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5 octobre 2017 4 05 /10 /octobre /2017 10:18

À chaque instant, des actes d’une extrême violence sont commis quelque part sur la planète et sont relayés instantanément par les médias. Certes, la violence connaît épisodiquement une sinistre recrudescence dans certaines zones de conflits.

Mais, les faits sont là. Comme le démontre sans équivoque le travail magistral de Steven Pinker, la violence, sous toutes ses formes, individuelle et collective, n’a cessé de diminuer dans le monde au cours des siècles.

Le taux d’homicide en Europe, par exemple, est passé de 100 par an pour 100 000 habitants au XIVe siècle, à 10 au XVIIe siècle et à 1 de nos jours ! En France, il y a aujourd’hui deux fois moins de meurtres annuellement qu’il y a vingt ans.

 

Cette conclusion est le fruit d’investigations de grande ampleur menées par de nombreuses équipes de chercheurs au cours des trente dernières années. Elle surprendra sans doute, tant elle va à l’encontre des idées reçues, des tristes nouvelles dont nous abreuvent constamment les médias et des propos alarmistes des démagogues qui souhaitent profiter de la peur qu’ils sèment dans l’opinion pour conquérir le pouvoir.

 

Donald Trump, par exemple a proclamé en février 2017 que les homicides avaient atteint leur plus haut niveau depuis 47 ans aux États-Unis. Or, selon les chiffres donnés par le FBI, en 2014 le taux d’homicide était à son niveau le plus bas depuis prés de 55 ans ! Il a même diminué de moitié depuis les années 1990.

 

Ce déclin de la violence concerne aussi la violence domestique, qui reste pourtant l’une des formes de violence les plus répandues dans le monde. Aux États-Unis, par exemple, la maltraitance des enfants — violences physiques et abus sexuels — a diminué de moitié en vingt ans, tandis que la fréquence des viols a diminué de 85 % entre 1979 et 2006 (tout en restant un problème grave dans de nombreux pays).

 

Pour se faire une idée juste de l’évolution de la violence dans le monde, il est donc indispensable, d’une part, d’envisager l’évolution de la violence sur de longues périodes de temps et, d’autre part, de ne pas prendre en compte uniquement les événements ou conflits qui frappent le plus notre conscience, mais d’analyser le plus grand nombre de données possibles.

Les chercheurs ont analysé des milliers de conflits, dont beaucoup étaient tombés dans l’oubli et ont été redécouverts grâce à la consultation méthodique des archives historiques. Ils ont pris en compte tous les conflits, aussi bien entre pays qu’au sein d’un pays (guerres civiles, règlements de compte entre clans et tribus, etc.) – ayant entraîné au moins cinquante morts. Or, il s’avère que la fréquence des guerres entre États a régulièrement diminué au cours des siècles, ainsi que le nombre moyen de victimes par conflit.

 

Pinker montre de manière convaincante que ce déclin général de la violence est dû à l’essor de la démocratie, à l’existence d’un nombre croissant d’États stables, à l’accroissement des échanges librement consentis entre les peuples, aux missions de paix, à l’appartenance à des organisations internationales, au fait que la guerre ne suscite plus l’admiration, au respect croissant des droits humains, aux bienfaits de l’éducation et à l’influence accrues des femmes (même si cette dernière reste encore insuffisante).

 

En essence, nous devons donc éviter de sombrer dans le syndrome du mauvais monde, de succomber aux affres de la sinistrose et de se réfugier dans un sentiment d’impuissance chronique. Le monde va mieux, cela ne fait aucun doute. Cela n’empêche pas qu’il reste beaucoup à faire. La dégradation de notre environnement est incontestablement le plus grand défi du XXIe siècle dans la mesure où il va affecter de façon majeure le sort des générations à venir et pourrait créer des conflits susceptibles d’inverser cette diminution régulière de la violence dans le monde.

 

En conclusion de son remarquable ouvrage, Steven Pinker mise sur la raison pour continuer à réduire la violence. Il considère qu’elle seule peut nous permettre d’étendre le cercle de l’empathie et du sens moral par-delà le cercle de nos proches et des membres de notre « groupe » — nation, religion, ethnie ou tout autre particularisme susceptible de porter atteinte à la perception de notre humanité commune. Il pense aussi que c’est la raison et le sens de la justice qui pourrait mettre fin à l’instrumentalisation sans bornes des quelque 8 millions d’espèces animales qui sont nos concitoyens sur la planète. La « part d’ange en nous », selon la formule célèbre d’Abraham Lincoln, devrait donc continuer à croître au fil du temps, pour le bien de tous.

Nous sommes ici en présence d’un livre majeur que devraient lire tous les journalistes, tous les politiciens et toute personne qui s’intéresse à l’évolution de nos sociétés.

 

La part d’ange en nous. Histoire de la violence et de son déclinconférence de Steven Pinker en compagnie de Matthieu Ricard, organisée en partenariat avec Les Arènes à l’occasion de la sortie du livre de Steven Pinker : lundi 9 octobre 2017 de 19h45 à 21h45 au Grand Amphithéâtre des Arts et Métiers - 151 Boulevard de l’Hôpital, Paris 13ème (métro : Place d’Italie ou Campo-Formio).

http://www.matthieuricard.org/blog/posts/steven-pinker-a-paris-une-rencontre-a-ne-pas-manquer-lundi-9-octobre-2017

 

 

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28 septembre 2017 4 28 /09 /septembre /2017 12:52

 

La modification de deux excipients du levothyrox sont actuellement à l’origine d’une polémique. En effet, de très nombreux patients se sont plein d’effets indésirables. Ces patients ont accusé le laboratoire Merck, fabriquant du Lévothyrox, d’être responsable de ces maux. Ce laboratoire a été conspué sur la place publique. La vox populi a rattaché cette décision au grand complot de l’industrie pharmaceutique. Tous ces événements ont été relayés très largement par les médias sans analyse de fond et partage de la vérité, faisant ainsi enfler le sentiment d’injustice, de maltraitance et d’abus des laboratoires pharmaceutiques.

Qu’en est-il réellement ?

Tout d’abord, il est nécessaire de savoir que ce changement d’excipient a été fait à la demande de l’agence du médicament. En effet, celle-ci avait remarqué une dégradation du médicament dans le temps. C’est-à-dire que si les premiers médicaments d’une plaquette pouvaient délivrer 125 mcg de Lévothyrox dans le sang, les derniers médicaments de la plaquette pouvaient n’en délivrer que 110 mcg. Donc, afin de garantir la stabilité du médicament, l’Agence du médicament a demandé au laboratoire Merck de revoir la composition de celui-ci. Le laboratoire Merck a donc changé deux choses. Tout d’abord, il a rajouté de l’acide citrique anhydre (composé du citron) et remplacé le lactose par le mannitol[1]. Rien de plus ! La substance active est restée la même. Ceci-dit, il est nécessaire d'évaluer ces changements et entendre chacun.

 

Pourquoi toutes ces effets indésirables relatés ?

Tout d’abord parce que l’hormone thyroïdienne est le thermostat du métabolisme humain. Toute modification même positive peut avoir des échos corporels source d’interprétations et d’angoisses s’ils ne sont pas accompagnés par une bonne relation médecin malade. Les difficultés de biodisponibilité de cette substance rendent impossible l’utilisation de génériques.

Mais surtout du fait de l’effet nocebo de tout médicament qui peut être à l’origine de ces troubles. En effet, selon Ulrike Bingel, une neurologue allemande, plus un patient s’attend à développer des effets secondaires plus il a de chances que cela lui arrive vraiment. Ce phénomène psychique dit « effet nocébo » a des effets négatifs sur le fonctionnement d’un traitement. En 2016, une méta analyse a montré que les effets psychologiques négatifs varient de 4 à 26%. Ulrike Bingel rajoute que lorsqu’un média rapporte les effets négatifs d’un médicament sur un seul patient, cela entraine une peur collective. On observe ensuite une épidémie d’effets indésirables dans les mois suivant. Pour cette neurologue, il est nécessaire de vulgariser l’information et faire preuve de pédagogie pour ne pas générer de tels effets notamment dans l’écriture de notices médicamenteuses. On rencontre quotidiennement des patients qui sont terrorisés par des notices médicamenteuses ou les fiches à signer pour donner leur accord à une opération chirurgicale. Avec l’obligation d’informer et de tout dire, l’Etat a oublié de prendre en compte les effets indésirables d’une information froide et non circonstanciée.

 

Comment l’épidémie a pris de l’ampleur ?

L’épidémie a pris de l’ampleur parce que l’agence du médicament et la ministre de la santé n’a pas su communiquer correctement sur ce sujet. Ils ont une approche administrative du soin et ne possèdent pas la pédagogie nécessaire pour accompagner au mieux les citoyens.

L’Etat transforme peu à peu les médecins en employés de santé, leur retirant ainsi leurs compétences relationnelles qui sont les principaux outils du soin. Cette dérive administrative et industrielle du soin tue le soin.

Les médias ont pris, depuis de nombreuses années, le pli de basher systématiquement l’industrie pharmaceutique. Dans le grand complot fantasmé par les ignorants, le lobby de l’industrie pharmaceutique tient les rênes. On a construit un mur de Berlin entre les médecins et l’industrie pharmaceutique. Ils n’ont plus accès aux éléments d’informations et de dialogues nécessaire pour accompagner les patients.

 

Quelle réponse impartiale ?

Pour faire la part du vrai et du faux, il est nécessaire de faire une étude en double aveugle comparant les effets indésirables des patients prenant l’ancienne formule du Lévothyrox avec des patients prenant la nouvelle formule. Dans une étude en double aveugle, personne ne sait ce qu’il prend ni même les médecins ne savent ce qu’ils prescrivent puisque leur attitude influe sur la perception du médicament par le patient. Une telle étude est en cours.

Cela ne sera pas suffisant car il est très dur de lutter contre la force de l’imaginaire et des croyances. En effet, de telles études ont été menées chez des personnes se disant électrosensibles. Ils étaient incapables de discerner à l’aveugle les pièces avec des ondes avec d’autres sans ondes.

C’est pour cette raison que l’Etat et les médias ont une grande responsabilité dans leurs actions pour ne pas laisser se dévelloper rumeurs. Il est très difficile ensuite de revenir en arrière. Les citoyens ont besoin d'éléments de réalité et de pédagogie pour ne pas être débordé par l'angoisse.

 

Le paradoxe des génériques

On a changé deux excipients à un médicament et cela a fait suffisamment scandale pour que l’agence du médicament fasse machine arrière. Par contre, on tente d’obliger les médecins à prescrire des génériques où tous les excipients peuvent changer et en faisant croire aux patients que c’est exactement la même chose (quid de l’effet nocébo ?). Si l’Agence du médicament était logique dans son action elle arrêterait d’harceler les médecins pour qu’ils prescrivent des génériques.

