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7 février 2014 5 07 /02 /février /2014 12:51

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Batman a raccroché son costume, rangé ses gadgets et remisé sa voiture. Il n'en peut plus. Il est épuisé et il ressent une grosse fatigue…

Au début, cela lui paraissait évident de secourir les habitants de Gotham City. La souffrance de ses Co-citoyens lui était intolérable. En outre, aider son prochain était une valeur évidente pour lui. Aussi, il s'est lancé corps et âme dans sa mission, oeuvrant nuit et jour, laissant sa vie privée de coté.

Au début, le pouvoir en place louait ses services. Il était félicité, reconnu et remercié, même si ce n'était pas l'objet de sa démarche. D'ailleurs, son masque et ses habits noirs ont toujours reflété son besoin de discrétion. Il n'a jamais couru la reconnaissance et les agapes tout en appréciant les opportunités que lui procuraient sa fonction.

Tout doucement les choses ont changé. Les autorités lui ont demandé de rationnaliser ses interventions et de définir des procédures afin de professionnaliser sa pratique. Ensuite, il fut obliger d'utiliser uniquement des armes validées par la Commission d'Evaluation des Outils de Défense et de Protection (CEODP). Ensuite, il lui a fallut suivre les normes iso concernant les professionnels en intervention d'urgence. Catégorie dans la quelle on retrouve les super héros tout comme les pompiers, les policiers, les plombiers et éboueurs de la voie publique. Il s'est senti dénigré que son engagement soit classé ainsi. Il n'a rien dit. Il n'était pas là pour dire que telle ou telle profession était plus respectable. La notion d'égalité est une valeur importante pour lui. Cependant, ce classement lui a fait mal.

La CPAM (la Commission Professionnel de l'Action Maitrisé) lui a signifié qu'il ne pouvait plus intervenir comme bon lui semblait sur la voie publique. Il devait faire au préalable une déclaration d'intention et remplir différents questionnaires avant d'être autorisé à intervenir dans une situation d'urgence. Une fois celle-ci effectuée, la CPAM lui ordonne de tenir un dossier décrivant son intervention et de compulser tous les dégâts collatéraux. La CPAM valide les dégâts collatéraux. Dans le cas contraire, elle se donne le droit de demander un remboursement à Batman. D'ailleurs son ami Robin a subi un redressement important avec un très gros remboursement à effectué,  tout en étant accuser de faire plus d'intervention que la moyenne des super héros de la ville. Se sentant blessé dans sa dignité, harcelé par les récriminations et les jugements de la CPAM, il s'est suicidé. Personne en a dit un mot. D'ailleurs, ces derniers années, devant la dureté des autorités et la charge administrative incombant aux super héros, nombre d'entre eux ont jeté l'éponge, développé des maladies professionnels ou fait des tentatives de suicide dans l'indifférence générale. Qui est là pour les sauver?

De fil en aiguille, Batman s'est retrouvé de plus en plus isolé. Il ne pouvait plus discuter avec qui que cela soit de peur d'être accusé de conflits d'intérêts. Il était noyé dans les taches administratives et entravés par les demandes d'autorisation à intervenir. Dernièrement, sa voiture a été mise à la fourrière car il n'avait pas le macaron nécessaire pour être autorisé à stationner lors de son intervention.

 

La goutte qui a fait déborder le vase a été lorsque les autorités de la ville ont dit qu'ils allaient faire un testing pour vérifier que toutes les catégories étaient bien pris en charge par lui et qu'il ne faisait pas preuve de racisme.

Batman-Logo

Grosse fatigue… Batman s'est senti fatigué. Il n'en peut plus et ne trouve plus le sens à son action. Comme aider ses Concitoyens si il doit se débattre et se justifier en permanence devant un doute grandissant.

 

Tchao Bye, bye. La pression administrative et la culture de l'évaluation et de la performance a renvoyé Gotham City dans le noir. Batman est désormais loin, il a choisi d'être plus en adéquation avec ses valeurs. Il n'est pas un esclave. Il n'est pas là pour être asservi ou se justifier. Il propose ses services dans une collaboration et si cela n'est pas possible, il "plante sa tente" ailleurs. Il a donc décidé de démarrer une autre vie.

