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7 février 2014 5 07 /02 /février /2014 11:10

La trichotillomanie est un trouble du comportement qui consiste en l'arrachage compulsif des cheveux, cils ou des poils. Il s'agit d'une toxicomanie gestuelle apparaissant le plus fréquemment à l'adolescence. Ce comportement de toilettage, éteint habituellement chez les êtres humains, a semble-t-il comme fonction d'apaiser la tension interne des patients. Il s'agit d'une pathologie orpheline car ni les psychiatres et ni les dermatologues ne la connaissent. Il n'y a, à l'heure actuelle, aucune recherche sérieuse sur ce sujet alors qu'elle touche 2 % des femmes et qu'elle est  source d'une grande souffrance morale et d'un handicap social du fait de l'alopécie. Il n'y a malheureusement peu de chance que des études se mettent en place dans le contexte actuel morose de la recherche en France et de toutes les entraves administratives mises en place par l'état pour leur financement.

Cependant, il existe des pistes d'exploration pour mieux comprendre cette pathologie.

  • Tout d'abord on retrouve chez les patients souffrant de trichotillomanie un haut niveau de craving (impulsion furieuse de faire un comportement). Il serait intéressant d'en explorer le fonctionnement et de travailler sur l'inhibition de l'action. Cette dernière peut être évaluer par le test de Hayling. Un entrainement spécifique est une piste de traitement possible.

  • Le comportement d'arrachage stimule probablement les réseaux de récompense. Cela pourrait être aisément mis en évidence par de l'imagerie fonctionnelle. Les réseaux de récompenses se mettent en route pour renforcer la fonction du comportement, en l'occurrence ici l'apaisement. Le traitement cognitif de la récompense passe par le striatum ventral (zone appartenant aux noyaux gris centraux de l'encéphale) puis bascule progressivement par le striatum dorsal, ce qui transforme un comportement "pensé" en stéréotypie. Si la trichotillomanie devient avec le temps une stéréotypie, cela explique que les patients souffrant de trichotillomanie n'arrive pas à s'arrêter ou à ne pas initier de crise malgré leur conscience des troubles. On comprend mieux ainsi ce sentiment de n'être pas "fou" malgré la difficulté à comprendre la trichotillomanie et d'être dépassé par ce comportement qui leur apparait comme absurde.

De nombreuses pistes de recherche sont possible pour mieux comprendre la trichotillomanie. les résultats obtenus permettraient de proposer une offre de soin plus spécifique et de mieux comprendre le cerveau humain. En outre, d'autres pathologies fonctionnant aussi sur le mode du craving pourraient bénéficier de ces résultats.

 

Jean-Christophe Seznec

J'arrête de m'arracher les cheveux, soigner la trichotillomanie. Psychoguide. Edition PUF.

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Published by Jean-Christophe seznec
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