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25 novembre 2020 3 25 /11 /novembre /2020 07:52

Le XXIème siècle apparait comme un siècle critique pour la nature (les humains étant un élément de cette nature). Il la confronte à de nombreux risques : extinctions massives des espèces, réchauffement de la planète, mise en danger de l’espèce humaine, altération des écosystèmes, etc. Cette situation est due à une explosion de l’impact de l’homme sur son environnement.

En effet, jusqu’au XVIIIème siècle, la très large majorité de l’humanité avait une vie rurale (97% de la population mondiale). Cette vie n’était pas si loin de celle des hommes du néolithique. La principale activité de l’homme y était de survivre. La mortalité infantile était extrêmement importante et l’espérance moyenne de vie de 30 ans. A l'époque, on mourrait essentiellement de maladies infectieuses.

Le XIXème siècle a vu l’essor de l’urbanisation et de l’industrialisation.  En 1815, nous étions un million sur terre. Nous sommes désormais 7 millions. Alors que cette période allant du XVIIIème siècle au XXème siècle a durée moins de 1/1OOOème de l’histoire des homo-sapiens, le contexte de vie des humains a radicalement changé. De la survie, au milieu de tous, nous sommes passés à des comportements narcissiques et hégémoniques, au centre du monde : pouvoir, dominer, profiter, etc., sans mesurer, conscientiser et considérer suffisamment les conséquences de nos comportements pour les autres espèces vivantes de la planète et les répercussions à moyen terme de nos actions sur l’environnement. Nous avons construit des mégapoles, nous traversons le monde de long en large, nous surexploitons la terre et ses ressources tout en produisant de plus en plus de déchets. Nous avons même créé un VIème continent fait de plastique au milieu de l’océan.

Cette évolution a permis de nombreux progrès scientifiques et technologiques et a permis de doubler l’espérance des hommes de vie au XXème siècle. Désormais, on meurt de cancers, de problèmes métaboliques à la place des maladies infectieuses d’autrefois. L’obésité et la dépression sont en voie de devenir les principales maladies de notre présent. Cependant la nature et les hommes ne s’accommodent pas de transitions brutales. Le XXème siècle risque d’être le siècle où nous allons payer le cout de cette évolution brutale. La crise de COVID est un exemple car il a circulé aussi vite que les humains à travers le monde. Il est à l’origine d’une pandémie mondiale qui grippe les rouages de notre société

La nécessité du changement

Cette évolution des modes de vie des humains n’est plus fonctionnelle aujourd’hui. Les risques immédiats dépassent les bénéfices à court terme. Il est nécessaire d’engendrer un recentrage de notre façon de vivre au sein de la nature. L’homme a la nécessité d’initier un changement pour se réajuster au contexte d’aujourd’hui. Changer et évoluer nécessite un engagement qui doit être source de sens pour tous pour avoir lieu.

Deux façons d'appréhender le changement :

1 – Une attitude de survie et dans la réaction : Nous attendons d'être au bord du gouffre pour nous y mettre et vous subirons la réalité Dans ce cas, nos ressources cognitives disponibles seront limitées et amoindries par le feu émotionnel négatif ambiant (peur de l'échec, appréhension, stress cumulatif, ruminations, projections anxieuses...).

2 – Une attitude adaptative : Nous prenons nous-même les devants en initiant / promouvant le changement. Nous reprenons le contrôle de nos comportements pour être acteur et moteur du changement. Nos ressources cognitives seront décuplées par une bordée d'émotions positives (excitation, créativité, motivation intrinsèque, intelligence collective...). Changer deviendra alors un jeu et un défi permanent.

Il n'y a pas de baguette magique pour passer d'un mode mental à l'autre et encore moins des recettes de cuisine managériale et politique toutes faites. Seulement du travail sur soi patient et déterminé qui doit se faire au rythme de chacun. Ce travail englobe aussi bien des aspects professionnels que privés, tout est lié ! Comment par exemple s'inscrire dans une dynamique de "changement apprenant". Seule une approche globale et un travail de fond permettront à notre cerveau de donner le meilleur de lui-même... et ainsi de vous surprendre !

L’enjeu des transitions

La vie est faite de « ruptures », de « passages » qui ponctue l’histoire des humains comme des populations. A leur origine, il est possible de trouver des événements déclencheurs, comme celui de la crise du covid aujourd’hui. Ces stimuli déclenchent des comportements d’adaptations, selon le modèle Darwinien, et une pression évolutionniste. Ils engendrent des comportements individuels et collectifs, des prises de décisions, des stratégies qui rentrent en écho avec le référentiel individuel comme collectif. Les normes sociales contextuelles vont être soit des freins, soit des accélérateurs à l’adaptation. Celles-ci dépendent de la culture au changement de l’écosystème. Dans le contexte actuel, du fait de l’amélioration majeure des conditions de vie et d’un long espace de paix, les guerres ayant lieu ailleurs, la société occidentale a renforcé la culture du plaisir et du profit. Cette culture de l’instant est un frein à l’engagement à du moyen terme.