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7 février 2014 5 07 /02 /février /2014 11:10

La trichotillomanie est un trouble du comportement qui consiste en l'arrachage compulsif des cheveux, cils ou des poils. Il s'agit d'une toxicomanie gestuelle apparaissant le plus fréquemment à l'adolescence. Ce comportement de toilettage, éteint habituellement chez les êtres humains, a semble-t-il comme fonction d'apaiser la tension interne des patients. Il s'agit d'une pathologie orpheline car ni les psychiatres et ni les dermatologues ne la connaissent. Il n'y a, à l'heure actuelle, aucune recherche sérieuse sur ce sujet alors qu'elle touche 2 % des femmes et qu'elle est  source d'une grande souffrance morale et d'un handicap social du fait de l'alopécie. Il n'y a malheureusement peu de chance que des études se mettent en place dans le contexte actuel morose de la recherche en France et de toutes les entraves administratives mises en place par l'état pour leur financement.

Cependant, il existe des pistes d'exploration pour mieux comprendre cette pathologie.

  • Tout d'abord on retrouve chez les patients souffrant de trichotillomanie un haut niveau de craving (impulsion furieuse de faire un comportement). Il serait intéressant d'en explorer le fonctionnement et de travailler sur l'inhibition de l'action. Cette dernière peut être évaluer par le test de Hayling. Un entrainement spécifique est une piste de traitement possible.

  • Le comportement d'arrachage stimule probablement les réseaux de récompense. Cela pourrait être aisément mis en évidence par de l'imagerie fonctionnelle. Les réseaux de récompenses se mettent en route pour renforcer la fonction du comportement, en l'occurrence ici l'apaisement. Le traitement cognitif de la récompense passe par le striatum ventral (zone appartenant aux noyaux gris centraux de l'encéphale) puis bascule progressivement par le striatum dorsal, ce qui transforme un comportement "pensé" en stéréotypie. Si la trichotillomanie devient avec le temps une stéréotypie, cela explique que les patients souffrant de trichotillomanie n'arrive pas à s'arrêter ou à ne pas initier de crise malgré leur conscience des troubles. On comprend mieux ainsi ce sentiment de n'être pas "fou" malgré la difficulté à comprendre la trichotillomanie et d'être dépassé par ce comportement qui leur apparait comme absurde.

De nombreuses pistes de recherche sont possible pour mieux comprendre la trichotillomanie. les résultats obtenus permettraient de proposer une offre de soin plus spécifique et de mieux comprendre le cerveau humain. En outre, d'autres pathologies fonctionnant aussi sur le mode du craving pourraient bénéficier de ces résultats.

 

Jean-Christophe Seznec

J'arrête de m'arracher les cheveux, soigner la trichotillomanie. Psychoguide. Edition PUF.

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19 octobre 2013 6 19 /10 /octobre /2013 07:51

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Mimie Le Meaux est une des interprètes du Cabaret New Burlesque que j'ai vu récemment  au Théâtre du Rond Point. Le Cabaret New Burlesque est un spectacle de striptease improbable créé en 2004 par Kitty Hartl lors du festival I.D.E.A.L.  avec cinq filles et un garçon. L'objet de ces effeuillages n'est pas de séduire directement ou d'émoustiller un public masculin. L'objet de ce cabaret est de mettre en scène des filles avec des physiques de Madame Du Schmoll  ("Gros cul", formes généreuses, cellulite) et qui savent à peine danser en détournant avec dandysme, humour et joie tous les clichés des Pin Up des années 50.

A quoi bon me diriez vous? Justement tout est là! En effet, combien de filles ont peur de ne pas être à la hauteur, qu'on les juge ou qu'on ne les apprécie pas et qui avancent dans la vie de façon détournée pour marcher comme des crabes de coté pour tenter de montrer leur meilleur profil comme si il en existait un? Vous vous reconnaissez?

