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12 janvier 2017 4 12 /01 /janvier /2017 21:01

Les enjeux du sport

 

Le sport amène à une normalisation de l’individu. Ce n’est plus l’être qui est en jeu dans la pratique sportive mais le corps robot dans une apologie du faire[i].

 

Sport et enfant

Progressivement la symbolique du sport a évolué du mythe du héros[ii] à une instrumentalisation du pratiquant qui touche tous les âges. On peut même se demander à la vue du volume horaire proposé aux enfants si notre société moderne n'a pas réinventé le travail pour les enfants.

 

En effet, le sport de compétition n’apparait pas adapté à un enfant en deçà de l’adolescence. À cet âge un enfant a besoin de jouer. Les compétitions ne devraient être qu'une opportunité d'expérimentation et détachées de l'enjeu du résultat. Les activités sportives sont un support de jeux permettant leur épanouissement. La notion de compétition est un déplacement du besoin de confrontation qui se joue à l’adolescence dans l'objectif de dire qui l’on est dans le groupe et où l’on se situe. Avant, cela n’est qu’une projection du désir d’adultes qui nient la réalité infantile et qui instrumentalisent l’enfant pour sa propre satisfaction. La comppétition peut être à l'origine d'une pression et d'une tension mentale excessive, avec un envahissement de l'espace psychique, ce d'autant que l’entrée trop précoce dans le monde de la performance amène parfois à un risque de maltraitance lors de séparation trop précoce des parents pour intégrer des pôles sportifs ou à des privations de temps de jeux nécessaires au bon développement de l’enfant.

La pratique du sport tel qu’on l’entend maintenant est plus un travail qu’un jeu. C’est intéressant de voir que notre société interdit le travail pour les enfants en stigmatisant les pays en voie de développement mais enrôle ses propres enfants au travail sportif.

Actuellement, il est très difficile pour un enfant de faire une activité sportive de loisir. Il est immédiatement obligé de s’inscrire dans ce système compétitif pour pratiquer son sport[iii]

  • Des enfants ont été obligés d’arrêter la gymnastique rythmique sportive ou la natation synchronisée car ils ne pouvaient pas participer aux compétitions du fait des exigences scolaires car il n’y avait pas d’alternative en sport loisir.
  • D’autres enfants ne participant pas aux compétitions dans le tennis se retrouve à 20 dans un cours collectif.
  • Dans la gymnastique, des enfants vont à des compétitions le dimanche matin dès 8H.
  • Dans le vélo, les cyclistes sont immédiatement plongés dans le bain de la compétition dès leur inscription.

 

La solitude existentielle du sportif

La pratique intensive du sport isole progressivement l’athlète de son milieu d'origine. Il risque ainsi de perdre l’aspect sécurisant, voire maternant, du groupe d’origine pour évoluer dans un monde de contraintes et de désirs par procuration. Au sein du groupe sportif, un nouveau groupe d'appartenance faussement sécurisant, l’athlète doit faire face à la solitude. Dans le cadre de la pratique du vélo, celle-ci est particulièrement importante puisqu’un cycliste passe une grande majorité de son temps sur la route, entre deux hôtels, loin de sa famille. La vie de celui-ci est souvent une vie d’errance car il n’habite pas près de son équipe  et encore moins près du lieu des courses.

On peut se demander si la consommation de Stilnox[iv] entre deux étapes n’est pas une façon de remplir ce vide que procure la solitude et les aspects dépressogènes de cette vie d’errance masquant une demande de soutien. Le principal contact affectif et de réassurance passe par les soigneurs ce qui leur procure un immense pouvoir.

 

Une vie hors du commun : la mécanique du héros

La pratique d’un sport de haut niveau met l’individu dans une vie "extraordinaire" que cela soit par sa vie quotidienne, les sacrifices demandés, l’isolement mais aussi du fait de la médiatisation et des rémunérations perçues. Le rôle de la famille est déterminant pour permettre cette orientation de vie. Les parents ont souvent insufflé à leurs enfants le goût du sport en pratiquant eux-mêmes la discipline. Une étude américaine[v] (Snyder) a montré une dépendance statistique entre l’intérêt que porte le père au sport avec la participation d’un enfant à celui-ci. L’intérêt de la mère à un sport n’a pas d’influence pour les auteurs. Par contre, si la mère n’a pas su s’effacer, elle peut-être à l’origine de tension avec l’entraîneur.

 

Le sportif est un possible héros car il permet au spectateur de s’identifier. Dans le cadre de l’héroïsme moderne, il s’agit de l’individu qui se singularise en s’extrayant de la masse des anonymes. C’est un héros social car par sa démarche, il réussit à s’arracher de sa destinée commune en inversant sa place que sa naissance lui octroyait. Selon Ehrenberg : « le sport professionnel ne pouvait être qu’une manière de réussir pour ceux qui n’étaient pas destinés à réussir ». Toujours pour cet auteur, ce mécanisme a été l’élément qui a glorifié Pelé car il est « roi dans la mesure où il ne doit rien à sa naissance et tout à lui-même ».

 

Lorsqu’on interroge les coureurs cyclistes, ils nous disent qu’ils font du vélo car c’est « beau ». Comme l’esthétisme plastique du cycliste est discutable (short moulant et maillot bariolé de publicités), la beauté n’est pas matérielle mais symbolique. Un jeune cycliste révèle l’objet de cette beauté qui est du même ressort que ce qu’évoque Ehrenberg [vi]: « Ce qui est beau dans le cyclisme c’est qu’au départ, nous sommes tous égaux. À la fin, il faudra qu’un seul arrive à s’extirper pour arriver à gagner. C’est comme une deuxième chance car dans la vie nous ne sommes pas égaux ».

Au fond dans le cyclisme, les coureurs semblent compulsivement répéter cette course fondatrice qui est celle des spermatozoïdes qui les ont fait naître afin de tenter de changer la donne sur la place qu’ils occupent dans la hiérarchie sociale.

 

La question qui se pose est : qu’est ce qui pousse ces individus à vouloir changer la donne ?

 

Une hypothèse serait de dire que le sportif souffrirait initialement d’un sentiment d’infériorité ou d’éléments dépressifs que l’acte sportif viendrait compenser. En effet, le psychanalyste Alfred Adler pense qu’un certain nombre de comportements humains s’expliquent par ce sentiment d’infériorité. Pour cet auteur, ce sentiment serait compensé par une volonté de puissance qui pousse l’enfant à vouloir se montrer supérieur aux autres. Selon Bauche[vii], la pratique sportive à haut niveau aurait comme fonction de masquer une image intime défaillant afin de restaurer l’image narcissique. L’athlète, en agressant son corps, en le transformant en corps machine, essaierait de satisfaire son désir de toute puissance infantile et de montrer aux autres, son savoir-faire et son savoir être. Il recherche dans ses résultats et ses performances la reconquête de cet état de toute puissance. Il n’arrive pas à « renoncer » à la perfection narcissique de son enfance qu’il n’a pas su maintenir ou transformer.

 Cette hypothèse éclaire la difficulté pour un athlète à renoncer à sa carrière sportive pour entamer sa deuxième vie. La blessure est le mode le plus fréquent l'obligeant l’athlète à renoncer. Brutalement sevré, il peut reprendre pied dans le monde « normal » mais cette rupture, chez des individus qui sont peu dans la parole et surtout dans le faire, rend le deuil difficile et est à l'origine de troubles psychopathologiques dans l'après sport dont on n'a peu d'informations du fait de la dilution de ces athlètes dans la population générale. On retrouve des compensations addictives (alcool, drogues) comme l’a mis en évidence Lowenstein[viii]. En effet, dans les centre de toxicomanie, il existe une surreprésentation en athlète de haut-niveau.

 

La pratique sportive, un enjeu narcissique ?

Dans le cadre de l’hypothèse d’une faille narcissique et d’un désir de restauration de la toute puissance infantile, on peut dire que cela « n’est pas pour rien » que l’on s’engage dans une pratique sportive de haut niveau. Celle-ci ne serait que le symptôme de la relation d’objet qu’entretien l’athlète et de sa fragilité narcissique. L’athlète répond à son désir de connaître et de prouver les limites de son potentiel à travers l’affrontement à un obstacle ou à un adversaire. Cet affrontement est prétexte pour s’affirmer. La satisfaction liée à une performance devant ses objets d’amour (entraîneurs, parents, public) qu’il a introjecté psychiquement qui lui témoigne de l’admiration voire une ovation lui permet de rapprocher un idéal du moi avec un moi idéal. Chez le sportif, la construction de son corps et de son identité s’effectue progressivement à travers le regard de l’autre et du désir de l’autre : partenaires, entraîneurs, public, média. Ce regard est à l’origine d’une excitation libidinale source de plaisir par l’athlète mais aussi d’un sentiment d’être dépossédé de soi. Si l’une des vertus du sport est de réconcilier l’adolescent au regard ambivalent avec son propre corps, le jeune sportif en construction aura à gérer le regard intrusif de l’autre, cette relation exhibitionniste et voyeuriste à l’autre.

 

[i] Carrier C: Le champion, sa vie, sa mort: psychanalyse de l'exploit. Ed Bayard

[ii] BaucheP. Les héros sont fatigués , sport, narcissisme et dépression. Payot, 2004

[iii] Carrier C : L'adolescent champion. PUF

[iv] Seznec J-C : « Toxicomanie et cyclisme professionnel ». Ann Med Psychol 160 : 72-6, 2002.

 

[v] Snyder E., Spreader E. : Family influence and involvement in sport, Research Quarterly 44 (3): 249-55, 1973

[vi] Ehrenberg A. : Le culte de la performance. Calmann-Lévy. 1991.

[vii] Bauche P. : Les héros sont fatigués, sport, narcissisme et dépression. Payot, 2004.

[viii] Arvers, Cohen, Lowenstein, Antécédents sportifs chez des patients suivis pour addiction, Annales de médecine interne, médecie des addictions Supplément A, Paris, Masson, avril 2000, Vol. 151.

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11 janvier 2017 3 11 /01 /janvier /2017 14:26

Le sport est une activité sociale qui a émergé avec l'arrivée de l'ère industrielle. Son développement, ses valeurs, ses difficultés et ses enjeux épousent l'évolution de la société en y théâtralisant toutes les problématiques. Il est l'expression des mœurs de notre civilisation avec ses avantages, ses inconvénients et sa psychopathologie. C'est un miroir de notre société qui est à l'origine de troubles psychopathologiques culturellement liés et des pathologies liées à l'exercice physique. L'objectif de cet article est de décrire l'aspect contextuel de la psychopathologie du sport et de discerner ce qui est du ressort de l'activité physique et d'une pratique sociale (le sport).

