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17 septembre 2021 5 17 /09 /septembre /2021 07:57

Créer, c’est pouvoir inventer et innover. C’est s’autoriser à s’aventurer dans des chemins inconnus

La créativité en neuroscience est définie comme la capacité de produire quelque chose de nouveau et adapté à un contexte. Pour les Grecs, la créativité désignait le fait « d’apporter de la nouvelle vie dans la vie ». D’un point de vue cognitif, elle est également définie comme étant la possibilité de développer des solutions alternatives à une question simple ; la pensée divergente. Il ne s’agit pas de créer par hasard mais d’être engagé dans une intention créative adaptée à une situation, de faire flamber une idée pour en jouer, en passant par sa part d’enfant pour ne pas être raisonnable. 

Pourquoi créer ?

Tout simplement parce c’est une expérience, parce que c’est parfois nécessaire, parce que c’est enrichissant, parce que cela nous permet d’évoluer et de nous adapter, parce que c’est ludique.

La créativité surfe sur notre curiosité, sur notre capacité à explorer et à nous étonner.

La créativité prend aussi ses racines dans l’impermanence. En effet, l’impermanence fait que tout change en permanence et que nous avons la nécessité à chaque instant de nous ajuster.

On dit que l’on ne se baigne jamais deux fois dans la même eau car l’eau n’est jamais deux fois la même et que nous ne sommes jamais deux fois la même personne. Chaque instant est un instant nouveau et peut-être une création éphémère, ce qui fait la beauté de chaque moment et ce qui produit éventuellement de la joie.

Pour créer, comme pour se baigner, cela demande de s’engager et de prendre des risques. En nous trompant, nous trouvons autre chose. L’erreur est une chance car elle permet l’innovation. C’est sur ce principe que s’appuie le design thinking, cette nouvelle façon de travailler et de manager. Au cours de celui-ci, on se préoccupe plus du chemin que du résultat. On loue l’erreur qui nous apprend tellement de choses. Il s’agit de travailler dans une intention que l’on suit avec bonne volonté tout en se laissant surprendre par ce qu’elle fait apparaitre. On essaie, on fait des prototypes qui génèrent d’autres prototypes, ainsi de suite.

Un jour les ingénieurs de 3 M ont voulu inventer une super colle. Ils ont trouvé une « colle de merde ». Ils n’ont pas jugé cela comme un échec en s’autoflagellant. Ils ont rebondi sur cette opportunité pour inventer les post-it. C’est sur ce même principe que Marie Curie a exploré la radioactivité à partir de plaque qu’elle a laissé trainer dans un tiroir et qu’elle a retrouvé avec des traces étranges. C’est ainsi que Christophe Collomb a découvert l’Amérique en pensant aller en Indes. La créativité nécessite de s’ouvrir à l’expérience et de permettre des associations et des recombinaisons intérieures pour pouvoir changer de perspectives par rapport à ce que l’on avait imaginé.

La créativité de nourrit de la capacité à faire un pas de côté et à changer de perspective. C’est ce que nous travaillons en thérapie ACT à travers le principe du désespoir créatif. Quand nous sommes désespérés que nos actions aboutissent aux mêmes pbs et aux mêmes conséquences néfastes, on finit par tenter de faire quelque chose de différents, plus en contact avec ce qui compte pour soi, pour gagner en cohérence et sortir d’une répétition toxique.

Graham Wallas avait décrit, en 1926, 4 étapes de la créativité

1. Préparation, nous définissons le problème, besoin, ou désir et rassemblons des informations de façon consciente ou pas pour nous aider à trouver une solution acceptable.
2. Incubation, nous prenons du recul par rapport au problème et laissons notre esprit travailler sur celui-ci. On laisse “reposer”.
3. Illumination, des idées viennent à notre esprit et forment les bases d’une réponse créative. Ces idées peuvent être tout ou partie de la solution recherchée. Cette phase est souvent très brève.
4. Vérification, cette dernière phase apporte une réflexion qui démontre que la phase d’illumination répond ou pas aux critères définis dans la phase de préparation.

