjeu est d’apprendre à chacun, dès le plus jeune âge et à chaque étape de sa vie à être conscient de soi et de son environnement et à être acteur de sa vie. C’est-à-dire à être, comme l’a fait Nelson Mandela, en s’appuyant sur le poème Invictus, en étant le capitaine de son âme pour être maitre de son destin. La crise du COVID est celle d’une pandémie qui réveille les failles de notre société (mondialisation) et nous amène à repenser notre façon de penser et de vivre. Comme toute crise, elle est source d’opportunités, d’évolutions et d’adaptations. A chacun de choisir, la façon de le faire. Elle demande un engagement individuel au niveau de son environnement proche et politique pour donner un sens et une motivation collective.

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19 novembre 2020 4 19 /11 /novembre /2020 22:02

Dur d’être soi, dur d’oser d’être soi, ce d’autant que l’on a toujours quelque chose à dire sur soi, sur une partie de son corps… La peur de ne pas être suffisamment bien, de ne pas être suffisamment beau, ne pas être suffisament à la hauteur (comme si le mètre à mesurer la bonne hauteur existait!)… On voudrait être aimer, que les autres aient une bonne opinion de nous… Au final, on finit par avoir des complexes. Surtout, qu’avec les réseaux sociaux, on n’arrête pas de se comparer, on trouve la vie des autres beaucoup mieux que  la notres, on trouve les autres mieux que nous… En fait non seulement notre satanée machine à comparer à tendance à retenir que ce qui ne va pas chez nous, à trouver les pommes du voisin meilleures que les nôtres et à comparer notre arrière cuisine avec la vitrine des autres. Alors évidemment avec ce type de comparaison, on est toujours perdant... et cela entretien notre mauvaise image de nous, nos complexes et cela altère notre confiance.

Définition

Un complexe, c’est faire une fixation émotionnelle sur une zone de son corps ou une façon d’être qui s’impose à soi. Ce jugement que l’on porte sur une partie de soi aboutit un jugement de soi et à une construction de soi erronée. Le risque est de construire un scénario catastrophe, une prison mentale qui sera source d’une souffrance, voire d’un handicap. Par exemple : Je suis trop grosse pour être aimée. Ce jugement peut être source d’un handicap en freinant la personne dans ses relations sociales et dans la possibilité de faire une rencontre.

Les complexes nourrissent un manque de confiance en soi. Ils peuvent être source d’hypochondrie ou de dysmorphobie (peur maladive d’être difforme) pouvant aboutir à une déprime

Les origines des complexes

Les complexes naissent souvent dans l’enfance et l’adolescence. A cet âge, on est en chantier. Ce chantier crée des émotions et nous met au contact de notre sensibilité. On peut être tenté d’éviter ce ressenti. C’est une période d’insécurité intérieure qui peut amener à des interprétations erronées de soi et de son corps. En outre, lorsque l’on se regarde dans la glace, on s’observe en deux dimensions alors que dans la vie on est en 4 dimensions. On chausse ainsi, devant notre reflet, nos lunettes émotionnelles. A travers celles-ci, on ne voit que nos émotions et pas la réalité de notre être. Ainsi, notre cerveau émotionnel, qui aime bien tout contrôler, transforme une partie de notre corps en bouc émissaire de notre difficulté à être.

Les sources des complexes

  • Les émotions négatives ressenties qui se transforment en jugement
  • L’impact du complexe sur la relation avec les autres va renforcer un cercle non vertueux
  • Les commentaires d’autres enfants pendant l’enfance peuvent initier ou renforcer des jugements sur soi
  • Le perfectionnisme

Le problème n’est pas ce que l’on est (on est unique donc précieux) mais ce que l’on en fait, tout comme un instrument de musique. On nait tous avec un instrument corporel. Certains naissent avec une contrebasse, d’autres avec une flute ou un violon. Il n’y a pas de mauvais instrument. De tout instrument, il est possible de tirer une jolie musique, le tout est d'apprendre à en jouer. Cea demande de la discipline et de la bonne volonté. Toute chose est une opportunité. Cependant dans notre société de l’instant et du plaisir, on ne prend pas suffisamment le temps de se construire et d’être pour choisir de se basher et de se victimiser de ce que l’on est. Dans le documentaire « Tout va bien, le premier commandement du clown », un professeur de clown dit : « on admire les acrobates mais on aime les clowns". Je ne sais pas vous mais moi je préfère être aimé qu’admirer. Pourtant on passe son temps à essayer d’être admirable au risque d’être bien seul là-haut sur notre piédestal et de chuter en se faisant mal. Le clown, quant à lui, on l’aime pour sa fragilité. Il nait de son ridicule. Le clown trouve la sortie en jouant de ce qu’il est tout comme Cyrano de Bergerac joue de son nez, en faisant une tirade... et c’est pour cela qu’on l’aime

 

Comment faire ?

