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10 janvier 2018 3 10 /01 /janvier /2018 12:21

Pour une très large majorité de mes patients, l'objectif de la thérapie est la prise d'autonomie. Le travail dans le cabinet du psychothérapeute a de multiples objectifs qui donnent le sens à cette relation. Mais quelque soit ceux-ci, cette prise en charge doit avoir un début et une fin pour en garder son sens. On est dans le cadre d'un soin et non d'une greffe psychothérapeutique!

Ce travail prend différent aspect selon les besoins et les techniques proposées. Il peut consister à apprendre de nouvelles compétences, à savoir négocier les aléas de la vie, gérer les cicatrices du passé. Les patients apprendront aussi à composer avec la souffrance, l'inconfort et les frustrations de la vie, qui peuvent parfois être traumatique, mais aussi, si besoin, à se construire une identité, une représentation de soi ou un espace psychique où ils pourront vivre et s'exprimer le plus en paix possible.

Le corrélat de la finitude de ce soin est que l'on doit arriver à ne plus se voir avec le patient dès que possible malgré le plaisir de l'échange et du partage, car ce n'est pas ce qui donne du sens à ce type de rencontre qui reste et restera uniquement professionnelle. Pour ma part, c'est ainsi que je l'énonce dès la première séance : l'objectif de notre travail est que l'on arrive à ne plus se voir.

Pourtant, certains psychothérapeutes et patients se complaisent dans une relation psychothérapeutique chronique qui reste qu'une illusion de vie lorsqu'elle dure excessivement et qui met en jeu d'autres problématiques que celui du soin pour le patient et/ou le thérapeute. La vie est ailleurs que dans le cabinet. Le cabinet n'est qu'un lieu de transition, de soutien, de transformation, mais aussi un lieu où l'on s'autorise à penser et à à avoir un espace psychique entre soi et soi grâce au rôle réflexif du psychothérapeute et du cadre. Mais quoiqu'il en soit, la direction de cette prise en charge est de pouvoir se séparer et de construire une vie qui s'émancipera du cadre psychothérapeutique. Elle ne doit pas être une rente pour le psychothérapeute et une vie canada dry pour le patient où la relation psychothérapeutique y instrumentalisé pour oser être soi. Il en est de la responsabilité du thérapeute de garantir cette intention.

Est ce que les thérapies qui dure sans fin ne constituent pas un évitement à la solitude pour le patient et à une difficulté à se séparer et à renoncer pour le psychothérapeute? Vivre demande du courage.

Le départ d'un patient n'est pas toujours simple pour un psychothérapeute. Les conditions pour se dire correctement en revoir ne sont pas toujours réunies.

Dans cette époque consumériste, les patients disparaissent parfois brutalement ou nous adresse un mail ou un sms pour nous dire merci et qu'ils n'ont plus besoin de nous sans prendre le temps de ces dernières séances si importantes pour la psychothérapie pour pouvoir conclure une prise en charge et se dire en revoir. Le psychothérapeute investi beaucoup de lui, de son coeur et de son humanité pour accompagner ses patients. Cet investissement est particulièrement important et nécessaire en début de psychothérapie pour encourager le patient à s'engager dans cette prise en charge. Certaines séparations peuvent être brutale et source de souffrance, d'où la tentation de durer sans fin. De plus, ressentir que l'on est si important tout au long d'une vie d'un patient peut combler les failles narcissiques ou nourrir un sentiment de toute puissance d'un thérapeute fragile.
Enfin, la question de savoir qui doit annoncer la fin de la thérapie n'est pas simple. Est ce qu'elle soit se dire, se ressentir ou être une évidence driver par le thérapeute?

Sur ce sujet, je vous encourage à lire l'excellent article de mon collègue van rillaer sur ce sujet : http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article2905

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commentaires

J
La solution n'est-elle pas de donner les moyens au patient de devenir son propre analyste ?
Pour lui, le thérapeute est le seul capable d'interprétations (sans se tromper, pense-t-il). Il lui donne de l'importance car sinon, pourquoi le consulter ? Il lui est donc difficile de s'en libérer, d'une part, parce que ce serait un aveu de vanité lorsque la décision vient de lui et d'autre part, si c'est le thérapeute qui en prend l'initiative, il aura l'impression d'être reconduit car il n'est pas à la hauteur du travail que représente l'analyse.
Nous voyons donc que la seule issue qui soit satisfaisante consiste en ce que le patient se transforme en psychothérapeute (pour lui-même). Il s'agit donc de lui communiquer les moyens de le devenir.
Je pense d'ailleurs que ce doit être l'objectif de la psychothérapie.
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