Contexte historique et sociale[i]

Cette pratique sociale n'est pas universelle. Elle est liée à notre histoire moderne. Elle fait l'objet d'une lecture mythologique qui la rattache à différentes périodes comme celles des jeux olympiques grecques. Cependant, sa version moderne trouve son origine dans la seconde moitié du XIXème siècle dans les collèges britanniques de l'Angleterre industrielle. Elle s'est structurée autour de règles universelles.

L'activité sportive prend ses racines dans la recherche de l'affrontement entre les individus et les peuples. La modernisation de la société a tenté de mettre de côté ou de canaliser la violence liée aux comportements de lutte. Cette dimension conflictuelle contre autrui prend parfois la forme d'une lutte contre soi avec tous les risques psychopathologiques que cela génère. La guerre n'appelant qu'à la guerre, les jeux olympiques sont devenus un terrain de "guerre" entre les états où certaines nations peuvent utiliser des moyens quasi militaires pour remporter la victoire en accumulant le plus grand nombre de médaille tout en organisant le dopage de leurs athlètes.

Coubertin a créé le mythe des jeux olympiques et de l'universalisme du sport alors que celui-ci met en contact des personnes dont les intérêts et les enjeux personnels et économiques sont disparates. Cette hétérogénéité des contextes participe notamment au comportement de dopage. En effet la réalité n'est pas la même pour un occidental faisant partie d'une fédération dont l'intérêt du résultat (des médailles), outre la gloire, est d'obtenir des subventions et celui d'un athlète issu d'un pays émergeant où l'enjeu est de révolutionner sa condition sociale.

L'athlète est aussi prisonnier des représentations collectives et économiques du sport. Actuellement, le sport est lié à la société du spectacle avec son lot d'émotions, d'imaginaire et de symboliques. Il raconte et il vend une histoire aux spectateurs mais aussi à soi-même.

Définitions

Derrière ce vocable actuel d'activité sportive se cache deux activités qui ont été longtemps : opposées : le sport et l'activité physique[ii].

L'activité physique correspond à des exercices répétés bénéfiques pour le développement physique et la santé. Elle renvoi à la notion de bien-être et à la nécessité de prendre soin de soi. Elle avait pour Georges Demeny en 1902 la fonction de lutter contre la dégénérescence de la race mais aussi une fonction hygiéniste. Elle contribuait à favoriser des acquisitions intellectuelles. L'activité physique a été développée pour ses vertus éducatives qui ont vu leur paroxysme dans les pays totalitaires. Plus récemment, elle est utilisée à dessein d'embellissement des corps, hygiéniste et à visée hédoniste par les pratiquants.

Le sport est un ensemble d'exercices physiques se présentant sous forme de jeux individuels ou collectifs, pouvant donner lieu à des compétitions. Il est pratiqué en observant certaines règles. Il implique l'appartenance à un club fédéral (licence), une technicité du geste et une habilité motrice qui ne sont pas nécessaires dans l'activité physique. Ce n'est qu'à partir de 1967 que les activités sportives deviennent le support de l'enseignement de l'éducation physique scolaire.

L'entraînement est un programme éducatif mis en place spécifiquement selon la discipline et qui correspond à un volume horaire de travail physique visant au conditionnement total du sportif à sa tâche motrice.

Au final, le terme de sport que l'on connait actuellement supporte plusieurs composantes et valeurs qui peuvent être plus ou moins présentes selon les activités, selon les lieux d'exercices et selon les pratiquants : exécution d'un mouvement, notion d'effort, composante de jeu et de confrontation, recherche d'un résultat ou d'une performance, etc.

L'activité physique était la composante qui prédominait jusqu'à la deuxième guerre mondiale car elle prônait la logique du développement personnel. Après, la deuxième guerre mondiale, avec l'essor des compétitions internationales, le sport a occupé le devant de la scène pour y déplacer le terrain de la guerre entre les peuples. L'athlète de haut-niveau devient le faire valoir d'une nation ou d'un peuple. Au cours des années 90, l'individualisme, l'éclosion de la génération Y et la culture de l'image a remis l'activité physique en avant. Le sport est devenu progressivement une industrie où le héros n'est qu'un produit pour vendre de l'image, une communication mais aussi un terrain d'expérimentation, comme peut l'être l'espace, pour de nouvelles technologies. Cette évolution influe notamment sur les règles des pratiques sportives et sur le vécu et l'équilibre des hommes qui les pratiquent. La société du sport n'est plus un espace d'aventure humaine où l'homme apprend à se connaitre et à s'éprouver mais une société du spectacle et du commerce où l'on vend, selon Brohm[iii], le mythe suivant record=progrès.

 

[i] Pociello C: Sport et société– Approche socio-culturelle des pratiques. Paris : Vigot, 1981. ISBN 2-7114-0822-1

[ii] Bonnet V: Stéréotypage et éthos dans le commentaire sportif : construction et évolution d’un genre. in Boyer, Henri. Stéréotypage, stéréotypes : fonctionnements ordinaires et mises en scène – Perspectives interdisciplinaires, T. 1. Paris : L’Harmattan, 2007 b, p. 47-59

[iii] Brohm Jean-Marie : La machinerie sportive, essai d'analyse institutionnelle, Paris, Anthropos/Economica, 2002

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17 décembre 2016 6 17 /12 /décembre /2016 09:26

En cette veille de Noel mon cœur saigne et ma tête hurle de ce que je vois et de ce que je sais des atrocités qui ont lieu en Syrie ou ailleurs. Outre ma colère sans fin sur la barbarie des hommes qui continue à s’exprimer à ce stade de notre civilisation, je suis en colère de ce théâtre de l’horreur auquel je dois assister passivement.

En effet, toute mon enfance, j’ai été nourri par l’horreur de la deuxième guerre mondiale, du génocide des juifs, des homosexuels et des tsiganes ponctués par des « plus jamais cela », par le courage de la résistance, de l’engagement de civils venant de toute l’Europe au secours de l’Espagne. Comme beaucoup, j’ai eu un regard critique et réprobateur, si ce n’est plein de jugements, envers la collaboration. Enfant, je me suis fantasmé comme un héros sauvant des juifs ou partant en Espagne dans un élan romantique.

La société moderne nous fait passer du journal de vingt heures, de l’exode de familles de migrants, des bombardements aux films de guerre, à stars wars ou aux jeux meurtriers sur console comme Call of Duty. Je gobe tout cela ne bougeant pas significativement le bout du petit doigt. Cette proximité provoque une confusion facilitant le déni qui entrave la prise de responsabilité. C’est juste insupportable !

Me voilà adulte au XXième siècle, assis dans mon canapé entrain de visionner ce carnage sans pouvoir faire quoi que cela soit. Il est en effet pour moi difficile de faire quelque chose devant un conflit que je comprends mal. Il est difficile d’identifier les bons et les méchants car les guerres d’aujourd’hui ne sont plus dichotomiques. Il est difficile de savoir où agir car la guerre a lieu au moyen orient mais je ressens que nous les occidentaux nous, avons une part de responsabilité dans la façon dont nous avons gouverné la mondialisation et dont nous jouons du monde comme une partie d’échec. Il m’est difficile d’agir car j’ai du mal à me représenter à avoir une action significative en partant en lutte avec mon fusil face à la puissance des armes actuelles. J’ai du mal à imaginer qu’un sacrifice quelconque de ma part puisse avoir une action significative en dehors de faire de la peine à ma famille. J’ai du mal à m’imaginer quittant mon confort et ma famille pour aller guerroyer je ne sais où et comment.

Cette situation me renvoie une image de médiocrité. Me voilà assis au spectacle intolérable de ma passivité ou de mon impuissance. En effet, depuis la deuxième guerre mondiale, nous savons ! Or si le barbarisme auxquels les pays ayant pris part à ce conflit du XXième siècle participent directement ou indirectement à la situation actuelle, il n’y a aucune excuse possible. Cela veut dire qu’il n’y a pas eu de progrès et que nous sommes incapable de progrès, que toutes nos actions et nos paroles depuis ont été vaines. Finalement, quel est la crédibilité et la légitimité de tous les discours et toutes les politiques depuis 1945 si c’est pour arriver là ? Je ne ressens que le grotesque de nos vies et la honte. J’imagine le jugement de nos enfants. Ils auront bien raison. Quel miroir de notre médiocrité ! Quel reflet abject de nous-mêmes ! Cette honte nous informe que nous voici au ban des valeurs d’humanisme et de civilisation que nous gargarisons régulièrement. Est ce genre de personnes que nous voulons être? Pas moi. Et pourtant, je ne sais quel chemin prendre aujourd'hui.

Il me semble urgent que chacun de nous, nous réveillons pour reprendre en main notre vie pour sortir de ce barbarisme. Cela commence probablement par des actions significatives dans notre quotidien à chaque instant.

 

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25 novembre 2016 5 25 /11 /novembre /2016 22:05

La méditation est de plus en plus présente dans notre société. Elle fait la une de journaux. Elle est de plus en plus prescrite par les médecins notamment pour la prévention de la rechute dépressive et elle est portée par de nombreuses personnalités : Christophe André, Yasmine Liénard, Fabrice Midal, Bernard Giraudeau… Elle propose un nouveau paradigme à notre société même si elle est encore cantonnée principalement au soin et aux personnes sympathisants du bouddhisme et d’une culture new age. La diffusion de ce rapport à soi et aux autres est porteur de nombreuses vertus.

Sortir de la plainte

En France, nous passons beaucoup de temps à se plaindre de la société ou de nos comportements. On se plaint de son travail, de son poids, de sa façon de manger ou de consommer, du rapport que l’on entretient avec autrui. Nous n'avons jamais eu autant de choses à disposition (bien matériel, service, santé…) mais nous n'avons pas diminué le volume de nos plaintes. Est-ce le monde qui nous entoure qui va mal ou est-ce le rapport que nous entretenons avec lui qui est abimé? La pleine conscience, forme laïc de la méditation, est une piste pour faire évoluer ce ressenti sans prendre les armes pour faire la révolution.

La méditation est une pratique qui se développe fortement en occident notamment sous des formes laïcs. Il existe de plus en plus d'études scientifiques montrant les bienfaits de cette pratique sur le cerveau, la santé et les relations aux autres. Les études montrent que les méditants ont un sentiment de solitude moindre que les autres. Le fait de se connecter avec soi permet de se connecter aux autres. En travaillant sur notre rapport à nous même, nous pouvons impacter sur notre environnement. L'objectif est de sortir de la plainte qui alimente la souffrance pour devenir acteur de sa vie.