  • S’accepter, accueillir ce que l’on est. Se regarder avec le cœur et non avec les yeux, tout comme le Petit Prince le fait avec le Renard.
  • Défusionner de ses pensées. C’est-à-dire ne pas prendre pour argent comptant toutes les pensées négatives transitoires qui passent dans notre mental. Notre cerveau a aussi des jugements hatifs...
  • Renoncer aux jugements et aux croyances de perfections. Les seuls être parfaits sont les dieux. Nous ne sommes que des êtres humains et c’est déjà pas mal !
  • Dire stop à la machine à comparer : arrêter de comparer son arrière cuisine avec la vitrine des autres
  • Savoir traverser les vagues émotionnelles que nous procure certaines situations (comme se regarder dans un miroir ou juger la vie des autres) et sans les laisser alimenter notre machine à juger.
  • Etre dans une démarche constructive vis-à-vis de son corps en prenant soin de soi tout en l’aimant.
  • Savoir jouer de soi
  • Ne pas oublier que l’avis des autres n’est que la vie des autres.
  • Avoir de la compassion pour soi

Expérience de compassion ;

Dans une expérience, on a demandé à environ 250 étudiantes d’écrire une lettre à leur peau selon l’une des quatre modalités suivantes :

  • En se mettant à la place d’un ami qui nous écrit :  
    • La première était une lettre de compassion où elles parlaient de leurs défauts en général.
    • La deuxième, une lettre de compassion, mais dirigée spécifiquement sur le corps.
  • Lettre venant de soi
    • une lettre où elles écrivaient directement à leur corps, le remerciant de toutes ses qualités, dans le but de montrer leur gratitude pour tout ce qu’il fait chaque jour.
    • La quatrième, une lettre neutre.

Les scientifiques ont constaté que les trois  premières lettres ont significativement augmenté l’image que les étudiantes avaient de leur corps en comparaison de la lettre neutre

Au travail : Jardiner sa body positive attitude 

  • Eviter de juger les autres car on finit par se juger
  • Faire une détox digitale
  • Devenir son ami
  • Ne pas refouler ses émotions car cela génère des jugements et des pensées négatives
  • Pratiquer la méditation
  • Savoir accepter les compliments
  • S’accorder du temps
  • Cultiver de la gratitude pour sortir de la culture du bashing
  • Faire du New Burlesque dans l’Ecole des Filles de Joie tenue par la formidable Juliette Dragon

N’oubliez pas qu’un être humain est comme un livre, le plus important n’est pas la couverture mais ce que l’on écrit à l’intérieur.

Bibliographie

Boris Vian : On tuera tous les affreux. Ed Poche

Cheval Sophie : Belle autrement. Ed Armand Colin

Seznec JC : J’arrête de lutter avec mon corps. Ed PUF

 

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29 octobre 2020 4 29 /10 /octobre /2020 10:09

Les solutions trouvées pour gérer la crise du covid ne sont pas sans risques psychiques. Si nous devons être unis et solidaire dans la tempête, il est nécessaire d'être engager dans la façon de prendre soin de nous. Voici deux articles pour éclairer la situation et les enjeux. bon courage à vous

https://www.lechorepublicain.fr/paris-75000/actualites/le-psychiatre-jean-christophe-seznec-s-interroge-ou-est-le-ministre-de-la-joie_13865193/?fbclid=IwAR1nZXiFsaQ-dVq12eZbnJ28JGijFKBntNMBaGGIC5hqds66mWsA0BVG5zE

 

https://madame.lefigaro.fr/bien-etre/comment-se-preparer-mentalement-a-un-second-confinement-conseils-de-psys-021020-182837?utm_source=app&utm_medium=sms&utm_campaign=fr.playsoft.lefigarov3&fbclid=IwAR0Ez6jDDSYHQBYyHC1cH548jTpcgJeavDkGU-ayxVMYuHx7rJagznBS-OY

 

 

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16 octobre 2020 5 16 /10 /octobre /2020 07:55

​​​​​​L'interview Vanity Fair Italie

 

  1. Quand vaut-il la peine de se taire, plutôt que de parler (ou peut-être de communiquer par d'autres moyens: regard, gestes)?

