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5 octobre 2021 2 05 /10 /octobre /2021 22:07

Chaque épode voit apparaitre des diables contre lesquels certains citoyens rentrent en croisade. Aujourd’hui c’est le vaccin contre le coronavirus, l’industrie pharmaceutique, le politique. Hier, cela a été l’arrivée du chemin de fer, la ceinture de sécurité, le rock’n roll, etc. Demain, cela sera probablement d’autres sujets, et on aura oublié ceux d’autre fois. Je vous propose dans cet article de faire un pas de côté pour poser une hypothèse neuronale à ce phénomène.

Les êtres humains sont des homos sapiens. C’est-à-dire des êtres qui pensent, voire qui pensent qu’ils pensent ! Penser est couteux énergétiquement pour le cerveau car cela ouvre de nombreuses questions dont on n’a pas de réponse et qui fait tourner la machine cérébrale à plein régime : qu’y a-t-il après la mort ? Quel est le sens de la vie ? Ou plus basiquement : est ce beau ? Est-ce bien ? Est-ce sécurisant ? etc. Oh la la ! Trop de questions qui peuvent donner le tournis ! Heureux les simple d'esprit!

Notre physiologie aime l’économie énergétique pour maintenir son équilibre physiologique (homéostasie). Aussi, croire, est une prédisposition qu’à notre cerveau pour simplifier ce questionnement sans fin, couteux énergétiquement. La vie devient plus simple car il suffit de croire en l’histoire que l’on se raconte pour vivre et n’avoir peur uniquement des diables boucs émissaires qu’elle génère, ce qui évite de se poser trop de questions, et permet à notre cerveau de ronronner tranquillement.

C’est probablement à cette fonction que sert la religion. Elle organise notre pensée autour d’histoires partagées par un groupe social et organise notre façon de vivre. Il n’y a plus de questions à se poser, de doute. La religion nous dit la vérité. Avec elle, on sait où est le mal et où est le bien, mais aussi la voie à prendre, comment vivre. Tout est écrit dans des livres mode d’emploi.
Malheureusement, comme l’a dit le philosophe Bernard Stiegler, l’avènements de la société industrielle et d’un monde scientifique a fait reculer la religion, après la deuxième guerre mondiale, et nous a plongé dans une misère symbolique, faute d’avoir pu faire naitre une spiritualité laïque.

Toujours Bernard Stiegler, il explique que le vide laissé a été pris en main par la société de consommation qui nous invente de jolies histoires pour nous faire consommer : "cela serait tellement bien d'avoir cet objet, ce vêtement, etc...". Cependant, ces histoires ne durent pas très longtemps et la société de consommation est source de dangers et de peurs qui amènent certains à croire en de nouvelles histoires (complotistes) et à s’inventer de nouveaux diables à combattre. Ensuite, les réseaux sociaux a permis à toutes ces personnes de discuter sans fin et sans pause sur la découverte de nouveaux diables. Auparavant, ils discutaient à quelques-uns au bistrot. A la fermeture, ils étaient mis dehors et tout s’arrêtait. Aujourd’hui, on se retrouve vite en perfusion continue de brèves de comptoir…

Ces diables apparaissent plus facilement chez des personnalités paranoïaques, chez des personnes ignorantes qui ne trouvent pas les outils de compréhension nécessaire à une situation, en outre le monde est de plus en plus complexe et difficile à appréhender et le doute cartésien n'est plus à la mode, mais aussi chez des personnes qui sont débordés, à un moment de leur vie, par des vagues émotionnelles et des situations insécurisantes. Le mécanisme du rationalisme morbide vient trouver explication à ce qui est difficile de nommer. C’est probablement ainsi qu’après la première vague épidémique du COVID où la plupart d’entre nous, nous nous sommes concentrés sur l’urgence et la façon de survivre face à un danger que l’on avait du mal à se représenter. Ensuite, c’est une fois que l’urgence était moins intense et que des pistes de sortie étaient possible, avec les gestes barrières et le vaccin, qu’à émerger un déplacement de la peur vers de nouveaux diables comme les vaccins. Pasteur doit se retourner dans sa tombe !

Notre époque ne sait plus nous raconter des histoires qui nous donnent envie de vivre et qui nous projettent dans un futur attractif. Notre société de communication crée des doutes et joue avec notre imaginaire. Il est de plus en plus difficile de trouver du sens à notre évolution et nous ne voyons plus que les effets nocifs de l’être humain, ce qui est source de désespoir et de désinvestissement pour certains et d’une éco anxiété pour d’autres. Le risque est que la détresse existentielle, le vertige de la vie et des projections possible amènent certains à se crisper sur les histoires et les croyances qui maintiennent leur mental en mode économiqueet les protègent momentanément de l'angoisse. Cet évitement expérientiel, selon l'approche act, génère des rigidification et un risque de dogmatisme avec la génèse de croyance sectaire qui entrave le dialogue et la discussion sur certaines questions de société. Le vivre ensemble devient alors compliqué.

C’est dans ce cadre que la perte de confiance dans les hommes politiques s’exerce. Ils ne répondent ni à nos besoins d’aujourd’hui ni ne sont porteurs de perspectives. Ne dit ont pas que si on veut faire construire un bateau à des ouvriers, il faut leur raconter les voyages que l’on peut faire avec ? Faute de projet collectif porteur de sens, nous guerroyons sans cesse à côté de soi-disant chevaliers du mal contre les ombres de notre époque, parfois jusqu'à l'épuisement.

Cela va être l’enjeu des prochaines élections présidentielles de trouver le héros qui nous donnera envie d’avancer dans le futur pour pas que le prochain président se transforme en un nouveau petit diable !

https://www.cairn.info/revue-cahiers-de-psychologie-clinique-2005-2-page-87.htm

Walraven Erna : Qui est le chef? Ed Delachaux

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