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20 janvier 2016 3 20 /01 /janvier /2016 10:04
Le sport : un miroir du monde moderne?

L’histoire du sport est récente. Elle l’est encore plus en ce qui concerne le sport féminin et son utilisation dans le cadre de l’éducation physique.

Il est possible de dire que le sport est né au XIXième siècle en Angleterre à la suite du développement industriel et qu’il a été ensuite développé par les Français. Initialement conçu comme un passe-temps, le sport est devenu, au cours du XXième siècle, l’une des activités sociales de l’homme moderne. Né dans la société libérale et parlementaire, il s’est diffusé en à peine cent ans sur l’ensemble de la surface du globe. Le sport a offert aux multinationales de nouvelles aires de développement et un grand réservoir de consommateur. L’organisation des jeux olympiques en 1996 à Atlanta, ville du siège de Coca cola, et en 2008 en Chine, sans aucune considération pour les enjeux politiques et humains de cette décision comme l’ont montré les évènements autour du Tibet, montre l’importance que donnent les instances olympiques à ces considérations économiques.

Il a cristallisé tous les enjeux de civilisation du monde moderne : La question de l’identité, le phénomène de la médiatisation et de la société du spectacle, la place de la femme dans la société et la place de l’homme dans le système économique, Le positionnement de l’homme en lien avec le développement des technologies et de la science, etc.

Le sport a été initialement conçu comme une distraction pour les gens de la haute société. Il est devenue ensuite une activité sérieuse puis une activité industrielle. Les compétitions n’étaient qu’un prétexte pour s’affronter ou pour s’éprouver de façon ludique. Le gain n’était que symbolique. Lorsque les coupes puis les primes sont arrivées, ce n’étaient que des bénéfices secondaires par rapport aux titres et au mythe olympien. Ces gains financiers n’étaient qu’une façon de mettre « un peu de beurre dans les épinards ». Le développent de la société capitaliste a fait que le beurre semble être devenu plus important pour certains que les épinards…

Le XIXième siècle et surtout le XXième siècle a été le théâtre d’un développement sans précédent du pouvoir économique, du pouvoir industriel, du désir et de la revendication populaire au droit à l’ascension social au sein de notre société, posant ainsi la question de la place de l’homme par rapport à l’économie et la technologie mais aussi celle du sens de ce développement. Le sport a cristallisé ces enjeux de société et a constitué un bon terrain d’expression à ces questions. Devant l’absence de cadre symbolique fort et stable, le sport s’est développé en générant une spiritualité qui s’est structuré en « religion » avec ses symboles, ses rites, ses sacrifices, ses saints, ses croyances, ses apôtres et ses fidèles.

Cette religiosité du sport, à partir d’un simple passe-temps de lord anglais, a été possible du fait de la misère symbolique à laquelle notre société a été confrontée au décours du XXième siècle, idée que développe Stiegler dans sa réflexion sur les comportements sociaux de nos congénères. Ce développement est lié à l’émoussement des religions traditionnelles qui n’ont pas su développer une spiritualité congruente au développent économique et à une absence de spiritualité laïque pour donner du sens à cette réalité de l’homme moderne. La vacuité spirituelle de la société industrielle a permis l’éclosion de rites païens qui se sont organisées notamment autour du sport et de ses nouvelles idoles.

Le sport, initialement un passe-temps pour une élite anglaise, est devenu progressivement l’une des formes principales de socialisation de l’agressivité. Par contre, la culture de l’affrontement existait depuis le début de l’histoire des hommes :

  • Le Pancrace est un exercice gymnique mêlant lutte et pugilat en Grèce antique pouvant aboutir les concurrents à s’étriper, se crever les yeux, s’éventrer.
  • Les tournois du moyen-âge donnaient la possibilité de se massacrer ludiquement.
  • La soule, a été un jeu populaire qui permettait aux habitants de plusieurs villages de se confronter violement. Ce sport a ensuite évolué pour donner le football et le rugby. Le football a pu apparaître en Angleterre en se pacifiant par la naissance d’une réglementation et d’un esprit chevaleresque dans les collèges anglais que l’on nommera ensuite le fair-play.
  • La corrida est un rite issu du culte du taureau que l’on retrouve en inde, en Égypte (Apis) ou comme chez les Romains (La religion de Mithra). Les forces du bien incarnées par l’habit de lumière (comme dans la religion dualiste de la Perse) affrontent les forces des ténèbres que symbolisent le taureau. Cette lutte participe à un imaginaire collectif à travers le besoin qui les anime d’exorciser l’agressivité et la violence qu’ils portent en eux dans ce sacrifice sanglant.

Le christianisme a longtemps lutté contre cette célébration du corps. Il a réussi à mettre fin aux jeux du cirque car il était inconcevable que des hommes étant à l’image de Dieu sur terre y fussent mutilés ou tués. Dans l’esprit chrétien, il était difficile de séparer le corps de l’âme. Le corps est au service de celle-ci ce qui a permis malgré tout le développement d’autres jeux au moyen âge.

Le développent de cette forme de civilisation (le sport) propre à l’homme moderne occidental s’est voulu œcuménique et universaliste ce qui a engendré une force de développement planétaire de ce modèle. Les apôtres de ce modèle ne se sont, semble-t-il pas, beaucoup posé la question de l’impact de la culture du sport sur d’autres modèles de sociétés et sur les autres peuples. Quel accueil, quelle appropriation peuvent se faire de ce passe-temps d’Occidentaux et de cette socialisation de l’agressivité, des pays dont l’économie ou le modèle social ne peut pas se permettre d’avoir le même détachement aux vues des retombées économiques de ces événements internationaux sportifs ?

Le sport a été pour l’homme un nouveau champ d’exploration. En effet, l’homme occidental, après avoir exploré la planète et repousser ses limites géographiques, a pu poursuivre son goût de l’aventure en s’explorant lui-même en parallèle de son exploration technologique. Il s’est cependant trouvé face à une difficulté : le pouvoir technologique a cette capacité de repousser les limites humaines au-delà des limites naturelles, engendrant ainsi des questions autour de la place de l’homme vis-à-vis de ces nouvelles technologies. Le développement technologique avec l’apparition du chronomètre a développé une avidité prométhéenne insatiable.

« Plus fort, plus vite, plus loin. »

Mais jusqu’où… et pourquoi ?

Est-ce que la technologie est au service des hommes ou l’homme est un faire-valoir technologique à travers le sport ?

Cette maxime n’est pas sans poser certaines questions.

Le succès d’une poignée d’athlètes ne doit pas faire oublier les échecs d’une grande majorité de jeunes sportifs qui auront passé une enfance de travail, occultant parfois les besoins de jeu pour des sports à début précoce comme le tennis ou la gymnastique, confrontés à la dureté de leur entraînement, à l’ambition de leur environnement aiguillonnés par une possible réussite.

Le développement du vélo a, initialement, bien épousé les enjeux du début de la société industrielle. Le vélo a permis à l’homme de se déplacer, de pouvoir accéder à un travail plus éloigné, de quitter son village, de lui permettre d’être autonome pour découvrir son environnement et d’avoir une certaine communion avec celui-ci. Il a permis aux masses populaires d’accéder aux bienfaits de la technologie avec la « petite reine » et de pouvoir en faire aussi un passe-temps. Des valeurs telle que le travail, ont pu être magnifiées dans le cyclisme. Le vélo porte le mythe que l’effort et le travail personnel sont récompensés par une victoire. Le vélo symbolise l’ascension sociale en permettant aux gens du bas d’accéder à un statut du fait de leurs victoires. Le vélo a donc été pendant de longues années en adéquation avec les mythes de la société de l’homme moderne ce qui lui a permis d’être l’un des sports majeurs du XXième siècle.

Cependant certains éléments de la civilisation du sport ont évolué. L’homme actuelle n’est plus en symbiose avec son économie, le monde politique et les intérêts de ces holding internationales. La réalité actuelle, pour des industries sportives et médiatiques dont le but est avant tout mercantile et pour des pays qui se confrontent sur le champ sportif afin d’évaluer leurs modèles politiques, sociales et économiques, est bien loin de celle de l’ouvrier d’autre fois qui essayait, en s’éprouvant avec abnégation dans le cyclisme, de faire évoluer sa condition. La dimension symbolique du sport avec ses vertus éducatives, morales, éthiques a été progressivement sacrifié sur l’autel de la compétition et de l’argent où la logique pour organiser des compétitions semblent plus suivre les déplacements de la croissance et des richesses qu’un quelconque idéal sportif.

De nombreuses questions se posent donc :

  • Quel est la place du sport dans la société actuelle ?
  • Quel est la place de l’homme dans le sport ?
  • Quel est la juste place du gain, de l’argent, du trophée dans le sport mais aussi de l’image ?
  • Quel est le sens de cette pratique sociale ?
  • Comment concilier les intérêts de groupes industriels, médiatiques et politiques et celui des sportifs ?
  • Comment concilier les intérêts d’institutions ou de groupements internationaux à des individus ?
  • Quels symboles se cristallisent dans le sport ?
  • Quels sont les valeurs de la société actuelle dont pourrait se nourrir le cyclisme du XXIe siècle comme il a su se nourrir des valeurs du XXième siècle (travail, sacrifice, effort, développement industriel, héroïsme, aventure) en faisant tout son succès populaire ?
  • Quel changement le cyclisme doit-il opérer pour continuer d’avoir une histoire au sein de l’histoire des hommes du XXIe siècle ?
  • Le cyclisme doit-il être à la traîne des évolutions de notre société ou peut-il être moteur de son évolution comme au XXième siècle en permettant l’émancipation des hommes ?
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Published by Jean-Christophe seznec
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9 décembre 2015 3 09 /12 /décembre /2015 10:11
De la danse à la schizophrénie, parcours à travers l’histoire de l’art et de la psychiatrie.