 

Se taire permet d’apprécier l’instant présent, de savourer l’instant présent et de laisser résonner en nous l’expérience d’un échange.

Se taire permet d’accéder à notre sensibilité et à notre intelligence émotionnelle pour échanger avec authenticité et sensibilité. Il y a plein d’autres façons corporelles de s’exprimer sans bavardage abusif.

Se taire permet aussi d’écouter l’autre véritablement, de tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler et de répondre.
Lorsque l’on se précipite dans la parole, on prend le risque que cela soit notre cerveau de survie et défensif qui s’exprime en aboyant plutôt que de parler.
Se taire permet de choisir et de décider ce que l’on veut dire et répondre. Se taire aide à s’émanciper des “je dois” et des “il faut” qui exprime les règles que l’on se raconte et qui construisent notre prison mentale. Ils entrainent des biais de perception, des quiproquos, voire des interprétations.

Se taire permet de vivre pleinement l’instant. Un ami africain me disait “vous les blancs, à force de courir et de vous agiter, j’ai l’impression que vous êtes pressé de mourir!”

 

  1. Pourquoi le silence est-il si important?

 

Le silence permet de mettre au repos notre mental. Il nous protège de la surcharge mentale et du burnout. Ce mental est utile pour raisonner mais nous précipite aisément dans le passé, au risque de ressasser, ou dans le futur, au risque de générer de l’anxiété en se racontant des histoires. Si on connaissait le futur, on jouerai au loto! On ne se rend pas suffisamment conscience à quel point on se raconte en permanence des histoires... D’ailleurs, souvent lorsque l’on parle des autres, on parle souvent de soi et on exprime ses représentations.
En mettant au repos notre cerveau émotionnel, on accède à notre cerveau sensoriel pour percevoir la richesse de l’instant, être curieux de l’expérience et ralentir la vie. Le silence permet la contemplation. Il nous libère de l’esclavage à nos pensées. C’est le premier pas vers la pleine conscience. La pleine conscience à des vertus pour la santé. Elle améliore notre immunité et rajeunit notamment nos chromosomes.

Le silence nous aide à quitter notre tête pour se connecter à notre ventre. Ce “ventre” nous aide à être plus juste pour négocier la vie et être plus en paix.

 

  1. Pourquoi parlons-nous souvent à contre-courant?

Tout simplement parce que nous mobilisons notre cerveau émotionnel de survie. On confond ce qui est grave, c’est à dire mortel, avec ce qui est embêtant, désagréable, frustrant ou embêtant. Ce cerveau émotionnel nous vient des hommes préhistoriques. Je l’appelle “notre doberman” qui nous amène à aboyer pour un oui et pour un rien.

En outre, ce cerveau émotionnel nous attire vers une approche égocentrique qui nous coupe des autres et du contexte, au risque de l’égoisme et de la connerie.

Le risque est de passer à coté de la vie à force de commenter et de juger, pour se protéger de dangers imaginaires. C’est comme jouer au football, lorsque l’on commente le match, on se retrouve dans les tribunes au lieu d’être sur le terrain entrain de jouer. La question est où voulons nous vivre?
En fait, le danger imaginaire est la peur de notre vulnérabilité. On parle à contre courant pour tenter que les autres nous admirent. On dit que l’on admire les acrobates et que l’on aime les clowns. Je ne sais pas vous mais moi je préfère être aimé qu’admirer. Pourtant, le clown nait de son ridicule. C’est ce qui rend la vie belle, à l’instar de Bégnini qui trouve dans le rire et le jeu une voie de sortie à la souffrance, plutôt que de s’enliser dans la plainte

 

 

  1. 10 occasions où le silence vaut plus de 1000 mots

 