Se replacer au centre de soi

Une première étape du changement est probablement de s’occuper de soi et de restaurer son humanité. Plus nous nous comportons comme des consommateurs, des machines à acheter, à travailler, à regarder la télé, plus nous mettons notre vie en danger, celle des autres et celle de la planète toute entière. Sans travail sur notre intériorité et donc notre humanité, beaucoup d’efforts sont condamnés à n’être que des réponses ponctuelles, sans continuité, sans énergie, et sans possibilité d’être assez emblématiques et puissantes pour convaincre les autres. L’idée n’est pas de dénoncer la modernité mais de réfléchir à un meilleur usage de celle-ci plus adapté aux être humains que nous sommes.

De nombreux travaux montrent que le matérialisme entraîne de la souffrance contrairement à ce que notre société essaye de nous vendre (consommer pour être plus heureux, promesses de bonheur par la consommation). L’habituation hédonique est aliénante. Elle nous fait perdre le lien à nous-mêmes.

La posture de consommateur est source de moult problèmes et la question est comment se décontaminé de l’influence néfaste de cette société d’abondance :

  • La surexposition à la pléthore : on sait ainsi que les pays en développement passent de maladies des carences à des maladies de la pléthore, telle l'obésité. Kelly wilson[1] s’alarme de l’épidémie d’obésité aux USA ces dernières années qui sont directement à l’évolution de nos habitudes de vie. Ceci n’est pas sans conséquences car il rappelle que 55% des obèses ont un risque de dépression et que 58% des déprimés ont un risque d’obésité[2].  L’un des problèmes dans nos sociétés modernes est de savoir comment réagir à la pléthore : pléthore et abondance de nourriture, pléthore de distractions, pléthore de sollicitations, car l’on sait que la pléthore est dangereuse pour notre santé, la pléthore n'est pas une chance, la pléthore n’est pas une richesse. Le fait de vivre dans une société de pléthore et notamment de nourriture n'est pas une chance mais plutôt un problème. Une étude intéressante des tableaux représentant des scènes de repas depuis l'Antiquité à nos jours montre que les portions ont augmenté de 70 %.  La question est « qu’est-ce qu’on va faire de tout cela ? Est-ce que par exemple je vais me forcer à manger tt ce que j’ai ds mon assiette ? »
  • La surexposition à l’argent : Une étude a montré l’influence de l’argent sur nos attitudes. Dans celle-ci, un groupe était exposé à des images d’argent, l’autre non. Les personnes du groupe stimulés par ces images d’argent avait tendance à demander moins d’aide au cours de tâches mais aussi proposait moins d’aide et de conseils à leur congénère que le groupe contrôle et marquait une plus grande distance relationnelle. L’excitation liée à ces images font que les personnes sont moins proche des autres et moins solidaire.
  • La pléthore de stimuli sensoriels impactant notre attention : Dans la vie moderne et plus particulièrement dans la vie citadine, nous sommes bombardés de stimuli qui nous distraient : signes, images, bruits. Ces distractions sont source de problèmes attentionnels. Le zapping mental qu’engendre ces multiples stimulations est à l’origine de la difficulté à méditer du fait du tumulte de nos pensées. Notre attention s’envole dans tous les sens. Nous sommes happés par notre cerveau qui aime bien spontanément vagabonder spontanément (les pratiques qui se focalisent sur une cible mouvante telles le feu sont intéressantes dans ce contexte). Le manque de présence à soi fait que le réseau neuronal[3] par défaut de notre cerveau prend le relais et nous embarque dans ces rêveries. Par ailleurs, notre vie quotidienne nous encourage à se laisser porter en fragmentant notre pensée ce qui aboutit à une absence de connexion à soi.  Aussi, avant de changer le monde, il est nécessaire de renouer avec soi afin d'être présent à sa vie.

Une autre étude a été réalisée sur une population d’étudiants en théologie. Ces derniers avaient tous travailler un texte sur la compassion.  Une première moitié de ces théologiens ont été pressé de rendre leur texte sur leur lecture. La deuxième moitié ont été averti qu'ils avaient le temps pour rendre ce texte. Sur le chemin de retour de l'université, tous ces étudiants ont eu à être confrontés à un acteur complice de l’étude qui mimait une situation de souffrance. Seul un étudiant sur 10 du 1er groupe s'arrêtait et prêtait attention, alors qu'ils étaient 75 % dans le 2nd groupe. Tout ceci montre la facilité avec laquelle nos bonnes intentions et nos valeurs peuvent être bousculées par un sentiment d'urgence. Quelques soit nos croyances et nos engagements nous restons influençable et nous risquons de nous éloigner de nos valeurs. Cette expérience nous apprend à nous méfier de nous et particulièrement de tous ces moments où nous risquons d'être bousculé ou distraits et où nous risquons de perdre contact avec notre humanité. Nombre détails peuvent gêner nos élans à faire du bien autour de nous. Or, la société moderne de consommation met beaucoup d'énergie à accélérer notre temps et à nous distraire…

Que peut-on faire alors ?

  • Prendre conscience d’abord que cette pollution existentielle existe.
  • 0bserver l’impact qu’elle a sur nous, ne pas la sous-estimer mais adopter une position active face à elle.
  • Ecouter nos intuitions.

La société de consommation nous attire vers des distrateurs comme les nombreux écrans. C'est à chacun d'être actif pour régulièrement ralentir et se sevrer des ces stimulations. Il peut être intéressant de faire régulièrement l'expérience de s'arrêter pour prendre conscience de ce qui se passe en nous, de ce que nous ressentons et de ce que nous sommes malgré les tentations à faire ou à réagir.

Ce changement de posture peut se faire à titre personnel tout comme collectivement au niveau d'un groupe, d'une école, d'une entreprise ou de la société.

  • Examiner ce qui est important pour soi

On peut commencer par se mettre de temps en temps à l'écart mais sans se couper des autres pour prendre conscience de nos choix et de nos engagements dans des associations, mouvements ou au niveau politiques. En effet, examinons chacun pour soi son engagement pour les humains : que faisons-nous pour nous, pour les autres, pour la société à notre échelle. Il s'agit de prendre conscience de nos valeurs, de nos intentions et de nos actes réels. Stefan Zweig parle des « conditions nouvelles de notre existence, qui arrachent les hommes à tout recueillement et les jettent hors d'eux-mêmes, comme un incendie de forêt chasse les animaux de leurs profondes retraites ». Henry David Thoreau « pense que notre esprit peut être sans cesse profané par le fait d'assister régulièrement à des choses triviales, de sorte que toutes nos pensées seront teintées de vulgarité ». Nietzsche dit que « toutes les institutions humaines ne sont-elles pas destinées à empêcher les hommes de sentir leur vie à cause de la dispersion constante de leurs pensées ? » Einstein ajoute : « Notre époque se caractérise par une profusion de moyens mais une confusion des intentions ». Enfin, Pierre Rabhi dit : « Il nous faudra bien répondre à notre véritable vocation qui n’est pas de produire et de consommer sans fin mais d’aimer, d’admirer et de prendre soin de la vie sous toutes ses formes ».

Pour Henri Thoreau, il nous faut « simplifier, simplifier, simplifier ». C'est à dire « simplifier nos actions, simplifier nos paroles, simplifier nos pensées » pour s'inscrire la fraîcheur du moment présent. C’est souvent dans la simplicité que l’on trouve l’essentiel dans la vie, vivre l’instant présent.

Exercice : récitez cinq fois de suite ce mantra plusieurs fois par jour pendant plusieurs semaine : « je n’ai besoin de rien ».

La simplicité volontaire n’est pas de se priver ce qui serait absurde mais juste de subvenir à ses justes besoins. C'est comme marcher en montagne avec un sac à dos composé de 50% de provisions et de 50% de cailloux. La simplicité est de se débarrasser des cailloux. La simplicité est de ne pas laisser son esprit se laissé happer par toutes les distractions. Nous sommes happés par le miroir aux alouettes qui nous raconte qu’en ayant plus, on sera plus. Alors que le plus souvent, c’est dans cette simplicité qu’on trouve la véritable richesse intérieure.

  • Simplement s'asseoir

Prenons le temps de nous asseoir pour nous offrir un instant au contact de nous même. Quand on s’assoit, il est possible prendre contact non seulement avec son propre corps mais aussi avec la totalité de sa pensée. Cet exercice peut être fait à tout moment  ou que nous soyons. Le moment présent est toujours à coté de nous mais notre regard est souvent attiré ailleurs. Pourtant, c'est le seul temps où nous sommes vivant et là.

 

  • Cultiver la pleine conscience

Au début, certaines personnes peuvent voir un sentiment de chaos lorsqu'ils portent leur attention sur leur esprit. Aussi, il est nécessaire de trouver un point de stabilité dans la complexité de notre être afin de s'ancrer dans l'instant présent. Le plus simple est de se fixer sur le mouvement respiratoire afin de ne pas quitter notre être sans notre corps. Dans l'imaginaire de nos pensées ou de nos ruminations, notre corps n'est plus là. Rester au contact de son corps est un très bon véhicule pour naviguer dans l'instant présent et observer que nous sommes ballotés dans un lots de changements perpétuels : c'est l'impermanence. Par simplicité, nous appellerons cette prise de conscience "pleine conscience". La science a prouvé que cette pleine conscience a un potentiel de guérison très important (système cardio-vasculaire, humeur, attention, système immunitaire, etc.). Dans cette exercice, nous nous engageons avec autorité à être pleinement ce que nous sommes à cette instant de la respiration. Respiration consciente par respiration consciente, nous allons faire grandir les graines de notre être en les arrosant régulièrement afin qu'elles s'épanouissent. La pleine conscience revient à travailler nos résistances intérieures afin de les assouplir et étirer notre être comme nous travaillons un muscle pour gagner en clarté et en discernement. Ce travail sur notre flexibilité intérieure nous aidera à nous défaire de nos masques et de nos faussetés pour renouer avec l'être authentique que nous sommes : celui qui a une véritable valeur. En étant authentique nous arriverons à véritablement choisir nos actions tenant compte de notre forme du moment et du contexte. La véritable force ne tient pas en se forçant au bonheur mais en faisant de la place à toutes nos émotions et à nos fragilités. C'est ainsi que nous sommes de beaux humains. En faisant de l'espace en nous à travers ce mouvement respiratoire de pleine conscience nous pourrons habiter totalement notre être du bout des ongles jusqu'à l'extrémité de notre corps pour former un tout.

Au début, cette pleine conscience de ce que nous sommes à cet instant là ne dure que quelques secondes puis nous sommes attrapés par ce qui nous distrait habituellement. A nous de revenir aussi souvent que nécessaire à cette expérience sensorielle de l'instant pour que celui-ci dure plus longtemps.