Vaslav Nijinski, né fin 1889, d’origine polonaise, a été l’un des plus grands danseurs de son époque avec les Ballets Russes. Au début du siècle à Paris, par l’entremise de Diaghilev, ce grand ordonnateur de spectacle, cette célèbre compagnie de danse a cristallisé toutes les forces créatrices du moment. La carrière de danseur et de chorégraphe de Nijinski a duré à peine 10 ans (1908 à 1917). Il a créé des ballets aussi célèbre que Petrouchka, Le Spectre de la rose. Il fut aussi le chorégraphe de quatre ballets : L’après-midi d’un faune, Jeux, Le sacre du printemps et Tills l’espiègle.

L’histoire de Vaslav Nijinski est celle d’un patient souffrant d’une schizophrénie à début dysthymique et à évolution déficitaire. Cette maladie lui a fait traverser la première moitié du vingtième siècle en compagnie des plus grands médecins de l’époque (Bleuler, Adler, Binswanger, Sakel, etc.), connaître la psychanalyse, les cures insuliniques et la psychiatrie institutionnelle. Il est décédé le 8 avril 1950 d’une insuffisance rénale associée à une artériosclérose et une hypertension artérielle. Il est inhumé actuellement au cimetière Montmartre à coté de Vestris, l’autre dieu de la danse.

Nijinski n’a véritablement existé que sur la scène, en dansant. Une fois en coulisse, il redevient un enfant désemparé et inquiet, dépendant de ses accès de colères et de son tempérament irascible et explosif, avec, comme seul intérêt capable de donner sens à sa vie, l’art du ballet.

La technique de la danse classique a permis à Nijinski de structurer une identité fragile qui s’est dissout dans la psychose une fois répudier par Diaguilev, son mentor. Les rôles que Nijinski incarne, tiennent lieu d’identité et permettent au danseur d’exister en le rassemblant. Il cesse alors d’être apathique, nerveux, maladroit, capricieux pour être attractif et poétique. L’ambivalence de son corps (un bas masculin et un haut féminin) reflète l’ambivalence de sa sexualité et sa capacité à cristalliser les fantasmes de sa femme et de son public.

Etre fragile mais extraordinaire danseur, Vaslav Nijinski est devenu éternel dans cet instant de suspension que l’on appelle le ballon, à l’apogée d’un saut, pour devenir plus qu’une étoile, un dieu de la danse.

  • Seznec J-C. : « Vaslav Nijinski : de la danse à la schizophrénie parcours à travers l’histoire de l’art et de la psychiatrie ». Ann Med Psychol 160 :158-62, 2002.
De la danse à la schizophrénie, parcours à travers l’histoire de l’art et de la psychiatrie.
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29 novembre 2015 7 29 /11 /novembre /2015 18:25
Le prix du mépris et du cynisme

Avec ce post, je décerne le prix du mépris et du cynisme à Mme Marisol Touraine, Ministre de la santé, et au gouvernement auquel elle appartient.

En effet, Marisol Touraine et le gouvernement ont choisi d'examiner la Loi Santé en ce mois de novembre 2015 alors même que les médecins avaient entamé un large mouvement de manifestation le 13 Novembre.

Ce Vendredi 13 novembre, les médecins libéraux s'étaient mobilisés comme rarement dans leur histoire. La plus part d'entre eux avaient fermé leur cabinet. Une manifestation avait bloqué le périphérique de Paris vers 19H. On se demande même si ce blocage n'a pas permis à ce que le terroriste du Stade de France arrive en retard puisqu'il s'est présenté 30 mn après le coup d'envoi ce qui a permis à un stadier de le repérer et de le refouler épargnant ainsi de nombreuses victimes.

  • Aussitôt le drame des attentats connus, tous les médecins libéraux ont arrêtéimmédiatement leur grève afin de prêter main forte à la nation.
  • Cette décision a désengorgé les urgences des hôpitaux des urgences habituelles pour laisser le maximum de place aux victimes des attentats.
  • De nombreux psychiatres libéraux ont participé à la mairie du XIème arrondissement et sur d'autres lieux aux espaces d'écoutes et d'expression. Tous les médecins libéraux ont été présents dans leur cabinet afin de prendre en charge les angoisses de leurs patients à la suite de ces terribles événements.
  • L'hôpital américain ainsi que de nombreuses cliniques privés ont proposé de recevoir gratuitement des victimes mais ont leur a envoyé aucune personne... L'UFML et l'AFTCC ont proposé une liste de psychiatres bénévoles pour venir en aide à la population.

Dans les médias et à la chambre des députés, Marisol Touraine a remercié les médecins hospitaliers mais n'a jamais prononcé le mot "médecin libéral". Elle n'a jamais remercié ces professionnels pour avoir suspendu leur mouvement et s'être mis à la disposition de la nation. Ce déni flagrant de l'existence des médecins libéraux donne l'impression d'une volonté totale de déconsidération de cette profession. Comment comprendre et accepter que dans un tel contexte de tristesse nationnale, une ministre peut faire preuve d'une telle opposition maladive, complètement inadaptée, alors que le Président de la République appelle à la concorde nationnale.

Non contente de nous ignorer, nous les médecins libéraux, Marisol Touraine s'est empressé d'entamer la deuxième lecture de la Loi Santé pendant l'état d'urgence. Pour rappel, l'état d'urgence interdit de manifester et de se réunir sur la place publique. Marisol Touraine profite donc de l'impossibilité de nous défendre pour passer en force sa loi. Trouvez vous cela moral, éthique et juste?

Elle a fait voter l'un des points emblématiques de celle-ci, le tiers payant généralisé, le jour de la commémoration nationale en mémoire des victimes! Il est incroyable d'avoir aussi peu de considération auprès d'une profession et d'une partie de la population.

Comment peut on imposer une loi en force d'en de telles circonstances alors que celle-ci est contesté par la très grande majorité d'une population?

Ce passage en force montre toute la vilénie de cette ministre et de ce gouvernement. Après un sentiment de contestation, je ressens un sentiment de haine face à tant de mépris et de cynisme.

Je ne resterai pas sans rien faire. Je le dis ici, je n'appliquerai jamais cette loi. Je préfère aller en secteur 3, c'est-à-dire exercer hors du système de sécurité social afin de garder ma liberté d'exercer et de pratiquer des soins en adéquation avec mon serment d'Hippocrate qui est si bafoué par le texte de Mme Marisol Touraine. Je ressens son mépris comme une déclaration de guerre. Aussi, je me fais un devoir de voter aux prochaines élections contre Marisol Touraine et ce gouvernement qui bafoue toute une profession en détruisant notre système de santé.

Cette loi organise un système étatique de la santé digne d'un régime stalinien tout en vendant celui-ci aux mutuelles qui préfèrent construire des stades de foot que de rembourser mieux les patients avec cet argent. Cette loi supprime le principe du secret médical et organise une inégalité sociale puisque vous serez remboursé selon la mutuelle qu'aura choisi votre employeur. Elle diminue la qualité des soins en vous imposant des soins selon une logique économique et non selon une logique d'efficacité. Cette loi permettra à la sécurité sociale de ponctionner comme elle veut sur votre compte l'argent de la part non remboursable des soins. Il est impossible de faire une loi contre une profession.

Psychiatre est un métier de réserve mais fasse à une telle agressivité et une telle volonté de destruction de ce qui fait toutes les valeurs de mon métier, j'appelle tous mes patients et toutes les personnes que je connais à voter contre Marisol Touraine et ce gouvernement aux prochaines élections. Si voulez avoir encore des médecins auprès de vous demain, écartez du gouvernement des personnes aussi vils qui mettent en place un processus de destruction de notre système de soin.

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18 novembre 2015 3 18 /11 /novembre /2015 21:50
Je suis venu car je ne savais pas quoi faire de ma tristesse…

Voici la phrase qu'a dit le petit fils de Georges Wolinski lorsqu'il a été interviewé devant le Bataclan. Les tragiques événements nous ont procuré à tous de très fortes émotions. Ralentissons pour observer que dans cette phrase on ressent que les émotions nous poussent à faire des actions que l'on aimerai utiles ou fonctionnelles. Mais que faire face à une situation si brutale et si violente?

Pour commencer, définissons ce qu'est une émotion.

Une émotion a la fonction de nous informer d'un besoin non satisfait et nous procure l'énergie pour le satisfaire. Par exemple, face à une bête féroce, j'ai peur lorsque mon besoin de sécurité est malmené et cela me donne de l'énergie pour courir plus vite afin de me protéger. Je ressens de la colère lorsque mes droits me semblent bafoués. Lorsque un proche décède, je suis triste car cela m'informe que je dois renoncer à lui dans mon présent. Cela ne veut pas dire que je dois l'oublier mais que je dois juste faire de la place dans mon présent afin d'avoir de l'espace pour vivre ma vie et pour pouvoir le ranger dans mon passé où il demeure désormais.

Ce système émotionnel a été mis en place l'âge préhistorique afin de nous aider à survivre. En effet, il était nécessaire d'anticiper la rencontre avec un tigre au dent de sable, ou autre bestiole de cet acabit, afin de ne pas mourir. Notre cerveau émotionnel nous aide à passer plus vite à l'action afin de nous protéger.

Dans notre époque moderne, on croise rarement des situations qui mettent en péril notre vie. Le plus souvent, nous avons à négocier des situations inconfortables, désagréables, frustrantes, embêtantes, gênantes mais rarement grave (c'est-à-dire mortelle ou source d'handicap). Lorsque je casse mon téléphone, ce n'est pas grave. Je ne risque probablement pas de mourir. C'est peut-être juste très embêtant parce que je n'ai pas l'argent pour m'en payer un autre ou que je perds des photos ou des coordonnées qui me tiennent à cœur.