  1. En écoutant la souffrance de quelqu’un, suite au décès d’un proche. Le meilleur soutien est l’écoute. Il permet de digérer les émotions.
  2. En écoutant sa femme qui a besoin de se purger des tensions accumuler après une journée de travail, le soir, et qui n’a pas besoin que son homme lui trouve des solutions.
  3. Lorsque l’on a fait une bêtise. Assumer permet de plus facilement trouver une voie de sortie que de se justifier ou se plaindre.
  4. Au travail ou dans un couple, face à une personne toxique. Face à un voisin paranoiaque. Ces personnes sont toujour plus fortes que nous. Se justifier leur donne des armes pour nous battre. Il suffit de dire oui je suis d’accord ou non tout simplement. Lorque c’est trop douloureux, on va planter sa tente plus loin.
  5. Face à la beauté d’un paysage, d’un film ou d’un instant. La parole appauvri la réalité et nous en éloigne.
  6. Face à un enfant qui apprend à marcher, à faire du vélo ou tout autre chose. Il a besoin de notre regard bienveillant et non des yakafaukon!
  7. Lorsque l’on aime. Le silence permet de ressentir plus intensément ce merveilleux sentiment.
  8. Lorsque l’on est dans la “merde”. Se plaindre génère une double peine. Le mieux est de s’asseoir pour vivre l’expérience, c’est une expérience qui vaut aussi le coup d’être vécue car elle nous montre que nous sommes toujours vivants, et laisser passer l’orage.
  9. Face au passé. Ressasser ne le change pas. La seule chose à faire est d’en tirer expérience pour mieux se préparer au présent.
  10. Face à l’actualité, comme le covid et autres sujets à la mode. Bien souvent, il nous manque beaucoup d’informations pour bien comprendre une situation. On est à amener à juger et à condamner à tord des situations. Bien souvent, en laissant l’histoire éclairée une situation, on perçoit différement un évènement. Les médias, pour faire des ventes et des chiffres, et les politiques, pour obtenir des voix, parlent excessivement. Dans tous les événements médiatiques dans lesquels j’ai été pris, ce que disait les médias et les politiques n’avaient rien à voir avec la réalité que je vivais.
  11. A la fin d’un article et savoir mettre fin à un instant de partage.

 

Seznec jc et Carouana L : Savoir se taire, savoir parler, Ed Interéditions

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1 septembre 2020 2 01 /09 /septembre /2020 14:15

Nous observons une évolution du vieillissement et de notre regard sur la vie grâce aux opportunités que nous offrent l'amélioration de notre santé au cours de ce dernier siècle.

Le XXième siècle a été l’objet d’une révolution de l’espérance de vie puisque celui-ci a quasiment doublé au cours de ce siècle[1].  En effet, Au milieu du XVIIIe siècle, la moitié des enfants mouraient avant l’âge de 10 ans et l’espérance de vie ne dépassait pas 25 ans. Elle atteint 30 ans à la fin du siècle, puis fait un bond à 37 ans en 1810 en partie grâce à la vaccination contre la variole. La hausse se poursuit à un rythme lent pendant le XIXe siècle, pour atteindre 45 ans en 1900. Pendant les guerres napoléoniennes et la guerre de 1870, l’espérance de vie décline brutalement et repasse sous les 30 ans.

Au cours du XXe siècle, les progrès sont plus rapides, à l’exception des deux guerres mondiales. Les décès d’enfants deviennent de plus en plus rares : 15% des enfants nés en 1900 meurent avant un an, 5 % de ceux nés en 1950 et 0,4 % (3,5 pour mille exactement) de ceux nés en 2015. La hausse de l’espérance de vie se poursuit grâce aux progrès dans la lutte contre les maladies cardio-vasculaires et les cancers. En 2017, l’espérance de vie en France atteint 79,5 ans pour les hommes et 85,4 ans pour les femmes).

 

Cet allongement de la vie à modifier considérablement le paradigme de la vie. En effet, avant le XXième siècle, l’enjeu était surtout de survivre et de se reproduire afin que le patrimoine de chacun survive à sa disparition. L’allongement de la vie ouvre de nouveaux espaces que la société du loisir et de la consommation va s’approprier. Le philosophe Bernard Stiegler[2] a montré comment la société de consommation s’était accaparé la misère symbolique[3] de l’après deuxième guerre mondiale pour occuper ses nouveaux espaces de vie et tenter de se les approprier. D’ailleurs, la santé et le vieillissement sont devenus progressivement un marché économique. Le troisième âge et les papy boomers sont devenus une cible markéting spécifique à la fin du XXième siècle.  

Une autre étape a été franchie sur notre rapport au temps qui passe avec la loi des 35 h en France. Celle-ci a envoyé un message révolutionnaire : on ne vit plus que pour travailler mais on a le droit à un temps libre et propre.