 

De tout cela, il est nécessaire de comprendre qu’il existe un effet psychique à la prescription d’un médicament qui faire partie du soin. Une relation médecin malade de qualité est indispensable au bon soin. L’Etat et les médias portent actuellement une lourde responsabilité sur la façon dont ils traitent la médecine, les médicaments et l’industrie pharmaceutique. Les patients en sont les premières victimes et les soignants s’en retrouvent maltraités. En touchant maladroitement au thermostat du métabolisme, l’Agence du médicament a révélé toutes les failles de notre système de santé dont se plaignent les soignants depuis de nombreuses années, sans trouver d’oreilles pour les entendre. En outre, il serait bien temps que les médias prennent leur responsabilité en donnant des informations contextualisées et non des faits tronçonnés qui n’attisent que les peurs. En effet lorsque l’on dit publiquement que « certains patients souffrent d’effets indésirables du fait du modification d’un médicament par son fabriquant et que des patients manifestent contre et réclament le droit d’avoir l’ancien », par syllogisme, on renforce automatiquement le scénario catastrophe de l’industrie pharmaceutique grand méchant et on alimente les troubles.

Tout cela devrait prendre fin car de guerre lasse, de plus en plus de médecins, épuisés, raccrochent leur blouse. Il est de plus en plus difficile de trouver un soignant. Vous savez notamment pourquoi!

 

Seznec jc et Rohant S. Médecine en danger, qui va nous soigner demain. Ed First

Seznec jc et Carouana L. Savoir parler, savoir se taire. Ed InterEditions

 

[1] file:///C:/Users/jcsez/Downloads/QR-levothyrox-2017_V3_Aout-2017%20(1).pdf

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11 septembre 2017 1 11 /09 /septembre /2017 09:34

Pour certains, travailler s’avère une expérience éprouvante. Réintégrer la vie professionnelle est un chemin qui ne s’improvise pas et qui demande une bonne gestion de soi et du monde du travail.

Cette expérience éprouvante est la conséquence de nombreux facteurs : environnement professionnel difficile, relationnel au travail malveillant mais aussi parfois due à des vulnérabilités personnelles comme le perfectionnisme à l’origine d’un trouble de l’adaptation.

De plus, nous traversons une période où le temps s’accélère. Ce qui faisait la valeur d’un professionnel une année peut être obsolète le lendemain ce qui est source d’insécurité et demande à chacun de se réinventer. Le monde de l’entreprise est aussi traversé par des évolutions et des restructurations génératrices de transitions sociales demandant à chacun une grande flexibilité psychologique pour s’adapter.

Parfois, on n’y arrive plus. On ressent une surcharge mentale, on se retrouve en lutte et on n’arrive plus à s’ajuster. Cela se traduit par de la souffrance au travail, voire du burn out, ou toutes ces pathologies recenser dans les risques psycho-sociaux.

Les risques psycho-sociaux ont été reconnu par notre société et font l’objet d’une écriture spécifique obligatoire dans le « document unique ». Le document unique est le document qui recense le plan de prévention de tous les risques encourus en entreprise. La France est probablement le pays où on possède les meilleures études sur les risques psycho-sociaux. En pratique, cela n’a pas véritablement changé pour les individus. Lorsque l’on est cassé et que l’on souffre au travail, on se retrouve bien seul pour gérer cette épreuve.

Pour aider les salariés, j’ai choisi de participer au livre coordonné par Sabine Bataille pour mettre à disposition de nombreux outils pratiques et fonctionnels afin de reprendre sa route. Après un burn out, l’être humain est cassé. La reconstruction est un long chemin où il faudra envisager différemment sa relation au travail et à soi. Ce processus demande de la créativité, de l’engagement mais aussi une dose de réalisme vis-à-vis du marché de l’emploi. Cela demande aussi de sortir de l’aversivité que nous procure le travail. En effet, après une telle épreuve, on ressent souvent comme une allergie au travail. Suite à un burn outil, est impossible de retravailler comme on le faisait avant.

Se reconstruire est un chemin qui nécessite une prise en charge psychologique mais aussi un bilan professionnel. Le cabinet RPBO propose une prise en charge globale (http://www.rpbo.fr/) pour les salariés mais aussi un accompagnement des DRH et des entreprises pour mieux réintégrer les salariés en difficulté. En effet, salariés comme employeurs ont intérêt légalement, financièrement, économiquement que tout le monde aille le mieux possible. Quant à la personne fragilisée, elle aura à se sécuriser et développer de nouvelles attitudes et habitudes pour surfer à nouveau dans la vie professionnelle sans reboire la tasse.

Alors pour vous libérer et vous délivrer, ne vous mentez plus. Osez être vous pour être acteur de votre vie. C'est la seule façon négocier avec souplesse le présent et la vie qui s'offre à vous.

https://www.youtube.com/watch?v=kxTeFyuLM3c

Bonne lecture !

 

 

 

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23 août 2017 3 23 /08 /août /2017 09:25

Dire ou ne pas dire est devenu une question centrale au sein de notre société d’hyper communication. Le développement du numérique, avec les réseaux sociaux, internet et les sms, a libéré une parole qui devient parfois pulsionnelle, envahissante quand elle n’est pas agressive et dénigrante. S’appuyant sur le principe du « j’ai le droit de le dire », certains n’hésitent pas à polluer les espaces sociaux d’une parole pas toujours fonctionnelle et bienveillante qui met surtout en avant le « moi-je » et générant beaucoup de bruit pour rien à l’instar des fake news. Ce bruit est aussi source de souffrance lorsque notre pensée est envahie de jugements et de commentaires intérieurs.

 

Savoir se taire est finalement devenu une compétence utile pour se reconnecter à soi, développer une intériorité et pouvoir choisir ce que l’on dit en pleine conscience de soi et des autres. Parler demande à savoir négocier ses émotions et son discours intérieur pour surfer dans la vie avec flexibilité.

Voici un livre ludique qui interroge notre façon de parler et de s’exprimer chez soi, au bureau ou sur les réseaux sociaux. Il s’appuie sur la pleine conscience et la thérapie ACT pour proposer des outils pratique et fonctionnelle en toute circonstance.

 

Docteur Jean-Christophe Seznec : Médecin psychiatre, spécialiste en psychologie du sport et du travail, membre de l’AFTCC et de l’unité INSERM U669 mais aussi ancien président de l’AFSCC. Co-créateur de Doctoconsult, du site Fink. Care et du mouvement S’asseoir ensemble.

Laurent Carouana : comédien, metteur en scène et coach en expression orale en entreprise.

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12 avril 2017 3 12 /04 /avril /2017 18:14

En cette période de campagne électorale, il est triste et désarmant de voir la quasi-totalité des hommes politiques continuer à ânonner les mêmes propositions déconnectées de la réalité. Les logiques proposées amènent à l’effondrement notre système santé. Tout cela annonce une grave crise sanitaire faute de médecins.

La médecine française possède des racines anciennes. Son histoire prend ses origines au moyen âge avec le rayonnement de la première faculté de médecine à Montpellier. Elle s’est construite grâce à la créativité de célèbres médecins comme Charcot, Laennec, Pasteur et bien d’autres. La médecine française porte les valeurs du siècle des Lumières : Curiosité, innovation et engagement. Elle a su allier découvertes scientifiques et réponse aux différents contextes historiques comme ce fut le cas à travers les nombreux progrès qui ont été nécessaires pour surmonter les deux guerres mondiales : traitement des gueules cassées, des épidémies, etc. Cette période a engendré une organisation de notre système de soin en hôpitaux et dispensaires. Cette médecine française a été pendant tout ce temps un modèle pour le monde et les « french docteurs » sont reconnus et demandés aux quatre coins de notre planète.

Avec l’évolution de la proposition de soin vers une médecine organisée et industrielle au cours du XXème siècle s’est développé en France le modèle social. Ce modèle a permis le remboursement des soins pour l’ensemble des français grâce aux cotisations sociales que permettaient le salariat. Cependant, dans les années 70, le gouvernement s’est rendu compte qu’il ne pouvait suivre l’augmentation des tarifs médicaux du fait de l’inflation. Aussi le premier Ministre Raymond Barre a autorisé les médecins a exercé en secteur 2. Dans ce secteur, les médecins pouvaient faire évoluer le prix des actes médicaux en fonction de l’évolution des prix alors que la sécurité sociale n’a pas sensiblement bougé ses références tarifaires depuis 30 ans. Pour se rendre compte du blocage des prix, il faut se dire que si le tarif d’une consultation d’un médecin généraliste avait suivi l’évolution du SMIC, elle ne serait pas à 23 euros comme actuellement mais à 48 euros.

Malgré cela, le système a tenu le coup grâce à une gestion du système de santé équilibré entre les médecins, l’Etat et la sécurité sociale. Cet équilibre s’appuyait sur différents déséquilibres :

  • La sécurité sociale était en déficit chronique.
  • Les médecins généralistes travaillaient beaucoup plus que la population générale (50 à 50H) par semaine mais restaient maitre de leur travail.
  •  De nombreux médecins libéraux à la retraite continuait à exercer par vocation et par passion (20% des médecins en activités sont des retraités).
  • Les médecins libéraux travaillaient quasi bénévolement pour les hôpitaux à travers des vacations en contrepartie de formations et d’échanges intellectuels avec leurs confrères hospitaliers.
  • Les étudiants en médecine travaillaient à l’hôpital pour une bouchée de pain en échange de la formation qu’ils recevaient.
  • Les médecins libéraux touchaient des indemnités maladies qu’après trois mois d’arrêt maladie.
  • Etc.