Ces artistes nous montrent un corps qui pourrait être source de souffrance comme Kelly Wilson, l'un des créateurs de l'ACT, nous montre son histoire personnelle éprouvante pour nous montrer que malgré cela il est possible de cheminer avec plaisir et bonheur dans sa vie; tuant ainsi en début de conférence toute tentative de comparaison ou de mesure de sa propre souffrance avec la sienne au risque de toucher le malsain ou le grotesque (Arrgh, la fameuse machine à comparer de notre cerveau).

Dans ce spectacle, toutes ces angoisses corporelles sont laissées de coté pour jouer de ce que ces danseuses sont : des femmes et des êtres humains de chair et de sang, et non des déesses, qui assument leur corps et leurs envies et qui ont le droit de rire et de s'amuser. Le symbole de cela est le cache téton avec le pompon au bout qu'elles font tourbillonner joyeusement dans les airs et que les hommes chauves peuvent coller aussi sur leur tête, dixit Kitten on the Keys, la maitresse de cérémonie. Cette dernière aligne tout au long du programme avec assurance toute une panoplie de tenues les plus improbables possibles.

Mesdames, je vous le dis, lorsque vous aurez vu Kitten on the Keys, vous n'aurez plus aucune angoisse devant votre penderie. Ce qui est important n'est pas le vêtement que vous portez mais ce que vous en faites et comment vous en jouez. C'est ainsi que vous serez belles! Toutes ces dames du cabaret New Burlesque sont belles de leur humanité.

Attention, ce n'est pas un zoo humain où l'on serait rassuré de voir des pires que nous. Personne n'est là pour s'exhiber. Il s'agit uniquement d'êtres humains comme vous et moi qui assument et qui jouent de ce qu'ils sont pour inventer leur vie. En cela il s'agit d'une démarche totalement punk de leur corps. L'une des directions du mouvement punk était de casser tous les codes, les symboles et les croyances entravantes pour, dans cet instant là, inventer sa vie, libre de tout (je vous conseille d'ailleurs d'aller voir l'expo punk qui a lieu actuellement à la Cité de la Musique). Mathieu Almaric s'est emparé de ce cabaret pour en faire un film "Tournée" primé au festival de Cannes. Ce film montre des êtres imparfaits, voire médiocres, fragiles, blessés en tournée avec ce cabaret New Burlesque. Le passage sur la scène symbolise la représentation sociale dans laquelle nous avons tous tendance à nous engager pour faire bonne figure et pour tenter de masquer nos failles. Quelle perte d'énergie qui nous vole beaucoup de notre temps de vie car nous avons tous des failles et des blessures  et nous savons que tous les gens en face de nous en ont autant que nous. Alors quel sens cela a d'essayer "d'avoir l'air" comme dirait Jacques Brel alors que plus on masque et plus nous n'avons plus l'air du tout. A la fin du film de Mathieu Almaric, chaque protagoniste a laissé de coté sa souffrance pour jouer et à être simplement là, comme de grands enfants, avec leurs souffrances et leurs solitudes, tous ensemble dans une communion ludique que symbolise le fait que pour s'amuser et être authentique ils n'ont désormais plus besoin de public.

Le Cabaret New Burlesque est un spectacle principalement pour les filles. En effet, ces dernières souffrent plus d'angoisses de leur apparence que les hommes. Je conseille d'ailleurs à toutes mes patientes en lutte avec leur corps de prendre des cours de cabaret New Burlesque avec le risque de se payer de beaux moments de fou rire.

Mimi Le Meaux est belle d'être un être humain qui joue de la vie portant ses tatouages comme autant de cicatrices de sa fragilité et de ses blessures. Peu importe, le pourquoi et le comment de celles-ci car on ne veut pas le savoir, car la vraie vie est ici et maintenant et c'est ce qu'elle nous offre dans son effeuillage. C'est en cela qu'elle est au final belle et séduisante. Elle est une sacrée ambassadrice de l'ACT!

En outre, la cerise sur le gâteau, c'est que dans la salle, il y avait Julien Clerc, ce canon de beauté qui pourrait avoir toutes les plus belles filles à ses pieds et qui a choisi de venir voir s'amuser et rire des femmes, des vraies, avec leurs corps de Mme Du Schmoll. Femmes je vous aime!

