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13 octobre 2019 7 13 /10 /octobre /2019 17:41

 

Le Joker est un film de Todd Philips. Il a reçu un lion d’or à Venise, avec un fabuleux Joaquin Phoenix, tout en générant de vives inquiétudes à sa sortie devant la violence qu’il pourrait inspirer. A tel point que, dans certaines villes américaines, des mesures de sécurité ont été décrétées pour éviter toute violence.

Ce film nous montre un personnage clownesque qui n’a jamais été aussi proche de nos vies et qui fait saillir toute la fragilité de notre société. Dans ce film, il ne s’agit plus d’un scénario métaphorique mais d’une parabole qui s’inscrit dans une représentation crue de nos vies et dans une ville, Gotham city, qui n’a plus rien d’imaginaire. Gotham City devient seulement le nom cinématographique de New York.

 Le joker est un personnage clownesque qui fait fi de toutes règles, transformant toutes organisations en un château de cartes pouvant s’écrouler à chaque instant, et plongeant toute société dans une immense insécurité.

On fait souvent un amalgame entre le personnage du clown et celui du Joker, parfois à l’origine d’une coulrophobie.

Le clown, et particulièrement, l’Auguste est un personnage de théâtre qui dit oui à tout pour jouer de tout. Il se joue des contextes pour vivre sa vie dans une urgence émotionnelle et pour explorer sa fragilité. Pour lui, un stylo peut être un vaisseau spatial, un fusil, une voiture, etc. C’est une philosophie de vie qui lui permet, par sa posture, de s’émanciper des contraintes pour vivre en marge de la société. Son moteur est la curiosité, le jeu et l’émotion. Le clown est un cabotin bienveillant, un enfant de 4 ans qui a envie, au final, qu’on l’aime. On rit de lui par tendresse et non par moquerie. Il ne vit pas contre qui que cela soit, il n’a pas de revendication, il est dans l’instant. Il propose juste une vision poétique de la vie en ouvrant d’autres possibles en recombinant ce qui se présente à lui : Buffo ou Harpo des Marx Brothers en sont de beaux exemples. Slava, l’un des plus grands clowns vivants, a une maison en Seine et Marne, s’appelant le Moulin Jaune que l’on peut visiter de temps en temps. Dans son jardin, on peut y trouver des arbres à concombres qui montre la douce folie poétique que le clown propose. Le clown est un personnage de spectacle qui n’a de raison d’être qu’au sein du spectacle ou comme bouffon du roi.

Le Joker est le coté obscur de la force. Il est l’antithèse de notre société comme le noir est l’antithèse du blanc, le vide celle du plein. Il ne peut exister que parce qu’une certaine société existe. D’ailleurs, dans le film Dark Knigth, il dit qu’il n’existe que parce que Batman existe. Plus Batman essaie de trouver des solutions pour sauver le monde, plus le Joker existe dans son ombre.

Notre société relie des hommes à l’aide de règles, de dogmes, de lois ou d’une morale. Tous ces éléments sont des histoires que l’on se raconte comme l’a si bien écrit Yuval Noah Harari dans son livre « Sapiens ». Par exemple, les billets de banque n’ont que la valeur qu’on leur donne à travers l’histoire monétaire que l’on se raconte. Autrefois, cette histoire était supportée par des coquillages, des quantités de blés, etc. Pour que cette histoire fonctionne, elle demande que l’ensemble des hommes croient à la même histoire. Yuval Noah Harari montre que les histoires que se racontent les hommes depuis la nuit des temps ne sont qu’un théâtre et qu’à tout moment un autre théâtre peut le remplacer. De même, dans les jeux de maltraitance entre un bourreau et un esclave, il faut que les deux personnages existent. Il suffit que l’on ne veuille plus endosser le rôle de l’esclave pour que bien souvent le bourreau n’existe plus. Le film « Oui mais » d’Yves Lavandier met particulièrement bien en évidence tous ces jeux de théâtre au sein des familles qui organisent nos souffrances.

Le Joker se donne la liberté de ne pas croire à ces histoires qui font le ciment sociétal et il s’autorise à s’en émanciper ce d’autant que la loi des hommes l’a mal traité, pour exprimer brutalement ses pulsions et ses désirs. Dans l’histoire du Joker de Todd Philips, Arthur Fleck, avant de devenir le Joker, a été battu, humilié et exclu gratuitement par les hommes, sans avoir fait quoique cela soit pour mériter cela. Le Joker naît de la violence des hommes et de son absurdité.