Ce cerveau émotionnelle qui sert à nous protéger, a été mis en place lorsque l'homme préhistorique vivait dans des groupes de 10 à 20 personnes dans les vastes étendues de la savane. Dans notre époque industrielle qui date de moins de deux cents ans, il a tendance à ce déclencher excessivement. Par exemple, lorsque nous sommes 500 dans le métro et que nous ressentons de l'anxiété. On comprend que nous trouvons souvent infernale de faire les courses au supermarché le samedi matin!

Lors des attentats, notre cerveau émotionnel a été réveillé brutalement. Pour le coup, il y a eu une situation grave et mortelle pour certains. Même si dans la réalité, le nombre de morts est minime par rapport au risque que nous encourons sur les routes, notre cerveau n'a pas apprécié d'être bousculé par les événements qui remet en cause nos repères dans la vie et qui n'ont pas de sens dans le confort de notre quotidien. Notre encéphale, en s'agitant, nous demande de nous adapter. Il nous hurle qu'il y a probablement des besoins non satisfaits à cette heure. Il nous envoient des wagons d'énergie qui ont tendance à principalement une agitation cérébrale faute de savoir quoi faire devant un tel événement. Cependant, dans une telle situation, il n'est pas évident de savoir à quoi nous devons renoncer, comment restaurer notre sécurité ou défendre notre droit face à un danger qui est invisible mais que l'on sent là. Notre cerveau s'agite en nous envoyant des flots de pensées afin de trouver une solution à cette problématique afin que nous redonnions du sens à ce cataclysme et que nous trouvions une posture adaptée qui garantisse notre sécurité. Plus facile à dire qu'à faire!

Alors faute de solution immédiate, nous avons à apaiser notre cerveau émotionnel pour ne pas subir les effets indésirables de son activité : rumination, anxiété, troubles du sommeil, agitation…

Que faire?

Pour cela, nous avons à ne pas nous laisser attraper par ces pensées hameçons qui nous embarquent dans des raisonnements fallacieux, des projections anxieuses ou un imaginaire déconnecté de la réalité. Nous avons à travailler l'ancrage dans cet instant où nous sommes toujours en vie, juste là, afin de choisir le comportement qui nous semble le plus adapté tenant compte de la situation et ce qui est important pour nous. La respiration ventrale (diaphragmatique) permet de faire de la place dans notre ventre afin que l'émotion ne secoue pas notre cerveau comme un pommier. La méditation est un formidable outil pour prendre conscience de ce qui nous arrive, des jugements et des commentaires qui nous envahissent et pour nous connecter à de l'amour de soi et des autres qui seul nous permettra de nous apaiser dans cette tourmente.

Pour recommencer à vivre, il faut repartir dans la vie avec des activités simples du quotidien qui ont encore du sens dans ce désordre : faire à manger, jouer avec ses enfants, marcher, faire son jardin, etc. Des activités qui ne donnent pas à penser et qui mettent au repos notre système émotionnelle de protection.

Ensuite, nous avons probablement à renoncer au monde qui était le notre avant les attentats afin de pouvoir composer avec cette nouvelle donne. En effet, désormais, nous avons à vivre avec le fait que des tarés ont accès à des armes de guerres et peuvent à tout moment s'en prendre à n'importe qui. Quant à restaurer les droits que nous estimons bafouer, c'est un travail plus difficile et à plus long terme.

Que faire avec notre tristesse?

Prendre conscience de ce que nous avons à renoncer. Faire des actes qui ont du sens dans cet instant pour nous. Renouer avec notre groupe d'appartenance que le terroriste a tenté de faire voler en éclat. Se reconnecter à ses valeurs et donner encore plus d'amour aux autres et à soi. Qu'en pensez vous?

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14 novembre 2015 6 14 /11 /novembre /2015 23:26
Comment accompagner la survenue d'un évènement brutal et douloureux chez un individu?

Comme beaucoup, je suis éprouvé par ce qu'il vient de se passer. Que penser? Que faire? Comment agir?

J'ai pris le temps de me poser la question afin de ne pas tomber dans un vain théatralisme de ma souffrance au regard de ceux qui ont tant perdu. Aussi, j'ai eu l'intuition que c'était à travers mon métier que je pouvais être le plus utile. J'ai donc choisi de partager des éléments sur l'accompagnement d'un événement brutal et douloureux.

Qu'est ce qui arrive en nous?

Un événement brutal et douloureux est une effraction violente de notre bulle de tranquillité. Il réveille en sursaut notre cerveau émotionnel qui prend les commandes pour nous informer que notre besoin de sécurité est malmené. Ces émotions secouent notre cerveau qui produisent des pensées pour tenter de comprendre et de résoudre l'inimaginable. La machine à solution est en route pour conceptualiser ce qui est pour l'instant innommable et trouver du sens.

Cette démarche dans l'urgence est vaine. Elle génère des pensées hameçons qui nous amènent à la rumination. Elles ne font qu'augmenter la souffrance. La personne touchée quitte le présent pour faire des allers retours incessant entre le passé et le futur. Elle tente de refaire le film de l'histoire tout en se projetant dans des scénarios futurs proche de la science fiction. Ces pensées hameçons commencent par des "et si..", "je me dis…".

Tout cela se traduit par des ruminations, des insomnies et des flash-back pendant plusieurs jours. Notre cerveau est affolé pour tenter de remettre en ordre l'harmonie intérieure. C'est "normal", sachez le.

Comment faire face à ce tsunami intérieur?

Tout d'abord ralentir pour faire de la place aux émotions et essayer de les accueillir aussi grosses qu'elles soient. Pour cela, on peut pratiquer une respiration ventrale qui nous ancre dans l'instant. Respiration après respiration, on chemine pas à pas pour retrouver le chemin de son histoire. Le piège est de mordre aux pensées hameçons qui nous amènent à la rumination et à la fabrication d'émotions négatives. Les émotions ont besoin de place dans le ventre pour ne pas monter vers le cerveau et le secouer violemment.

Choisir de ne pas commenter les manifestations physiques et psychiques liées à cette épreuve. Accueillir les insomnies, les cauchemars et les flash-back comme des éléments inéluctables de la digestion de l'événement.

Ne pas s'isoler. Les émotions sont sources d'énergie. Une façon de les évacuer est de parler à quelqu'un qui sait écouter et accueillir ce que nous ressentons. Lorsqu'il nous arrive un événement intense heureux ou malheureux nous avons besoins d'en parler jusqu'à "plus soif". Le lien social permet de rééquilibrer la balance émotionnelle en générant des émotions plus positives. C'est pour cette raison que de nombreuses personnes qui vivent un événement dramatique ont envie de se retrouver. Il ne faut pas hésiter à contacter sa famille, des amis, un médecin ou un psychologue pour garder contact avec de l'humanité. Un professionnel aidera à mettre des mots, à reconnaître ce qui se passe en nous, à partager et à purger cette folle tension qui se met en place et qui peut nous déborder de toute part comme des somatisations ou de l'angoisse. En outre ces émotions peuvent réveiller d'anciens trauma.

Les objectifs de l'espace d'écoute et d'expression lors du débriefing :

  • Ecouter pour agir,
  • Ecouter c’est déjà agir,
  • Aider les individus à s’adapter à ce qui se présente à eux et à trouver de nouveaux repères.
  • Dépister les vulnérabilités individuelles
  • Verbaliser le plus rapidement les émotions afin qu’elles ne prennent pas racines pour structurer une souffrance.
  • Identifier les facteurs générateur de stress,
  • Anticiper les événements futurs en donnant une information sur les mécanismes de deuil.
  • Prévenir les pathologies liées au stress. Orienter si besoin vers le réseau de soin pour un suivi.
  • Faire un recueil épidémiologique afin d'adapter l'offre de soin.

Informations sur les étapes du deuil :

-Le déni : Au début, on n'arrive pas y croire,

-La colère :Cela met en colère

-Le rationalisme morbide : On imagine plein de chose ?

-La déprime : C’est triste, on se sent triste, c’est un sacré coup…

-L’acception : Il va bien falloir trouver une solution pour soi.

Un esprit qui éprouve des difficultés à négocier un tel événement peut être confronté aux trois F : Freeze, Fight, Fly. C'est-à-dire sidération, agitation combative ou fuite. Il est important de repérer ces tentations comportementales afin qu'elle ne nous confronte pas à un autre danger.

Si l'anxiété et les insomnies sont trop douloureuses, il ne faut pas hésiter à prendre de temps en temps un somnifère ou un anxiolytique. Par contre, il est nécessaire de laisser de coté l'alcool et les stupéfiants qui ne feront qu'augmenter les troubles malgré l'illusion des bénéfices immédiats. Attention aussi aux réactions paradoxales d'excitations ou d'agitations.

Porter un regard de compassion et d'amour sur soi afin d'accueillir sa fragilité qui nous fait ressentir que nous sommes éprouvés. Nous ne sommes que des humains.

Prendre soin de son corps en faisant de la méditation, de la relaxation, de la marche, du sport, etc. L'activité physique a des vertus anxiolytiques et antidépressives. Soigner son sommet et avoir une saine alimentation. Eviter les toxiques et les excitants.En outre, toute action positive sur notre corps rééquilibre aussi notre balance émotionnelle.

Retourner tout doucement à la vie en faisant des choses simples qui nous inscrivent dans le présent et qui ne donne pas à penser. Faire des choses simples et pragmatiques. Pour ma part, je suis allé dans mon jardin. Prendre le temps de donner de l'affection aux gens qui nous sont important autour de nous.