Cet équilibre a été rompu par différentes lois émises par Alain Juppé, Roselyne Bachelot, Xavier Bertrand. Le coup de grâce ayant été donné par Marisol Touraine avec la loi santé malgré la ferme opposition de la majorité des soignants. Ces lois ont engendré une dérive administrative et industrielle de la gestion de la santé. L’état jacobin a repris le pouvoir de la santé pour organiser une gestion comptable sans prendre en compte l’avis des médecins et des besoins de santé. Les médecins qui sont formés pour être des « généraux de la santé » se sont vu imposer de devenir des soldats « aux ordres » des agences de santé et selon les normes de la sécurité sociale, notamment au niveau tarifaire. Ceux qui sortent du rang font l’objet de procès quasi staliniens. L’Etat, en tirant la couverture à elle, a déstabilisé le système, à provoquer une raréfaction de l’offre de soin et à transformer les patients en des consommateurs de soin. Dans ce nouveau système :

  • Les médecins, s’ils sont traités comme des employés de santé, ne veulent plus travailler 60H alors qu’ils peuvent être au 35 H dans les structures d’Etat ou être mieux rémunéré à l’étranger. La France est l’avant dernier pays, en terme de rémunération, en Europe.
  • Les médecins retraités ne veulent plus exercer car celuici n’est devenu que contraintes administratives et entraves à l’art de la médecine.
  • L’Etat, pour faire des économies, a supprimé les vacations hospitalières des médecins libéraux et donc diminué l’offre de soin aux plus démunis.
  • Les jeunes médecins ne veulent plus s’installer et prendre le risque d’avoir des indemnités maladies au bout de trois mois. 8% des jeunes internes veulent s’installer.
  • Une crise des vocations est apparue. 20% des étudiants en médecine renoncent à leur vocation au cours de leurs études. 30% des postes de médecins hospitaliers sont vacants.
  • Les médecins ne se retrouvent plus dans un exercice médical contraint (cf ROSP), administratif et comptable. De plus en plus partent à l’étranger, changent de métier ou pratiquent une médecine en marge de la sécurité sociale en s’investissant dans les médecines alternatives, l’hypnose, etc. Quelques soit l’effet réel de ces thérapies, ces soignants recherchent surtout une qualité relationnelle qu’ils ne trouvent plus dans la médecine classique. En effet, à 23 euros la consultation, pour vivre, un médecin doit voir un patient toutes les 7 mn. En si peu de temps, il ne peut que faire une ordonnance, ce qui est insatisfaisant pour lui tout comme pour les patients, et pour se faire réprimander par la sécurité sociale parce qu’il prescrit trop.
  • 40% des médecins sont en Burn out. 20% des étudiants en médecine disent avoir eu des idées suicidaires. Les médecins se suicident deux fois plus que la population générale.
  • Les patients sont devenus des consommateurs de soin. Ils vont voir leur médecin parce qu’ils ont le droit et consomme du soin en dénaturant la relation médecinmalade essentielle à l’efficacité du soin. Une partie des déserts médicaux sont dus aux rendez-vous non assurés par les patients. Les relations médecin-patient sont de plus en plus tendus. Il existe de plus en plus d’agression et de moins en moins de respect.

 

Notre système de santé est au bord du gouffre. La France a reculé de 20 places ces dernières années dans la qualité des soins qu’elle propose. Dans certaines régions, les français sont confrontés à une perte de chance de soin et à des risques mortels. L’espérance de vie a baissé pour la première fois en France l’année dernière. Il est de plus en plus difficile de trouver un médecin ou des soins de qualités. Malgré l’urgence de la situation, nos candidats politiques continuent à émettre des propositions sans dialoguer avec les médecins et sans tenir compte de leur besoin et de leur situation. Il s’agit toujours de propositions descendantes digne de notre système jacobin. Quelles sont les propositions les plus fréquentes :

  • Construire des maisons de santé. Il en existe déjà de très nombreuses. Elles sont la plupart vides de médecin car les contraintes pour y exercer sont aversives. On peut en construire autant que l’on veut mais cette mesure sera inefficace faute de médecins.
  • Rendre obligatoire l’installation des médecins dans certaines régions pour en finir avec les déserts médicaux. La France entière est désormais en désert médical, le plus grand étant Paris et la région parisienne. Ces dernières années, il n’y a eu aucune installation de médecin généraliste à Paris.
  • Faire payer leurs études aux médecins. L’état fait déjà d’énormes économies en employant pendant 6 ans les futurs médecins généralistes et 7 ans les spécialistes au cours de leur externat et internat pour effectuer des tâches administratives et de soin pour un salaire très bas.
  • Fonctionnariser les médecins. Il faudra deux à trois médecins pour remplacer un médecin qui travaille 40 à 60 H et nous en manquons déjà.
  • Augmenter le numérus clausus. Il faut 10 ans environ pour former un médecin or nous en avons besoin maintenant. En outre, 20% d’entre eux quittent médecine en chemin.

Cet obscurantisme dogmatique de nos candidats à l’élection présidentielle va précipiter la France dans une grave crise sanitaire. Aucune de ses mesures ne sera significative sans médecin. Or les médecins, par leur insertion dans la collectivité, participe grandement à la paix sociale. La population risque de réagir violemment faute de pouvoir satisfaire leurs besoins de soin. Enfin faute de trouver réponse dans la médecine classique, la population risque d’aller chercher des réponses dans des techniques de soin marginales et s’exposer à la mainmise par des gourous ou des scandales sanitaires faute de techniques évaluées. Il y a urgence que nos politiques, les médias et la population prennent conscience de la situation sanitaire de la France et de sortir de ces solutions stéréotypées très Yaka Faukon !

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29 mars 2017 3 29 /03 /mars /2017 13:38

 

Par le collectif

 

S’asseoir Ensemble

 

Une démarche citoyenne inédite

 

 
  

Introduction

C’était en mai 2016, sur un réseau social. Nous étions en pleine effervescence des Nuits Debout où beaucoup de personnes souhaitaient trouver un nouvel espace d’échange et de partage. C’était une période située à la suite d’attentats qui ont bouleversé la France. Ce drame a questionné de nombreux citoyens sur la façon de vivre ensemble et sur notre façon d’aborder la vie et la cité. À quelques-uns, nous prenions plaisir à palabrer sur le net.

Lorsque l’une d’entre nous a partagé un film sur une expérience de méditation aux USA dans la rue, le débat s’en est trouvé bouleversé. Cette image était excitante et résonnait sur nos pratiques et nos questionnements. L’un d’entre nous s’est dit :

 

« et si on proposait spontanément et gratuitement à tous de s’asseoir le jour et de s’offrir un instant ? ».

 

C’est ainsi que l’élan est né et qu’il s’est amplifié pour trouver un écho en France et ailleurs. Chacun s’est mise en tête de faire germer cette graine. Nous avons discuté et échangé passionnément. De nouvelles personnes sont arrivées, d’autres se sont éloignées, comme dans la vie. Il a été parfois difficile de maintenir le cap et de ne pas nous égarer dans des projets annexes ou des tentations qui nous auraient fait perdre la beauté et la pureté de l’intention du départ. Toutes ces contributions ont construit collectivement « S’asseoir Ensemble ».

 

S’asseoir Ensemble est un élan collectif qui prône l’être ensemble, simplement, sans nécessairement agir, mais en s’inscrivant dans l’instant.

 

Ce mouvement s’inscrit à contre-courant d’une société où il est plus facile de se remplir, de grignoter, de fumer, de boire lorsque l’on se sent inconfortable avec soi ou les autres.

 

Il s’agissait au départ d’un pied de nez à cette société du faire. Mais au fur à mesure cet élan s’est avéré plus profond

 

Les nombreuses questions qui motivent ce manifeste sont apparues : définir la pleine conscience pour s’asseoir ensemble, etc.

 

S’asseoir Ensemble est une posture individuelle et collective de pleine conscience de soi et des autres, source de nombreuses vertus que ce manifeste souhaite dire et partager.

 

Dans la ville, nous sommes confrontés au brouhaha et aux flux incessants d’êtres humains et d’informations. Qu’est-ce qui nous empêche de ralentir, de reprendre notre respiration, de nous offrir un instant, pour quelques secondes voire plusieurs minutes ? Juste parce que l’on en a besoin pour se sentir être, pour respirer ou se ressentir.

 

« Sur les marche de l’opéra, malgré le brouhaha, j’ai eu l’impression de m’offrir une bulle. »

 

« J’ai été surpris par ces passants qui disaient ‘je n’ai pas le temps de m’asseoir avec vous’ alors qu’intérieurement je me disais : il suffit de le prendre, ce temps ! »

 

S’asseoir Ensemble est la possibilité d’être authentique et s’inscrire dans le réel en étant simplement là.

Notre société de l’image et de la consommation nous amène à nous raconter des histoires sur nous et sur les autres ou à nous construire des postures. Happés par ces mécanismes, certains d’entre nous dérivent dans la rumination du passé ou l’inquiétude du futur en oubliant de vivre dans le présent. D’autres s’entrechoquent en perdant conscience de l’autre, du collectif, des perspectives différentes que peuvent avoir nos interlocuteurs.

 

S’asseoir Ensemble n’est pas une idéologie. Il s’agit d’une opportunité proposée pour revenir dans une réalité pragmatique. C’est une respiration pour reprendre conscience de ce qui est et de considérer ce qui nous entoure. Cette attitude procure de la paix et de la sérénité. Elle permet de sortir de la spirale du stress et de se réinsérer dans son unicité au sein d’un tout.

 

« Je me suis senti très vivante dans cette expérience de s’asseoir ensemble. J’ai ressenti un immense potentiel créatif dans cette posture. »

 

« J’ai perçu la ville différemment. J’ai senti des stimulations sensorielles dont je n’avais pas l’habitude dans la ville. »

 

Nous nous sommes vite rendus compte que la réalisation de cet élan n’était pas simple. Tout d’abord parce que chacun d’entre nous avait sa vision du projet.

 

Il a fallu quitter nos discours et notre tendance à l’auto-centrisme pour préserver l’authenticité et les vertus de s’asseoir ensemble.

 

S’asseoir ensemble dans la ville n’est pas un projet si simple. On peut se regrouper pour fumer, boire de l’alcool, grignoter où être un sans-abri, mais de manière récurrente on nous a demandé de déguerpir lorsque l’on voulait simplement s’asseoir ensemble. Étonnant ?

 

S’asseoir Ensemble promeut la pleine conscience spontanée et collective. Libre à chacun de méditer à sa manière ou d’être simplement là. Il s’agit juste d’un espace de liberté.

 

 

 Qu’est-ce que la pleine conscience ? Qu’apporte-t-elle dans la vie quotidienne ?

 


La pleine conscience est une attitude délibérée de curiosité à l’expérience présente, sans jugement.

La méditation dite de pleine conscience permet l’entraînement à ce mode d’être et d’attention au monde. Elle a des effets durables et scientifiquement démontrés sur le cerveau, dès 8 semaines de pratique.

La méditation permet de réguler les automatismes contribuant au stress, à l’anxiété et aux émotions « négatives ». Elle entraîne l’esprit à prendre du recul sur les pensées négatives, catastrophistes en lien avec le passé ou une anticipation erronée du futur.

La méditation rend plus joyeux, lucide, attentif et adaptatif. Tout cela est largement prouvé par la science.

Diminution des épisodes dépressifs (moins de rechutes), Amélioration du pronostic des maladies auto-immunes, Diminution de la tension artérielle dans les cas d’hypertension, Mise au repos du métabolisme, Diminution du vieillissement cérébral : voici les effets prouvés par la science de la méditation.