Vivre plus longtemps offre la possibilité de vieillir plus longtemps et d’avoir plus de temps pour avoir peur du vieillissement. Si la question de la mort est une question existentielle centrale de la vie[4] et source de nombreuses pathologies psychiatriques, cet allongement de la vie a été l’occasion de nourrir une autre peur, celle de dépérir en vieillissant. En effet, on a vu apparaitre au XXième siècle une maladie, la maladie d’Alzheimer, liée au vieillissement et qui est très rare avant 65 ans et qui touche 15% de la population après 80 ans[5]. Donc au XXème siècle, vieillir était associée à l’idée de perte et au risque de déchéance, de la dépendance, si ce n’est de décrépitude. Cette dépendance est un enjeu social et économique. Elle nourrit d’ailleurs ce que l’on appelle « l’or gris »[6] ou le marché du vieillissement et des maisons de retraite.

Les progrès de la science et la façon de prendre soin de soi se sont poursuivi et ont complètement bouleversé la donne au XXIème siècle. La vieillesse n’est plus considérée comme une perte mais comme une évolution. On a pu notamment montrer que la pratique de la méditation allongeait l’espérance de vie des personnes âgées et leur qualité de vie[7]. Une incroyable étude a réuni pendant 90 ans des milliers de données comparatives, sur les marqueurs de santé, de niveau de vie, de profession, de revenus, de style de vie, d’entourage affectif, si on est devenu parents, si on s’est marié, si on a divorcé, si on a vécu des traumatismes graves, des épisodes douloureux, de grandes défaites comme d’immenses victoires … Elle en conclut que la seule chose qui, significativement, compte vraiment est la qualité des liens que nous entretenons avec les autres. Tout le reste est subsidiaire. C’est la force du lien qui nous permet de vivre vieux, heureux et en bonne santé[8]. Donc, non seulement, on a désormais du temps pour vivre mais il est possible de vieillir dans de bonnes conditions selon la façon dont on s’y prend. Deux exemples de cette formidable évolution à la vieillesse est le fait que Mike Jagger a en 2020 77 ans et continue a faire du rock comme un jeune et que l’on a vu éclore une nouvelle catégorie sociale : les quincados[9]. Il s’agit de personnes agées de 45 à 60 ans, débarrassées des contingences des enfants et qui se conduisent comme des adolescents (vont en boite de nuit, font des soirées, roulent en moto, ont un groupe de rock, etc.) et qui s’inventent une deuxième jeunesse mais avec une carte bleue. Ces personnes ne fuient pas leur âge mais, à travers toutes ces activités fuient l’ennui. D’ailleurs les allemands ont inventé un terme propre à eux Freizeitphobie ou peur du temps libre inspiré du concept du psychologue espagnol Rafael Santandreu[10].

La peau a été longtemps un marqueur du vieillissement et un stigmate de la perte. La chirurgie esthétique a beaucoup œuvré pour lutter contre celui-ci. Elle est désormais un champ de recherche de la médecine esthétique pour accompagner les êtres humains dans leur vieillissement de vie. Une nouvelle ère s’ouvre à nous sur la façon dont nous allons accompagner de façon engagée et concrète dans l’épopée du vieillissement. Pour terminer, je vous propose deux réflexions : Dans chaque vieux, il y a un jeune qui se demande ce qui s’est passé de Terry Pratchet[11] et la phrase de Wolinski la jeunesse passe, la connerie reste[12].

 

 

[1] Vallin J et Meslé F : Tables de mortalité françaises, collection données scientifiques. Ed Ined 2001

[2] Stiegler Bernard : La technique et le temps, Paris Galilée, 1994, 96

[3] Stielgler Bernard : De la misère symbolique, Paris Galilée. 2004 et 2005.

[4] Yalom Irvin : Thérapie existentielle, ed Gallade, 1980

[7] Langer Ellen : Pratiquer la pleine conscience au quotidien, ce que change la Mindfulness dans notre vie. InterEditions, 2015.

[8]https://www.ted.com/talks/robert_waldinger_what_makes_a_good_life_lessons_from_the_longest_study_on_happiness?language=fr

[9] Guérin Serge : les quincados. Ed Calma Levy, 2019

[10] Santareu Rafael : L’art de ne pas s’empoisonner la vie. Ed Marabout. 2020

[11] Pratchett T : Les zinzins d’olive Oued. Ed l’Atalante. 1990

[12] Wolinski G : Pensées. Ed Pocket. 1998

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