Selon le contexte, dans notre cité, le Joker est :

- soit un psychopathe qui fait fi des règles dans un monde si compliqué  et vide de sens. ce monde est pour les psychopathe un formidable terrain de jeu.

- soit un désespéré dans un monde de plus en plus kafkaien où plus rien n'a de sens, ne fonctionne et n'est juste. 

- Soit un con qui ne voit le monde selon sa seule perspective, incapable d'empathie mais capable de violence car il agit de son point de vue et que si il le pense... cela veut dire qu' il a raison.

Connaissez vous autour de vous une de ces personnes pouvant dégoupiller à toute heure, pouvons déclencher une violence? Les responsables de tuerie aux USA dans les collèges ou cinéma, ne sont-ils pas des Jokers?

Notre société est devenue violente car elle a perdu le sens de ce qui relie les hommes. Nous sommes enlisés dans des procédures administratives incompréhensibles et absurdes. En parallèle, elle s’est fourvoyée dans un consumérisme abêtissant les êtres humains et dans l’exploitation des hommes dans un capitalisme sauvage au profit de la croyance en la croissance. A cette violence s’associe un vide spirituel qu’à décrit le philosophe Bernard Stiegler. Il dit qu’après la deuxième guerre mondiale, la société occidentale à écarter la spiritualité religieuse et la spiritualité politique avec le recul des idées communistes. Elle n’a pas su remplacer ces liants par la construction d’une spiritualité laïque. Dans notre société post-moderne, on est de plus en plus en plus libre mais de plus en plus seul. On est de plus en plus égal et donc de plus en plus remplaçable. Au fond, la crise des gilets jaunes n’est elle pas l’éclosion de petits jokers qui ne veulent plus participer à ce théâtre ? Ce qui les rassemble était surtout d’être contre, mais non pas la construction d’un projet commun. Ils n’ont jamais su se regrouper au sein d’un mouvement politique ou pour se présenter à des élections. D’ailleurs, les Gilets Jaunes du début ont été exclus, menacés voir battus. Au sein d’un même rond-point, on pouvait retrouver des personnes qui disaient que l’on n’aidait pas assez les démunis et d’autres qui se plaignaient que l’on assiste trop les personnes.

Le système politique par sa violence ne crée-t-il pas des Jokers ? Que pensez de personnes comme Trump, Hollande, Mélenchon, Marine Le Pen… Ne sont-ils pas les clowns de notre système politique ? Jacques Chirac est mort et on a l’impression que l’on a oublié le bandit qu’il a été à la mairie de Paris, qu’il est à l’origine des voltigeurs qui ont tabassé les étudiants en 86 et qui ont été à l’origine de la mort de Malik Oussekine, qu’il a parlé du bruit et de l’odeur de certains français, pour ne retenir que le coté sympathique qu’arborait sa marionnette des Guignols.

Daech et Oussama Ben Laden ne sont-ils pas les Joker de nos jeux de politiques internationales ?

En entreprise, combien de Dirigeants qui vont d’une entreprise à une autre ne sont-ils pas des Jokers à l’origine de maltraitances, de harcèlements, et jamais démasqués car ne restant jamais suffisamment longtemps pour être repérés ?

Le Joker est un psychopathe antisocial qui n’a aucune spiritualité ni morale. C’est un personnage inquiétant qui nous montre la fragilité de notre société. Il est le trou noir de notre univers social. A tout moment, il peut nous engouffrer.

C'est en retrouvant du sens et du vivre ensemble que nous nous en protégerons le mieux. Comment le faire sans tomber dans une nouvelle proposition religieuse? En effet, la religion a longtemps participé à la cohésion sociale et c'est ce que tente de rejouer les extrêmistes aujourd'hui en nous proposant d'autres enfers.

La force du film de Todd Philips est de nous montrer qu’à tout instant, n’importe qui peut devenir un Joker incontrôlable, semant la terreur tout comme Arthur Fleck est devenu le Joker sans rien faire.

Le film de Todd Philips est fascinant mais il nous renvoie le reflet noir de ce que nous sommes, ouvrant la porte à tous les dangers.

 

Seznec JC et Ouvrié-Buffet E. : Pratiquer l'ACT par le clown. Ed Dunod

Seznec JC et Le Guen S. : Débranchez votre mental, trucs et astuces pour ne plus ressasser et profiter de la vie. Ed Leducs.

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