Des parlementaires qui se sont réunis autour du document « A Mindful Nation, UK » recommandent la méditation de pleine conscience pour alléger les coûts de la santé publique. Ils la recommandent également dans le domaine de la justice ou de l’éducation. Dès l’école ? Oui, car ses effets sont également de diminuer la violence et faciliter l’apprentissage et la motivation.

 

Comment marche la méditation?

La méditation favorise la « défusion » par rapport aux mécanismes mentaux automatiques. Elle permet de ressentir les signaux corporels et de développer un mode de pensée plus pragmatique.

Observer le flux des pensées et des sentiments comme objets de l’esprit permet une régulation de l’attention et des émotions

Le but explicite de la pleine conscience n’est pas d’amener un état de relaxation. Toutefois, la pratique de la pleine conscience peut engendrer un état similaire à la relaxation, car cesser de vouloir rendre les choses différentes détend au final.

Observer, avec curiosité et sans volonté de les modifier ou de les éviter, les différents aspects de l’expérience qui se déploient (pensées, émotions, sensations), et cultiver un réengagement volontaire de l’attention sur les aspects expérientiels et spécifiques de l’expérience émotionnelle est le cœur de cette pratique.

 

« On cultive l’acceptation active de l’expérience du moment présent, quelle qu’elle soit. »

C’est simple et difficile à la fois, car notre tendance naturelle est plutôt de penser au passé, au futur, d’avoir un rapport au temps linéaire. Cela demande donc de l’entrainement.

 

  1.  
 

La gratuité et la laïcité

On est dans une société du faire, du paradoxe, du multi-tasking, des regrets, de l’avidité, du souci, et par conséquent du burn-out. Méditer devient une réponse nécessaire, une méthode pour apprendre à se connaitre avec douceur et bienveillance. On cultive des qualités de tolérance, de non-jugement, d’ouverture et de compassion.

Proposer aux personnes la possibilité de cultiver la présence, de s’offrir un instant, de s’arrêter afin d’avoir un autre rapport à soi et aux autres.

C’est ça que S’asseoir Ensemble propose au sein de la cité.

« Aujourd’hui les gens sont dans le jugement, l’opposition. On est entourés de conflits et de guerres. Du point de vue neurologique, on sait que dès que l’un ne fait pas partie du groupe, on veut l’exclure. Créer un groupe qui a comme unique objet de s’asseoir ensemble est une façon de créer un groupe sans frontières. »

Le mouvement veut interpeller et inciter à pratiquer quelque chose qui pourrait être bénéfique pour la société.

S’il y avait la moindre récupération personnelle ou mercantile alors cela voudrait dire que certains individus veulent utiliser une population pour leur profit. C’est donc tout l’opposé des valeurs que nous cherchons à promouvoir.

Nous sommes tellement submergés par la publicité, les incitations à consommer, qu’il est impératif d’arriver à créer de la confiance et de l’engagement désintéressé. On voit bien aujourd’hui la crise de la politique qui appelle de plus en plus à la méfiance et à ne plus croire aucun discours censé faire du bien aux autres. C’est donc naturel de se méfier d’un mouvement dont on pourrait soupçonner une dérive sectaire, une publicité déguisée etc…

 

C’est un des défis de S’asseoir Ensemble : redonner confiance dans l’engagement collectif.

 

Par ailleurs, S’asseoir Ensemble se doit d’être laïque. Il est fondamental que ce mouvement puisse convenir à toute personne, quelle que soit sa culture et son obédience religieuse. Par ailleurs S’asseoir Ensemble n’est qu’une proposition parmi d’autres et ne prétend pas donner la meilleure solution ou détenir une vérité universelle. Ce mouvement propose un espace et crée les circonstances pour que chacun puisse y goûter ce qu’il veut sans embrigadement ni contraintes.


« Ce n’est pas une idéologie, mais une possibilité offerte. »

 

 

 Pourquoi est-ce important de créer des événements dans la rue ?

« S’offrir une bulle. Sur les marches de l’opéra parmi le brouhaha des voitures. Ce qui m’a plu c’est de réaliser qu’on peut tous s’offrir 5 minutes dans la journée. C’est l’occasion de le rappeler. »
 

S’asseoir dans la rue n’est pas facile

Si il y en a qui se demandent pourquoi nous allons méditer dehors, pourquoi cela ne reste pas une affaire privée du domaine de l'intime nous leur proposons ceci :

La méditation n'est pas à l'origine une démarche individuelle mais une démarche éthique visant à éveiller sa conscience à l'interdépendance.

La place de l'altruisme, de la compassion n'est pas une posture mais c'est le résultat naturel d'un esprit guéri qui n'a plus de peur, de haine ou de jalousie. Ainsi méditer dans la ville est un entrainement de l'esprit très intéressant.

Par ailleurs, pour ceux qui ont gouté aux bienfaits de la méditation par une pratique assidue, ils savent que c'est une des plus belles, simples et non couteuses solutions à la violence. Chez les détenus, la pratique de méditation a démontré une diminution significative de la violence par exemple.

Certains pays comme la Thailande, l'Inde ou le japon ont la méditation intégrée dans les rituels de la cité. Il s'agit d'une démarche confucéenne instauratrice d'un vivre ensemble bénéfique.

S'asseoir ensemble se veut donc une démarche volontairement militante pour que la méditation trouve en Occident une place politique, une place de pivot relationnel et d'apaisement des conflits liés à des esprits agités et apeurés.

Ce Militantisme s’expose pour interpeller la société tout en proposant une solution concrète pragmatique, immédiate.

La particularité de la méditation est qu'elle nous amène à porter notre attention au plus profond de notre intériorité mais également à se relier aux autres dans la bienveillance. Dedans et dehors ne sont plus nos ennemis : nous apprenons à les faire cohabiter dans la subtilité et la nuance d'une pensée complexe et intégrative.

Devant l'immense potentiel de cette pratique ancestrale pour nous transformer, nous rendre moins violent, et transformer notre société, il apparaît de plus en plus qu'elle peut être un remède bien plus puissant que n'importe quel programme politique.

La méditation nous apprend à ne rien rejeter et utiliser toutes les forces de la vie pour que chaque nouveau pas soit fait dans le respect de tous et en n'oubliant personne.

C'est donc une démarche foncièrement fraternelle qui gomme le racisme, les ostracismes et les excès de consommation inutiles qui détériorent la planète.

Ainsi nous avons été quelques-uns(e)s à franchir le pas de nous asseoir dans la rue, comme un manifeste vivant, énonçant

L’avènement d'une possibilité jusque-là inexplorée :

Et si les citoyens s'offraient un instant de silence et de respiration dans les espaces publics,

s'ils osaient l'humilité et la simplicité de regarder en eux leurs souffrances,

les séquelles de leurs batailles et de leurs peurs,

au lieu de les jeter à la face des autres, créant

crispations, burn-out, haine, repli et parfois consommation de drogues comme palliatif ?

Et pourquoi ce simple geste, essentiel et authentique, gratuit et sans finalité égoïste nous interpelle-t-il ?

Parce qu’il est ordinaire, il nous ramène à la terre et nous fait découvrir que nous sommes tous frères et sœurs, qu'il n'y a aucune compétition nécessaire, juste de l'écoute et de l'entraide qui peuvent nous faire cohabiter dans la paix.

Ainsi s’asseoir dans la rue invite à :

  • se placer dans une position d’humilité
  • inviter, sensibiliser les passants. Créer un espace physique qui autorise et protège la méditation sans rien demander en retour ; un espace sans engagement : on s’assoit, on médite, on repart.
  • provoquer un événement collectif : être ensemble est difficile ! C’est une expérience bousculant nos habitudes
  • créer un happening artistique : la beauté des personnes assises en méditation interpelle sur ce qu’est un être humain dans sa simplicité et sans agitation
  • apprendre à être ensemble : l’organisation de chaque évènement est un défi

 

Connexion simultanée universelle

Le principe est l’émergence d’un tout à partir des événements organisés simultanément dans différents endroits de la planète.

Cela procure une sensation de « vivre » intensément avec soi-même en connexion avec les autres et l’Univers tout entier en même temps.

Cette démarche permet d’ « être relié », d’« être centré », d’« être en paix » et de retrouver notre « force intérieure ».

Sentir que cela ne nous appartient pas, vouloir incarner l’universalité de cette pratique au-delà des frontières. Beaucoup d’applications permettent déjà de voir qui médite dans le monde.

Fraternité et paix contre toutes les guerres

 

 

Exemple :

« Pourquoi j'ai voulu m'engager à créer S’asseoir ensemble (SAE) Dijon ? :

Je sais à quel point cette pratique de la méditation a changé ma vie dans une direction de mieux et de bien-être.

Je suis convaincu que ces pratiques ancestrales venant des 4 coins de la planète depuis des millénaires sont un cadeau pour l'humanité.

Il est essentiel dans nos vies d'aujourd'hui de se nourrir de ce qui nous inspire plutôt que de rester aveuglé dans des conditionnements de compétition commerciale et de surconsommation inconsciente ayant un impact sur l'écologie de la Terre et de ses ressources.

Me nourrir mieux à tous les niveaux (corps, âme, esprit) et en pleine conscience a été une résolution fondamentale de ma vie et SAE est l'éclosion d'un fruit de ce même arbre de mes petits bonheurs qui font de moi un être heureux. »
 

 

Méditer, c’est s’engager

Kelly Wilson est un psychologue américain à l’origine de la thérapie ACT (Acceptance Commitment Therapy)[1]. Il a mis le focus sur les notions de valeurs comme facteur de motivation à l’engagement.

Kelly Wilson commence toujours ses interventions en partageant son histoire. Trois de ses frères sont morts. Il a été toxicomane et dealer dans sa jeunesse, fréquentant des lieux sordides et dangereux. Un jour, cependant, il s’est dit qu’il ne voulait pas vivre ce genre de vie et il a fait de nombreux choix pour être en adéquation avec ce qui est important pour lui, et notamment pour sa famille.

De ce partage, il tente de montrer que quelle que soit sa vulnérabilité, il est toujours possible de faire des choix pour prendre soin de soi. Il suggère que si lui, malgré son contexte, a réussi à trouver le courage de se rapprocher du genre d’homme qu’il souhaitait être, tout le monde peut le faire. C’est une question de choix, d’engagement et de courage.

Notre être est comme un jardin. Selon les graines que l’on plante et la façon dont on l’entretient, il ne sera pas le même. Kelly Wilson nous pose la question :

Quelles valeurs voulons-nous planter ? et quelles actions voulons-nous faire pousser pour que notre vie aille dans ce sens ?

 

 

Notre engagement comportemental peut être distrait par une production de pensées automatiques qui traversent constamment notre esprit, comme des oiseaux qui voleraient à toute allure dans le ciel de notre pensée : « impossible, toujours, jamais, etc. ».

