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3 juin 2018 7 03 /06 /juin /2018 21:09

Lorsque l’on est soignant, nous avons à être vigilant à ne pas nous oublier en route dans une relation thérapeutique, pour ne pas s’épuiser et bien soigner. En effet, une relation thérapeutique se pratique à deux. Faire cela demande de considérer de la même façon les deux protagonistes de cette relation, de prendre le temps de ralentir pour observer, voire de s’arrêter, pour s’ouvrir à l’expérience présente.

 

Or l’engagement dans une pratique soignante, le dévouement et une empathie non contenue associés aux objectifs de performances que demande désormais l’administration font que le soignant à de grand risque de s’oublier dans le soin et dans son travail d’exécutant.

En effet, les contraintes organisationnelles et la dérive administrative et comptable de notre système de soin transforme de plus en plus les soignants en employé de santé. Cette dérive élude la part nécessaire d’humanité à l’exercice de la médecine et à la qualité du soin.

A force de « faire » et de vouloir offrir le maximum à ses patients, le soignant risque d’oublier « d’être » et de vivre un épuisement empathique. Cet épuisement empathique est la première marche du burn-out. De nombreuses études montrent que plus d’un soignant sur deux en souffre. Il est donc nécessaire de repenser sa posture de soignant pour bien prendre soin de soi et probablement mieux accompagner ses patients. En effet, prendre soin de soi n’est pas une posture égoïste mais il s’agit de se mettre au service d’une relation thérapeutique en proposant une présence de qualité qui respecte et considère la personne en face de soi.

Pour nouer cette relation, le soignant a à s’engager dans une relation horizontale avec ses patients comme avec ses collègues. Il construira ainsi un espace collaboratif et mènera un travail thérapeutique, tous ensemble. Il aura à prendre soin de ne pas abuser de sa posture et ni de se maltraiter au service de la mission dans laquelle il s’est engagé.

Prendre soin de soi demande à développer des compétences de pleine conscience de son intériorité (émotion et pensée) et pouvoir s’ouvrir à l’expérience émotionnelle. Cette expérience émotionnelle est d’ailleurs source d’informations qui donnera des directions au soignant pour s’adapter à la relation thérapeutique.

Dans ce travail de pleine conscience, le thérapeute observera les résonances intérieures de la relation avec le soigné, les réactions de son interlocuteur et ce qui se passe dans le lien établi. Il pourra aussi faire l’expérience de ses limites et de son rapport à ses limites afin de s’ajuster dans son travail.

 

En pratique, il existe de nombreuses possibilités pour décliner cette approche

  • Tout d’abord en faisant un cycle MBSR[1] et en poursuivant par une pratique personnelle régulière.
  • Mettre en place des pauses méditatives dans son travail pour s’offrir des bulles de flottaison dans l’instant : quelques respirations ou pratiques méditatives entre les consultations, etc.
  • Proposer un espace dans les services ou les établissements où il est possible, régulièrement, de s’asseoir ensemble[2], pour une méditation libre et ouverte tout en se connectant, dans une verticalité qui rompt avec la verticalité de la hiérarchie, avec l’ensemble des collègues de travail (Pourquoi pas de la femme de ménage au chef de service !).
  • Organiser des méditations régulières dans les services
  • Etc.

Cette prise de conscience[3] s’exerce aussi dans la pratique de l’ACT[4]

Soigner, c’est certes des connaissances et des gestes techniques mais c’est aussi proposé son humanité à l’humain qui est en face de soi. En effet les patients sont parfois objectivés par un système sanitaire industriel ou par une maladie ou une douleur qui gomme son humanité. En étant fermement humain, on donne la possibilité au patient d’être toujours humain malgré l’épreuve qu’il surmonte, et à l’issu parfois fatale. Le travail de soignant est un travail de sherpa qui vise à accompagner des femmes et des hommes dans une épreuve de vie tout en lui mettant à disposition les outils nécessaires pour la traverser. En outre, le temps du chemin de la maladie est aussi un temps de vie qui mérite d’être vraiment vécu. En clown, on dit que chaque jour est une vie…

La pleine conscience est un outil important qui est désormais à la disposition des soignants pour prendre soin d’eux et de la relation qu’ils construisent avec leurs patients. Cette pratique est de plus en plus diffusée à travers de DU ou des initiatives dans les services hospitaliers ou les établissements de soin. La diffusion de cette pratique est encore à son début et nécessite d’être encouragé pour que tous puissent librement en bénéficier. Soigner est un acte d'amour et bien souvent de passion. Bien aimer demande à ne pas s'oublier pour être le partenaire qu'à besoin l'autre.

 

 

 

[1] Meditation Based Stress Reduction

[3] Kelly Wilson et Troy Dufrene : La pleine conscience en thérapie. Ed De boeck

[4] Acceptance and Commitment therapy ou thérapie de l’acceptation et de l’engagement appartenant tour comme la pleine conscience dans les thérapie comportementales et cognitives de troisième vague.

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