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2 mars 2015 1 02 /03 /mars /2015 16:36
Après le burn-out : se remettre sur les rails de la vie

Le travail est une valeur importante de notre société. Il est valorisé et répond à de nombreux besoins : épanouissement, relationnel, espace social, appartenance, source de revenu, etc. Une bonne partie de notre éducation, notamment scolaire, est de nous conditionner à donner le meilleur de soi au travail, à faire de nous de bons soldats et à nous tenir bien droit dans le dogme hégélien : le travail rend libre[1].

Ainsi, de façon quasi pavlovienne, nous apprenons que tout travail ouvre la possibilité d'un retour, que cela soit financier, de reconnaissance ou de sécurité. Si à priori, l'école a comme mission de prendre soin de ses élèves, on oublie souvent que l'entreprise, dans la société individualiste actuelle, n'est pas là pour aimer les salariés et prendre soin d'eux. Elle est seulement un champ des possibles qui dépend du bon vouloir et de la bienveillance de ses occupants. Alors, il est facile de se faire happer à force de pousser pour essayer de ressentir le retour sur investissement, ce d'autant que le management et la culture d'entreprise, tels le serpent Kaa du livre de la jungle, nous répètent inlassablement d'avoir "confiance". Comme des ânes avec un bâton accroché devant eux d'où pendouille une carotte, nous avançons, sans discuter et sans remettre en cause le dogme, dans l'attente du bon point selon la logique scolaire si bien intégrée. Nous glissons de l'école aux études supérieures jusqu'au travail comme sur un toboggan, certains grisés par la vitesse… jusqu'à l'accident. En effet, bien souvent, à aucun moment, nous avons pris le temps de ralentir afin de prendre conscience de ce qui est vraiment important pour nous. Quel est le style de vie que nous choisissons d'avoir? Quelle est notre véritable identité? Nous avançons dans la vie avec des "il faut" et des "je dois" au lieu des "je décide" et "je choisi" car la société est très culpabilisante. Le philosophe Bernard Striegler a bien montré comment la société marchande a repris les principes chrétiens pour créer chez le consommateur une tension qu'il purgera en travaillant pour mieux consommer.

Etre adulte, c'est être libre. Mais le prix à payer est d'être souvent seul, notamment seul à prendre soin de soi même. Même si on pourrait espérer que, dans une société humaine, les autres fassent preuve de compassion. C'est ainsi, qu' à vouloir trop bien faire, on oublie parfois de prendre soin de soi et de réguler sa façon de travailler. Cette solitude inhérente à notre essence est source d'une angoisse que nous tentons d'apaiser en trouvant une réassurance dans le regard de l'autre. Mais ce qui est important pour l'autre ne l'est pas forcément pour soi. Tout est contextuel. Un collègue, un manager ou un client ne remplira jamais la fonction de réassurance d'un papa, d'une maman ou d'une maitresse d'école.

Quand on a été trop loin et que l'on s'est "brulé" au travail, il est impossible de faire comme avant et de balayer cet accident de parcours d'un revers de la main pour recommencer tel quel. On est devenu souvent "allergique" à la façon de travailler précédente. Sortir du burn-out demande de la flexibilité psychologique, de la créativité et de l'humour face à la vie. Un aphorisme dit que "le bonheur, c'est posséder l'humour nécessaire pour surmonter les choses de la vie". Autant de qualités difficiles à acquérir ce d'autant que les personnes qui souffrent au travail sont souvent les personnes les plus entières qui ont mis de l'importance et du sérieux dans leur façon de faire. Plus on se tient droit plus le moindre accident risque de nous faire chuter ridiculement à nos yeux. La machine intrapsychique à juger se met en route. Toutes nos tentatives pour nous rattraper ne font qu'aggraver nos commentaires intérieurs pour mieux nous embourber dans un sable mouvant existentiel.

Les thérapies ACT (Acception and Comittent Therapy ou thérapie de l'acceptation et de l'engagement) sont de bons outils pour négocier un tel évènement de vie qu'est le burn-out. Elles permettent de se recentrer sur soi et de redonner un sens à sa vie pour une personne qui s'est "donnée" au travail. Elles nous apprennent à négocier les évènements de vie tout comme un surfer négocie les vagues. Pour réaliser cela, il est nécessaire de prendre de la hauteur, de lever le nez de son travail et de se délester de l'importance qu'on lui octroie afin de gagner en flexibilité psychologique pour avancer vers ce qui est réellement important pour soi.

Sabine Bataille est sociologue, consultante à l'APEC et membre de l'AFTCC. Riche de son expérience professionnelle, de sa croyance en l'être humain et de son enthousiasme, elle a souhaité partager au plus grand nombre ses compétences et de sa connaissance de la reconversion, de la gestion de carrière et de la mobilité. C’est d’ailleurs un des seuls ouvrages qui traite ce sujet sous l’angle de la reconstruction de l’identité professionnelle en RH. Ces dernières savent recruter, sélectionner, trier, licencier… mais rarement accompagner, réorienter, guider.

Aussi, le livre de Sabine bataille est un superbe manuel, accessible à tous et très visuel. Son talent pédagogique lui a permis d'écrire un livre fonctionnel qui ne fait pas simplement nous expliquer ce qui nous arrive lorsque l'on présente un burn-out mais nous dit surtout comment nous pouvons nous engager dans la construction de soi afin de se remettre sur les rails de la vie. Elle nous met aussi en garde, en fonction des typologies de personnalités (les artistes incompris, les ambitieux désenchantés, les funambules en équilibres, etc.) sur les histoires que nous pouvons nous raconter dans notre tête à la sortie d'une crise qui peuvent induire de nouvelles illusions sources de fausses bonnes solutions.

En effet, trop de livres de développement personnel laisse en plan le lecteur en lui permettant de s'identifier sans lui indiquer la voie de sortie de façon pratique. Ce livre est un message d'espoir pour tous les travailleurs et les salariés qui se sont brulés au travail. Sabine Bataille aime les gens, les talents et les compétences. Il lui est important de proposer un outil qui permette à chacun de faire fleurir son chemin et être le héros de sa vie. Ce livre vous apprend à "planter votre tente un peu plus loin", selon l'adage de Kelly Wilson (Grand formateur en thérapie ACT) lorsque cet endroit n'est plus adapté, vous en sortirez plus riche et fort de votre identité.

Bonne lecture

Docteur Jean-Christophe Seznec, Médecin psychiatre, président de l'AFSCC[2] et écrivain[3].

[1] C'était aussi la phrase écrite au dessus de la porte d'entrée d'Auchwitz…

[2] Association francophone de Sciences Contextuelles et Comportementales regroupant les thérapeutes pratiquant l'ACT.

[3] "J'arrête de lutter avec mon corps" Ed Puf, "Pratiquer l'ACT par le clown" Ed Dunod, etc.

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