 

On ne peut pas empêcher les oiseaux de traverser le ciel et de croasser. Par contre, on n’est pas obligé de les suivre. On peut juste reconnaitre qu’ils sont là, les saluer et repositionner notre regard sur le jardin que nous cultivons.

 

C’est ce que propose l’entraînement à la méditation de pleine conscience.

 

 

Selon Kelly Wilson, il existe huit pratiques qui permettent de prendre soin de soi et de conserver une vie profitable :

  1. Bouger son corps : lutter contre la sédentarité, être en mouvement.
  2. Manger des aliments les moins transformés possible : prendre garde à la nourriture industrielle qui favorise l’obésité et la dépression.
  3. S’offrir une réelle opportunité de sommeil : beaucoup de troubles psychologiques sont dus à des difficultés de sommeil.
  4. Cultiver son réseau social : le principal facteur qui influe sur notre façon de vieillir et notre durée de vie est la qualité de notre appartenance sociale.
  5. Cultiver la pleine conscience de soi dans nos actions du quotidien : prendre le temps d’être vraiment là, à ce qu’on fait, au moment où on le fait.
  6. Diminuer les toxines : drogues, alcool, cigarettes, médicaments.
  7. Poser des actes significatifs : être engagé dans sa vie en agissant en fonction de ce qui a du sens pour soi et non être un touriste ou un consommateur de la vie.
  8. Pratiquer l’auto-compassion : nous sommes des êtres imparfaits, c’est donc notre attitude face à ces imperfections qui compte. C’est la tendresse que nous avons pour nos ratés et non le résultat qu’il faut développer.

 

Or ces huit pratiques sont favorisées par la pleine conscience, même le fait de bouger et retrouver de l’élan vital car la méditation augmente notre vitalité en « nettoyant » les pensées qui nous plombent. S’asseoir Ensemble s’inscrit donc dans une démarche de guérison et de bonne santé de tous. C’est une question de santé publique.
 

« Tous ces gens qui marchent toute la journée, beaucoup souffrent, sont stressés. On peut dire stop, on n’est pas obligés d’être dans ce mouvement. Ça existe, ce n’est pas pour l’imposer. Il y a une prise de conscience, un pas évolutif, on est au tout début de ça… on fait partie de tout ce qui est en train de naître. On a conscience qu’on va dans le mur dans beaucoup de domaines. Tout va trop vite. Beaucoup auraient besoin de revenir à ‘qu’est-ce qu’il m’arrive ? quel est le sens de tout ça ? quelle relation je veux avoir avec ma vie et avec les autres ?’. C’est un germe et on donne une forme à tout ça. C’est très vivant et plein de potentiel créatif. »

 

Sortir de l’esprit de compétition : S’asseoir Ensemble dès l’école

S'asseoir ensemble, c’est se relier à égalité avec tous les autres.

S’asseoir Ensemble souhaite s’adresser aussi aux enfants, comme un pivot de l’éducation.

« Quand on est assis avec quelqu’un, on est plus enclin à lui parler, à marcher ensemble, à boire un verre. Comment cette action de ne rien faire peut-elle relier les gens ? On est assis sur la terre. C’est le respect profond de ce qui nous réunit. »

 

« Moi j’ai choisi d’utiliser le terreau incroyable de fertilité que sont les enfants qui ont l’esprit et le cœur ouverts. Se relier à eux-mêmes et aux autres autrement que dans la compétition. Vivre de l’intérieur, comme c’est magique. »

 

Pourquoi offrir l’expérience de grandir pleinement présent à soi, en pleine conscience aux enfants ? Parce que c’est vital : pour eux, pour le monde, pour la planète.

Dans un monde dominé par la compétition, nous proposons d’être là, ensemble, connectés par l’humanité qui nous lie.

S’asseoir Ensemble invite chaque enfant à développer une attention douce envers lui-même. Dans l’intention d’aller, pas à pas, jour après jour, vers un Vivre Ensemble plus riche, plus respectueux des différences.

Les bénéfices de la pleine conscience pour chaque enfant

Peu à peu, l’enfant va apprendre à contacter les ressources internes qui sont à sa disposition et qui d’ordinaire sont passées sous silence, laissées en friche. Ces ressources d’attention, d’auto-compassion vont alors infuser dans la vie de chaque enfant qui s’y entraîne, à son rythme, accompagné par un adulte – parent, éducateur, enseignant – authentiquement bienveillant.

Cette attention entraînée de son mieux par chaque enfant permettra de développer sa concentration, utile dans son parcours scolaire et universitaire.

Aller vers l’âge adulte en toute confiance, conscient de sa capacité à changer le monde

L’enfant apprend peu à peu comment les émotions font partie de la vie, et comment à tout moment il peut trouver un espace de sécurité en lui, même lorsque des émotions difficiles sont là.

Il apprend que ses émotions sont des messagers utiles qui manifestent ses valeurs, ses besoins. À la lumière de ses expériences, il apprend que tout change, que rien ne dure.

Les enfants acquièrent davantage de confiance en eux, conscients de leurs capacités à traverser les moments moins confortables, ancrés dans cette présence à eux-mêmes.

De cette pratique, une douceur envers le monde, la planète et chaque être sensible naîtra, spontanément.

Guidé dans des expériences d’attention à lui, à son ressenti et à travers ses interactions avec ses camarades, il prendra la mesure de la possibilité d’agir en conscience.

Aller vers un monde non-violent : « Par les choix que tu fais, tu changes l’avenir » (Deepak Chopra)

Aucun enfant n’aime la violence. Pourtant la violence, l’agressivité règnent à l’école et dans les échanges entre les enfants et avec les adultes.

En créant un espace de dialogue et d’exploration dans un contexte sécurisant et bienveillant, chaque enfant réalise qu’il peut interagir avec respect et douceur, prenant ainsi soin de lui, des autres et du monde.

 

Le projet S’asseoir Ensemble pour les enfants

S’asseoir Ensemble avec les enfants se prépare. Les enfants ont d’abord un besoin d’être entendus, d’échanger sur leur vision du monde, des évènements. Laissés pour compte, « citoyens oubliés » (Maria Montessori) dans un monde d’adultes qui ont décrété que les enfants n’ont pas voix au chapitre. Or, lors d’échanges sur le terrain avec les enfants, on mesure leurs capacités de clairvoyance, de philosopher sur le Vivre Ensemble, sur les leçons à tirer de nos expériences.

En Suède les enfants ont des cours d’empathie. La méditation est un apprentissage direct et experientiel de l’empathie car lorsque l’esprit se calme et que l’enfant peut accueillir son monde intérieur, il a moins peur des autres et se sent plus solide pour affronter les défis sans passer par les coups ou la désobéissance rebelle.

Ecoutés, respectés par un adulte, les enfants se sentent reconnus dans leur humanité et dans leur singularité, leurs richesses personnelles. Leur comportement se transforme alors de lui-même, la non-violence infuse ; bien loin d’un moule unique.

 

La posture de l’adulte est centrale :

Chaque intervenant de S’asseoir Ensemble s’engage jour après jour, à travailler sur lui et ses propres émotions, avec souplesse et auto-compassion. Les enfants le ressentent. Voir un adulte qui se remet en question et qui les écoute les surprend beaucoup au départ. Puis, très vite ils se sentent considérés et osent ouvrir leur cœur pour extérioriser leurs soucis, leur stress et leurs préoccupations.

Après avoir été entendus, ils peuvent alors déposer leur corps, leur esprit dans le groupe, et juste être là, les uns avec les autres, dans cette énergie subtile et enveloppante.

 

« Nous sommes ce que nous faisons de manière répétée .» Aristote

 

S’asseoir Ensemble est donc un projet d’envergure qui peut contribuer à changer le monde. Amener le changement dans l’école pour qu’il se diffuse naturellement dans la société.

 

S'asseoir Ensemble, une démarche politique

Par cette posture de S’asseoir Ensemble, nous posons la question de la façon d’être, de vivre et d’être ensemble. Ces questions sont des questions politiques au sens noble du terme. En effet, une définition classique du mot « politique » est de dire que c’est ce qui est « relatif au domaine publique ». Le modèle politique actuel favorise le monde libéral, les besoins, la satisfaction des besoins par la consommation et les loisirs.

S’asseoir Ensemble propose une alternative à la façon d’être dans la cité : simplement en train de s’asseoir, d’être relié à d’autres et de s’offrir un instant.

Le mouvement est une démarche politique même s’il n’appartient à aucun mouvement politique parce qu’il propose d’être un instant dans autre chose que la consommation et le loisir, d’être ensemble et de considérer simplement l’autre au lieu d’aborder une attitude libérale.

Le stress happe notre conscience et nous amène à tenir des discours souvent bien loin de la réalité. C’est pourquoi nous n’arrivons plus à adhérer aux discours de ceux qui veulent nous diriger.

 

Se taire

en étant simplement là

rend visible

ce que les mots appauvrissent

ou rendent invisible.

 

Cette posture nous permet de chercher la vérité derrière les mots. Elle permet de revenir à la source de ce qui nous relie et qui fait le lien. Se taire permet d’être présent à soi et disponible aux autres. Cela nous enrichit et nous nourrit à travers l’expérience sensorielle que nous propose cette nouvelle façon d’être en contact avec l’autre. Elle permet l’écoute à une époque où beaucoup de monde parle, déblatère, bavasse, voire aboie dans une violence relationnelle.

Il s’avère que le modèle politique cité ci-dessus appartient à la modernité. Or dans la société post-moderne, les jeunes générations envisagent un avenir plus collaboratif. La possession ne sera plus la norme. La mise en commun des biens se développe de plus en plus à l’aide des applications des smartphones. On partage sa voiture, son transport, son appartement, sa machine à laver… il existe même une application lorsque l’on recherche des toilettes dans une ville.

 

Est-il possible de vivre de façon plus simple, plus authentique, plus humble et plus consciente de son environnement et de son présent ?

 

S’asseoir Ensemble nous permet de toucher ces questions dont les réponses sont très personnelles.

Partage, altruisme, écologie, humanisme, respect, bienveillance, etc.

En en prenant conscience, nous pouvons chacun choisir la façon dont nous les cultivons.

S’asseoir Ensemble est une démarche politique parce qu’elle offre une alternative sociale.

 

S’asseoir Ensemble est un pari pascalien. Nous faisons le pari que dans le monde actuel, tenant compte du contexte, nous avons à gagner à ralentir, à s’asseoir et à juste être ensemble en pleine conscience de soi, de l’autre et du présent.

Ainsi nous vous invitons à soutenir, rejoindre notre mouvement, en adhérant à l’association ou simplement en venant essayer de méditer lors des manifestations que nous organisons et qui sont totalement gratuites et sans intérêt commercial.