Se connecter aux médias de façon parcimonieuse et adaptée. La consommation de nouvelles bouleversantes participe à l'agitation cérébrale et favorise le vécu traumatique de l'événement.

En conclusion

Un évènement brutal et douloureux est comme un gros cailloux que l'on projette violement dans notre lac intérieur de sérénité. Retrouver de la paix demande le temps que les vagues puis le clapot issus de cette évènement disparaissent. Cela nécessite de la mansuétude et de la compassion à son égard afin de faire de la place à l'épreuve. Il nous informe que nous ne sommes que des êtres humains.

Bon courage à tous ceux qui sont touchés de prêt ou de loin par les événements.

Comment accompagner la survenue d'un évènement brutal et douloureux chez un individu?
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24 août 2015 1 24 /08 /août /2015 16:55
C'est la rentrée.

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Comme toutes les années, c'est la rentrée…

Les jours se raccourcissent, le thermomètre diminue, il pleut parfois pour nous faciliter les choses tout comme aujourd'hui.

Lorsque nous étions enfants, le rituel était bien rythmé. On laissait derrière nous les vacances, les copains, les amours de l'été pour se retrouver chez soi à ranger son bureau, à acheter ses fournitures et faire son cartable. En effet, avant la rentrée, il y avait la pré-rentrée avec un petit tour chez le coiffeur, au supermarché ou autres boutiques pour s'acheter son nouveau trousseau. Nous regardions avec envie ceux qui arrivaient avec insouciance la veille tout bronzés des derniers rayons de soleil glanés. La page se tournait clairement même si pour certains, "rentrée" voulait dire avec un peu de douleur "fini le temps des vacances", ou "voici le temps du travail" accompagnés parfois d'immenses soupirs.

Pour ma part, enfant, j'adorai la rentrée car c'était l'occasion de revoir mes amis. J'avais plein de choses à leur raconter. C'était aussi la promesse d'une nouvelle aventure scolaire avec un appétit immense de ces nouvelles choses à découvrir et à apprendre, pour ses challenges scolaires à surmonter. Maintenant, lorsque je raconte que j'adorais l'école, on me prend, en riant, pour un "fou". Oui, j'aimais l'école, celle de la république, de Pagnol et du capitaine du "Cercle des poètes disparus". Dans mon école, un instituteur ou un professeur était quelqu'un de respectable qui nous permettait de construire un avenir.

Depuis, les choses ont bien changé. A notre époque, on consomme plutôt l'instant présent. Les enseignants sont devenus des employés de l'Etat qui ne sont là que pour appliquer les dernières directives de petits Colberts qui chaque année pensent avoir inventer le fil à couper le beurre dans un pays de plus en plus réglementés. Ceux qui ont des enfants se demandent comment ils vont faire pour survivre aux dernières directives ubuesque comme les rythmes scolaires, donner une chance à leurs rejetons tout en conciliant leur vie professionnelle

Ce gout est peut-être mon coté vieille France qui donne de la valeur à l'école. En effet, l'école m'a permis de me construire, de grandir et de m'élever. J'y ai rencontré des gens formidables et y ai noués de nombreuses amitiés que je retrouve parfois avec plaisir au hasard d'un réseau. Au fil des années, mon caractère s'est renforcé et je me sens grandi par les épreuves surmontées lors de cette scolarité.

Devenu adulte, il n'y a plus beaucoup de "rentrée" en dehors de celles des enfants que je côtoies. La vie est beaucoup moins devant moi et la rentrée rythme de plus en plus le temps qui passe, l'impermanence des choses et la finitude de la vie. Le temps devient plus linéaire. Les seules marches à franchir sont celles de l'âge. Les vacances ne se prennent pas forcément qu'en été et le monde qui se présente à nous n'est pas toujours plein de promesse. Alors parfois, je songe à ces rentrées d'un temps révolu et j'observe avec sourire comment les sentiments qui paraissaient intangibles s'érodent, comme dirait Léo, avec le temps.

Versant désormais dans la culture de l'instant présent, je me sens osciller entre la nostalgie de ces souvenirs d'enfant et la capacité désormais de savourer chaque saison avec ses charmes et ses couleurs. Peter Sellers dans ce fabuleux film "Bienvenue, Mister Chance, dirait après l'été, l'automne… Les pessimistes, adeptes de Game of Throne, diraient "Winter is coming". En effet, la rentrée, c'est aussi pour certains la période des révolutions. Octobre s'annonce comme un mois de lutte pour les médecins afin de défendre leur honneur, leurs droits et leur identité. Il est nécessaire de prendre ses responsabilités en s'engageant dans les luttes nécessaires. Je ne veux pas voir mon métier de médecin s'ébrécher comme ce formidable métier qu'était celui d'enseignant. Si j'avais le choix, j'aurai préféré que cette rentrée ne soit pas sociale mais plutôt l'été dure encore ou avoir devant moi les promesses de mes rentrées d'enfant.

pour plus d'info

http://hippocrateenlacite.wordpress.com/

http://marche-mst71.jimdo.com/la-marche/

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6 août 2015 4 06 /08 /août /2015 14:42
Le samouraï du pont

Un jeune moine se rendait en ville, porteur d’un pli important à remettre en mains propres à son destinataire. Il arrive aux abords de la ville et, pour y pénétrer, doit traverser un pont. Sur ce pont se tenait un Samouraï expert dans l’art du sabre et qui, pour prouver sa force et son invincibilité, avait fait le voeu de provoquer en duel les 100 premiers hommes qui traverseraient ce pont. Il en avait déjà tué 99. Le petit moine était le centième. Le Samouraï lui lança donc un défi. Le moine le supplia de le laisser passer car le pli qu’il portait était d’une grande importance.
- "Je vous promets de revenir me battre avec vous une fois ma mission accomplie."
Le Samouraï accepta, et le jeune moine alla porter sa lettre. Mais avant de retourner sur le pont, il se rendit chez son Maître pour lui faire ses adieux, certain qu’il était perdu.
- " Je dois aller me battre avec un grand Samouraï, lui dit-il, c’est un champion de sabre et moi je n’ai jamais touché une arme de ma vie. Je vais donc être tué..."
- "En effet, lui répondit son Maître, tu vas mourir car il n’y a pour toi aucune chance de victoire, tu n’as donc plus besoin d’avoir peur de la mort. Mais je vais t’enseigner la meilleure façon de mourir : tu brandiras ton sabre au dessus de ta tête, les yeux fermés, et tu attendras. Lorsque tu sentiras un froid sur le sommet de ton crâne, ce sera la mort. A ce moment seulement, tu abattras les bras. C’est tout..."
Le petit moine salua son Maître et se dirigea vers le pont où l’attendait le Samouraï. Ce dernier le remercia d’avoir tenu parole et le pria de se mettre en garde. Le duel commença.
Le moine fit ce que son Maître lui avait recommandé. Tenant son sabre à deux mains, il le leva au dessus de sa tête et attendit sans bouger. Cette attitude surprit le Samouraï car la posture qu’avait prise son adversaire ne reflétait ni la peur ni la crainte. Méfiant, il avança prudemment. Impassible, le petit moine était concentré uniquement sur le sommet de son crâne.
Le Samouraï se dit : "Cet homme est sûrement très fort, il a eu le courage de revenir se battre avec moi, ce n’est certainement pas un amateur."
Le moine toujours absorbé, ne prêtait aucune attention aux mouvements de va-et-vient de son adversaire. Ce dernier commença à avoir peur : "c’est sans aucun doute un très grand guerrier, pensa-t-il, seuls les maîtres de sabre prennent dès le début d’un combat une position d’attaque. Et en plus, lui, il ferme les yeux."
Et le jeune moine attendait toujours le moment où il ressentirait ce fameux froid au sommet de sa tête. Pendant ce temps le Samouraï était complètement désemparé, il n’osait plus attaquer, certain au moindre geste de sa part d’être coupé en deux. Et le jeune moine avait complètement oublié le Samouraï, attentif uniquement à bien appliquer les conseils de son Maître, à mourir dignement.
Ce furent les cris et les pleurs du Samouraï qui le ramenèrent à la réalité :
- "Ne me tuez pas, ayez pitié de moi, je croyais être le roi du sabre, mais je n’avais jamais rencontré un Maître tel que vous. S’il vous plaît, s’il vous plaît, acceptez moi comme disciple, enseignez moi vraimen
t la Voie du sabre..."



Votre attitude est votre force, apprenez à être dans le "kairos", et à agir selon la circonstance, avec votre présence et non vos émotions, votre posture et votre regard sont le miroir pour les réactions de votre interlocuteur, apprenez à agir avec les mots, la gestuelle, et le regard, en lien avec vos cinq sens... Compliquée me direz vous ! En prendre conscience est une première étape, et l'entrainement commence... le changement vient de soi, et non des autres, à nous, de faire des choix et d'avoir les bonnes attitudes personnelles ou professionnelles.


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8 juillet 2015 3 08 /07 /juillet /2015 15:34
Le sport, un spectacle comme un autre?

Que reste-t-il du sport?

Le sport moderne est né au début du XXième siècle. il s'agit d'une activité sociale contextuelle liée à l'industrialisation de notre société. Le sport est le miroir de cette société. Or au cours des année 1980, la société a muté. la société industrielle est devenue la société du spectacle. Au cours de cette révolution sociétale, avec l'apparition de nouveaux paradigmes, le sport a perdu sa mythologie. En effet, le sport de Coubertin donnait la possibilité à un simple mortel dans le stade, sous le regard e l'agora, de devenir un héros ou un demi-dieu. C'est en effet le regard du peuple qui adoubait tel ou tel sportif après une victoire. Cet adoubement permettait au vainqueur de redistribuer ses cartes sociales. Cette reconnaissance était une deuxième chance de vie afin de changer de caste sociale. Ainsi, le sportif portait l'espoir d'un peuple en lui signifiant que rien n'étai définitif. Cette mécanique offrait à chacun la possibilité de sortir de son destin familial. Par exemple, le cyclisme permettait autrefois aux coureurs bretons de sortir du destin du père.