Abordons maintenant les bases neuronales de la créativité

Il n’y a pas UNE région de la créativité. Les données les plus récentes indiquent que la créativité dépend de la connectivité entre plusieurs régions du cerveau et repose sur l’interaction entre plusieurs réseaux cérébraux. Deux réseaux principaux sont mis en avant. Le premier, le réseau du contrôle exécutif, est habituellement impliqué dans les processus de contrôle cognitif, ceux qui nous permettent d’exercer un contrôle sur nos pensées, nos actes, nos comportements en adéquation avec nos objectifs… Le second est appelé en général le « réseau par défaut », et serait impliqué dans la cognition spontanée, comme par exemple lorsque l’on fait des associations d’idées, que l’on vagabonde mentalement. Il s’exprime quand nous faisons trois stations de métro sans nous en rendre compte. Nous ne sommes pas endormis mais pas complètement présent et le cerveau travaille à notre insu. Nous pensons que ce réseau joue un rôle dans la génération spontanée d’idées, par association, alors que le réseau de contrôle exécutif permet de contraindre sa recherche d’idée, les manipuler mentalement, inhiber celles qui ne sont pas intéressantes et sélectionner celles qui le sont.

Le travail de créativité se nourrit de la capacité qu’à notre mental à vagabonder pour faire des associations inédites.

La créativité dépend à la fois de processus d’association d’idées spontanées et de la capacité d’exercer un contrôle sur cette générations spontanées de pensées, de façon à proposer des idées plus originales et plus adaptées. Un troisième réseau, le réseau « de saillance », a également été mis en évidence, et pourrait jouer un rôle d’aiguillage du traitement des informations par les deux réseaux précédents.

Notre cerveau génère spontanément des idées candidates et notre cerveau va faire le tri parmi celles-ci. Certaines personnes préfèrent des idées originales d’autres des idées adaptées au contexte. Le réseau neuronal de récompense pourrait influer sur notre créativité.

Un facteur majeur pour la créativité sont nos émotions. Le rôle des émotions n’est pas encore bien compris. Des émotions comme la joie semblent favoriser la créativité. L’émotion positive pourrait stimuler la recherche d’idées, mais permettrait aussi d’élargir ses associations sémantiques, d’être moins focalisé dans ses pensées et d’élargir le champ des associations possibles et donc de connecter des choses plus distantes. Le rôle des émotions négatives, comme la tristesse, est moins univoque. L’anxiété et le stress semblent être néfastes pour la créativité.

Notre intelligence émotionnelle est le support de cette fameuse intuition. Celle-ci a particulièrement été bien expliqué le fameux neurologue Antonio Damasio dans son célèbre livre « L’erreur de Descartes ou la raison des émotions ». Dans ce livre, il explique que notre intelligence émotionnelle est beaucoup plus rapide et efficace que notre intelligence cognitive. Elle se nourrit de l’écoute du corps à travers les informations que nous propose des marqueurs somatiques. Ces marqueurs somatiques sont comme une boussole. Ils nous informent et nous indiquent la direction à prendre. Damasio l’a particulièrement bien montré à travers son expérience du poker.

Dans cette expérience, il donne à un sujet une somme d’argent. Devant lui, il y a quatre paquets de cartes. Certaines cartes permettent de gagner de l’argent, d’autres en font perdre. Il y a deux paquets de cartes avec plus de cartes gagnantes et deux paquets de cartes avec plus de cartes perdantes.

 Le sujet pioche des cartes sur le paquet de son choix. Au bout d’un certain temps, il observe très vite qu’il est préférable de piocher dans les paquets de cartes où il y a plus de cartes gagnantes. On lui pose un capteur de transpiration sur le bras. Cette transpiration reflète son niveau émotionnel. Avant même que sa tête sait quelles sont les paquets de cartes avec plus de cartes gagnantes, l’individu se met à plus transpirer quand ses mains vont sur les paquets avec plus de cartes perdantes. Cela veut dire que notre corps sait avant notre tête. La pleine conscience permet d’entendre les murmurent de notre corps. C’est en cela que les gens que l’on dit « hypersensible » ont en fait un superpouvoir qu’ils ont à apprendre à apprivoiser. Ce travail souterrain de notre corps à travers notre intelligence est la phase d’incubation qui permet la saillance d’une idée à travers le fameux Eureka !

La créativité se nourrit de notre capacité à écouter notre corps et à faire des choses « quand l’idée nous en prends », comme le dit Steve Mac Queen dans les 7 mercenaires, même si cela nous parait initialement un peu dingue. La créativité demande une capacité d’oser et de se libérer de notre prison mentale qui nous entrave à travers des « il faut » et des « Je dois », ou bien une vision normative qui nous empêche de faire un pas de côté pour observer une situation différemment et peut-être éclairer des aspects que l’on n’avait pas vu initialement.