Les modifications des générations (babyboomers (1945-64), Génération X (1965-79), Génération Y (1980-94), etc.) influencent la prise de décision. La difficulté est que l’allongement de la durée de vie fait que les jeunes d’aujourd’hui sont gouvernés par une génération précédente, ce qui peut être un autre frein à l’évolution tout comme une source de modulation.

La motivation intrinsèque et extrinsèque sont des leviers aux changements. Du fait de la durée des enjeux écologiques, la motivation au changement doit basculer d’un plaisir et d’une satisfaction immédiate au plaisir d’être au contact de ce qui compte pour soi. Pour cela, il est nécessaire que l’événement de vie déclencheur soit perçu comme un évènement de vie personnel qui incite au mouvement. La société du spectacle dans laquelle nous vivons engendre une déréalisation qui est aussi un frein à l’adaptation. Les multiples discussions sur l’intérêt des masques et de la vaccination en sont de bons exemples alors que l’hygiénisme développé par Pasteur a permis des avancées sanitaires majeurs pour l’humanité.

La recherche de nouveaux équilibres collectifs est d’autant plus délicate qu’elle passe par le remaniement du modèle de vie de chacun : remise en cause profonde des valeurs personnelles et du projet de vie associé. Elle demande un renoncement et une acceptation afin de pouvoir s’engager.

Plus la société est structurée et plus elle permet une justice sociale, plus l’individu peut adhérer à un nouveau projet et s’engager dans une transition. Les valeurs collectives doivent être lisibles, solides et sécurisantes pour que l’individu puisse construire un compromis entre ses besoins et ses sources de satisfaction avec les enjeux collectifs. C’est en cela que la restauration et le renforcement du politique est primordiale pour amener toute une population à un changement. Le politique est celui qui donne du sens. Or, comme l’évoque le philosophe Bernard Stiegler, nous vivons depuis la deuxième guerre mondiale une misère du symbolisme. Toujours, selon cet auteur, le vide occasionnée a été investi par la société marchande.

L’intégration de la diversité des personnes composant une population est un enjeu important pour construire un nouveau collectif. Elle demande une considération des préoccupations de chacun ainsi qu’une reconnaissance. Pour cela, il est nécessaire de faire un travail de relevé des préoccupations de chacun, de la place et de l’identité des uns et des autres dans ce nouvel ensemble. Elle demande aussi un renforcement constant selon le modèle de l’apprentissage opérant.

Enfin la transition doit d’être considérée comme faisant partie de la vie et être en soi une période de vie qui vaut le coup d’être vécu. La culture de l’objectif est source d’une expérience intérieure négative. En effet, tant que l’on n’a pas atteint son objectif, on ressent de l’insatisfaction. Une fois qu’on l’a atteint, on se dit et après… La culture de l’objectif et de l’attente enflamme le désir et fait le lit à l’addiction, en l’occurrence en une culture de la consommation. Pour fonctionner, une transition de vie doit s’inscrire dans un projet et une politique de vie qui ne fait que décliner de façon contextuelle ce qui compte pour l’individu comme pour le collectif.


 

Il est désormais tant de passer à l’ACT

L’ACT, Acceptance and Comittment Therapy, est une thérapie comportementale et cognitive de troisième vague. Elle met le focus sur l’ici et le maintenant connectant les comportements du présent à des valeurs de vie pour les incarner à chaque instant. Elle porte son attention sur les obstacles intérieurs (pensées, émotions, sensations physiques) pour les accepter afin que trouver une solution à ceux-ci ne détourne pas l’individu de ce qui compte pour lui. Par exemple, manger du sucre apaise mais, à moyen terme, par la répétition de cette solution, il confronte l’individu à problèmes de santé (diabète, obésité, troubles cardio-vasculaires, etc.). Voyager en avion et visiter le monde en long et en large est confortable et plaisant immédiatement. Par contre, il a un impact sur la planète et sur notre environnement et la vie de nos enfants. 

Hexaflex : modèle théorique de l’ACT

Dans l’approche ACT, on essaie d’avoir des comportements qui fonctionnent selon les contextes. En ce sens, il ne s’agit pas d’établir des nouvelles règles. En effet, le contexte de chacun est différent et les règles sont désincarnées de l’individu, au contraire des valeurs. Le but de l’act est de développer une flexibilité globale :

  • Flexibilité attentionnelle : La capacité à être conscient et présent à l’ensemble des événements psychologiques du moment avec une attitude ouverte et curieuse (observation accueillante).
  • Flexibilité comportementale : la capacité à engager des actions dans l’ici et le maintenant guidées par ses valeurs fondamentales, ses besoins avec le contexte présent.