Les sportifs suivent la logique des chevaliers. J'ai pu en effet constater lors de mes interviews de cyclistes que j'ai effectué lors d'un rapport sur l'état du cyclisme pour le compte de l'UCI que lorsque l'on demande à un athlète de se présenter, il ne fait qu'égrener ses trophées. Il va de tournoi en tournoi pour fortifier son blason et son nom. Son identité est celle des épreuves franchies qui lui donnent une légitimité et un statut. A la suite de la révolution sociétale que je viens d'évoquer, le sport est devenu un spectacle et fonctionne désormais comme les règles de la téléréalité, mais le scénario est induit par la pression que le business sportif impose aux acteurs. On y observe des histoires romanesque : la naissance d'un héros qui touchent le domaine des dieux pour mieux ensuite retomber. Plus le héros est improbable et plus il est adulé, comme Franck Ribéry avec sa gueule cassée, Alain Giressse autrefois pour sa petite taille. Ensuite, il chute afin de nous rappeler qu'il est un être humain comme nous, ce qui nous rassure et nous empêche de le jalouser et nous permet de passer à un autre héros dans une consommation de rêves organiser par l'industrie du spectacle sportif. Franck Ribery a chuté avec Zahia et la coupe du monde en Afrique du sud. L'affaire Oscar Pistorius est l'exemple de l'instrumentalisation d'un homme par la société du spectacle. Il est à la fois assez proche de nous pour que nous puissions nous identifier à lui et juste assez loin pour pouvoir être soulagés de ne pas subir le même destin tragique.

Par ailleurs, les besoins économiques organisent la mise en scène et influent les règles du jeu

Les athlètes, des artistes?

Les athlètes sont-ils encore des athlètes ou dorénavant des artistes? Si c'est le cas, il peut être difficile de leur demander de rester exemplaire alors que de nombreux artistes vivent une vie rock'n'roll faite de substances. Est-ce que cette évolution est un mal? Faut-il faire le deuil d'une société révolue pour se jeter dans l'ère du spectacle?

La question et la réponse sont compliquée. Oui, les athlètes participent désormais à des spectacles sportifs. Les jeux olympiques ou les coupes du monde sont organisés comme tels. Pourtant sont-ils des artistes? Si c'est le cas, pourquoi leur interdire de prendre des substances puisque l'on n'a pas interdit à Janis Joplin, Jim Morrison ou tout autre artiste de prendre de la drogue. IL n'existe pas de contrôle antidopage avant de monter sur scène ou de produire une toile ou de participer à une performance et même avant de faire un discours politique (on aurait probablement de drôle de surprise!). On demande aux sportifs d'être les héros d'une société qui, elle, ne se prive pas d'abus. On leur demande d'être des anges et les gardiens de notre humanité alors que la population ne se gêne pas pour consommer toutes sortes de drogues et se livrer à des comportements discutables. Les étudiants, les conférenciers ou les musiciens prennent des bêtabloquants ou d'autres produits pour réussir leurs examens ou leurs oraux alors que l'on demande aux sportifs de ne pas le faire. On exige du sportif qu'il participe à des contrôles antidopage et qu'il pratique une évaluation psychologique annuelle alors que l'on ne demande pas aux politiques et aux fonctionnaires qui nous gouvernent de le faire malgré leurs importantes responsabilités. En outre, les politiques participent à des compétitions : les élections. Pourtant certains comportements peuvent nous faire penser qu'ils ne sont pas toujours aptes ou "clean". Pourquoi les psortifs devraient être plus "clean" que les politiques et que les artistes?

La question est mal posée. Comme le dit l'aphorisme, ce n'est pas parce que quelqu'un se jette par la fenêtre que l'on doit faire la même chose. Il est possible d'avoir du discernement et donner à chacun les moyens de se protéger à certaines dérives .Les sportifs ont une responsabilité médiatique puisqu'ils sont l'objet d'une identification majeure notamment par la jeunesse. Ce qui est gênant, c'est que l'environnement fait tout pour conduire les psortifs à dépasser la ligne jaune tout en leur interdisant en dernière instance. Le système est pervers et il es tdifficile pour les sportifs de maintenir une éthique au risque d'être exclus du jeu sportif. Le spectacle sportif ne répond pas aux critères de l'art. Beau sujet de philosophie au bac : le sport est il un art? Il n'y a pas de création, ni de questionnement no tous les autres éléments nécessaires à la définition de l'art même si ce spectacle nous procure de l'émotion et même si depuis l'urinoir de Marcel Duchamp, il est facilement possible de décréter que n'importe quoi est de l'art. De la même manière, les acteurs de la téléréalité ne sont pas reconnus comme des artistes, les sportifs sont des employés ou des artisans du spectacle sportif, mais pas des artistes. Certains s'approchent de la condition d'artistes par leur virtuosité et par la beauté de leur performance, mais c'est la conséquence de leur travail et de leur talent, et non leur état social. L'exemplarité qu'on leur demande est difficile à tenir.

Sport et média

La responsabilité en incombe aux médias et à la société du spectacle, qui instrumentalisent et vendent la mythologie du sport au public alors que le sport n'a plus rien à voir avec ces valeurs. Lorsque j'ai interrogé pour l'étude de l'UCI de jeunes sportifs, ils avaient le sentiment de faire du sport mais les professionnels disaient qu'ils étaient passés brutalement dans le showbiz et que cela n'avait plus rien à voir avec le vélo de leur jeunesse. Les médias et les sponsors s'appuient sur ces valeurs, car c'est un bon levier marketing pour guider le spectateur mouton.

Le spectacle sportif est devenu semblable à certains sites qui ne sont plus des villes mais des lieux-musées pour tourisme, comme le Mont Saint-Michel ou la ville close de Concarneau. On y va pour consommer une image qui n'a plus rien à voir avec la réalité sociale de ce qui en reste. La fonction de ces villes n'est plus d'être un lieu de vie, mais un lieu de spectacle pour le touriste, comme la fonction du sportif n'est plus de se réaliser et d'être, mais de satisfaire le spectateur pour qu'il consomme du produit sportif assaisonné de publicité. Les médias ont transformé le monde en parc Disney. Le sport est un des éléments de la grande parade.

La télévision est largement en cause. Elle happe l'attention du spectateur dans l'instant. La télévision est l'opium du peuple de notre époque. Avide du spectacle immédiat, le spectateur en oublie l'histoire. Il est devenu un voyeur du sport-réalité mis en scène. Il balaie ses anciens héros et efface de sa mémoire les histoires sportives troubles qui viennent entacher son plaisir avide de consommation.

La chute du sport est aussi un spectacle

Il est fascinant d'observer que chaque année lors du Tour de France, on s'offusque de la situation du dopage comme si on la redécouvrait. En 2013, les sénateurs ont produit un nouveau rapport pour alerter l'opinion. Avec mon entreprise, AlteRHego, j'ai effectué, voilà plusieurs années, un travail sociologique, psychologique anthropologique de plus de six mois sur le vélo à la demande de l'UCI comme personne ne l'avait jamais fait autour d'un sport à la demande d'une fédération internationale. Ce travail a couté beaucoup d'argent et a mobilisé cinq chercheurs à temps plein pour aboutir à des préconisations pratiques. Ce travail considérable n'a jamais été repris ni mis en œuvre par l'UCI pour se dédouaner des critiques dont elle fait l'objet chaque année. Ce travail a été principalement effectué en France. Pourtant, la FFC l'a traité avec le plus profond mépris en dépit des préconisations pratiques proposées qui offraient des pistes d'évolution sans être dans le jugement. Alors chaque année, j'observe que l'oublie le rapport précédent, pour pousser des hauts cris et rendre un autre rapport comme celui des sénateurs en 2013 sans tenir compte des rapports précédents. Chaque année, on assiste à la même théâtralité comme une comédie de boulevard avec les méchants sportifs, les experts qui défilent avec les pourfendeurs du dopage tout en s'arrangeant pour que rien ne change véritablement et pour pouvoir rejouer le même spectacle politique l'année suivante. Celui qui paie de ce triste spectacle est le sportif qui y laisse sa santé ou qui en perd la vie comme Pantani.

références :

Jc Seznec :"J'arrête de lutter avec mon corps", ed Puf

Jc Seznec et al : Act, applications pratiques", Ed Dunod

F. Thomazeau : "L"imposture du sport". Ed First document

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22 juin 2015 1 22 /06 /juin /2015 09:29
Nijinski, la diagonale du fou

Voilà 50 ans que Vaslav Nijinski, le dieu de la danse, est mort. Vaslav Nijinski, c’est à la fois la grande épopée créatrice des ballets russes et un voyage dans l’histoire de la psychiatrie à travers sa maladie, la schizophrénie.

Vaslav Nijinski est né à Kiev vers fin 1889 ou début 1890 (la date est incertaine) de parents polonais. Ceux-ci étaient des danseurs itinérants qui allaient de cirque en cirque sur les routes de Russie. Les parents de Vaslav eurent ensemble trois enfants : un fils aîné de 2 ans plus âgé que Vaslav (Stanislas) et une fille cadette (Bronislava), malgré une tentative d’avortement. Enfants de la balle, Stanislas, Vaslav et Bronislava ont appris à danser, à faire le spectacle et à plaire avant de savoir marcher.

