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13 juin 2018 3 13 /06 /juin /2018 16:51

La préparation mentale est le serpent de mer de toute compétition. Pendant de nombreuses années, on savait que c’était un sujet important sans savoir comment l’aborder. De plus, jusqu’à peu, la psychologie était monopolisée par la psychanalyse. Or, avec un bon sens pratique, les entraîneurs comme les athlètes ne voyaient pas en quoi s’allonger ou raconter leur vie influençait significativement leurs performances. Les préparateurs mentaux étaient souvent des gourous ou des personnes avec une formation superficielle en psychologie. Avec l’essor du développent des neurosciences et de la recherche en psychologie de nouveaux outils pratiques et opérants sont désormais disponibles. C’est ainsi que la pleine conscience est progressivement devenue l’outil indispensable de tout sportif de haut niveau.

Un athlète n’est pas simplement un corps, qui se muscle et qui se coordonne, et un être qui apprend et améliore une technique sportive. Il est aussi un être humain dont l’activité sportive résonne à travers des émotions et des pensées pouvant parasiter l’efficience sportive. Les entraîneurs et les techniciens savent agir sur le corps et la technique mais ne savent pas toujours s’y prendre avec les émotions et les pensées.

Etre performant demande à être totalement présent à un instant donné pour donner le meilleur de soi-même. Les pensées et les émotions peuvent détourner l’attention du sportif qui peut ressasser des événements sportifs ou personnels passées, source de tristesse ou de colère, ou se préoccuper d’événements futurs qui seront sources d’anxiété. La machine à commenter, à juger et à comparer est un véritable sécateur de l'action. En outre, penser en termes de résultats fait quitter le présent pour aborder de façon dichotomique un futur que l’on ne connait pas. En effet, penser à gagner fait automatiquement penser que l’on peut perdre. Se demander si on va être à la hauteur de l’événement fait penser que l’on ne sera peut-être pas à la hauteur. L’athlète a donc la nécessité de bien s’ancrer dans le présent pour se concentrer sur ses intentions, ses actions et sa posture qui le conduira vers un résultat. Celui-ci sera la cerise sur le gâteau de ses actions présentes même si c’est le Graal recherché.

Pour fonctionner de façon opérante, l’athlète a besoin de savoir gérer son corps, sa machine à fabriquer ses pensées et ses émotions. La pleine conscience est un outil fonctionnel répondant bien à la problématique du sportif. Celle-ci va l’entraîner à s’ancrer dans le présent et à observer ses pensées et ses émotions. Il pourra ensuite trier et choisir les pensées et les émotions qui lui sont utiles et celles qu’il doit laisser filer comme des nuages dans le ciel. Une célèbre méditation est la méditation de la montagne. On apprend à se ressentir comme une montagne bien ancré sur le sol et bien présente dans l’ici et le maintenant qui voit passer le long de son flanc des nuages (pensées et émotions), plus ou moins vite (certains pourront s’arrêter ou être coincé un temps sur le sommet) sans la déstabiliser ou la déséquilibrer.

En outre si je sais observer mes pensées et mes émotions (mais aussi à ma douleur), je ne suis pas mes pensées et mes émotions. Cela me permet de me défusionner à celles-ci.

Pratiquer la méditation (ou pleine conscience), ce n’est pas ne plus penser ou n’avoir aucune émotion. Méditer, c’est ne plus être esclave de celles-ci tout en s’ouvrant à l’expérience émotionnelle présente avec curiosité. Chaque instant est une opportunité à vivre. Il deviendra ce que l’on en fera. Il existe de nombreuses applications sur les smartphones qui peuvent accompagner les athlètes au quatre coins du monde et leur offrir une pause ou un instant tout en se reconnectant à soi.

https://www.facebook.com/petitbambouzen/videos/1670970996313602/

Il existe un célèbre exemple d’une mise en pratique des principes de la pleine conscience dans le sport collectif. Lors d’une final de la coupe d’Europe de Rugby, l’équipe de Clermont dominait très nettement à la mi-temps l’équipe de Toulon. L’ouvreur de Toulon était Jonny Wilkinson qui pratiquait la méditation. Il a pris ses co-équipiers sous les poteaux et il leur a proposé que de se concentrer désormais à 500% à chaque instant, à chaque passe, à chaque poussée, à chaque plaquage sans se préoccuper de la suite ni du résultat. Il a demandé à son équipe d’avancer en pleine conscience pas à pas coller au présent. Progressivement l’équipe de Toulon a remonté pour l’emporter. L’équipe de Clermont se voyait gagnante avant l’heure et n’était plus présente au match qu’elle a laissé filer. Jonny Wilkinson a pu évoquer dans le journal l’Equipe que la pleine conscience lui avait permis de redresser ce match pour l’emporter.

En outre, ce joueur était aussi un fameux tireur de pénalités. Il avait tout une technique pour se rassembler et se concentrer à l’instant de son tir malgré les actions passées et malgré le public. Il était capable de se construire une bulle et de focaliser toute son attention dans le geste à produire. Lors d’un match de football, l’épreuve du penalty est aussi un moment où le tireur comme le gardien doivent savoir être vraiment là sans être distrait par des pensées ou des émotions. Ce moment est d’ailleurs le titre d’un célèbre livre « l’angoisse du gardien de but au moment du pénalty » de Peter Handke.

Dans le prolongement de la pleine conscience, la thérapie ACT (Acceptance and commitment therapy) permet, dans un contexte donné, de choisir les actions dans lesquels ont va s’engager en fonction de ce qui nous importe.

Pour une équipe de football, il s’agit de définir les valeurs que l’on souhaite mettre en œuvre (partage, agressivité, générosité, engagement, présence, etc.) et de savoir observer si les comportements que l’on choisi d’avoir se rapprochent ou s’éloignent de ceux-ci. L’entraineur pourra définir les valeurs qui seront des directions à chaque geste de son équipe. La pratique de l’ACT est un formidable outil de management pour les entraineurs pour une approche flexible et opérante.

Gagner une coupe du monde est un long chemin. Beaucoup d’équipes échouent faute de savoir tirer expérience des matchs passés et savoir avancer pas à pas. On dit que chaque jour est une vie. Lors d’une coupe du monde, chaque jour est un match. Cela demande à être bien là à cet instant pour jouer celui d’aujourd’hui et non un autre!

Bibliographie

Seznec jc et al : L’act, applications thérapeutiques. Ed Dunod

Seznec jc et Carouana L. Savoir se taire, savoir parler. Ed InterEditions

Seznec jc : J'arrête de lutter avec mon corps, Ed PUF

Seznec JC : L'économie de l'effort. Ed désiris

 

 

 

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