Apprendre et développer cette flexibilité afin de s’ajuster avec cohérence avec son présent est possible en ne se fourvoyant pas dans l’évitement expérientiel. L’évitement expérientiel est un comportement pour tenter de ne pas être au contact avec ses pensées, ses émotions, ses sensations physiques ou tout autre expérience intérieure désagréable, même lorsque répéter cette tentative entraine des problèmes à long terme. En fait, dans l’approche ACT, on dit que ce ne sont pas nos pensées, nos sensations et nos émotions qui posent problèmes mais plutôt notre façon de réagir à elles, ainsi que les multiples moyens qui sont utilisés pour les éviter, comme le plaisir afin d’avoir l’illusion d’être mais qui nous entraine dans une addiction à la consommation dont profite le modèle capitalistique actuel. Le modèle capitalistique est dysfonctionnel dans ce modèle car il fonctionne sur la recherche d’un bénéfice immédiat au prix de conséquences délétères à moyen terme non considérées, comme la crise écologique actuel. Il engendre un déséquilibre entre le présent et le futur, en proposant des solutions égoïques et narcissiques aux populations.

Les compétences à développer dans les populations sont :

  • La capacité à observer en temps réel ses expériences depuis une perspective neutre et acceptante
  • Une capacité à reconnaitre en temps réel les liens fonctionnels en les différents stimuli publics et privés, selon le modèle comportementaliste A-B-C.
  • La capacité à diriger avec flexibilité son attention vers ses valeurs et ses besoins importants et précieux (agir avec cohérence).
  • La capacité à engager des actions importantes et d’en assumer les conséquences. Chaque action engendre des risques et des couts à court et moyen terme.

Il existe différentes formes d’apprentissage de nouveaux comportements pour changer sa façon d’être. Les formes d’apprentissages comportementalistes se font classiquement par l’expérience (Répondant par l’association du comportement à des stimuli, Opérant en prenant en compte les conséquences de nos comportements et Vicariant par imitation). Elles sont inopérantes dans le contexte d’un changement écologique car les réponses sont trop distantes du comportement initial pour être significative au niveau individuel. Dans ce contexte, l’apprentissage ne peut qu’être collectif et ne peux s’appliquer dans le contexte individualiste et libérale de la société occidentale. L’ACT s’appuie sur un apprentissage relationnel par le biais du langage. Il s’appuie sur la théorie des cadres relationnels où l’on utilise le langage comme levier au changement. Cet apprentissage est à faire à tous les âges et dans toutes les activités humaines :

  • Observer et considérer
  • Choisir
  • S’engager dans une action cohérente avec soi
  • Observer comment fonctionne ce choix
  • Choisir à nouveau
  • Etc.

L’ACT, c’est la capacité de reconnaitre ce qui peut marcher dans une situation donnée au regard de ce qui compte et d’adopter des comportements adéquates pour soi et les autres. C’est une compétence à utiliser à chaque instant de sa vie

Cet aïkido verbal est notamment à pratiquer tout au long de la scolarité pour développer de nouvelles compétences. En étant dans l’action et non dans la réaction, en sachant observer ce qui se passe en lui et autour de lui et en regardant le coté fonctionnel de son action, l’enfant pourra gagner en cohérence et pourra s’engager dans un comportement qui prendra soin de lui comme de sa planète et qui sera beaucoup plus fonctionnel, tout en s’appuyant sur son sens moral inné. Le passage à l’ACT sera

  • Penser ce que l'on va (se) dire,
  • (se) Dire ce que l'on va faire,
  • Faire ce que l'on a pensé.

La boucle est bouclée. Elle va se poursuivre sans fin pour continuer à évoluer.

 

ACT et engagement écologique

La société de consommation et la dérive narcissique des populations font que nous renforçons les comportements à court terme. Or les actions pour l’écologie ont souvent des impacts à moyen ou long terme qui ne fonctionnent pas comme des renforçateurs. L’approche en termes de valeurs peut constituer un nudge qui gouverne le choix de nos comportements au-delà des résultats immédiats. Le simple fait de savoir observer si ce comportement nous rapproche ou nous éloigne de ce qui est précieux pour nous redirige nos comportements dans la direction de notre boussole de vie.
Faire cela demande de développer des compétences d’observation, de choix et de pouvoir définir ce qui est important pour nous.