Mais nous proposons également de nous déplacer pour créer des lieux de pratique méditative ou initier ceux qui le souhaitent, dans des lieux publics, des entreprises et bien évidemment dans les parlements, assemblées politiques, avant les débats cruciaux par exemple. Plus de sagesse de modération et d’humanité ne peuvent qu’amener un peuple, des peuples à aller dans le sens le plus bénéfique pour la communauté.

S’asseoir ensemble s’est répandu dans de nombreux pays et nous sommes convaincus qu’à l’avenir le pari sera tenu :

La société sera devenue consciente, et lucide sur ce qui fait son bonheur et qui relie ses membres

 

A bientôt !

 

Notre site web : sasseoir-ensemble.fr

Notre page facebook : https://www.facebook.com/sasseoirensemble/

Mail : sasseoirensemble@gmail.com

Twitter : @asseyons_nous

Instagram : @mediteravecnous

 

 

[1]  Une des six facettes de l’approche ACT est l’observation. Une autre est présent. De ce fait l’ACT est une psychothérapie cousine de la pleine conscience. Elles appartiennent toutes les deux aux thérapies comportementales et cognitives dites de troisième vague.

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3 mars 2017 5 03 /03 /mars /2017 10:49

L’hôpital est devenu une immense machinerie folle et coûteuse qui a oublié en chemin le malade.

On y parle de processus et de moyen pour appliquer des processus mais plus des patients. Voici une histoire ubuesque mettant en scène les arcanes administratives tel des Shadoks.

 

La Pitié-Salpêtrière est un hôpital grand comme un quartier de Paris. Certains patients ont besoins de sismothérapie pour traiter leur pathologie. Ces soins nécessitent une anesthésie de courte durée qui se pratique en salle de réveil. Cette salle se situe à environ 400 m du service de psychiatrie. Jusqu’à présent le service de psychiatrie faisait appel aux ambulances de l’établissement pour faire le transport. Pour le retour, le temps de mobiliser les ambulances, les patients attendent environ deux heures. Pendant cette attente les patients et les infirmiers psychiatriques accompagnant sont coincés en salle de réveil. En outre, ces séances ont lieu pour les patients deux à trois fois par semaine environ sur deux à trois semaines. Cette organisation est coûteuse en temps et en moyen humain et est surtout peu confortable pour les patients.

Un surveillant a réussi l’exploit d’obtenir une voiture pour le service de psychiatrie afin de faire le transport. Pensez-vous que le problème soit résolu ? Non, il ne fait que commencer pour se faire absorber dans la folie administrative !

En effet, c’est bien beau d’avoir une voiture mais qui va la conduire ? Qui est compétent pour la conduire ? Quid de la responsabilité en termes d’assurance ? Personne ne veut prendre un risque en la matière. De nombreuses réunions ont lieu qui consomme du temps et qui monopolise du personnel qui ne sera pads au lit du patient.

Finalement, un infirmier se propose quoiqu’il en soit de conduire la voiture.  Belle initiative mais qui va le remplacer pendant son absence du service pour être sur le chemin de la salle de réveil et comment va-t-on faire quand il n’est pas là ?

Je vous laisse imaginer combien cette logique administrative coute en temps et en argent avec ces nombreuses réunions qui ne trouveront jamais de solution. Quant à la voiture, elle n’est toujours pas fonctionnelle. Combien elle coute inutilement ?

Cet exemple montre comment la logique administrative a quitté le sens commun. L'administration est devenue un cancer qui crée des sables mouvants qui absorbent les soignants. Les patients sont oubliés en chemin.

Combien de morts ou de pathologies seront directement liées à cette impasse idéologique digne du château de Kafka ? 

Ce phénomène ne touche pas que la santé. Des histoires identiques, on en trouve dans l'éducation nationale, la justice, l'agriculture... On vit une époque formidable disait Pierre Desproges...

 

 

 

 

 

 

Une petite dernière pour la route concernant cet hôpital : L'hôpital de la Pitié Salpêtrière est rattaché à l’hôpital Charles Foix situé à quelques kilomètres de là. Si deux patients du même service doivent se rendre dans l’autre hôpital, ils ne peuvent pas prendre le même véhicule selon le règlement. Aussi, si deux patients se rendent dans le même temps dans l'autre hôpital, cela nécessitera deux VSL...

Aussi, qui coûte de l’argent au pays et aux citoyens ? Les médecins avec leur consultation à 23 euros ou l’administration ? 

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1 mars 2017 3 01 /03 /mars /2017 20:49

Vivre n’est pas simple. Comment faire pour avoir une vie longue et épanouie sans s’exposer à tous ces problèmes de santé qui nous font tant peur ? Est-ce simplement une question de chance ou d’être au bon endroit ? Non, c’est surtout le fruit de nos choix aux quotidiens. Je vous propose de partager les comportements qui font une réelle différence.

 

Notre être est comme un jardin. Selon les graines que l’on plante et la façon dont on le jardine, il ne sera pas le même. Si nous avons un bon jardin et que nous passons notre temps à consommer les fruits de celui-ci et à jouir de celui-ci, très vite il va évoluer en friche tout comme notre être évoluera en friche si nous ne prenons pas soin de celui-ci. Arrêtons-nous un instant pour nous poser la question des valeurs voulons-nous jardiner dans notre vie ? Par exemple si nous souhaitons être un bon père (valeur) cela demande de jardiner au quotidien la patience, la gentillesse, la fiabilité… (Pattern).

Notre engagement comportemental peut-être distrait par une production de pensées automatiques qui traverse notre esprit comme des oiseaux dans le ciel. Ces oiseaux nous disent des mots tel que : « impossible, toujours, jamais, etc.). Il est impossible d’empêcher les « oiseaux » de traverser le ciel et de croasser. Par contre, on n’est pas obligé de les suivre. On peut juste reconnaître qu’ils sont là, les saluer et repositionner notre regard sur notre jardin à cultiver.

Partout dans le monde, on observe une épidémie d’obésité et de troubles dépressifs. Ces troubles ne sont pas dus à l’apparition d’un gène pathogène mais sont la résultante de tous ces petits choix comportementaux et ces compromis que nous faisons au quotidien et qui mis bout à bout construisent nos vulnérabilités et ces symptômes. Ce phénomène s’appelle l’épigénétisme. C’est-à-dire que l’expression dans la réalité de nos gènes dépend de notre environnement et de notre façon de l’aborder. Nos comportements quotidiens créent un contexte qui favorise l’expression épigénétique de notre être.

C’est à chacun de définir les valeurs qui lui sont importantes à jardiner. Par contre, d’après de nombreuses études scientifiques, il existe huit pratiques qui font une réelle différence dans le présent et qui organisent notre futur. Ces huit pratiques permettent de prendre soin de soi et de conserver une vie profitable :

  • Bouger son corps : lutter contre la sédentarité. Ce n’est pas que faire du sport mais d’être vigilant d’être en mouvement tout au long de la journée. Psychiatre, sur son siège, est-ce un métier à risque ?
  • Manger des aliments réels : Kelly met en garde contre la nourriture industrielle qui favorise l’obésité et la dépression.
  • S’offrir une réelle opportunité de sommeil : Beaucoup de troubles psychologiques sont dus à des difficultés de sommeil. La société de loisir a amputé du temps de sommeil. Il ne faut pas hésiter à faire l’effort de se coucher plus tôt pour avoir son quota utile de sommeil, d’éloigner les écrans ou de cultiver la sieste.
  • Cultiver son réseau social : Des études récentes ont montré que le principal facteur qui influe sur notre façon de vieillir et notre durée de vie est la qualité de notre appartenance sociale
  • Cultiver la pleine conscience de soi dans nos actions du quotidien : Quand on marche, quand on prend sa douche ou que l’on fait la vaisselle, de prendre le temps d’être vraiment là et non pas la tête ailleurs.
  • Diminuer les toxines : drogues, alcool, cigarettes, médicaments
  • Poser des actes significatifs : C’est-à-dire d’être engagé dans sa vie en agissant en fonction de ce qui a du sens pour soi et non être un touriste ou un consommateur de la vie.
  • Pratiquer l’autocompassion : Nous ne sommes pas des êtres parfaits mais des êtres vulnérables. Ce n’est pas le résultat qui est important car cela nous amène à juger et à commenter notre vie, mais notre attitude mais aussi la façon dont nous avons de la tendresse pour nos ratés et notre vulnérabilité.

 

Cette démarche est la démarche ACT. L’ACT vise à développer la fléxibilité psychologique. La démarche ACT montre que la souffrance n’est pas une maladie mais quelle fait partie de la vie et qu’elle ne peut être une excuse pour ne pas faire. Il n’y a pas d’amour sans perte, nous aurons tous des maladies, des deuils, des renoncements, des frustrations, etc. La question n’est pas la souffrance mais comment porter cette souffrance existentielle. Cette thérapie ne recherche pas ce qui est vrai mais ce qui est utile à soi. C’est pour lui une sorte de méditation de l’action pour être engagé dans sa vie. Nous avons tous à construire une « spiritualité » de notre vie. C’est-à-dire définir ce qui a du sens pour nous. Ce n’est pas forcément religieux. C’est juste se donner des directions de vie qui nous correspondent afin d’être en adéquation avec soi. Or, la société ne nous apprend pas cela. Elle suggère plutôt qu’être différent est mal. On a tendance à normaliser nos comportements et nos identités.  La conséquence de cela est que l’on est tenté de vouloir vivre une vie qui n’est pas la nôtre. Cette distorsion est source de tension et est à l’origine du malaise dont souffre de nombreuses personnes.

Nous sommes ce que nous faisons ! Kelly Wilson[1] développe ces thématiques au cours d’ateliers et de conférence. On ne sort pas indemne de sa rencontre. Ce psychologue touche notre être et met en avant notre vulnérabilité et donc notre humanité. Ecoutez le via cette vidéo : https://vimeo.com/157618477

 

 

[1] Kelly Wilson est un psychologue américain à l’origine de la thérapie ACT. En effet, la thérapie ACT est née aux USA sous l’intuition de Steve Hayes qui a été rapidement rejoint par Kirk et Patty Strosahl et Kelly Wilson. Kelly Wilson était à l’époque le chef du laboratoire RFT de Steve Hayes. Il a mis le focus sur les notions de valeurs comme facteur de motivation à l’engagement. Il a été le premier président de l’ACBS1.