 

 

ACT : Thérapie de l'acceptation et de l'engagement

JC Seznec : "J'arrête de lutter avec mon corps", Ed PUF.

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11 octobre 2013 5 11 /10 /octobre /2013 10:24

La sortie du nouveau DSM V par l'APA (association de psychiatrie américaine) est à l'origine de cris et de passions comme à chaque nouveau cru. Ces excès émotionnels sont dus à une incompréhension de cet outil et à une décontextualisation de sa fonction.

Pour être plus clair, je vous propose de vous expliquer ce qu'est le DSM. Le DSM est un outil de catégorisation des maladies psychiatriques afin de permettre aux chercheurs du monde entier d'échanger entre eux. C'est un peu comme un dictionnaire. Cet outil est utile car il n'est rien de plus difficile de s'accorder selon sa culture, son histoire et sa conception de la santé sur ce qu'est un symptôme ou une maladie psychiatrique. D'ailleurs essayez autour de vous de demander aux membres de votre entourage ce que signifie le mot dépression, maniaque ou obsessionnel. Il y a de grandes chances que vous ayez une définition par personne et qui ne sera pas la même que celle de votre médecin.

Aussi, pour s'assurer que les chercheurs du monde entier parlent et décrivent la même chose qu'ils soient indiens, chinois, français, togolais ou américains, il est nécessaire de définir des critères à chaque symptôme des pathologies psychiatriques. Ainsi, on est sûr que lorsqu'un vietnamien parle par exemple à un irlandais ou à un colombien de la physiopathologie ou du traitement de la dépression, ils parlent bien de la même chose afin de valider leurs hypothèses et leurs recherches.

Cette catégorisation a comme seule fonction de permettre un dialogue entre professionnels tout comme un dictionnaire de français défini le sens de chaque mot pour un français ou pour toute traduction dans une autre langue. Lorsqu'un linguiste traduit Goethe ou Shakespeare en français, il s'appuie sur des dictionnaires précis de français, d'allemand ou d'anglais. D'ailleurs, ces œuvres sont régulièrement retraduites pour être au plus proche du sens du texte initial. Pourtant, dans la vie de tous les jours pour parler à son voisin, on ne se ballade pas avec son Littré pour être certain d'avoir le mot juste: "Ma chérie, je ne suis pas gros mais juste enveloppé…"

Pour le DSM, c'est la même chose. Il est utile pour les chercheurs mais il n'a que peu d'intérêt dans la cadre du cabinet de psychiatrie ou de psychothérapie. En effet, dans un cabinet, on traite une personne et  non une maladie. Pour ma part, je passe beaucoup de temps à dire à mes patients qu'ils ne sont pas trichotillomanes ou dépressifs mais qu'ils souffrent de trichotillomanie et de dépression et à refuser de donner systématiquement un diagnostic devant toute souffrance. Leur identité et leur valeur sont beaucoup plus larges et riches qu'une catégorisation réductrice.

Si l'on décontextualise la fonction du DSM, c'est donc sans surprise que l'on trouve cela inutile et dangereux comme la dynamite hors du contexte d'une mine.

Alors pourquoi cette furie autour du DSM V?

Il faut savoir que dans le contexte américain, il existe un grand lobbying antipsychiatrie de la scientologie. Celle-ci possède un fort pouvoir de communication et on les observe en train de protester à chaque congrès de psychiatrie américain. En France, j'ai pu constater que trop souvent certains journalistes prennent les informations sans les analyser et les contextualiser ce qui alimente de nombreuses rumeurs et des théories du complot. D'ailleurs actuellement, les laboratoires pharmaceutiques sont l'objet d'une forte théorie du complot sur lesquels on impute tous les maux du DSM. Voilà ce que me raconte ma tête. Par contre, je sais faire la différence entre ce que me raconte ma tête et la réalité. C'est pour cela que j'ai bien retenu la fonction du doute cartésien en la circonstance que je vous encourage à adopter. Savez vous faire la différence entre ce que vous raconte votre tête et la réalité dans votre vie quotidienne?