Un jour, un chercheur a demandé au Dalai Lama quel avait été le moment le plus heureux de son existence, il avait répondu « I think, now ! ». En effet, si sa présence éveillée est de qualité à cet instant à quoi bon tenter de  faire revivre un passé qui n’était plus là ou anticiper un futur qui n’est pas là encore. Le passé a de l’importance uniquement pour son impact sur le moment présent. se projeter excessivement dans le futur peut engendrer des craintes ou des espoirs. Le bien-être profond n'existe que dans la fraîcheur du moment présent, qui est extrêmement clair, qui n’est pas rempli d’un contenu. C'est-à-dire lorsque que les pensées du passé sont déjà parties et avant que les pensées du futur n’envahissent notre conscience.

Le flot des pensées est tel que nous nous laissons aisément accrochés par celles-ci pour être embarqués ailleurs. En outre, une pensée donne naissance à une 2ème puis à une 3ème, et très rapidement nous nous retrouvons envahi envahis par ces pensées en chaine.

Il est possible d'apprendre à goûter à la fraicheur, à la transparence du moment présent malgré les pensées qui traversent notre conscience. Nous pouvons les voir comme des oiseau qui traverse le ciel sans laisser de trace. A nous d'apprendre à nous focaliser sur le ciel et non pas sur les oiseaux qui traversent celui-ci. Certains jours, il n'y que quelques oiseaux. d'autres jours nous observons des nuées d'oiseaux mais notre attention reste connectée au ciel.

Regardons la vie comme le ciel. Regardons les événements de vie comme un coucher de soleil et non pas comme des problèmes.

 

 

 


[1] Kelly G. Wilson, Ph.D. est professeur agrégé de psychologie à l’université de Mississippi. Il est l’un des développeurs de la thérapie ACT (Thérapie d’Acceptation et d’Engagement).

Ancien président de l’association pour la science comportementale contextuelle (ACBS), il dirige le centre de psychologie contextuelle au sein de l’Université du Mississippi (Center for Contextual Psychology) et est le directeur scientifique du Center for Hometown Science.

 

[2] http://www.cregg.org/site/motricite-et-nutrition/articles/991-congres-nutrition-2008-obesite-et-psychiatrie.html

[3] http://www.blog-lecerveau.org/blog/2012/03/19/le-reseau-cerebral-du-mode-par-defaut/

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25 novembre 2016 5 25 /11 /novembre /2016 21:51

Je m’appelle Jean-Christophe Seznec et je suis médecin psychiatre. Mon nom de famille est emblématique de la Bretagne même si je n’ai aucun lien de parenté avec le bagnard Guillaume Seznec. Ce nom propre véhicule ce long procès qui a touché plusieurs générations et qui a vu accuser un homme d’un crime malgré l’absence de cadavre et de témoin. Au-delà du fait divers, cette affaire symbolise l’emprise de l’Etat français sur cette région de France qui défend et revendique son identité.

 

A travers cet article, je souhaite tenter de décrire les contours de ces fameux traits de caractères bretons qui participent grandement à son identité sociale et dont on entend souvent parler.

 

Je me suis toujours « senti » breton. Plus je lis des choses sur la Bretagne et plus je rencontre de bretons, plus je ressens que ce sentiment n’est pas une construction de mon esprit mais une réalité de caractère et de posture que je partage avec d’autres et que nous revendiquons.

 

« Inutile de me dire ce que je dois faire ou ne pas faire, je ferais toujours ce que j’ai envie »

 

Psychiatre libéral à Paris, j’observe que j’ai une surreprésentation de bretons à ma consultation. Aucun ne me dit que c’est pour cette raison qu’ils m’ont choisi mais, souvent, au bout de quelques consultations, au détour d’une conversation, je découvre que tel ou tel patient est aussi breton. Les bretons avancent souvent discrètement mais fermement.

 

Avec le temps, j’observe des similitudes entre mes patients et des traits de caractère commun. Aussi, je voudrais, pour le plaisir, partager ce qui m’apparait de commun et qui participe à l’histoire que je me raconte sur l’identité bretonne. Ce partage sur cette petite étude psychologique est tout à fait empirique. Elle est probablement pervertie par un biais de reconnaissance et liée à mon caractère. Aucune étude sur des traits de caractères commun existe. Seul quelques études de comportements sociologiques existent visant à comparer des régions de France. Mes propos n’ont pas l’objet d’être une vérité mais juste un jeu d’écriture pour partager ce que je ressens et j’observe rien que pour le plaisir ou la blague.

 

Questionnement

 

Tout d’abord, je me suis souvent questionner sur les raisons qui font qu’il existe une présence si riche et florissante du conte en Bretagne et pourquoi la mort est si présente dans le quotidien des bretons.

 

En observant les éléments de la nature, notamment la nuit, avec le vent qui siffle dans les arbres, la présence d’une nuit étoilée ou l’absence de lumière par des nuages qui cachent toute luminosité du ciel, je me dis qu’à une époque où l’on ne connaissait pas la lumière électrique tous ces éléments naturels pouvaient stimuler l’imagination. Celle-ci donnait une explication à tous ces phénomènes à travers les histoires des contes et légendes.

 

Par ailleurs, je me suis toujours demander si les bretons n’avaient pas une propension importante à l’imagination notamment du fait d’une forte émotionnalité intériorisée. La mort est très présente en Bretagne notamment avec les histoires de l’Ankou ou des lavandières. La mort est présente aussi par cette histoire maritime où les femmes voyaient leurs hommes partir pendant des mois à la pêche à Terre Neuve et revenir lorsque la mer ne les avait pas pris. A Audierne, il existe une baie qui s’appelle la baie des Trépassées où la légende dit que les morst en mer viennent hurler. Chaque année, ces femmes se mettaient sur les côtes dans l’attente d’apercevoir ou non le bateau de leurs hommes à l’horizon. S’il était présent, la vie reprenait et c’était la fête le temps du retour à terre. S’il était mort, il fallait continuer à vivre pour pouvoir s’occuper des enfants.

Les angoisses aux contacts de ces éléments de la nature et de la dureté de la vie ont été probablement sublimées à travers toutes ces histoires pour rendre un peu acceptable ce quotidien. Voilà ce que ma tête me raconte.

 

Observation

 

J’ai toujours observé que j’étais directe dans ma façon de parler. On m’a toujours dit que je pouvais manquer de « psychologie » en disant de façon brute ce que je ressentais, pensais ou observais ce qui pouvait me donner un aspect froid et dur comme du granit alors que je me ressentais intérieurement très sensible. Cette sensibilité m’aide à ressentir ce que vive mes patients pour les aider et cette « dureté » m’aide à ne pas être dépasser par ces émotions en sachant leur donner leur juste place pour ne pas être débordé par elles. J’ai eu une révélation en lisant un article sur la langue bretonne dans le journal « Breton » qui évoquait la structure du langage breton. En lisant cet article, j’ai compris que l’image que je donnais parfois n’étais pas de la dureté mais peut-être issu de mes origines bretonnes.

 

En effet, la langue reflète la façon de penser. Même si celle-ci est peu usité, elle influe probablement sur les comportements de ses habitants. On dit que le breton va droit au but quand il s’exprime et qu’il ne prend pas de gants pour dire les choses. On dit que la bretonne a la longue « pointue » et qu’elle pique lorsqu’elle dit crument et directement les choses telles qu’elles sont. Lorsqu’on analyse l’organisation de cette langue, on a le sentiment que les bretons s’expriment comme maitre Yoda le Jedi de Star Wars. Le je est mis en fin de phrase pour mettre en début ce qui est le plus important : « Le train, je suis venu ». L’individu est en retrait. Le breton n’est pas autocentré mais place ce qui l’entoure avant lui pour dire directement les choses sans artifices.

 

En Bretagne, le mot bonjour n’existe pas. D’ailleurs le mot breton le plus connu est en revoir (kenavo) alors que dans de nombreuses langues, il s’agit de bonjour. Quand deux bretons se rencontrent, ils disent « ça va » (deiz mat), « comment vont les choses » (Mat an traou), « comment c’est pour toi » (Penaos eo ganit) ou « comment que c’est (Penaos eo). J’aime bien cette idée que la façon de rentrer en contact avec l’autre est un rapport d’ouverture à ce qui est à cet instant et non pas autocentré sur les deux individus en présence. En français, deux bretons diront plus facilement « il faut beau aujourd’hui » ou une autre phrase de description du contexte que bonjour.

 

« Les bretons, c’est comme le homard : carapaces durs et tendres dedans »

 

Le breton est intérieur tout en étant très connecté à son environnement. Non seulement, il ne dit pas bonjour mais il invite plutôt traditionnellement ses convives pour « le café » que pour manger. Lors de ce café, il y a des crêpes, du gâteau, de la salade de fruit et de nombreux mets qui valent un repas ! Le breton a un jardin dont il s’occupe beaucoup mais dans lequel il vit peu. Il est soit dans sa maison ou à l’extérieur. Il ne veut pas déranger ou s’exposer. Il existe un contraste entre la force de son intériorité et ce qu’il donne à voir dans le premier contact.

 

Le breton est pudique et peu expansif. Il ne vous tapera pas sur l’épaule et sera avare de confidence. Il garde avec pudeur son intimité et son intériorité pour lui malgré l’intensité émotionnelle de ce qu’il peut ressentir. Il s’inscrira dans sa relation à l’autre dans le concret. Il ne flattera pas et ne promettra pas grand-chose. Il ne cherchera pas à rentrer dans l’intimité de son interlocuteur dès la première rencontre et le laissera venir à lui. Il ne cherchera pas à vous séduire pour avoir un relationnel fonctionnel. En fait, il est à l’opposé du caractère méditerranéen démonstratif. Par contre, une fois le contact et la confiance établis, la relation sera entière et « normale ». Elle sera même peut-être plus profonde et chaleureuse que dans d’autres cultures. Elle n’a pas besoin d’être contractualisée. Le breton est fidèle dans son engagement amical et l’amitié qu’il offre s’use rarement dans le temps s’il n’y a pas d’incident. Par contre, toute trahison à cette amitié la cassera définitivement.

 

En 2010, L’institut pour le développement de l’information économique et sociale (IDIES) plaçait la Bretagne en tête des régions où l’on parlait le plus à son voisin. Lorsque vous êtes dans un festival ou dans un festnoz, vous pouvez en faire agréablement l’expérience. Il est aisé de parler aux personnes qui sont à coté de vous en écoutant de la musique ou en buvant un verre. A la différence d’une ville comme Paris, où lorsque vous parlez à quelqu’un dans la rue, le premier réflexe est de se demander ce que veut l’autre, ou de présenter une réaction de méfiance dans certaines autres régions.