Le Frère aîné de Vaslav, Stanislas, était un enfant turbulent et impulsif qui a eu de nombreux accidents domestiques jusqu’à ce qu’il chute du quatrième étage. A la suite de cet accident et plusieurs jours de coma, Stanislas n’a plus été le même enfant. Tout d’abord, il a été un enfant trop doux, trop calme et retardé puis il a été un adolescent turbulent ce qui a nécessité son placement définitif en hôpital psychiatrique. Il mourut en 1918 pendant que son frère sombrait dans la folie.

Sa sœur a été la compagne de toujours de Nijinski. Danseuse, elle a suivi Vaslav dans les Ballets Russes. Elle a été à ses cotés pour rendre compréhensible aux autres danseurs de la compagnie les idées chorégraphiques de son frère. Elle a essayé de l’aider à reconstruire une troupe de danse après son licenciement des Ballets Russes. Ce fut une grande chorégraphe qui a signé de fabuleux ballets comme «noces » pour le compte des Ballets Russes sous le nom de Nijinska.

La mère de Vaslav, Eleanora Nicolaevna Bereda, était la fille d’un ébéniste joueur, alcoolique et dépressif. Son père décéda alors qu’elle avait sept ans d’une «crise cardiaque », suivi de peu par sa mère à l’issu d’un deuil pathologique. Elle a été élevée par ses sœurs et fut recrutée par une troupe de danseurs à l’âge de 12 ans. Elle était craintive, soufrant d’angoisse. On rapporte qu’elle réagissait aux frustrations par des accès de rage ou bien des accès de dépression. Elle faillit se marier avec un officier russe à 19 ans mais celui-ci exprima des remarques méprisantes à l’égard des polonais ce qui mit fin à cette relation. Ce n’est qu’à 27 ans qu’elle rencontra le père de Nijinski.

Le père de Nijinski, Thomas Lavrentievitch Nijinski, avait des qualités athlétiques exceptionnelles. Il effectuait des sauts d’une hauteur inhabituelle et avait de grands talents d’acteur. Dès la première rencontre avec Eleanora, à 22 ans, il demanda sa main en mariage. Celle-ci accepta lorsque celui-ci, à force de demandes, brandit un pistolet en disant que cela serait la dernière fois qu’il la lui demandait. Il est décrit comme immature sur le plan affectif et avec une réputation d’homme impétueux, voire violent.

Nijinski était un enfant turbulent qui semblait être fait pour la danse. Il connut son premier succès public à quatre ans quand il dansa le hopak pour les fêtes de pâques habillé en petite fille. Avec sa peau brune, ses grands yeux marron, il était impossible de voir que c’était un garçon. Il ressemblait à une petite Ukrainienne.

A six ou sept ans, il faillit se noyer alors qu’il était avec son père sur le bord de la Neva. Cet événement s’imprima fortement dans le souvenir de Nijinski.

Pour des artistes itinérants, trois enfants étaient difficiles à gérer. La mère de Vaslav devait rester à la maison s’occuper d’eux pendant que le père partait en tournée danser. Au cours d’un séjour en Finlande, son père eu une liaison avec une danseuse prénommée Rumiantseva. Il naquit une petite fille prénommée Marina. Puis, il quitta définitivement le foyer familial pour cette nouvelle famille.

Après ce départ et avec le handicap de son frère, Vaslav devint plus ou moins le chef de famille. La famille partit habiter à Saint-Petersbourg. Eléonara inscrivit Vaslav dans la prestigieuse Ecole Impériale de Ballet, en internat. Au concours d’admission où les qualités de chaque candidat sont particulièrement décortiquées, Vaslav failli échouer à cause de son air gauche et d’avoir une santé délicate ainsi que ses difficultés de langage et son terrible accent polonais qui lui donnait un air stupide et de faible d’esprit. D’ailleurs, celui-ci parlait qu’avec réticence, appréhendant les réactions qu’il suscitait. Mais avec les connaissances d’Eleonara et la réputation de danseur du père, on prêta plus attention à sa candidature. Celle-ci fut accepter lorsque le danseur Nicolas Legat lui demanda de faire quelque pas et de sauter…

En internat, il avait peu de contact. L’école était gérer comme une école militaire. Il était strictement interdit de parler en cours. L’isolement social de Vaslav était accentué par son physique inhabituel qui rappelait celui des tartares : un haut très féminin, des pommettes hautes, des yeux légèrement bridés, des longs cils duveteux et des cuisses très puissantes et musculeuses. Il faisait souvent l’objet de railleries. Ses camarades le surnommaient le «petit japonais ». Il grimpa très rapidement les échelons. Jaloux de son succès auprès des professeurs, ses camarades lui disaient qu’il était une fille pour danser aussi bien. Prompt à la colère, se battait fréquemment. Sa mère s’inquiétait pour lui mais Vaslav ne voulait pas qu’elle l’accompagne au cours de danse pour ne pas alimenter les quolibets. Tout cela tourna mal puisque le 13 mars 1901, au cours de sa troisième année d’école, une bande de garçon lui joua un terrible tour. Ses camarades l’ont défié de sauter par-dessus un lourd pupitre de bois. A u moment du saut, l’un d’eux savonna le sol tandis qu’un autre surélevait le pupitre. Vaslav heurta le pupitre de plein fouet, ce qui provoqua une contusion hépatique associée à une hémorragie interne. Il resta dans le coma pendant 5 jours. Cet accident l’empêcha de danser pendant 6 mois.

Avant même la fin de ces études, il fut reconnu comme un danseur de grand talent, extrêmement agile et plein d’énergie, possédant le sens de la musique et de la communication non verbale lui permettant de danser aisément avec des partenaires. A 18 ans, il dansa un pas de deux avec la grande Anna Pavlova. Michel Fokine le repéra et créa pour lui un ballet « Le Pavillon d’Aramide ».

Il obtint son diplôme le 29 avril 1907. Ce fut un bouleversement dans la vie de Nijinski. En effet, ce jeune danseur malhabile dans les relations sociales, devint brutalement « Artiste des théâtres impériaux » et célèbre. Le public se déplaçait en foule et de très loin pour le voir danser. Les familles aisées voulurent lui confier leurs enfants mais ses difficultés de communication verbales le firent considérer comme un piètre professeur. Le Tsar lui offrit une montre en or pour lui témoignée de son estime.

Son père voulu profiter de cette célébrité. Il invita Nijinski à Gorki. Leur rencontre se termina rapidement par une violente dispute face au refus de Vaslav de rencontrer la nouvelle femme de son père. Il rentra au bout de vingt-quatre heures pour présenter des signes de dépression (repli et sentiment de mort et d’abandon).

Cette nouvelle liberté le terrifiait, lui qui a vécu si longtemps dans une institution habillée d’un uniforme. Dorénavant, il était riche, indépendant, il lui fallait apprendre à vivre et à s’habiller pour traîner les salons de l’aristocratie où on le demandait. Il se sentait isoler dans ce monde et en manque d’affection, ce qu’il compensait par le travail physique et une exigence extrême. Déprimé, le Prince Pavlel Lvov, en Pygmalion, fit de Nijinski son objet amoureux. Tout le monde trouva bénéfice à la situation : le prince qui jouait au mentor, Nijinski qui trouva dans le prince un homme pour l’aider, le soutenir et lui apprendre à vivre, et sa mère qui trouvait dans le prince un gage de sécurité financière. Nijinski devint moins timide et pris confiance en lui. Sa première relation hétérosexuelle fut avec une prostituée sur l’incitation d’un danseur « afin de faire de lui un homme ». Il en garda comme souvenir une blennorragie douloureuse qui dura 5 mois.

La relation avec le prince Lvov dura un an, jusqu’à ce que celui-ci céda Nijinski à Diaguilev. Diaguilev était un homme de passion, dont l’unique ambition était d’exceller, de devenir célèbre, de faire connaître ses idéaux, de commander aux autres et de se lancer dans des entreprises toujours nouvelles, toujours plus excitantes, toujours plus appréciées. La poursuite acharnée de ces objectifs, le rendait impitoyable et perfectionniste ; il avait besoin de s’entourer d’une coterie de collaborateurs loyaux et dévoués, mais aussi imaginatifs et ingénieux afin de lui fournir de nouvelles idées et de l’aider à mettre en exécution ses projets. Il aimait la bonne chair, le confort et les beaux vêtements, les femmes et les hommes séduisants. Souvent volage, il cherchait à s’attacher un amant fidèle, capable de partager sa vitalité de tendre un miroir à sa propre aura. Serge Lifar disait que « Diaguilev ne pouvait résister au charme ensorcelant des jeunes talents et au désir de faire vivre ce génie, de l’aimer et de le révéler au monde ».

Donc en, 1908, Nijinski fut l’amant et le danseur étoile de Diaguilev pour la grande aventure artistique que fut les Ballets Russes à Paris. Les ballets russes cristallisèrent à Paris les plus grands artistes du moment (Stravinski, Benois, Cocteau, Pavlova, Baskt, Picasso, etc.). Le premier chorégraphe fut Michel Fokine qui révolutionna la danse de l’époque en demandant aux danseurs de dramatiser les rôles qu’ils incarnaient en leur insufflant de la vie.

Le 16 avril 1908, Nijinski demanda aux théâtres impériaux un congé de deux mois afin de participer à la première saison des Ballets Russes à Paris. Il fut accompagné par Bronislava qui fut engagé comme danseuse dans la troupe et sa mère afin de chaperonner son fils. Ce fut un triomphe exceptionnelle. Lors de la première, le 18 mai 1909, Nijinski jouait le rôle de l’esclave dans « Le Pavillon d’Armide ». Après un pas de trois avec sa sœur et Karsavina où il dansa à merveille, il s’envola d’un bond dans les coulisses. Personne dans le public ne le vit atterrir. Aux yeux de tous, il était resté suspendu en l’air et s’était évaporé. Cela déclencha un tel tonnerre d’applaudissements que l’orchestre arrêta de jouer. En un éclair, Nijinski était devenu une vedette et le lendemain dans la presse « le Dieu de la danse ». Auparavant, il n’y avait eu qu’un seul danseur à porter ce titre : Auguste Vestris, la grande étoile française du XVIIIième siècle auprès de qui Nijinski est enterré à Montmartre.