  • Développer un apprentissage expérientiel et non un apprentissage cognitif qui risque de créer des règles et des restrictions cognitives. Les interdits empêchent difficilement les comportements prohibés, voire les stimule.
  • Une fois que l’on nomme quelque chose, il est difficile de ne plus le voir et de ne plus se positionner par rapport à ce que l’on observer. C’est l’effet nudge de l’ACT.

Faire évoluer le contexte pour donner l’opportunité aux populations d’avoir le choix de comportements écologiques. Le piège serait de créer un système kafkaïen avec des doubles contraintes. C’est-à-dire demander des actions écologiques tout en rendant impossible ceux-ci dans le quotidien ou en demandant un effort surdimensionné à l’usage courant.

Par exemple : dans une ville de Bretagne, les poubelles vertes, marrons et jaunes ne sont pas situés sur le même lieu géographique. Pour les personnes de passages, il est très difficile de faire le tri des ordures car cela demande de faire le tour de la ville. Dans cette même ville balnéaire, les poubelles jaunes et marrons sont relevées tous les 15 jours, il est aussi difficile de sortir ses poubelles lorsque l’on a une maison secondaire. Il intéressant d’observer que ces contraintes organisationnelles de ramassage des ordures ne répondent pas au contexte de touristes dans cette ville balnéaire. Ees organisent une impossibilité qui entrave l’adhésion à des valeurs écologiques au risque de les discréditer.

 

 

Comment faire évoluer nos comportements pour mieux prendre soin de la nature, de notre planète et de notre écosystème ?

Il est difficile de changer un comportement appris. Tout changement risque de créer une résistance, voir une lutte avec un retour à plus ou moins court terme à l’état initial. Il est plus fonctionnel d’apprendre de nouveaux comportements selon le modèle skinérien en générant des apprentissages opérants.

Ces apprentissages nécessitent qu’ils interviennent à chaque étape de la vie. Si, toute la vie, nous pouvons apprendre, la période la plus favorable à l’apprentissage est l’enfance. Aussi, cette période devrait être ciblée par les politiques pour faire évoluer nos comportements en écologie.

L’école propose avant tout un apprentissage cognitif et oublie le développement de notre intelligence émotionnelle. La logique est sélective en entretenant le désir de prendre l’ascenseur républicain social afin d’atteindre la caste des élus en haute de la pyramide. Ce système d’apprentissage crée une pression à la performance et au résultat. Il écarte de ce fait l’apprentissage de compétences collaboratives. L’idée n’est pas de le supprimer l’avancement au mérite mais de de faire de la place pour d’autres expériences sociales améliorer le vivre ensemble en harmonie avec la nature.

Queles seraient les nouvelles directions de l’apprentissage scolaire ?

  • Sortir d’un apprentissage égocentré
  • Développer la conscience de l’expérience et du collectif
  • Apprendre à œuvrer pour le groupe sans systématiquement chercher une récompense (avoir une bonne note, être le meilleur, être sélectionné, etc.) au risque de renforcer les réseaux neuronaux de la récompense.

Aujourd’hui le système d’apprentissage, couplé à la société de consommation, favorise le narcissisme et l’égocentrisme. Ce mécanisme engendre un déni de l’autre, de l’environnement et une inconscience de la conséquence de nos comportements sur les équilibres nous entourant.

  • Penser le développement des enfants pas uniquement sur un principe de récompense pour les motiver mais aussi par la perception et l’observation de l’expérience permettant l’apprentissage et le développement de soi.
  • Valider des étapes de la vie scolaire par l’observation et non pas uniquement par un système de notation individualiste et égocentrique.

L’éducation ne doit plus être désormais le seul champ de l’apprentissage de connaissance intellectuelle. L’école a à devenir le lieu d’apprentissages expérientielles pour développer des compétences sur la façon d’être en équilibre avec son environnement intérieur et son environnement extérieur.

 

Conclusion

Amener la population mondiale dans une transition écologique demande un changement de perspective. Elle ne peut s’appuyer sur l’instauration de nouvelles règles. Aucun changement opérant et durable ne se fait avec des « il faut » et des « je dois ». Les changements significatifs s’appuient sur des « je choisis » et des « je décide ». L’enjeu est d’apprendre à chacun, dès le plus jeune âge et à chaque étape de sa vie à être conscient de soi et de son environnement et à être acteur de sa vie. C’est-à-dire à être, comme l’a fait Nelson Mandela, en s’appuyant sur le poème Invictus, en étant le capitaine de son âme pour être maitre de son destin. La crise du COVID est celle d’une pandémie qui réveille les failles de notre société (mondialisation) et nous amène à repenser notre façon de penser et de vivre. Comme toute crise, elle est source d’opportunités, d’évolutions et d’adaptations. A chacun de choisir, la façon de le faire. Elle demande un engagement individuel au niveau de son environnement proche et politique pour donner un sens et une motivation collective.

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