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1 septembre 2020 2 01 /09 /septembre /2020 14:15

Nous observons une évolution du vieillissement et de notre regard sur la vie grâce aux opportunités que nous offrent l'amélioration de notre santé au cours de ce dernier siècle.

Le XXième siècle a été l’objet d’une révolution de l’espérance de vie puisque celui-ci a quasiment doublé au cours de ce siècle[1].  En effet, Au milieu du XVIIIe siècle, la moitié des enfants mouraient avant l’âge de 10 ans et l’espérance de vie ne dépassait pas 25 ans. Elle atteint 30 ans à la fin du siècle, puis fait un bond à 37 ans en 1810 en partie grâce à la vaccination contre la variole. La hausse se poursuit à un rythme lent pendant le XIXe siècle, pour atteindre 45 ans en 1900. Pendant les guerres napoléoniennes et la guerre de 1870, l’espérance de vie décline brutalement et repasse sous les 30 ans.

Au cours du XXe siècle, les progrès sont plus rapides, à l’exception des deux guerres mondiales. Les décès d’enfants deviennent de plus en plus rares : 15% des enfants nés en 1900 meurent avant un an, 5 % de ceux nés en 1950 et 0,4 % (3,5 pour mille exactement) de ceux nés en 2015. La hausse de l’espérance de vie se poursuit grâce aux progrès dans la lutte contre les maladies cardio-vasculaires et les cancers. En 2017, l’espérance de vie en France atteint 79,5 ans pour les hommes et 85,4 ans pour les femmes).

 

Cet allongement de la vie à modifier considérablement le paradigme de la vie. En effet, avant le XXième siècle, l’enjeu était surtout de survivre et de se reproduire afin que le patrimoine de chacun survive à sa disparition. L’allongement de la vie ouvre de nouveaux espaces que la société du loisir et de la consommation va s’approprier. Le philosophe Bernard Stiegler[2] a montré comment la société de consommation s’était accaparé la misère symbolique[3] de l’après deuxième guerre mondiale pour occuper ses nouveaux espaces de vie et tenter de se les approprier. D’ailleurs, la santé et le vieillissement sont devenus progressivement un marché économique. Le troisième âge et les papy boomers sont devenus une cible markéting spécifique à la fin du XXième siècle.  

Une autre étape a été franchie sur notre rapport au temps qui passe avec la loi des 35 h en France. Celle-ci a envoyé un message révolutionnaire : on ne vit plus que pour travailler mais on a le droit à un temps libre et propre.

Vivre plus longtemps offre la possibilité de vieillir plus longtemps et d’avoir plus de temps pour avoir peur du vieillissement. Si la question de la mort est une question existentielle centrale de la vie[4] et source de nombreuses pathologies psychiatriques, cet allongement de la vie a été l’occasion de nourrir une autre peur, celle de dépérir en vieillissant. En effet, on a vu apparaitre au XXième siècle une maladie, la maladie d’Alzheimer, liée au vieillissement et qui est très rare avant 65 ans et qui touche 15% de la population après 80 ans[5]. Donc au XXème siècle, vieillir était associée à l’idée de perte et au risque de déchéance, de la dépendance, si ce n’est de décrépitude. Cette dépendance est un enjeu social et économique. Elle nourrit d’ailleurs ce que l’on appelle « l’or gris »[6] ou le marché du vieillissement et des maisons de retraite.

Les progrès de la science et la façon de prendre soin de soi se sont poursuivi et ont complètement bouleversé la donne au XXIème siècle. La vieillesse n’est plus considérée comme une perte mais comme une évolution. On a pu notamment montrer que la pratique de la méditation allongeait l’espérance de vie des personnes âgées et leur qualité de vie[7]. Une incroyable étude a réuni pendant 90 ans des milliers de données comparatives, sur les marqueurs de santé, de niveau de vie, de profession, de revenus, de style de vie, d’entourage affectif, si on est devenu parents, si on s’est marié, si on a divorcé, si on a vécu des traumatismes graves, des épisodes douloureux, de grandes défaites comme d’immenses victoires … Elle en conclut que la seule chose qui, significativement, compte vraiment est la qualité des liens que nous entretenons avec les autres. Tout le reste est subsidiaire. C’est la force du lien qui nous permet de vivre vieux, heureux et en bonne santé[8]. Donc, non seulement, on a désormais du temps pour vivre mais il est possible de vieillir dans de bonnes conditions selon la façon dont on s’y prend. Deux exemples de cette formidable évolution à la vieillesse est le fait que Mike Jagger a en 2020 77 ans et continue a faire du rock comme un jeune et que l’on a vu éclore une nouvelle catégorie sociale : les quincados[9]. Il s’agit de personnes agées de 45 à 60 ans, débarrassées des contingences des enfants et qui se conduisent comme des adolescents (vont en boite de nuit, font des soirées, roulent en moto, ont un groupe de rock, etc.) et qui s’inventent une deuxième jeunesse mais avec une carte bleue. Ces personnes ne fuient pas leur âge mais, à travers toutes ces activités fuient l’ennui. D’ailleurs les allemands ont inventé un terme propre à eux Freizeitphobie ou peur du temps libre inspiré du concept du psychologue espagnol Rafael Santandreu[10].

La peau a été longtemps un marqueur du vieillissement et un stigmate de la perte. La chirurgie esthétique a beaucoup œuvré pour lutter contre celui-ci. Elle est désormais un champ de recherche de la médecine esthétique pour accompagner les êtres humains dans leur vieillissement de vie. Une nouvelle ère s’ouvre à nous sur la façon dont nous allons accompagner de façon engagée et concrète dans l’épopée du vieillissement. Pour terminer, je vous propose deux réflexions : Dans chaque vieux, il y a un jeune qui se demande ce qui s’est passé de Terry Pratchet[11] et la phrase de Wolinski la jeunesse passe, la connerie reste[12].

 

 

[1] Vallin J et Meslé F : Tables de mortalité françaises, collection données scientifiques. Ed Ined 2001

[2] Stiegler Bernard : La technique et le temps, Paris Galilée, 1994, 96

[3] Stielgler Bernard : De la misère symbolique, Paris Galilée. 2004 et 2005.

[4] Yalom Irvin : Thérapie existentielle, ed Gallade, 1980

[7] Langer Ellen : Pratiquer la pleine conscience au quotidien, ce que change la Mindfulness dans notre vie. InterEditions, 2015.

[8]https://www.ted.com/talks/robert_waldinger_what_makes_a_good_life_lessons_from_the_longest_study_on_happiness?language=fr

[9] Guérin Serge : les quincados. Ed Calma Levy, 2019

[10] Santareu Rafael : L’art de ne pas s’empoisonner la vie. Ed Marabout. 2020

[11] Pratchett T : Les zinzins d’olive Oued. Ed l’Atalante. 1990

[12] Wolinski G : Pensées. Ed Pocket. 1998

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