 

Enfin, la motivation joue un rôle crucial dans la créativité et est au cœur de certains modèles théoriques, en interaction avec les capacités cognitives et l’expertise d’un individu dans un domaine donné. Renforcer la motivation serait donc un levier majeur de créativité.

D’un point de vue psychiatrique la créativité est très liée à la bipolarité. Il y a sur représentation de ce trouble chez les artistes et les créateurs comme Maurice Schuman. Elle peut être influencée par la prise de drogues. De nombreuses expériences ont été faites avec le LSD. Cependant la bipolarité comme la prise de drogue n’est pas sans risque ni sans souffrance. D’un point de vue évolutionniste, peut-être que la bipolarité permet à certains hommes d’avoir la folie de faire ce pas de côté nécessaire pour évoluer. Roosevelt disait de Churchill que celui-ci, dans ses phases maniaques, débordaient d’idées improbables mais en avait au moins une suffisamment géniale permettant d’avancer dans cette terrible guerre.

La créativité dépend de systèmes neurologiques pouvant être stimulés par des drogues ou des pathologies psychiatriques comme certaines maladies peuvent l’altérée, comme cela a été le cas pour Maurice Ravel, après son accident de voiture. La créativité est le produit d’une prédisposition individuelle influencée par un contexte, un environnement et une histoire.

Innover nous demande de sortir de notre zone de confort. C’est une prise de risque.

La prise de risque nous confronte à la peur. La peur est une émotion qui nous informe que notre besoin de sécurité n’est pas comblé et nous donne l’énergie pour le satisfaire. Cette énergie peut nous aider à avancer et à traverser la peur avec plus d’élan et de vigilance comme elle peut nous bloquer en répondant à la théorie des 3 F

F comme flight : on fuit

F comme Fight : on lutte

F comme Freeze : on est bloqué sur place

Revenons à la baignade. La vie est comme la mer. Les vagues sont comme les événements de vie ou les émotions. On ne sait pas celles qui vont nous arriver. Si on lutte contre les vagues, on risque de boire la tasse. Si on veut comprendre pourquoi il y a des vagues, on peut faire des thèses jusqu’à la fin de sa vie.

Vivre consiste à choisir quelle vague nous voulons prendre pour la surfer tout en nous rapprochant de ce qui compte pour nous. Si on n’est pas dans l’instant présent, on tombe de sa planche et si on ne s’engage pas dans l’eau, on finit comme Brice de Nice. Les clowns sont des surfer free style, jouant de tout, en création permanente, sans se poser la question du quand dira-ton.

La pratique de la pleine conscience permet d’apprendre à traverser sa peur et d’observer une chose ou une situation sous plusieurs angles avec la naïveté de l’innocent sans être pollué par des attentes, des croyances ou des règles.

C’est en cela que le médecin est aussi à sa manière un artiste car chaque patient est différent du précédent et souvent différent de ce qu’il a appris dans les livres. Il a besoin d’agilité et de flexibilité pour ajuster son observation de la situation, prendre de la hauteur ou parfois changer de perspectives pour comprendre ce qui se passe et la façon d’aborder et de traiter le problème que lui apporte le patient. C’est notamment en cela que la pratique de la pleine conscience est utile au soignant pour avoir la créativité nécessaire afin de produire un soin personnel à chacun et non un soin industriel que lui offrirai un employé de santé. Cela demande prendre le temps d’observer afin de ne pas trop se précipiter dans le faire. Cela demande de soigner tout en observant et en ayant une position méta. Cela demande de cultiver aussi ce que l’on appelle l’à-propos. L’à-propos est ce terme usité en escrime mais aussi en clown qui décrit ce geste, cette proposition spontanée, qui va fonctionner sans véritablement avoir à y penser.

 

C’est à cela que nous allons nous entrainer en nous inscrivant dans l’instant du moment à travers la méditation.

https://institutducerveau-icm.org/fr/creativite-neuroscience/

https://www.cairn.info/revue-psn-2014-2-page-77.htm

https://www.scienceshumaines.com/les-quatre-sources-de-la-creativite_fr_31816.html

Seznec JC et Ouvrier-Buffet E.: Pratiquer l'ACT par le clown. Ed Dunod

 

 

 

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