Cette fidélité se traduit aussi dans le mariage. La Bretagne est la région de France où le taux de divorce est le plus bas : 1,72 divorce pour mille habitants. C’est deux fois moins qu’à Paris ou dans le PACA. Le Breton est fidèle dans la parole et l’engagement même si la culture catholique, encore bien ancrée en Bretagne, influe aussi sur ces chiffres.

 

Le Breton est partageur. La Bretagne est la deuxième région après la Corse pour le nombre de bar par habitant mais la neuvième région pour la consommation régulière et à risque d’alcool. Ils sont deuxièmes derrière les Francs Comtois pour la consommation ponctuelle d’après l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies. Les bretons boivent moins que par le passé mais ils aiment faire la fête. D’ailleurs, les plus grands festivals de musique comme les vieilles charrues sont en Bretagne.

La pratique sportive est particulièrement développée en Bretagne.

 

Une étude menée par l’Institut de Locarn décrivait de la façon suivante le breton : honnêteté, rectitude et discipline. C’est en Bretagne que l’on respecte le plus la loi. Ils sont moins procéduriers que dans d’autres régions. Les tribunaux sont moins engorgés qu’ailleurs. Il y a deux fois moins de dossiers aux prud’hommes qu’en Ile de France ou dans le PACA et quatre fois moins que dans les tribunaux de commerce de ces mêmes régions. Quand on se « tape » dans la main en Bretagne, on respecte son engagement. Le breton préfère résoudre leurs différends par le dialogue que devant la justice. La parole donnée est pleine de valeurs. La Bretagne est la région de France où le nombre de vols de voiture est le plus bas, soit six fois moins que dans le PACA.

 

Le breton a l’esprit civique. Aux élections de 2012, les bretons ont été ceux qui ont le plus votés. La Bretagne est la région qui connait le moins de fraude fiscale. Ils trichent deux fois moins que dans le sud-est et trois fois moins qu’Ile de France.

Ce résultat est probablement dû à la fois à un sens du collectif et à la nature anxieuse du breton qu’à sa volonté de tranquillité.

Le respect pour le collectif s’exprime aussi par l’écologie et les dons du sang. La Bretagne est la plus performante en écologie d’après l’hebdomadaire La Vie. Les bretons sont les troisièmes donneurs de sang. On retrouve de très nombreux festivals en Bretagne mais aussi les plus grands de France et d’Europe. Ces festivals peuvent avoir lieu grâce à la présence de nombreux bénévoles qui prennent plaisir à être là, à être ensemble et à partager.

 

Le taux de suicide est particulièrement haut en Bretagne. Il est de 25,3 pour 100 000 habitants soit 65% plus élevés que la moyenne nationale qui est de 15,1%. Ce chiffre reflète l’intensité de vécu intérieur du breton qui contraste avec la pudeur de ce qu’il exprime extérieurement.

 

Les bretons sont sérieux, modestes et raisonnables. Ces traits de caractère se traduisent notamment dans les performances scolaires. La Bretagne est régulièrement la première pour le nombre de bachelier par classe d’âge. Par contre, ils privilégient les formations courtes en post bac. Sont-ils modestes, pas assez ambitieux ou réaliste en sachant se satisfaire de ce qu’ils ont et peu prisonniers du désir ou du regard de l’autre qui sont deux leviers à la motivation sociale ? Le breton n’a pas besoin d’être admiré mais il a besoin qu’on le respecte pour se sentir aimé et être en confiance. Aussi, il n’a pas besoin d’un titre scolaire ou autre pour se sentir exister et être digne. Il lui suffit d’être lui. Un autre facteur qui peut influer sur le manque d’empressement vers les hautes études est le fait que la Bretagne a connu la modernité de façon plus récente que d’autres régions. Jusqu’aux années 50, la Bretagne était un pays fortement agricole dans les terres et marins en bord de mer. L’industrialisation est venue progressivement ensuite. Peut-être ce facteur explique une moindre grande culture des grandes études.

En Bretagne, on peut se faire confiance. A l’heure actuelle où l’avenir est dans l’entraide, c’est un atout pour construire une économie du lien.

 

La modestie s’exprime aussi à travers la danse bretonne. Dans ces chenilles qui se construisent dans les Festnoz, c’est le groupe qui s’exprime et non pas les performances de l’individu sur la piste de danse. L’émotion de la danse est vécue collectivement et intérieurement à travers une danse ancrée dans le sol, source d’une transe collective sous les lumières des étoiles, qui réunit toutes les générations. L’emblème de cette modestie sont les frères Morvan : des agriculteurs célèbres dans le monde entier qui chantent avec leur chemise à carreau et leur casquette vissée sur la tête et qui n’ont jamais quitté la Bretagne. Au festival des vieilles charrues, ils ont réuni un public plus grand que Bruce Springsteen en jouant avec les Tambours du Bronx (60 000 personnes). Bien souvent, les Frères Morvan jouent bénévolement pour la « bonne œuvre » et le plaisir de partager leur musique.

 

N’ayant peur de rien, c’est ainsi que les bretons sont capables de tout oser comme celui de construire un lieu digne de l’Ile de Pâques en centre Bretagne avec des dizaines de statuts de plusieurs mètres de haut sur lequel le temps n’aura pas de prise, comme organiser le plus grand défilé régional de musiciens sur les Champs Elysées ou se réapproprier la coupe de France de football lorsque Rennes est confrontée à Guingamp en final au Stade de France. Les bretons sont modestes mais fier avec du panache.

 

Le lien n’est pas vécu comme dangereux ou envahissant par l’autre car le breton se sent fort dans son identité et fait bien la différence entre lui et l’autre, entre l’extérieur et son intériorité. Aussi, il peut envisager le vivre ensemble de façon plus sereine. Cela se traduit par le nombre de fêtes populaires qui existent en Bretagne avec les Festnoz et l’entraide que l’on retrouve dans le mode du travail. Le breton voyage de ce fait bien et forme une communauté bien identifiable partout dans le monde. D’ailleurs, à chaque évènement médiatique dans le monde, on retrouve souvent un drapeau breton. De la même façon, il existe des cercles bretons dans les quatre coins du monde. Les bretons sont des voyageurs. Ils peuvent le faire facilement tout en gardant leur identité et leurs racines.

 

Le breton est ouvert. Fort de son identité, de ses valeurs et de sa légitimité, il ne se sent pas envahit et en insécurité par la présence d’un autre. La Bretagne est une des régions où le racisme a le moins de prise. Elle aussi celle qui a eu le premier noir de France maire d’une ville. Celui-ci, un Togolais, a mis en place un conseil des anciens sous son mandat.

 

Le breton ne juge pas si on l’embête pas. Il peut juste avoir une description un peu abrupte et fonctionnelle des choses. Il ne parlera pas de ses animaux mais de ses « bêtes ». Quand une poule ne pond plus, il la tuera pour manger plutôt que de se poser des questions existentielles. Son esprit est suffisamment occupé par tout cette imaginaire émotionnelle pour qu’il déborde sur la réalité de son quotidien.

 

 Les Bretons sont des voyageurs. On en trouve partout dans le monde tout en gardant leur identité. S’il existe une identité bretonne et une communauté bretonne, le breton se sent libre et indépendant. Il n’a besoin de personne pour exister et il choisit ce qu’il a à faire en fonction de ce qui est important pour lui à cet instant et dans le contexte qui est le sien.

 

Finalement le breton est un pratiquant de l’ACT (Acceptation and comitmment therapie) avant l’heure. Le climat y fait beaucoup. Comme le temps est changeant puisqu’on dit qu’il fait beau plusieurs fois par jour, il faut faire ce que l’on veut faire en fonction du temps maintenant, car le futur météorologique est incertain. En outre, cette relation au temps a appris au breton à être « philosophe » et à ne pas trouver de gravité à l’instant présent. Il peut faire très mauvais maintenant et faire très beau quelques heures plus tard, notamment au changement de marée. En outre, il connait et accepte le cout des choses. En gardant cette métaphore météorologique, il sait que s’il fait très beau, le lendemain, il y aura de grandes chances pour qu’il y ait des nuages car la terre fera sortir l’humidité que la chaleur a enfouit dans le sol. De la même façon, après du beau temps, il peut y avoir des brumes de chaleurs.

Les marées obligent aussi à être dans l’instant présent puisque si vous voulez vous baigner devant une mer qui vous fait envie, il vaut mieux le faire maintenant car la mer risque de ne plus être là plus tard tout comme le beau temps. Pour la pêche à pied cela fonctionne pareil, vous êtes obligés de composer avec le contexte.

Ces différents exemples expliquent que l’environnement écologique du breton l’ont obligé à savoir composer avec ce qui se présente à lui. D’ailleurs une bonne métaphore de la thérapie ACT est le bateau à voile. Pour avancer dans une direction vous êtes obligé de composer avec le courant et le vent quitte à devoir tirer des bords.

Tout cela pour vous dire que le breton est, contrairement à la croyance populaire, flexible. Par contre, il est persévérant, engagé dans ses valeurs et constant dans le temps. Il n’est pas sensible à la séduction ce qui fait qu’il est difficile à manipuler. Tous ces éléments font qu’il peut donner une image de personne têtue.

 

Le breton : une identité durable ?

 

Avec la mondialisation et le brassage des populations qu’engendre le système économique actuelle, je ne sais pas combien de temps durera ce sentiment identitaire. En même temps, ce n’est pas très grave, si le bonheur et l’épanouissement de chacun peut s’exprimer dans l’altérité.

 

Ce qui me plait dans cette bretonnitude est que ce sentiment identitaire ne se vit pas contre autrui. Il ne nourrit d’aucune lutte et n’a pas besoin de se justifier. Il est pour soi et personnelle. Il existe par essence. Au-delà de l’aspect identitaire, il s’avère que ces valeurs me plaisent et que je les trouve fonctionnelle dans la vie que je souhaite vivre. Je ne revendique pas d’être breton, je me sens breton et cela me va. Je n’ai pas besoin de le dire même si je fais le bavard ici en prenant le courage de partager mon intériorité. C’est mon côté psy de comptoir qui prend le dessus en choisissant d’observer et de théoriser sur ce ressenti. Après peu importe que ces hypothèses soient vraies ou non, j’ai pris plaisir à me raconter à me questionner et à me raconter une histoire.

Et vous, c’est comment votre intériorité ?