Nijinski était un danseur d’exception. Gauche dans la vie de tous les jours, s’exprimant difficilement et au caractère explosif, il se métamorphosait dès qu’il enfilait son costume. Petit avec des jambes viriles et musculeuses et un buste frêle et féminin, il dégageait une ambiguïté sexuelle qui se transformait sur scène en une animalité érotique qui rendait le public hystérique. Ses sauts et ses envols prenaient un caractère phallique qui électrisait le spectateur. Hors de scène, il semblait apathique et renfermé et était traîné dans les salons mondains par Diaguilev devenu la figure des cercles homosexuels parisiens. Il vivait hors des contingences et des réalités du monde, ce qui fut notamment à l’origine de la fin de sa collaboration comme chorégraphe avec Diaguilev et de tous ses cuisants échecs dans ses tentatives de gérer une compagnie. Il était incapable de s’adapter à la matérialité de la vie et n’avait aucune conscience de la complexité de la tache que constituait l’organisation d’une troupe.

Diaguilev et Nijinski ont formé un couple passionnel et névrotique, fait de conflit, mais ne pouvant pas se passer l’un de l’autre pour la création. Dans leur collaboration, Nijinski a apporté son génie de créateur et de danseur, Diaguilev son sens de l’organisation, son savoir-faire, son argent et sa capacité à susciter la création et à fédérer les génies du moment.

La qualité de ses sauts furent exploiter tout au long de sa carrière notamment dans le « Spectre de la rose» où Nijinski sorti de scène d’un bond à travers une fenêtre (ce qui n’est pas sans rappeler l’accident de son frère).

Au cours de cette première saison, on diagnostiqua chez Nijinski une fièvre typhoïde et fut mis en quarantaine en habitant définitivement chez Diaguilev, ce qui permit à ce dernier de faire dorénavant l’économie d’un salaire en subvenant à au besoins de Nijinski.

Le 24 janvier 1911, Vaslav fut renvoyer des théâtres impériaux pour avoir scandaliser le public et la famille royale en dansant le rôle d’Albrecht dans Giselle vêtu seulement d’un collant et d’un cache sexe (il avait refuser de mettre la culotte habituelle), en plus de ses absences répétées pour participer aux Ballets Russes.

Au cours de l’année 1912, trois événements capitaux eurent lieux dans la vie de Nijinski. Bronislava se maria à un danseur des ballets russes (15 juillet), son père décéda d’un abcès de la gorge à 50 ans (15 octobre) et Nijinski dansa pour la première fois sa chorégraphie « L’après-midi d’un faune » (29 mai) d’après un poème de Malharmé et sur une musique de Claude Debussy. Il lui fallut un an pour mettre en place sa chorégraphie entre l’apparition de troubles psychiatriques étiquetés comme neurasthénie, son obsession naissante pour Tolstoï et sa difficulté à transmettre ses idées. De plus les danseurs de l’époque était habitué à mettre en place de nouveaux en quelques jours en s’appuyant sur des pas et des enchaînements standards. Pour L’après-midi d’un faune, ils leurs fallurent apprendre de nouveaux pas que Nijinski voulait très précis. La réalisation de ce ballet ne fut possible que grâce à la patience de sa sœur pour traduire et transmettre les idées chorégraphiques de son frère. Ce ballet constitua l’œuvre la plus révolutionnaire de l’époque en mettant en scène un être mi-homme, mi-animal, dansant en compagnie de nymphe, pour finir seul et atteindre une satisfaction auto-érotique jusqu’à la jouissance à l’aide d’un voile abandonné par l’une d’elle, en utilisant une technique de danse complètement nouvelle. Le scandale de cette œuvre fit son succès.

En 15 mai 1913, il présenta son second ballet « Jeux », très inspiré de la gymnastique rythmique et sportive de Dalcroze, et qui mettait en scène trois personnage évoquant les jeux sexuels (notamment homosexuel afin de s’opposer et stigmatiser Diaguilev) à travers une partie de tennis.

Le 29 mai 1913, le Sacre du Printemps, sur une musique de Stravinski fut joué pour la première fois. Cet œuvre constitue l’apothéose du génie créateur de Nijinski. A l’encontre de tous les codes de la danse classique, il met en scène l’arrivée du printemps en Russie à travers le sacrifice d’une vierge. Lors de la première se fut une émeute. Au cours des répétitions, il fit sa première crise d’agitation avec des idées de persécution où il faillit commettre un homicide sur son beau-frère, en l’accusant d’avoir mis enceinte sa sœur pour ne pas lui permettre de tenir le rôle titre du ballet.

Diaguilev arrêta là sa collaboration avec Nijinski comme chorégraphe à cause du caractère tumultueux de Vaslav, de l’échec commercial de « Jeux » et du « Sacre » et du fait de la nécessité d’assainir ses finances.

Le 16 août 1913, les ballets russes partent en tournée en Amérique du sud. Diaguilev reste en Europe par peur de la longue traversée de trois semaines en bateau. C’est au cours de ce voyage que Romola Pulszki fait sa cour à Nijinski. Romola est une jeune femme froide et indépendante, issue de la haute bourgeoisie hongroise qui intrigua pour atteindre l’environnement de Nijinski après avoir eu le coup de foudre pour lui en l’ayant vu danser Arlequin à Vienne. Ce voyage de trois semaines, loin et libre de l’emprise de Diaguilev, fut l’occasion inouïe pour cette groupie d’arriver à ses fins. Cette histoire se termina par le mariage de Nijinski et de Romola peu après leur débarquement à Buenos Aires et la naissance de Kyra neuf mois plus tard.

Ce mariage bouleversa les relations de Nijinski avec les Ballets Russes et Diaguilev. Celui-ci fut immédiatement licencié. Le début du drame commença. En effet, Nijinski était un inadapté social qui avait toujours vécu dans le cocon de la danse et dépendant. Livré à lui-même, avec une femme non danseuse, il lui était impossible de se reconstruire, ce d’autant que les Ballets Russes constituaient la seule véritable compagnie de danse de l’époque. Il tenta de remonter une troupe avec le soutien de sa sœur à Londres mais ce fut un échec rapidement. Son handicap social associé à une hyperactivité l’entraînait irrémédiablement vers l’épuisement physique et psychique qui se symptômatisait par une labilité émotionnelle et de nombreuses crises explosives. Dans le contexte de la première guerre mondiale, il fut obligé d’aller se reposer en Hongrie chez ses beaux-parents pendant presque deux ans. Il profita de ce repos pour mettre en place un système de notation de la danse (activité hypomaniaque avec idées mégalomaniaques ?)

Suite à l’empressement de ses amis de l’aristocratie et de la haute bourgeoisie ainsi que de ses fans auprès de Diaguilev et des différents gouvernements, dans ce contexte de guerre, il put partir à nouveau avec les Ballets Russes pour une série de représentation au Metropolitan Opera de New-York. C’est là que Nijinski créa sa quatrième et dernière chorégraphie « Tills l’espiègle » sur une musique de Strauss. Une tournée s’organisa à travers les Etats-Unis avec Nijinski comme directeur de la compagnie. Le même scénario se répéta avec la désorganisation de la compagnie et les troubles du comportement de Nijinski. Les premières idées délirantes autour de Tolstoï et à thématique mystique débutèrent à ce moment là. La tournée se poursuivit un temps en Espagne puis à nouveau en Amériques du sud pour s’achever le 26 décembre 1917. Au cours de cette tournée, Nijinski était de plus en plus replié sur lui, plongé dans des pensées noires en développant des idées de persécution et de complot. A la suite de celle-ci, il partit s’installer en Suisse à Saint-Moritz, ce qui constitua le début de sa deuxième vie consacré non plus à la danse mais à sa maladie.

Par la suite, il ne redansa qu’une fois, en janvier 1919, au cours d’une soirée au grand Hôtel de Saint-Moritz. Ce fut un spectacle fascinant ou Nijinski, en plein délire, improvisa une danse où il tenta de mettre en scène une humanité souffrante remplie d’horreur.

Au cours de ce séjour, il commence à dessiner. En six semaines, il écrit ses fameux cahiers où apparaissent les idées délirantes et la dissociation. Il présente une cyclicité de l’humeur avec des périodes de repli dépressif et des périodes d’exaltation maniaque, une écholalie, une fuite des idées. Il évoque des idées mégalomaniaques : invention du stylo à bille, désir de conseiller les grands de ce monde, se prend pour Dieu et le Christ, hyperactivité écrite, achats massifs. Il a des idées délirantes à thématiques mystiques, sexuelles (manger de la viande = incitation à la masturbation) et hypochondriaques (autour de ses intestins) mais aussi autour de Tolstoï. Trois personnages vont désormais cohabiter en Nijinski : le danseur, le fou au comportement violent et vindicatif et le patient passif et obéissant.

Il est soigné par le Dr Greiber, un élève de Bleuler, qui est fasciné par la personnalité de Nijinski mais aussi par sa femme… Celui-ci va tenter une approche psychanalytique avec son patient après avoir entendu Carl Jung dire qu’on pouvait améliorer les psychotiques en leur faisant prendre conscience de leurs conflits inconscients.

A ce moment là le parcours de Nijinski va suivre l’histoire de la psychiatrie. En effet, la Suisse était le premier Pays où la psychanalyse était reconnue. Il a été hospitalisé à plusieurs reprises au sanatorium du Dr Binswanger (un ami intime de Freud).