 

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15 février 2017 3 15 /02 /février /2017 15:15
Troubles psychiques liés à la pratiques sportives

 

La pratique en club d'un sport amène irrémédiablement à la compétition. Il est quasiment impossible pour un enfant et encore moins pour un adulte de pratiquer un sport uniquement pour le plaisir. Les personnes prises dans cette spirale de la performance et du résultat, ce d'autant que certaines dotations financières institutionnelles sont corrélées aux succès, se retrouvent avec un volume important de pratique. Certains enfants ont pratiquement une double activité : école dans la journée et sport plusieurs soirs par semaine et le week-end. On a supprimé le travail des enfants mais on a le sentiment que l'on a remis au travail les enfants dans le sport pour la satisfaction des parents. L'engagement dans une logique de compétition devrait être pris lorsque l'on est en âge de le décider, c'est-à-dire pas avant l'adolescence. Des enfants se retrouvent avec des troubles et à une fatigue liés à ce surinvestissement qui les empêchent d'avoir des espaces à soi pour se construire. L'arrêt brutal du sport du fait d'une blessure ou des études chez les jeunes adultes sont sources de troubles psychiques (anxiété, dépression, addiction, etc.) du fait d'un manque de repère.

Les troubles narcissiques, addictions et passage à l'acte

Le sport est une activité qui peut avoir comme une fonction d'octroyer une identité à travers l'acte de bravoure réalisé. Jusqu'aux années 80, il suffisait de quelques résultats pour être quelqu'un. La performance sportive était le fruit d'une personnalité ou d'un caractère. La multiplication des compétitions, leur mondialisation et leur médiatisation fait qu'une compétition chasse l'autre et que le succès d'un mois est oublié le mois suivant. L'individualité d'un succès se gomme. Lors de l'étude UCI, j'ai interrogé les cyclistes qui ne savaient se présenter qu'à travers leurs titres avec le risque de présenter des fragilités narcissiques. Ceux-ci trouvaient leur sport "beau" car il donnait l'opportunité de rejouer la course existentielle où chacun était égale et où l'un d'entre eux pouvait sortir du lot. Au final, ils décrivaient le peloton d'une course cycliste comme un immense éjaculat. La compétition permet à l'un d'entre eux d'être l'élu mais. Cependant, contrairement au spermatozoïde, cette course est à rejouer la compétition suivante ce qui est à l'origine d'une fragilité existentielle. Certains athlètes tente de pallier à celle-ci en poursuivant excessivement leur carrière, en revenant dans le sport après avoir arrêté ou en ayant des conduites dopantes en fin de carrière alors que leur palmarès est déjà indiscutable (cf Linford Christie qui a été contrôlé positif en 1998 après la fin de sa brillante carrière internationale) . Cette lutte existentielle insatiable peut être à l'origine de certaines conduites ordaliques ou addictives pendant ou après la carrière sportive. Cette fragilité de la construction de soi est majorée par l'importance du sponsor qui va accaparer toute la vie du sportif : sa façon de s'habiller, de manger, de vivre, de parler, etc. La mise en scène de l'activité sportive crée des héros qui permettent l'identification collective. Le summum est atteint lorsqu'un athlète n'a pas les prédispositions physiques pour obtenir des performances dans son sport et qui contre toute attente devient un champion. C'est l'effet "Carpentier"[i] qui a touché des joueurs comme Alain Giresse ou plus récemment Ribéry. En poussant l'athlète dans ses extrémités, dépassé par des tensions psychiques majeures, il peut basculer dans un passage à l'acte comme Marc Cécilion, ex-capitaine de l'équipe de France de Rugby, qui a tué sa femme ou Oscar Pitorius[ii]. La société du spectacle se gargarise de la montée et de la chute du champion.

Blessures physiques, blessures psychiques

La blessure[iii] peut-être le seul moyen pour l'athlète de retrouver un espace psychique personnel. En effet, il est difficile pour lui de s'appartenir. Il est l'objet d'investissement de son entraineur qui essaie de poursuivre ses rêves sportifs, de ses dirigeants, de son club, des sélections auxquelles il participe, du public voire de la nation. Impossible pour lui d'exprimer qu'il a une baisse de forme ou d'envie et qu'il préfèrerai ne pas participer à telles ou telles compétitions. La blessure devient la seule manière de s'extraire. Si elle peut être pour ces raisons bénéfiques pour se retrouver, elle peut être à l'origine d'un sevrage temporel (l'athlète ne se projette qu'à court terme : participer ou non à la compétition suivante) et physique qui rend difficile la reprise sportive.

Maya

Avant de me blesser, j'étais épuisée, je le sentais mais je ne voulais ni ne pouvais dire stop. Je revenais des J.O. universitaires et avais enchainé les stages de préparation avec mon club. J'aurai eu besoin de me reposer physiquement mais surtout psychologiquement.

A la blessure (rupture des ligaments croisés) je me suis tout de suite sentie soulagée. Enfin je pouvais m'arrêter pour reposer mon corps et mon esprit. Je ne dis pas que l'opération, la rééducation ont été faciles mais ce que j'ai apprécié c'est l'absence de compétition. En effet, depuis que j'ai 14 ans celles-ci rythment ma vie. Faire attention à son alimentation, récupérer jusqu'au prochain entrainement, jusqu'au prochain match, jusqu'à la prochaine compétition internationale. Même les vacances, je surveillais tout ça.

Pendant ma rééducation, je n'étais plus enfermée dans cette spirale, je n'ai pas fait des choses extraordinaires, seulement des sorties le samedi soir au cinéma ou des week-ends à l'étranger. Des choses que je ne faisais pas à cause du match du dimanche, qui me demandait d'être à 100%. J'ai pu vivre de nouvelles expériences. Aujourd'hui, je suis sortie de ce système et ne suis pas prête à y retourner. Je n'arrive et ne peux pas (selon moi peut-être) me permettre ces petits moments qui m'apportaient tant de bonheur. Je ne trouve plus de point positif quant à la pratique d'un sport à haut-niveau, je pars aux entrainements à reculons. J'ai la sensation de ne faire que des sacrifices, se préparer pour un événement à quoi bon s'il n'y a plus de plaisir? Voilà pourquoi aujourd'hui j'ai besoin de reprendre goût au sport quel qu'il soit avant d'en être dégoutée à vie. Un autre exemple de cet écoeurement, les J.O. de Londres de cette année, je n'ai même pas pu les regarder. Je ne saurais l'expliquer. Je ne pense pas que ce soit de l'envie seulement une telle compétition me rebute.

Oui, malgré toute cette répugnance, j'ai repris une licence pour ne pas avoir de regret, pour ne pas arrêter sur une blessure. Aujourd'hui lorsque j'annonce à mes proches que je souhaite mettre le sport entre parenthèse, je me sens incomprise, j'entends "mais ce n'est  que du sport", "tu es payée pour çà", "tiens encore jusqu'en juin", "tu reviens de blessure c'est normal". Ce qui m'ennuie le plus c'est leur réaction, ce sentiment d'incompréhension me pousse à me demander s'ils aimaient la sportive ou la personne. Certes, ils me connaissent en priorité sous cet angle car le sport me berce depuis toute jeune, mais ce qui me rendait heureuse et me procurait de belles émotions m'étouffe aujourd'hui.

Distorsions cognitives et croyances

Le sport est source de nombreuses distorsions cognitives et de croyances du fait d'un manque de connaissance de l'encadrement sportif, d'un besoin de réassurance afin de gérer l'angoisse de performance, du désir de succès de l'athlète et de son entourage, de la fluctuation de forme et la fatigue, de la dépendance de l'athlète à son entraineur et l'immaturité qu'elle induit. Ces distorsions et ces croyances peuvent faire le lit de troubles.

Traumatisme crânien et troubles psychiatriques

Certains sports de contact sont à l'origine de traumatismes crâniens, même peu important, qui peuvent être à l'origine de perturbations psychiatriques.

  • L’atteinte de structures cérébrales spécifiques telles que l’amygdale et/ou l’hypothalamus peut avoir des conséquences non négligeables, en entrainant une altération des fonctions réceptives, des troubles de la mémoire et/ou de l'apprentissage, des troubles de la compréhension et/ou de l’expression, voire des troubles du contrôle des activités volontaires.
  • Dans le domaine psycho-affectif, l’altération secondaire à une lésion des lobes frontaux pourra avoir pour conséquence une labilité ou une variation anarchique de l'humeur, une altération des capacités de contrôle, des comportements marqués par la régression infantile, égocentriques et asociaux, peu empreints d'empathie, une diminution de la tolérance à la frustration ou aux délais (nécessité d’une satisfaction immédiate des besoins). Un « changement de caractère » est souvent allégué par les proches.
  • Certaines lésions multifocales peuvent être à l’origine d’une diminution de l'autonomie du sujet, voire d’une altération des activités scolaires ou professionnelles.

Face à des troubles psychiatriques, il est nécessaire de faire une anamnèse afin de rechercher des commotions cérébrales et d'effectuer une imagerie cérébrale

Dopage

Les conduites dopantes consistent en l'usage de substances afin d'affronter ou surmonter un obstacle réel ou ressenti. Il ne s'agit pas d'une conduite addictive en tant que telle même si elles sont souvent associés à d'autres addictions telles que la consommation de drogues ou à la gagne[iv]. De nombreux athlètes ont été contrôlés positif au cannabis qui n'était pas pris directement pour augmenter les performances mais pour diminuer le stress et l'euphorie mais aussi pour oublier la fatigue et les douleurs musculaires lors des efforts prolongés.

Dans certains sports comme le vélo[v], les récompenses rapidement obtenues avec un sentiment de big win comme dans le jeu pathologique favorise l'addicition à la gagne[vi]. C'est cette addiction à la gagne, confrontée aux variations de forme qui vont favoriser les conduites dopantes. L'entrée dans ces conduites s'effectue par marches d'escalier acceptables. Le sportif va commencer par une consommation de vitamines puis de caféine suivi de Guronsan ou d'autres stimulants afin d'arriver à la consommation de produits dopants. Le passage dans le monde professionnel est un saut important pour des jeunes mal structurés, dépendant de leur entourage sportif. La rencontre avec des gens peu scrupuleux dans un monde où le rendement est la seule chose qui compte facilite l'utilisation de produits dopants. Lors de l'enquête UCI, de nombreux cyclistes ont signalé qu'ils avaient eu l'impression de rentrer dans le "showbiz" en entrant dans le sport professionnel. En outre, les équipes professionnelles ne sont pas si organisées que cela au vu de l'industrialisation de la pratique et laisse parfois des sportifs dans des situations abandonniques. La prise de produits dopants permet de survivre dans un milieu pas toujours bienveillant et difficile. La présence de dirigeants ou d'entraineurs venant de pays étrangers, où le dopage étaient une façon de participer à la "lutte" sportive, facilite les dérives. Enfin les athlètes sont souvent de jeunes adultes parfois immatures et n'ayant pas toujours une formation scolaire élevée qui leur permettrait de critiquer le système et de se protéger des abus. Le sport le plus montré du doigt dans le dopage est le vélo alors que c'est le sport qui a le plus fait pour la lutte contre le dopage. Cependant, il est le sport le plus vulnérable à la détection de sportifs dopés car il subit plus de contrôle antidopage que n'importe quel autre sport. D'autres sports comme le football et le tennis ne font l'objet de quasiment aucun contrôle. Ces contrôles sont sous le joug d'intérêts qui dépassent l'esprit du sport et celle des individus. Lors de l'affaire Festina en 98, la France a été championne du monde de football. La plupart des joueurs français ont été entendu dans des affaires de dopage en Italie mais on en a fait aucun cas en France car beaucoup de monde avait des bénéfices de ce succès.