 

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23 novembre 2016 3 23 /11 /novembre /2016 22:34

Ce 24 novembre 2016, les soignants vont encore descendre dans la rue pour crier leur désespoir. En effet, cette profession souffre et est au bord de l’agonie. 20% des internes en médecine ont eu des idées noires, 40% des médecins sont en Burn out, 112 médecins se sont suicidés depuis le début de l’année, 40% des postes de praticiens hospitaliers sont vacants, 8% des internes souhaitent s’installer en libéral. Les médecins ne conseillent plus à leurs enfants de faire médecine. Les infirmières quittent leur métier au bout de 7 ans en moyenne, dégouttées de ne pas pouvoir exercer leur métier du fait des contraintes procédurales.

L’origine de cette dégradation est une médecine que l’on tente d’industrialiser et de régenter de façon administrative et financière afin de réguler son coût. L’Etat s’est interposé progressivement entre le soigné et le soignant venant gripper l’action de soins. Si cette démarche était, au départ, pleine de bonnes intentions dans l’objectif de faciliter les relations médecins - patients, elle a dérivé dans un rôle d’évaluation pour ensuite la régenter jusqu’à l’étouffer en lui faisant perdre par son essence.

La médecine meurt de cette normalisation administrative qui laisse l’humain de côté. Pourtant c’est la relation humaine qui soigne et qui rend efficient tout acte technique.

Les termes pour nommer un médecin nous disent beaucoup sur l'estime que la société lui porte

Le médecin généraliste était autrefois un médecin de famille. Ce terme signifiait qu'il ne faisait pas que soigner. Il était un maillon important de l'organisation sociale de proximité où la composante humaine d'accompagnement, de partage et de soutien était importante. Il adaptait ses tarifs, ne faisaient pas toujours payer, recevait parfois une rémunération en nature (poulets, pommes, etc.) et il ajustait sa pratique au contexte de sa patientèle, à leur histoire. Son exercice s'appuyait sur son éthique et il agissait en "son âme et conscience" afin d'évaluer et de réguler sa pratique. Elle était faite d'arrangements où chacun trouvait son compte : le médecin une liberté d'exercice et une relation humaine avec ses patients, une disponibilité importante et un soutien majeur pour les patients.  Il était respecté en tant qu'homme de vocation et d'attention à son prochain.

Ensuite, il est devenu un médecin traitant. Cette évolution s'est faite avec l'essor de l'offre médicamenteuse et la réglementation administrative de celle-ci. La prescription a été mise en avant. Cela a induit la genèse de règles de prescriptions et un contrôle de celles-ci de peur de l'abus. Il était le garant des prescriptions. L'auto-médicamentation était mal vue par le ministère de la Santé. Le doute s'est installé sur son éthique.

Il est désormais le médecin référent. C'est-à-dire un maillon dans "le parcours de soin". Ce parcours de soin a été légiféré et fait l'objet d'une codification et d'une rémunération spécifique décidée par la CPAM avec le ministère de santé. L'aspect humain de son activité est absent. Son activité est dirigée par des règles statistiques et économiques. Si le médecin généraliste reçoit un patient en CMU, ou autre statut social, qui ne fait pas parti du parcours de soin dont il est responsable il sera moins payé. Il doit chaque année remplir pour la CPAM des indicateurs afin de suivre les normes décidées et touchées une prime de "performance". Ce n'est plus son éthique, son "âme et conscience" qui est mis en avant mais des règles administratives totalitaires qu'il doit impérativement suivre même si elles sont dissonantes de sa réalité de terrain. Les dissonances professionnelles participent grandement à toute forme de souffrance au travail quel que soit le métier.

Les soignants n’en peuvent pu de subir les injonctions chiffrées et normatifs de la CPAM. Ils ne peuvent pas se représenter de dire à des patients qu’ils ne peuvent pas leur faire un arrêt de travail car ils ont dépassé leur quota, qu’ils ne peuvent recevoir une famille car ils ont fait leurs 50 patients dans la journée autorisée par la sécurité sociale.

Ils ne sont pas contre des évaluations. Ils veulent seulement que cela se fasse de façon collaborative, équitable et égalitaire et non dans une organisation stalinienne qui font qu’ils sont plus préoccupés à bien suivre les injonctions qu’à soigner leurs patients. Gaël Brulé[1] a fait sa thèse de sociologie à Rotterdam montré que les français avaient la même humeur que des irakiens ou des afghans. Les français ne sont pas heureux car ils ont le sentiment que leur destin leur échappe et qu’ils ne sont pas maitres de leur choix du fait d’un système politique administratif et jacobin. Ils souffrent de se sentir un maillon d’une organisation sociale ultra concentrée. L’auteur rajoute qu’en France, se dire heureux est perçu comme un aveu d’échec.

Les médecins étaient des professionnels libres et heureux. Il semble que cela ce statut est devenu insupportable notamment par la ministre de la santé actuelle qui par ces multiples lois a tenté d’humilier et de rabaisser les médecins pour le plus grand détriment des patients.

Les soignants manifestent pour défendre leur savoir-faire, leur honneur et leur dignité et pouvoir faire de la médecine. Juste pour cela!

 

Docteur JC Seznec co-Auteur de « Médecine en danger, qui va nous soigner demain ? » Edition FIrst

 

 

[1] Gael Brulé : « Geography of happiness. An explorative comparaison of case of France. Université Erasmus de Rotterdam. Février 2016

 

 

 

[1] Gael Brulé : « Geography of happiness. An explorative comparaison of case of France. Université Erasmus de Rotterdam. Février 2016

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15 novembre 2016 2 15 /11 /novembre /2016 23:38

Le 8 novembre, les infirmières ont défilé. Les policiers manifestent régulièrement depuis quelques semaines. Les médecins l’ont déjà fait en 2015 à plusieurs reprises et le referont le 24 novembre 2016. Quant aux agriculteurs et aux enseignants, ils le font régulièrement. Qu’y a-t-il de commun dans le malaise de ces quatre professions ?

Ces quatre professions sont des piliers de notre société. Ils sont des repères de vie pour les citoyens. De ce fait, ils participent grandement à la paix sociale et à l’organisation d’un espace de vie. Pourtant, ces quatre métiers subissent la volonté de nos élites à les régenter qui n’aboutit qu’à une lente et inexorable dégradation de l’exercice de leur profession. Ces quatre professions font les frais d’une gestion chiffrée de leur métier et d’une absence de politique humaine et sociale. Il est frappant d’entendre des plaintes semblables lorsque l’une ou l’autre des professions s’expriment.

De ce fait, ils partagent la même évolution de leur métier, la même souffrance et le même sentiment. Ces quatre professions souffrent de la dérive administrative et industrielle de leur métier qui les spolie du sens de leur métier. Que cela soit un policier, un enseignant ou un médecin, ils ont le sentiment que l’objectif de leur profession est de répondre à des chiffres afin de satisfaire des statistiques décrétés par une administration déconnectée de la réalité du terrain. Toutes ces professions souffrent de la déshumanisation de leur travail qui aboutit à une souffrance au travail et à des burn out.

En France, les professions qui se suicident le plus sont ceux qui protègent, nourrissent, éduquent ou soignent. Ces métiers qui étaient autrefois nobles, reconnus et source de prestige sont devenus de simple rouage d’un Etat toujours plus froid et administratif. Cette dégradation est autant issue d’une politique de droite que de gauche. Cette déconsidération est le fruit d’une violence administrative. Cette violence est reprise par une partie de la population qui ne se gêne plus pour agresser ces professionnels. A Chatellerault un médecin généraliste s’est fait récemment violemment agressé par un patient, les urgences de l’hôpital de Tourcoing ont fait l’objet d’une violente attaque. Les policiers sont de plus en plus la cible d’agression et de guet-apens tout comme les enseignants. Quand l’Etat violente et déconsidère une profession, elle ouvre le droit aux usagers d’en faire de même. Les faits divers en font la preuve. La relation humaine qui fait l’essence de ces métiers disparaît progressivement pour une relation de consommation et de revendication. La conséquence de cela est que de moins en moins de médecins veulent exercer en libéral. Le médecin de famille est en voie de disparition. Il est de plus en plus difficile de motiver des jeunes à devenir enseignants, agriculteurs ou policiers. On les comprend : comment vouloir devenir le punching ball d’une société qui ne les aiment plus?

Toutes ces professions sont désespérées car elles ne trouvent aucun espoir dans le présent et dans l’avenir que leur promet les prochains candidats aux élections présidentielle. Alors si ces métiers essentiels à l’équilibre républicain continuent à s’écrouler, c’est la porte ouverte à une vague de violence qui a déjà commencé et à des comportements extrémistes. Le philosophe Bernard Stiegler, dans ses ouvrages, a très bien démontré que la montée du Front National est directement lié au sentiment de déconsidération que vivent les citoyens. N’est-ce pas le même sentiment qui a fait élire Donald Trump par une population se sentant exclues et par une autre qui a choisi de s’abstenir à défaut de se sentir considérer et écouter par les politiques ?

La colère sur le terrain est grande. S’il n’y a plus de médecins, de policiers ou d’enseignants pour écouter et accompagner les citoyens, un immense sentiment de solitude et d’abandon risque de gagner la population dont les réactions risquent d’être terrible.

 

JC Seznec co-auteur de «Médecine en danger, qui va nous soigner demain ? » Edition First

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5 octobre 2016 3 05 /10 /octobre /2016 23:19
Martin winckler, les médecins sont-ils brutaux ou c'est le système sanitaire qui l'est?

Cher collègue,

De votre chaire d'éthique à Montréal, vous sortez un nouveau livre stigmatisant la brutalité relationnelle des médecins. En effet, les relations médecins malades sont parfois améliorables et discutables, j'en conviens. Lorsque j'étais chef de clinique, j'ai beaucoup œuvré pour apprendre à mes étudiants à frapper au chambre des patients, à dire bonjour ou à demander l'autorisation avant d'examiner un patient, autant d'évidence qu'il est nécessaire d'ancrer chez de jeunes étudiants qui peuvent vite être happé par l'industrialisation du soin à l'hôpital. Je vous rejoins lorsque vous dites que tout soin commence par une relation thérapeutique bienveillante et humaine.

Cependant votre livre tombe mal. Peut-être de votre Canada, vous ne vous êtes pas rendu compte que l'organisation de la médecine a beaucoup évolué ces dernières années et la situation des médecins est devenue pour beaucoup d'entre eux intenable, mais qui le sait? Elle fait en effet des patients des objets mais aussi des médecins des outils aux ordres. Les médecins sont aussi maltraités en France par une administration brutale qui compte et mesure en permanence et qui vous condamne dès que vous dépasser les normes statistiques ou que vous n'êtes pas assez rentables à l'hôpital. Nous sommes désormais payer par la CPAM à la "performance" sous forme de primes alors que ce métier est une vocation. La rémunération des médecins n'a pas sensiblement bougé depuis trente ans et nombre de libéraux travaille 50 à 60H par semaine. 20% des médecins en activités sont des médecins en retraite. Alors, le titre de votre livre manque terriblement de mansuétude pour les conditions de travail des médecins en France.