Romola ne pouvait supporter que Nijinski libérer de l’emprise de Diaguilev lui échappe dans la folie. Aussi, elle essaya de consulter tous les grands médecins de l’époque. Elle rencontra ainsi le Dr Wagner-Jouregy (prix Nobel de physiologie) mais aussi Adler, Freud, Forenczi.

Nijinski fut examiner par Bleuler qui diagnostiqua une confusion mentale de nature schizophrénique, accompagnée d’une légère excitation maniaque. Il conseilla à sa femme de divorcer ce qu’elle refusa même si par la suite elle fut plus ou moins distante avec Nijinski et qu’elle dévoila son homosexualité.

Nijinski fut soigné par le Dr Sakel à partir de 1937 qui avait inventé les chocs insuliniques en 1922. Sakel était né en Pologne et avait grandit en Tchécoslovaquie. Il a étudié la médecine à Vienne et il fut à l’origine de la psychiatrie biologique. La cure insulinique s’appuyait sur la théorie des chocs comme traitement des troubles psychiatriques. Il essaya ce traitement dans l’alcoolisme, le delirium tremens, l’anorexie nerveuse et la schizophrénie. Il faisait l’hypothèse de la localisation de cette maladie dans les centres végétatifs et celle d’un dysfonctionnement des connexions cérébrales. Le choc insulinique, en provoquant le coma, devait entraîner une destruction du tissu cérébral. La cure durait environ deux à trois mois à raison d’un choc par jour, six jour sur sept. On accréditait un franc succès à ce traitement. Muller parlait de 90% de succès.

Sakel commença son traitement sur Nijinski le 18 juillet 1938 à la clinique de Bellevue en Suisse. Il reçu 228 chocs. Nijinski passa la deuxième guerre mondiale en Hongrie où il échappa à l’extermination grâce aux ruses de sa femme et d’amis. Libéré par les russes en 45, il repartit en Suisse puis à Londres où il finit sa vie. Il souffrait d’une insuffisance rénale, d’une artériosclérose et d’une hypertension artérielle. Il tomba une première fois dans le coma le 3 avril 1950. IL se réveilla en esquissant quelques gestes du spectre de la rose et sombra à nouveau dans le coma le 6 avril 1950 pour décéder le 8 avril. Il fut enterré au cimetière de St Marylebone. Serge Lifar ramena sa dépouille à Paris en 1953 pour l’inhumer à coté de l’autre dieu de la danse Vetris.

Lifar dit à propos de Nijinski : « Cet homme ne mourra jamais car il n’a jamais vécu ». En effet, Nijinski a toujours vécu à travers les autres : la pauvreté de sa mère après le départ de son père, l’institution quasi militaire de l’Ecole Impérial du ballet, le Prince Lvov, Serge Diaguilev et la maladie. Il n’a véritablement existé qu’en dansant, sur la scène. Mais dans cet instant de suspension que l’on appelle le ballon, à l’apogée d’un saut, il est devenu éternel.

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2 mars 2015 1 02 /03 /mars /2015 16:36
Après le burn-out : se remettre sur les rails de la vie

Le travail est une valeur importante de notre société. Il est valorisé et répond à de nombreux besoins : épanouissement, relationnel, espace social, appartenance, source de revenu, etc. Une bonne partie de notre éducation, notamment scolaire, est de nous conditionner à donner le meilleur de soi au travail, à faire de nous de bons soldats et à nous tenir bien droit dans le dogme hégélien : le travail rend libre[1].

Ainsi, de façon quasi pavlovienne, nous apprenons que tout travail ouvre la possibilité d'un retour, que cela soit financier, de reconnaissance ou de sécurité. Si à priori, l'école a comme mission de prendre soin de ses élèves, on oublie souvent que l'entreprise, dans la société individualiste actuelle, n'est pas là pour aimer les salariés et prendre soin d'eux. Elle est seulement un champ des possibles qui dépend du bon vouloir et de la bienveillance de ses occupants. Alors, il est facile de se faire happer à force de pousser pour essayer de ressentir le retour sur investissement, ce d'autant que le management et la culture d'entreprise, tels le serpent Kaa du livre de la jungle, nous répètent inlassablement d'avoir "confiance". Comme des ânes avec un bâton accroché devant eux d'où pendouille une carotte, nous avançons, sans discuter et sans remettre en cause le dogme, dans l'attente du bon point selon la logique scolaire si bien intégrée. Nous glissons de l'école aux études supérieures jusqu'au travail comme sur un toboggan, certains grisés par la vitesse… jusqu'à l'accident. En effet, bien souvent, à aucun moment, nous avons pris le temps de ralentir afin de prendre conscience de ce qui est vraiment important pour nous. Quel est le style de vie que nous choisissons d'avoir? Quelle est notre véritable identité? Nous avançons dans la vie avec des "il faut" et des "je dois" au lieu des "je décide" et "je choisi" car la société est très culpabilisante. Le philosophe Bernard Striegler a bien montré comment la société marchande a repris les principes chrétiens pour créer chez le consommateur une tension qu'il purgera en travaillant pour mieux consommer.

Etre adulte, c'est être libre. Mais le prix à payer est d'être souvent seul, notamment seul à prendre soin de soi même. Même si on pourrait espérer que, dans une société humaine, les autres fassent preuve de compassion. C'est ainsi, qu' à vouloir trop bien faire, on oublie parfois de prendre soin de soi et de réguler sa façon de travailler. Cette solitude inhérente à notre essence est source d'une angoisse que nous tentons d'apaiser en trouvant une réassurance dans le regard de l'autre. Mais ce qui est important pour l'autre ne l'est pas forcément pour soi. Tout est contextuel. Un collègue, un manager ou un client ne remplira jamais la fonction de réassurance d'un papa, d'une maman ou d'une maitresse d'école.

Quand on a été trop loin et que l'on s'est "brulé" au travail, il est impossible de faire comme avant et de balayer cet accident de parcours d'un revers de la main pour recommencer tel quel. On est devenu souvent "allergique" à la façon de travailler précédente. Sortir du burn-out demande de la flexibilité psychologique, de la créativité et de l'humour face à la vie. Un aphorisme dit que "le bonheur, c'est posséder l'humour nécessaire pour surmonter les choses de la vie". Autant de qualités difficiles à acquérir ce d'autant que les personnes qui souffrent au travail sont souvent les personnes les plus entières qui ont mis de l'importance et du sérieux dans leur façon de faire. Plus on se tient droit plus le moindre accident risque de nous faire chuter ridiculement à nos yeux. La machine intrapsychique à juger se met en route. Toutes nos tentatives pour nous rattraper ne font qu'aggraver nos commentaires intérieurs pour mieux nous embourber dans un sable mouvant existentiel.

Les thérapies ACT (Acception and Comittent Therapy ou thérapie de l'acceptation et de l'engagement) sont de bons outils pour négocier un tel évènement de vie qu'est le burn-out. Elles permettent de se recentrer sur soi et de redonner un sens à sa vie pour une personne qui s'est "donnée" au travail. Elles nous apprennent à négocier les évènements de vie tout comme un surfer négocie les vagues. Pour réaliser cela, il est nécessaire de prendre de la hauteur, de lever le nez de son travail et de se délester de l'importance qu'on lui octroie afin de gagner en flexibilité psychologique pour avancer vers ce qui est réellement important pour soi.

Sabine Bataille est sociologue, consultante à l'APEC et membre de l'AFTCC. Riche de son expérience professionnelle, de sa croyance en l'être humain et de son enthousiasme, elle a souhaité partager au plus grand nombre ses compétences et de sa connaissance de la reconversion, de la gestion de carrière et de la mobilité. C’est d’ailleurs un des seuls ouvrages qui traite ce sujet sous l’angle de la reconstruction de l’identité professionnelle en RH. Ces dernières savent recruter, sélectionner, trier, licencier… mais rarement accompagner, réorienter, guider.

Aussi, le livre de Sabine bataille est un superbe manuel, accessible à tous et très visuel. Son talent pédagogique lui a permis d'écrire un livre fonctionnel qui ne fait pas simplement nous expliquer ce qui nous arrive lorsque l'on présente un burn-out mais nous dit surtout comment nous pouvons nous engager dans la construction de soi afin de se remettre sur les rails de la vie. Elle nous met aussi en garde, en fonction des typologies de personnalités (les artistes incompris, les ambitieux désenchantés, les funambules en équilibres, etc.) sur les histoires que nous pouvons nous raconter dans notre tête à la sortie d'une crise qui peuvent induire de nouvelles illusions sources de fausses bonnes solutions.

En effet, trop de livres de développement personnel laisse en plan le lecteur en lui permettant de s'identifier sans lui indiquer la voie de sortie de façon pratique. Ce livre est un message d'espoir pour tous les travailleurs et les salariés qui se sont brulés au travail. Sabine Bataille aime les gens, les talents et les compétences. Il lui est important de proposer un outil qui permette à chacun de faire fleurir son chemin et être le héros de sa vie. Ce livre vous apprend à "planter votre tente un peu plus loin", selon l'adage de Kelly Wilson (Grand formateur en thérapie ACT) lorsque cet endroit n'est plus adapté, vous en sortirez plus riche et fort de votre identité.

Bonne lecture

Docteur Jean-Christophe Seznec, Médecin psychiatre, président de l'AFSCC[2] et écrivain[3].

[1] C'était aussi la phrase écrite au dessus de la porte d'entrée d'Auchwitz…

[2] Association francophone de Sciences Contextuelles et Comportementales regroupant les thérapeutes pratiquant l'ACT.

[3] "J'arrête de lutter avec mon corps" Ed Puf, "Pratiquer l'ACT par le clown" Ed Dunod, etc.

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