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8 mai 2018 2 08 /05 /mai /2018 15:16

La CPAM est prête à entrouvrir la porte du remboursement pour permettre la prise en charge d’une consultation par un psychologue. Les psychologues attendaient cette mesure depuis longtemps. En effet, leurs actes de psychothérapies n’étaient pas remboursés alors que les psychiatres pouvaient faire des actes remboursés de psychothérapie.

En fait, les psychiatres déguisaient des actes de psychothérapie sous des actes de consultations psychiatriques. Les actes de psychothérapie ne sont pas théoriquement remboursables.

Pour les psychologues, cette différence constitue une concurrence déloyale qui a un impact sur l’accès à leur expertise et est source d’une différence de rémunération notable.

 De plus, ces professionnels sont souvent très sensibles à la situation de leurs patients. Ils étaient régulièrement confrontés à des patients nécessitant une prise en charge psychothérapeutique mais qui n’avaient pas les moyens de se la payer, dans un contexte de désert médical, avec très peu d’offre médicale alternative.

Enfin, il paraissait illogique que des thérapies telles que les thérapies comportementales et cognitives qui ont montré scientifiquement leur efficacité dans la prise en charge de certaines maladies et dans la prévention de la rechute ne soit pas autant reconnu qu’une prise en charge médicamenteuse, parfois sources d’effets indésirables, effectuée par des médecins. Il était donc très compréhensible que les psychologues demandent et obtiennent cette reconnaissance et ce remboursement.

Tout cela était valable avant la dérive de notre système de soin vers un système administrative et industriel. En effet, la CPAM n’est désormais plus une simple assurance. Dorénavant, elle essaie de diriger et contrôler les soins. La loi santé de Marisol Touraine à instituer que l’Etat était devenu le garant des soins donc les contrôles. Tout cela fait que la CPAM et l’Etat dirige désormais la façon d’exercer avec une vision comptable. Cette dérive a eu plusieurs conséquences :

  • Les soignants sont englués dans les tâches administratives
  • Ils se retrouvent sanctionnés pour des délits statistiques
  • La relation médecin malade est devenu consumériste et s’est altérée. Cela a eu comme conséquence une augmentation des consultations non honorées et des violences envers les soignants..
  • On se retrouve face à une crise des vocations où les médecins sont dans un mouvement général pour quitter la CPAM soit en partant à l’étranger, soit en s’installant en secteur 3 soit en faisant des actes non côtés.

Dans cette logique administrative et comptable, la CPAM propose une expérimentation sur quatre départements du remboursement des actes des psychologues dans les conditions suivantes :

  • Le prix des consultations est de 22 euros la demiheure et 32 euros les 45 minutes sans dépassement d’honoraires.
  • Ces consultations s’effectuent uniquement sur prescription médicale
  • La première consultation est de 45 minutes.
  • Ensuite, le patient a 10 consultations de 30 mn avec un rapport à rendre au médecin.
  • Si les soins doivent être poursuivi, on peut proposer 10 nouvelles consultations de 45 mn.

Il est clair à la lumière de ces règles qu’il s’agit d’un encadrement très strict. Tout d'abord, elle ne propose pas un simple remboursement, mais un remboursement qui contrôle l'activité et les tarifs. Ces tarifs ont été calculés en fonction de la rémunération des psychologues à l’hôpital. Or, déjà cette rémunération est honteusement basse. Pendant longtemps, les psychologues compensaient en détournant leur temps FIR dans l’exercice d’une activité plus rémunératrice. A l’époque de la mise en place des 35 heures, l’administration s’est rendue compte que beaucoup de psychologues abusaient en ne travaillant au final que 6 mois sur l’année en cumulant le temps FIR, les vacances et les récupérations. Ce temps FIR est désormais très encadré.

Cette rémunération proposée aux psychologues libéraux ne tient pas compte qu’à l’hôpital, on est payé pendant ses vacances, en cas d’absence des patients, pendant que l’on fait des réunions, que l’on boit un café, lorsque l’on est malade, etc. En outre, lorsque l’on est libéral, on donne 60% de son salaire dans des charges diverses.

Cette proposition est tentante comme la pomme que le serpent propose à Eve. Cependant, elle est actuellement contre l’histoire où les soignants se débattent avec la CPAM.

La rémunération proposée est honteuse, déconnectée de la réalité. Elle s'inscrit dans une logique comptable digne de la vision stalinienne actuelle qui prévaut à la CPAM.

Depuis fort longtemps, les psychologues ont désiré rentrer dans le système, parfois un peu envieux des psychiatres, pour que l'on reconnaisse mieux leurs compétences. La CPAM leur dit oui, mais... et leur propose d'être de simples employés de santé à qui elle veut donner la pièce. D'ailleurs, les podologues et les orthophonistes ont actuellement un exercice professionnel difficile du fait des tarifs, sécurité social, imposés.

Outre, l'enjeu du remboursement, actuellement, serrer la main de la CPAM est ouvrir la porte au contrôle du soin par celle-ci, comme elle le fait pour les médecins en contrôlant leur façon d’exercer.

La liberté de soigner dans les règles de l'art et le code de déontologie est le fondement de l'acte de soin. Ne l'oublions pas et résistons aux sirènes...

 

 

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commentaires

S
Au-delà des tarifs sur lesquels je n'ai aucune expertise, je trouve en tant que patient que mettre en place une collaboration psychologue / psychiatre ne peut être que bénéfique pour les patients. Je consulte les 2 et il est très utile pour un suivi que mon psychologue comportementaliste écrive régulièrement un mail à mon psychiatre pour résumer l'avancement des choses.
C'est tellement plus simple pour les patients quand l'ensemble des pro de santé acceptent de travailler ensemble ! J'ai une maladie rare qui atteint plusieurs organes. Je demande toujours de compte-rendus pour les communiquer à l'ensemble des médecins qui me suivent, cela ne veut pas dire que les compétences de l'un vont être remises en cause par un autre.
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R
rendre des comptes aux médecins ? c est une deconsideration de l expertise des psychologues
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R
le pire en dehors du prix des prestations ridicule est qu il faut rendre compte au médecin . Cela revient a deconsiderer l expertise des psychologues
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V
Comment ne pas considérer un psychologue comme un psychiatre alors que la thérapie est indispensable et nous évitent une consommation lourde de méficaments.
On veut nous soigner ou nous aider au sucide? On se pose la question...il faut être riche en France pour survivre à cette société de pression sans humain ou avoir la CMU !!!
Je soutiens la prise en charge par la CPAM des psychologues pour notre santé autant que le dentiste ou le cancerologue!!!
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J
Oui les thérapies sont nécessaires et doivent être accessible au plus grand nombre mais selon la forme qui est proposée qui n'aboutira qu'à l'inverse.
Le problème n'est pas le remboursement mais tout le système de contrôle qui va avec. La réalité est que les médecins font tout actuellement pour partir du système créant une médecine à deux vitesses. Il faut se poser la question de savoir qu'est ce qui fait que l'on observe une crise des vocations pour ces superbes métiers!
En outre, le prix des remboursements cpam des actes médicaux est le plus bas d'europe. Il faut être moins riche que partout ailleurs. Le système s'écroule et un crise sanitaire s'annonce. Cela demande de

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