Depuis la Loi Bachelot[1] et le paiement à l'acte à l'hôpital, des médecins sont parfois contraints de pratiquer des examens inutiles pour augmenter la rentabilité de leur service afin de pas perdre de lits d'hospitalisation, de trouver des astuces pour coter au mieux les patients ou de tricher en disant que les sorties se font le samedi après-midi au lieu du samedi matin pour augmenter le taux de remplissage de leur service.

Les médecins sont depuis bien longtemps en survie en France. Ils sont épuisés. Nombre d'entre eux sont en Burn-out (40%). Depuis Le début de 2016, 112 médecins se sont suicidés. Alors, il est vrai que lorsqu'un médecin est Burn-out, il est plus détaché de son travail. L'un des trois symptômes majeurs du burn-out est le cynisme qui amène peut-être certains à être "brutaux". Mais peut on leur reprocher? C'est comme reprocher à un patient déprimé d'être trop lent dans son travail! Le titre de votre livre est particulièrement cynique.

La gestion administrative et industrielle que subisse les médecins est violente pour les patients mais aussi pour les médecins. En 15 ans, le système de santé français est passé de la première place à la 24ième[2]. Les médecins et les infirmières tirent la sonnette d'alarme en vain depuis de nombreuses années à travers différents mouvements de contestation.

Le malaise est fort chez les soignants. Le travail soignant est devenu plus pénible et de moins en moins attractif. Autrefois, il était prestigieux de faire médecine. Il y a encore de nombreux candidats aux études de médecine chaque année mais 40% des postes hospitaliers sont vacants et les déserts médicaux grandissent. Ces derniers touchent l'hyper ruralité, les banlieues difficiles et surtout Paris a vu aucune installation de médecin généraliste en 2014[3]. Cette désertification commence à toucher les villes moyennes. Autrefois la couverture médicale était bonne car les médecins travaillaient sans compter. Face aux contraintes administratives, les médecins renoncent à ce type d'activité pour de la médecine salariée mieux rémunérées et aux conditions moins difficiles. Les médecins libéraux préfèrent prendre leur retraite et de moins en moins de jeunes médecins souhaitent exercer en libéral[4]. Les jeunes ne veulent pas prendre le risque d'une situation sociale où ils leur faut attendre trois mois pour être indemnisé pour un arrêt de travail alors qu'il ne faut que deux jours lorsqu'ils sont salariés.

En effet Mr Winckeler, La situation s'est dégradée . Le travail des médecins a glissé d'un rôle de soignant aux manettes de la santé des patients à un rôle d'ouvrier spécialisé sous la commande des administratifs. Le travail et la vocation des médecins sont étouffés par une cohorte de gestionnaires. Notre société a en effet choisi d'investir dans le contrôle et la gestion plutôt que dans les soignants. L'Etat préfère des personnes avec des chronomètres mesurant les flux aux urgences que des humains qui tiennent la main des patients. Mais est-ce la responsabilité des médecins? Etait-il nécessaire de mettre le focus sur les médecins? Lorsque l'on transforme la santé en une immense administration, on encourage les soignants à avoir des relations administratives parfois "brutaux".

Ne vous inquiétez pas cher collègue. Bientôt, vos collègues français ne seront plus du tout brutaux car il n'y aura plus de médecins. Ils auront renoncé à leur vocation ou seront partis dans des pays plus clément comme vous au Canada. Cependant, je tiens à vous dire que votre livre fait mal à ces médecins français qui en prennent régulièrement plein la figure depuis de nombreuses années. Avant de faire l'annonce d'un diagnostic, habituellement on prend bien le soin d'examiner la situation. En outre, l'annonce diagnostic se fait avec humanisme et sans "brutalité". Comme beaucoup de collègues avec qui j'échange sur les réseaux sociaux, je ne vous remercie pas du titre de votre livre.

Docteur jc seznec

Auteur de "La médecine en danger, qui va nous soigner demain?'

Membre du bureau de l'UFML

[1] https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000020879475&categorieLien=id

[2] http://www.lesechos.fr/industrie-services/pharmacie-sante/0211317474229-sante-la-france-mal-placee-au-classement-mondial-2029468.php

[3] http://www.legeneraliste.fr/actualites/article/2014/10/17/zero-installation-de-generalistes-a-paris-en-2014-la-mairie-lance-un-plan-dactions-_252736

[4] Le nombre de médecins de ville retraités a bondi de 56 % en six ans pour atteindre 62 490 en juillet 2016, selon les derniers chiffres de la Caisse autonome de retraite des médecins de France (CARMF). Ils étaient moins de 40 000 en juillet 2010.

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30 septembre 2016 5 30 /09 /septembre /2016 21:56
Médecine en danger, qui va nous soigner demain?

L'organisation de la médecine a beaucoup évolué ces dernières années et la situation des médecins est devenue pour beaucoup d'entre eux intenable, mais qui le sait? Elle fait des patients des objets et des médecins des outils aux ordres.

De réformes en réformes, ils ne pourront bientôt plus exercer leur métier normalement et sereinement. Aujourd'hui, le médecine est tenaillé entre sa mission première et le fait de devoir se justifier en permanence auprès des instances administratives. L'essor de cette médecine étatique inefficace à la place d'une médecine humaine de proximité se développe au dépend des patients qui n'arrivent plus à se soigner et aux médecins qui renoncent de plus en plus à la pratique de leur vocation.

"Médecine en danger, qui va nous soigner demain" est un livre qui évoque la dramatique évolution de notre système de santé. Ce livre décrit la vraie situation de la médecine en France, la dérive de l'organisation des soins à la suite de trop nombreuses lois votées, qui dénotent toutes une incroyable et effrayante méconnaissance du métier de médecin. Une dérive qui crispe la relation médecin/patients. En devenant des consommateurs de soin, ils en perdent l'efficacité de la relation thérapeutique, épuisent les médecins et participent aux déserts médicaux à travers tous les rendez-vous qui ne sont pas honorés.

C'est cette évolution qu'illustre en point d'orgue de l'ouvrage le témoignage poignant de Stéphanie. Son mari médecin a été entraîné avec toute sa famille dans une descente aux enfers: contrôles absurdes, procès kafkaïens, et drames familiaux… voilà la réalité de nos médecins en France! En revenant sur les problèmes concrets et quotidiens - souvent inconnus- de nos médecins, ce livre est un appel pour sauver notre médecine. Pourtant, il est difficile pour les médecins d'avoir l'espace médiatique pour en parler, et encore plus difficile de se faire entendre. Pourtant notre système de soin est en péril. De plus en plus de médecins renoncent à emprunter le chemin de leurs ainés. Pouvons-nous imaginer une société sans médecins?

Un système de santé qui se casse la figure d'année en année

En 15 ans, le système de santé français est passé de la première place à la 24ième selon l'OCDE. Les médecins et les infirmières tirent la sonnette d'alarme en vain depuis de nombreuses années en vain à travers différents mouvements de contestation. De plus en plus de soignants démissionnent ou se suicident. Pourtant, il est difficile de se faire entendre. Les médecins sont considérés comme d'éternels nantis et on leur rapporte inlassablement de sulfureuses relations avec l'industrie pharmaceutique datant des années 70 et qui n'ont plus cours depuis des lustres dès qu'ils osent partager leur souffrance. Pourtant, selon les prédictions, 150 médecins se seront suicidés en 2016 soit autant que la population médicale de Grenoble. Les médecins souffrent, meurent et s'en vont.

Un système malade dans son ensemble

Le malaise est fort chez les soignants. Le système est malade dans son ensemble. Le travail soignant est devenu plus pénible et de moins en moins attractif. Autrefois, il était prestigieux de faire médecine. Il y a encore de nombreux candidats aux études de médecine chaque année mais 40% des postes hospitaliers sont vacants et les déserts médicaux grandissent. Ces derniers touchent l'hyper ruralité, les banlieues difficiles et surtout Paris qui a vu une installation de médecin généraliste l'année dernière. Cette désertification commence à toucher les villes moyennes. Autrefois la couverture médicale était bonne car les médecins travaillaient sans compter. De nombreux médecins généralistes travaillaient 60H par semaine et 20% des médecins en activité étaient des médecins retraitées. Face aux contraintes administratives, les médecins renoncent à ce type d'activité pour de la médecine salariée mieux rémunérées et aux conditions moins difficiles. Les médecins libéraux préfèrent prendre leur retraite et de moins en moins de jeunes médecins souhaitent exercer en libéral[1]. Les jeunes ne veulent pas prendre le risque d'une situation sociale où ils leur faut attendre trois mois pour être indemnisé pour un arrêt de travail alors qu'il ne faut que deux jours lorsqu'ils sont salariés.

Une longue dégradation vers une médecine comptable.

La situation s'est dégradée car le travail des médecins a glissé d'un rôle de soignant aux manettes de la santé des patients à un rôle d'ouvrier spécialisé sous la commande des administratifs. Le travail et la vocation des médecins sont étouffés par une cohorte de gestionnaires. Or l'exercice de la médecine ne peut être comptable. Elle est avant tout humaine et relationnelle. Les médecins ne peuvent qu'être que les avocats des patients. Mais la CPAM veut les transformer en des agents de contrôles. Notre société a choisi d'investir dans le contrôle et la gestion plutôt que dans les soignants. L'Etat préfère des personnes avec des chronomètres mesurant les flux aux urgences que des humains qui tiennent la main des patients. La mise en place de la tarification à l'activité lors de la Loi Bachelot a été l'une des premières étapes de la dégradation de notre système de soin. L'humanité ne se mesure pas et ne se chronomètre pas. Les médecins se sentent insulter lorsque l'état et la CPAM leur proposent des primes à la "performance" selon le ROSP.

Des médecins en souffrance et des patients qui paient la note

Les économies sur la santé vantée par notre ministre de la santé ont été fait au détriment des soignants et des patients. L'espérance de vie des français a baissé pour la première fois depuis de très nombreuses années l'année dernière. Le prix de ces économies de gestionnaires vont être lourd humainement dans les prochaines années. Les médecins sont épuisés. 60% d'entre eux souffrent de burn out. De plus en plus raccrochent leur blouse ou partent à l'étranger pour de meilleures conditions de travail. La médecine a été sacrifiée depuis des années pour des motifs économiques. Cette dégradation est autant le fruit de lois issues des majorités de droite que de gauche. Au final, c'est le patient qui paie en se retrouvant seul avec sa souffrance et son désarroi. Quant aux médecins lançant l'alerte, ils savent qu'eux aussi seront de potentiels patients. Eux aussi veulent continuer à être correctement et dignement soignés.