Aussi, retrouvons un peu de paix entre nous et soyons attentifs de bien contextualiser les informations pour ne pas alimenter des guerres inutiles. En ce qui concerne la nouvelle version du DSM, je ne suis pas suffisamment spécialiste pour avoir une opinion éclairée. En outre, ce n'est pas bien important car j'ai peu l'occasion de faire des recherches internationales nécessitant son utilisation.

Paix et amour!

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2 octobre 2013 3 02 /10 /octobre /2013 15:23

 

Forrest dit que la vie est comme une boite de chocolats : "on ne sait jamais sur quoi on va tomber". En voilà une belle maxime ACT (thérapie de l'acceptation et de l'engagement). En effet, cette phrase nous encourage à faire avec ce qui se présente à nous dans l'instant. L'anticipation anxieuse n'est pas fonctionnelle puisqu'à preuve du contraire personne ne sait lire l'avenir. En outre, ce n'est pas parce aujourd'hui, on fait une mauvaise pioche que cela oriente définitivement notre vie. Pour faire changer la donne, il suffit de repiocher! C'est une très belle image contre la construction de scénarios catastrophes. En outre, c'est dans l'action (en repiochant dans la boite de chocolats ou en agissant dans la vie) que l'on a des chances de générer une situation plus favorable. C'est en s'engageant vers ce qui est important pour soi que l'on construit un futur plus en adéquation avec soi.

Une image similaire est cette autre maxime "tous les gagnants au loto ont joué au loto"! En jouant à la vie, on ne peut pas être sur de gagner à chaque fois. Il y a par principe toujours un risque de perdre ou d'être confronté à un évènement désagréable comme un chocolat que l'on apprécie peu. Par contre, il est intéressant de différencier un évènement désagréable, frustrant, agaçant d'un évènement grave. En effet, si on ne mange pas n'importe quoi et que l'on fait attention aux règles de péremption, on a peu de risque de consommer un chocolat avarié et de tomber malade, ce qui pourrait être grave. De même, dans la vie, si on ne fait pas n'importe quoi et que l'on suit les règles usuelles, on a peu de chance d'être confronté à un évènement grave. C'est-à-dire à un événement qui met en péril notre vie, qui est source de maladie ou d'handicape. On a juste le risque d'être confronté à un évènement désagréable, frustrant, agaçant ou avec lequel on est en désaccord. En outre, ceci personne ne peut véritablement le contrôler ou l'éviter, autant l'accepter. Par contre, il est nécessaire de bien informer notre cerveau émotionnel de cette différence afin qu'il ne sur-réagisse pas.

Jouer à la vie, c'est comme consommer une boite de chocolat. On ne sait pas sur quoi on va tomber mais en choisissant un chocolat on accepte le risque de consommer un chocolat pas à notre gout, décevant ou frustrant. S'engager dans la vie est accepter ce qu'elle nous propose et composer avec en fonction de ce qui est important pour nous tout en maintenant le cap.

Une autre chose remarquable que fait Forrest est de courir lorsqu'il apprend qu'il va être papa. Cette annonce est source d'une émotion. La fonction d'une émotion est de nous informer qu'un besoin n'est pas satisfait et de nous procurer de l'énergie afin d'avoir une action engagée pour satisfaire ce besoin. Face à une bête féroce, la peur m'informe que mon besoin de sécurité n'est pas satisfait et elle me donne l'énergie pour courir plus vite et me protéger. Comme Forrest, du fait de son niveau mental, ne peut conceptualiser ce qu'il ressent. Il utilise littéralement l'énergie de cette émotion pour en faire un acte moteur : courir. Comme l'émotion qu'il ressent est importante par le bouleversement que cette annonce engendre et qu'il n'a pas d'autres alternatives pour purger son énergie (déplacement, sublimation, etc.), il va courir très  longtemps. Il s'arrêtera de lui-même très simplement lorsqu'il observera qu'il n'a plus aucune raison de courir, toute l'énergie émotionnelle étant évacué. Il décide donc de rentrer à la maison. L'activité physique est un très bon moyen de purger l'énergie que nous procure nos émotions. Quand la tension en nous est trop grande, plutôt que d'avoir recours à un comportement absurde pour nous apaiser (boire, manger, s'arracher les cheveux, s'énerver, frapper, etc.) autant courir comme Forrest en faisant le tour du pâté de maison ou faire quelques pompes ou abdominaux. Ce principe était autrefois utilisé dans les asiles psychiatriques. Ils étaient situés dans de grands parcs. Aussi, quand un patient s'agitait et s'énervait, il partait impulsivement dans le parc pour parfois essayer de fuguer. Le temps de traverser le parc, la tension était retombée et il revenait apaisé dans son pavillon. Malheureusement, on a fermé beaucoup d'asiles et de trop nombreux patients terminent désormais en prison.