Sexualité

Les athlètes sont confrontés à un plus grand nombre d'agressions sexuelles que les non sportifs[vii]. Celles-ci touchent plus les filles que les garçons. Ces agressions proviennent des coéquipiers ou des entraineurs. Des actions de prévention et de sensibilisation sont à promouvoir.

La violence vis-à-vis de la sexualité touche aussi l'acceptation de l'homosexualité. Le sport est un lieu où l'homophobie est prégnant. Elle est particulièrement importante dans les sports collectifs et plus particulièrement dans le football. Dans ce dernier sport, seul un athlète en France a exprimé son coming out dans l'histoire de ce sport. De nombreux entraineurs ou joueurs ont clairement exprimé leur homophobie.

L'homosexualité est plus fréquente dans le sport féminin même si elle est source de discrimination.

Le passage brutal de jeunes adultes qui ont vécu en centre de formation dans le showbiz du sport professionnel les confrontent au désir qui s'exprime par un sentiment de toute puissance majoré par les sommes qu'ils gagnent et leur physique avantageux mais aussi à une expression des pulsions chez des jeunes souvent immatures. Du jour au lendemain, ils se retrouvent en discothèque entourés de dizaines de filles prêtes à s'offrir à eux ce qui explique toutes les déviances sexuelle que l'on retrouve dans le sport : pornographie, hypersexualité, partenaires multiples, infidélité, sextape, etc. Ces comportements sont renforcés par la vie d'errance d'une compétition à une autre avec des temps suspendus dans les hôtels qui se remplissent par des jeux sexuels. Les joueurs pros sont appétant de montée d'adrénaline qu'ils retrouvent dans les jeux, l'alcool, le sexe et la vitesse. Dans ces moments, loin de la famille, avec les progrès de la technologie, de nombreux sportifs développent une addiction sexuelle du fait de la disponibilité des vidéos pornographiques sur internet. Ils vivent ces situations comme les "colonies de vacances" où tout est possible. Cette addiction peut s'associer à d'autres addictions notamment aux substances comme les "Stilnox party" dans le vélo ou le poker. Une spirale se met en place : les sportifs jouent de l'argent, perdent de l'argent, se sentent coupables, s'isolent, regardent des films X et mangent mal.

Sport par procuration

Cela consiste à vivre le sport et à se réaliser à travers un sportif sur lequel on a une influence.  ll s'agit d'un projection d'un désir qui est source d'une charge mentale et qui vient envahir l'espace psychique du sportif et l'empêchant de se construire et de s'identifier. Il est pratiquée par certains parents, notamment dans les sports individuels, qui tentent de résoudre leurs problèmes existentiels ou par des entraineurs qui tentent de vivre une carrière qui n'ont souvent pas eu. Il est alors difficile pour ces jeunes de s'affirmer et de s'émanciper sans devenir le jouet de ces adultes.

Le sport par procuration est aussi l'objet d'un mythe social. En effet, dans l'immense majorité des cas, les parents sont très précautionneux de l'engagement de leurs enfants dans ces filières d'exception. Ils sont très vigilants au fait que les études ne soient pas mises de coté. Ce mythe a été renforcé par des histoires médiatiques dans le tennis et le patinage artistique.

La reconversion sportive[viii]

Le sport est l'un des rares métiers où il faudra avoir une deuxième carrière professionnelle qui sera plus longue que la première mais moins intense en sensation. L'arrêt du sport et la reconversion est la fin des émotions comme l'a exprimé Marcel Dessailly. C'est un deuil difficile qui explique la prise de relai par d'autres addictions dans l'année qui suit l'arrêt du sport. Rien n'est organisé pour accompagner ce sevrage physique, psychique, émotionnel et relationnel. Du jour au lendemain vous rentrez progressivement dans l'oubli, plus personne ne vous reconnait dans la rue, ne vous offre à boire alors que la veille, l'athlète vous étiez adulé par les médias. Souvent, c'est la blessure qui force le destin. Un certain nombre de sportifs tente de poursuivre en vivant le sport par substitution en devenant entraineur ou dirigeant mais avec le risque de faire du sport par procuration. La reconversion est une étape difficile comme l'a dramatiquement montré l'histoire de Marc Cécilion, ancien capitaine de l'équipe de France de Rugby.

 

La recherche de sensation

La pratique du sport de haut-niveau génère des sensations fortes. Cependant cette recherche est le centre de certaines activités sportives comme le parachute, l'escalade, le BMX et plein d'autres sports extrêmes. Patrick Edlinger, célèbre grimpeur, disait que s'accrocher nu au milieu d'une paroi était plus jouissif que n'importe quel orgasme. Ces sports extrêmes se pratiquent souvent hors club et consistent souvent en des conduites ordaliques.

Prise en charge

 Il est important de distinguer les professionnels soignants qui vont participer à l'amélioration de la performance sportive et ceux qui vont prendre en charge les diverses souffrances et pathologies afin de pas générer de conflits d'intérêt au détriment de la qualité des soins du sportifs. De nombreuses difficultés trouvent une solution dans une prise en charge de l'organisation et de l'environnement du sportif avant une prise en charge personnalisée.

Au-delà du suivi longitudinal, les sportifs qui souffrent de troubles psychiatriques ou de problèmes psychologiques nécessitent une prise en charge adaptée, pragmatique et qui tiennent compte du contexte de leur exercice. Il n'existe pas en France de structure spécifique pour leur accueil et de consensus.

Les Thérapies ACT[ix], thérapie de l'acceptation et de l'engagement qui appartiennent aux thérapies comportementales et cognitives dites de troisième vague semblent les plus pertinentes pour proposer des prises en charge fonctionnelles qui permettent de prendre en compte les différentes pathologies listées ci-dessus et les spécificités de cette pratique.

 

En conclusion

Le sport est une pratique culturellement liée qui est le produit de notre société capitaliste[x]. Bien utilisé, il est source de nombreux bénéfices physiques comme psychologiques mais mal utilisé sur des personnes vulnérables, il peut être source d'effet indésirable. Il nécessite un accompagnement pendant la pratique sportive mais aussi à l'arrêt du sport.

 

[i] Bonnet V: Visions du monde et spécificité des discours. Signes discours et sociétés. 11 janvier 2010

[ii] http://docteur-seznec.over-blog.com/article-pistorius-chronique-d-une-mort-annoncee-quand-le-male-fait-mal-115790461.html

[iii] San José A. La blessure chez les sportifs de haut niveau :"du hors jeu à la remise en jeu". Les Annales médico-psychologiques. Vol 160 - N°7 (2002) 289-498

[iv] Laure P : Epidemiology approach of doping in sport. A review. The Journal of Sport Medecine and Physical Fitness 1997; 37(5): 218-224.

[v] Seznec J-C : « Toxicomanie et cyclisme professionnel ». Ann Med Psychol 160 : 72-6, 2002.

 

[vi] Seznec JC : « Une addiction à la gagne". Synapse  172:17-19, janvier 2001.

 

[vii] Jolly A et Decamps G : Les agressions sexuelles en milieu sportif : enquête exploratoire. Sciences et motricité N°57 -2006/1

[viii] Volle E, Seznec JC : L'arrêt du sport intensif : révélation d'addictions? Ann Med Psychol 164 (9) 775-79, 2006.

[ix] Seznec JC : ACT, applications thérapeutiques. 2015 Ed Dunod.

[x]  Brohm Jean-Marie : sociologie politique du sport. P.U.N. (1976)

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1 février 2017 3 01 /02 /février /2017 17:47

Paola « J’ai des choses à faire et pourtant je n’ai pas envie de les faire. Je me dis mentalement qu’il faut que je les fasse, qu’il faut que je me motive mais au dernier moment, je décide de reporter, de remettre à plus tard ce que je pourrais faire maintenant.

Je cherche toujours une excuse qui ne s’avère pas valable. Ensuite, je culpabilise. Je me promets ensuite de faire des efforts la prochaine fois, d’essayer d’évoluer, de changer ces mauvaises habitudes mais rien n’y fait. Le lendemain, je recommence irrémédiablement.

Pourtant, je ne pense pas être quelqu’un de feignante mais je suis comme cela. Pour ce qui est d’aller au travail, je n’ai pas le choix et j’ai des obligations envers mes employeurs, j'arrive à faire ce que je n'arrive pas à faire pour moi.

 

J’ai l’impression d’être comme une méduse qui dès qu’elle est livrée à elle-même, est flasque, inconsistante et se laisse porter par le courant laissant traîner sa chevelure. Au cours de cette dérive, je passe mon temps à examiner ces cheveux et à arracher tous ceux qui ne me conviennent pas.

 

Je ne veux pas vivre comme une méduse ! Pourtant, je suis fréquemment en retard. Je me laisse aller. Or, je voudrais être active ! Et parfois, je le suis mais uniquement quand j’en ai envie. Quand une tache que je dois effectuer est une contrainte ; une corvée, je préfère reporter. Il paraît que c’est l’évitement au déplaisir.

 

Je travaille toujours dans l’urgence, je fais tout à la dernière minute, alors que j’ai besoin d’avoir le contrôle de ce qui m’entoure.

 

Au quotidien, cette situation n’est pas très valorisante et cela ne m’aide pas à avoir une bonne estime de soi puisque l’on se sent incapable de tout. Cette attitude, on l’a subit. Elle existe malgré nous et ce d’autant que cet état de méduse conduit à l’arrachage… »

 

Cette histoire ainsi que d'autres m'ont permis de définir ce que j'appelle le syndrôme de la méduse.

 

Le syndrome de la méduse décrit cette difficulté à être et à être inscrit dans le présent à travers des actions. Cette fragilité à être est due à une difficulté à mettre en place une structuration psychique interne tel un "psychosquelette"[1]. Telle une méduse, la personne qui en souffre se laisse porter par le courant de la vie sans pouvoir diriger celle-ci et souffre d'une absence de colonne vertébrale psychique. Ce "psychosquelette" est habituellement mis en place, lors de la petite enfance par toutes les actions tactiles de maternage qui, comme lors de la constitution d'une boule de neige, vont malaxer notre être pour lui donner une consistance et donc une existence afin qu'il "ne retombe pas en neige".

 

[1] cf. Construire son intériorité

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