Les médecins sont des piliers de l'équilibre sociale

Les médecins étaient jusqu'à présent les personnes aux chevets de la souffrance et de la détresse des citoyens. Ils ne peuvent rentrer dans une logique comptable où ils devraient refuser de recevoir des familles en détresse le soir ou refuser de prescrire des arrêts de travail parce qu'ils auraient atteint les quota de la CPAM. Si les médecins ne sont plus là qui sera avec nous dans la nuit noire de la solitude. La détresse, l'abandon et la solitude sont sources de tous les extrêmes. Lorsque la société est violente, il y a un risque que certaines personnes deviennent violentes ou extrémistes. Les médecins sont les garants et l'emblème d'une société bienveillante et humaine. Lorsque les soignants souffrent, c'est toute la société qui souffre. Quelle vie et quelle société voulons nous?

Que veulent les médecins?

Les médecins ne sont pas contre l'évaluation de leur activité et le contrôle des dépenses. Ils demandent de la considération et de retrouver un pouvoir décisionnaire pour pouvoir collaborer avec les instances pour que toutes les facettes de leur métier soient prises en compte.

Mettons nous au chevet de notre système de santé

L'attractivité du métier du métier de médecin chute. Les soignants sont pris dans une injonction paradoxale car la vocation fait qu'ils doivent soigner et qu'ils sont contraints à ne plus soigner pour ne pas dépasser des normes statistiques. Cette double contrainte épuise, rend fou et est à l'origine du burn out des soignants. Le procès kafkaïen qu'à vécu le mari de Stéphanie dans le livre ne peut nous laisser que pantois. Malheureusement ce genre d'histoire se termine de façon dramatique.

Cette souffrance et ces symptômes, nous les retrouvons chez les postiers, les enseignants, les patrons de PME, les agriculteurs, etc. En France ceux qui se suicident le plus sont ceux qui soignent, qui nourrissent, qui défendent et qui éduquent! L'hyperadministration et le contrôle qu'elle pratique détruit notre société et tue les hommes.

L'approche humaine et relationnelle de la médecine ne se mesure pas et ne rentre pas dans les cases de cette flopée de gestionnaire qui mesure l'efficience de notre système de santé.

Notre système de santé se casse la figure dans le silence le plus complet. Patients, citoyens, soignants réveillez-vous!

[1] Le nombre de médecins de ville retraités a bondi de 56 % en six ans pour atteindre 62 490 en juillet 2016, selon les derniers chiffres de la Caisse autonome de retraite des médecins de France (CARMF). Ils étaient moins de 40 000 en juillet 2010.

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16 mai 2016 1 16 /05 /mai /2016 07:48
Guérir du jugement de soi

« Plus on est dans la vie, plus on s’aime »

Pourquoi la relation que nous entretenons avec nous-même, et notamment notre image, est-elle si complexe ?

Rien n’oblige à ce que cette relation soit difficile. En ce sens, j’aime beaucoup le travail psychothérapeutique lié au clown : voilà un personnage bien dans son corps, en accord avec son apparence car il accepte tout ce qu’il est - "Tout va bien" dit le premier commandement du clown. Mais pour beaucoup, en effet, l’image qu’ils ont d’eux-mêmes est source de souffrance, de comportements inadaptés, et de croyances erronées- ce qu’on appelle la distorsion cognitive - du type « je suis trop petit », « trop gros », « trop timide » etc..; En réalité, ce malaise naît d’une mauvaise gestion de l’angoisse existentielle qui nous taraude : nous ne saurons jamais ce que pense l’autre de nous, et nous cherchons donc sans cesse à nous rassurer. Il s’agit donc d’apprendre à vivre avec cette incertitude : notre incapacité à savoir comment l’autre nous perçoit. Car il le fait à travers les lunettes déformantes de sa problématique existentielle sur laquelle nous n’avons aucune influence.

Cette « lutte contre nous-même» dont l’un de vos livres parle, quelles formes prend-elle ?

Notre corps peut devenir un terrain de bataille contre nos émotions et nos angoisses existentielles. Nous nous arrachons parfois les cheveux à en devenir chauves (trichotillomanie), ou nous rongeons les ongles, ou nous trifouillons la peau jusqu’à à nous faire des cicatrices (dermatillomanie)... Nous utilisons à tord la nourriture, la boisson ou la cigarette pour nous apaiser, nous remplir, nous réconforter. Nous en venons à croire qu'en transformant notre image par la chirurgie esthétique, les régimes, le sport ou les tatouages, nous seront plus heureux. Mais, en fin de compte, tous ces comportements de lutte nous enferment et appauvrissent notre périmètre de vie.

Les maladies de l'amour de soi sont aussi les personnalités narcissiques, lorsque l'on s'aime trop et que l'on oublie de tenir compte de l'autre, et l'égocentrisme. Pour ce dernier l'avidité en amour amène à une distorsion de la réalité en ramenant le monde à soi et fait aussi le lit de la culpabilité en se sentant responsable de toute chose. Il pleut, c'est ma faute… et cela sous entend qu'un peu d'amour de la part de l'autre pourrait nous sauver avec le risque de jouer au jeu victime/Bourreau / sauveteur

Quel est le rôle du contexte sociétal quant à ce malaise?

Le marketing nous laisse croire qu’en contrôlant notre image ou notre poids nous nous aimerons davantage, parce que cela nourrit essentiellement notre dépendance à la consommation. J’étais récemment dans une fête de village au fin fond de la campagne. Aucun habitant ne répondait aux canons habituels de la beauté. Ils étaient tous attifés « à leur façon », avec des physiques opulents si faciles à juger. Cependant tous semblaient heureux d’être ensemble, et chacun semblait s’accepter dans une simplicité d’être qui faisait plaisir à voir. Je pense que c’est parce qu’ils se sentaient bien, pleinement « ancrés » dans leur environnement, leur monde. Je me suis dit qu'ils rayonnaient parce qu'ils osaient être eux-mêmes et, pleinement engagés dans la vie, ne se posaient pas de questions.

Comment changer le regard que nous portons sur nous-mêmes?

En nous laissant moins happer par les jugements, les pensées- hameçons qui nous éloignent de notre ressenti corporel, on découvre peu à peu que notre cerveau émotionnel déforme totalement la manière dont nous nous voyons. Et dont nous voyons les autres ! Si l’on vous incite à vous concentrer sur les oreilles des gens dans le métro, vous ne verrez plus que ça, et vous les grossirez ! De même si l’on vous incite à vous concentrer sur leurs défauts. Nous portons des lunettes émotionnelles qui déforment la vision en 2D que nous avons de nous dans les miroirs alors que dans la vraie vie, nous sommes en 4D. Seule la prise de conscience de ce mécanisme nous sauvera du désamour de nous-mêmes.

Et s’aimer davantage, dans son entièreté?

Notre équilibre s’atteint lorsque nous établissons un bon dialogue entre nos pensées, nos émotions et nos comportements et évitons ainsi des réactions absurdes. Prenons l’exemple de la boulimie : c’est un comportement addictif qui soulage un instant notre angoisse mais ne la résout aucunement. De même l’ orthorexie, cette obsession d’une nourriture « saine », fausse bonne solution de contrôle de notre image qui nous éloigne de la vie. Je dis souvent à mes patients que la vie c’est comme un match de foot : si on veut y participer, mieux vaut être sur le terrain plutôt que, planté sur les gradins, commenter sans cesse le jeu. S'aimer demande à s'engager pleinement dans la vie plutôt que de se juger. En outre, être libre, c'est être seul. Il n'y a que nous qui pouvons nous inonder de cet amour dont nous avons tous besoin. Personne ne peut le faire à notre place. Etre adulte, ce n'est pas comme quand on est enfant où les parents ou tout adulte référent (maitresse, etc.) peut nous arroser de cet amour nécessaire pour nous aider à grandir. Ce type d'amour fonctionne de moins en moins en grandissant. Nous devons faire le deuil que ce besoin d'amour inconsidérable dont nous ressentons le besoin ne sera jamais complètement satisfait pour ne pas le rechercher à peine perdue dans le regard d'autrui. C'est à nous seul de nous regarder avec amour et bienveillance.

Qu’est-ce qui permet de « plonger » ainsi pleinement dans la vie ?

Apprendre à s'accueillir, à respirer et à sourire à ce que l'on est et à ce que l'on ressent. C’est pour cela que je recommande particulièrement des techniques de relaxation ou de respiration pour se réconcilier profondément avec soi. Insufflons à chaque instant de l'amour, de la tendresse et de l'amour en nous et pour cet enfant intérieur que nous portons. Vivre et s'aimer, c'est faire de la place à notre fragilité inhérente à notre nature humaine.

Chacun de nous doit composé avec son corps comme avec un instrument de musique : flûte traversière ou contrebasse, il nous faut apprendre à en jouer, pour le faire résonner au mieux et laisser irradier son énergie singulière. Nous avons tous une merveilleuse musique à émettre! Pour apprendre ainsi à bien en jouer, il nous faut plonger pleinement en ce corps-instrument, pas nous contenter de le juger et de le jauger.

Le sport permet-il aussi cela ?

Je dis souvent que le sport, c’est comme un marteau : bien utilisé, il est indispensable ; mal réglé, il fait des dégâts, peut générer des excès, de l’anorexie mentale… On n'apprend pas à s’aimer en « faisant » uniquement, ou en ne suivant que des objectifs, comme c’est le cas de certains sportifs. Car, quand ils arrêtent, certains s'effondrent. Il n'ont pas appris à vivre au contact de ce qu'ils sont, n’ont pas su construire des directions de vie dans laquelle le sport ne peut constituer qu'une marche, et non pas être une finalité. Le risque est d'utiliser le sport comme un pansement sur la fameuse angoisse existentielle que nous avons tous à traiter, et qui ressurgira dès qu’on cessera la pratique.

Mais l’on se sent mieux avec soi-même et plus en accord avec son image quand on fait du sport, non ?

Certes. Le sport a des effets anxiolytiques et antidépresseurs. La sociologue Marie Choquet a d’ailleurs montré que pratiqué moins de 8h par semaine, il avait de nombreuses vertus. Mais surtout, il convient de savoir pourquoi on le pratique. S’il s’agit de prendre soin de soi, oui, le sport est un allié. On peut aussi pratiquer d'autres activités en ce sens : multiplier les occasions de chanter, marcher…alors, plus on est dans la vie, plus on s’ aime

Car s’aimer, c’est aussi se laisser ressentir !

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