Dans ce film, il est intéressant d'observer la réaction des personnes qui observent Forest courir. Embarqués par leur imaginaire, ils se racontent une histoire sur le sens de cette course. Il est amusant comment de fil en aiguille, ces pensées projectives construisent des croyances qui vont jusqu'à un mouvement populaire. Notre cerveau associatif stimulé par notre cerveau émotionnel nous pousse à nous raconter des histoires sur ce qui nous entourent source d'interprétations fallacieuses et d'un rationalisme morbide. Il est parfois intéressant de ralentir afin d'observer ce qui est une réalité ou issu de notre imaginaire. Ce travail est la "défusion" des thérapies ACT.

Je ne sais pas si Forrest Gump est un bon film mais en le revoyant, je l'ai trouvé instructif et vous? Aimez vous les chocolats?

 

http://www.l-arret-creation.com/les_ateliers/index.html

 

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20 septembre 2013 5 20 /09 /septembre /2013 09:49

Bonjour à tous,

Voilà, c'est la rentrée. Tout le monde à repris progressivement le travail en dehors de quelques dissidents qui prennent le contre-pied en prenant des vacances en septembre pour profiter d'un éventuel été indien à distance de la foule. La rentrée scolaire est passée, les cartables sont remplis et nos chérubins doivent franchir une nouvelle année scolaire. Chacun a repris son quotidien et au cabinet, j'observe un afflux d'appels et de demandes de thérapie. Ma tête me dit que ce retour dans le quotidien nous confronte à la réalité de nos symptômes, de nos souffrances, de nos difficultés à faire avec ou à nous adapter à une contrainte ou à un rythme de vie. Les psychanalystes diraient que c'est la confrontation à la réalité! Ma tête me dit aussi que c'est un peu comme si chacun souhaitait, telles de bonnes résolutions, prendre soin de lui afin d'aborder au mieux cette traversée jusqu'au prochain été ou les prochaines vacances. Certes, on peut soigner mais pourquoi pas prévenir?

Lors de la reprise de contact, mes patients me rapportent souvent que durant ces fameuses vacances passées, leurs symptômes, leurs troubles ou leurs souffrances se sont amendés ou ont disparu. Les anxieux étaient moins anxieux, les trichotillomanes s'arrachaient moins les cheveux, les boulimiques avaient une alimentation plus stable, etc. Pourtant, je constate avec eux que c'était la même personne qui était au travail l'année dernière, en vacances cet été et qui reprend actuellement le travail. Ces personnes qui allaient mieux en vacances avaient le même corps, le même cerveau, les mêmes neurones, le même cœur… qu'aujourd'hui avec la réapparition des symptômes. Alors où se situe la différence? Qu'est ce qui change?

Ce qui change est à mon avis, notre regard sur ce qui nous entoure, notre attitude, notre flexibilité psychologique, notre façon d'interagir, de se positionner dans la temporalité ou d'être en contact avec ce qui est important pour nous. Autant d'éléments que nous pouvons librement continuer à avoir même pendant cette période de travail en attendant l'été prochain, même si nous avons à surfer avec peut-être plus de contraintes et avec un rythme plus élevé.

En vacances, nous arrivons à nous connecter à nous. Pourquoi ne pas continuer à le faire pendant l'année? Qu'est ce qui nous empêche de nous connecter à l'instant et nos valeurs dans tous les interstices de la vie professionnelle: en marchant, en prenant notre douche, en mangeant, en faisant nos courses, etc. Rien ne nous empêche de continuer à nous comporter en se disant "je choisi" au lieu des "je dois" et des "il faut". Rien ne nous empêche à ne pas nous laisser happer par une instrumentalisation de notre être et par une attitude de robot. Pour reprendre un slogan à la mode "la vie c'est maintenant", même pendant l'année! En outre, si le travail est contraignant, nous ne sommes pas au travail 24H sur 24H. Il reste des espaces et nous sommes responsables de la façon de  les habiter et de les vivre pour continuer à prendre soin de nous. Aussi, je vous encourage à volontairement continuer à garder l'esprit de vacances le plus longtemps possible avant que la routine du quotidien n'abrase votre humanité. Aujourd'hui, c'est mon jour préféré alors bon courage!

http://www.l-arret-creation.com/les_ateliers/index.html

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5 juin 2013 3 05 /06 /juin /2013 08:21

Le ménage de printemps est un temps où on fait le tri et où on s’allège de ce que l’on a accumulé les précédentes années ou pendant l’hiver. L’objectif de ce ménage est de faire de la place pour l’éclosion d’un nouveau printemps en vu de préparer un nouvel été libre et bien ancré dans le présent.

Lorsque les méandres de notre vie nous a fait prendre du poids, nos armoires et nos commodes se retrouvent remplies de vêtements que nous ne pouvons plus mettre et dont nous gardons l’espoir de remettre. Ces vêtements finissent bien souvent par encombrer notre présent ce d’autant qu’en plus d’avoir pris du poids, nous avons pris quelques années et que l’époque a changé. Aussi, cette accumulation vestimentaire ne symbolise plus un objectif pondéral que nous aimerions atteindre mais un musée avec ses fantômes.  Nos armoires et nos commodes deviennent des maisons hantées de notre passé, de nos désillusions et des renoncements que nous n’arrivons pas à faire. Elles sont des entraves qui nous empêchent de vivre le présent et renaitre pour constamment nous renvoyer dans les limbes de notre souffrance.

Etre bien commence par habiter pleinement notre présent avec le poids et le physique que nous avons ici et maintenant. Aussi, je vous encourage à vous délester de votre penderie en les donnant à des œuvres caritatives, à des personnes de votre entourage qui ont l’âge où vous les avez achetés ou en les vendant à des brocantes ou sur des sites internet. Au lieu de ruminer sur un passé qui par définition n’est plus, je vous encourage à vous faire plaisir en utilisant l’argent de la vente pour vous acheter des vêtements adapter à votre physique, votre environnement et à la mode d’aujourd’hui parce que vous le valez bien !

Et si d’aventure, vous perdez dans un temps prochain un peu de poids, il sera grand temps à ce moment là d’acheter des vêtements congruents à l’époque de cet événement. La vie, c’est maintenant ! Ne la faites pas conditionner de tel ou tel objectif car cela ne fonctionne pas et cela ne conduit qu’à des attitudes mortifères.

 

Bon  printemps !

 

PS : Cela marche aussi pour les gens qui n’ont pas de pb de poids !!!

 

JC Seznec « J’arrête de lutter avec mon corps » Ed PUF

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5 mars 2013 2 05 /03 /mars /2013 18:34

La trichotillomanie est une pathologie qui consiste en l'arrachage de cheveux notamment au cours de vagabondage de notre esprit. Les personnes qui  en souffrent ont fréquemment des évasions de leur conscience vers un état pseudo onirique où le temps file.

La pleine conscience et les thérapies ACT sont de très bons outils pour s'ancrer dans le présent et ne pas se laisser happer par des rêveries qui sont bien souvent des évitements du temps présent. Celles-ci ne sont que de vaines tentatives pour s'échapper des tensions que nous procurent la réalité et que les patients paient à prix fort par des crises d'arrachage.

 

Soigner la trichotillomanie, c'est tout d'abord s'inscrire dans le présent en prenant pleine conscience de celui-ci. Soyons là et pas ailleurs quand nous marchons, prenons notre douche, faisons la vaisselle... Ce travail seffectue aussi dans tous les petits moments de notre vie.

 

Vous toruverez de nombreux exercices de pleine conscience afin de ne plus procrastiner dans mon ouvrage: "j'arrête de m'arracher les cheveux, soigner la trichotillomanie" aux éditions PUF.

 

Le meilleur moment, c'est maintenant!J'arretedem'arracherlescheveux.Soignerlatrichotillomanie 97

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1 mars 2013 5 01 /03 /mars /2013 10:59

Oscar Pistorius, ce sprinteur amputé des deux jambes, est actuellement au centre d'une tragédie après le meurtre de sa compagne.

Un moment, on s'est demandé si il n'était pas consommateur d'anabolisants stéroïdiens comme de nombreux sportifs addict à la gagne. Cet hypothèse est intéressante dans cette dramatique histoire car ces substances ont des actions sur notre psychisme et notre comportement. En effet, il est aujourd'hui démontré qu'une sécrétion naturelle de testostérone élevée est liée à des comportements antisociaux, ceux-ci étant modulés en fonction du niveau socio-économique de chacun. D'autres travaux, ont montré que les gagnants, même aux échecs, avaient un taux de testostérone supérieur à celui des perdants. Au football, les taux de stéroïdes des joueurs sont plus élevés lorsqu'ils jouent à domicile. Chez les animaux, ils majorent les comportements sexuels, de dominance et d'agressivité. On a observé chez des personnes se dopant à ces produits, notamment les bodybuilders, une augmentation de l'agressivité verbale, physique et sexuelle réversible à l'arrêt de la consommation. Des cas de violence, d'agressivité voire de troubles de l'humeur ont été attribués à la prise de stéroïdes et ont été pris en compte lors de crimes ou de viols par la justice aux USA. D'ailleurs, à l'époque de l'affaire Festina, les protagonistes s'appelaient entre eux les Seigneurs et c'est le comportement de toute puissance des coureurs au mépris des directives de l'équipe qui a généré le fait que les dirigeants ont décidé de reprendre la main, afin de ne plus être dépassé par les événements, en accompagnant les conduites dopantes.

Cependant, dans toutes ces histoires liées à ces produits dopants, il est nécessaire de prendre soin de différencier ce qui est attribuable aux anabolisants, à la personnalité des consommateurs mais aussi aux éventuelles drogues consommées en parallèle. Dans le cas de Pistorius, une analyse prudente du comportement est nécessaire afin d'en comprendre l'origine.

Notre société du spectacle se nourrit de héros qui s'élèvent toujours plus haut sur le podium des dieux du stade au risque d'une chute brutale qui nous fait constater qu'ils ne sont finalement que des humains. N'avons nous pas instrumentalisé le désir de cet homme à sortir de sa condition d'handicapé en faisant de lui un gagnant, en l'éprouvant en le tentant par la toute puissance (Il était en effet « considéré comme un héros national » en Afrique du sud et Time magazine l'incluait, en 2012, dans sa liste des cent personnes les plus influentes au monde, le décrivant comme « la définition même de l'inspiration au niveau mondial »). Au de là de la responsabilité personnelle de cet homme dans ce fait, je me pose la question de notre responsabilité collective liée à la théâtralité du sport dans ce drame digne d'une tragédie grecque.

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18 février 2013 1 18 /02 /février /2013 10:03

J-arretedem-arracherlescheveux.Soignerlatrichotillomanie_97.jpg Bonjour à tous. Je suis ravi de partager avec vous mon dernier ouvrage "J'arrête de m'arracher les cheveux, soigner la trichotillomanie" aux éditions PUF. En effet, la trichotillomanie est un problème de santé très fréquent puisqu'il touche environ 2% des femmes et qui est très mal connu des dermatologues comme des psychiatres. Or la trichotillomanie est source de souffrance et de honte pour celles qui en souffrent alors qu'il existe des possibilités thérapeutiques. Dans ce livre, j'ai souhaité partager au plus grand nombre ma compréhension de ce trouble et les possibilités thérapeutiques existantes.

Il s'agit là du premier livre existant sur la trichotillomanie et j'espère qu'il permettra aux personnes qui en souffrent d'ouvrir des portes d'espoir et de sortir de l'isolement. Bonne lecture!

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Published by Jean-Christophe seznec
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