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12 avril 2017 3 12 /04 /avril /2017 18:14

En cette période de campagne électorale, il est triste et désarmant de voir la quasi-totalité des hommes politiques continuer à ânonner les mêmes propositions déconnectées de la réalité. Les logiques proposées amènent à l’effondrement notre système santé. Tout cela annonce une grave crise sanitaire faute de médecins.

La médecine française possède des racines anciennes. Son histoire prend ses origines au moyen âge avec le rayonnement de la première faculté de médecine à Montpellier. Elle s’est construite grâce à la créativité de célèbres médecins comme Charcot, Laennec, Pasteur et bien d’autres. La médecine française porte les valeurs du siècle des Lumières : Curiosité, innovation et engagement. Elle a su allier découvertes scientifiques et réponse aux différents contextes historiques comme ce fut le cas à travers les nombreux progrès qui ont été nécessaires pour surmonter les deux guerres mondiales : traitement des gueules cassées, des épidémies, etc. Cette période a engendré une organisation de notre système de soin en hôpitaux et dispensaires. Cette médecine française a été pendant tout ce temps un modèle pour le monde et les « french docteurs » sont reconnus et demandés aux quatre coins de notre planète.

Avec l’évolution de la proposition de soin vers une médecine organisée et industrielle au cours du XXème siècle s’est développé en France le modèle social. Ce modèle a permis le remboursement des soins pour l’ensemble des français grâce aux cotisations sociales que permettaient le salariat. Cependant, dans les années 70, le gouvernement s’est rendu compte qu’il ne pouvait suivre l’augmentation des tarifs médicaux du fait de l’inflation. Aussi le premier Ministre Raymond Barre a autorisé les médecins a exercé en secteur 2. Dans ce secteur, les médecins pouvaient faire évoluer le prix des actes médicaux en fonction de l’évolution des prix alors que la sécurité sociale n’a pas sensiblement bougé ses références tarifaires depuis 30 ans. Pour se rendre compte du blocage des prix, il faut se dire que si le tarif d’une consultation d’un médecin généraliste avait suivi l’évolution du SMIC, elle ne serait pas à 23 euros comme actuellement mais à 48 euros.

Malgré cela, le système a tenu le coup grâce à une gestion du système de santé équilibré entre les médecins, l’Etat et la sécurité sociale. Cet équilibre s’appuyait sur différents déséquilibres :

  • La sécurité sociale était en déficit chronique.
  • Les médecins généralistes travaillaient beaucoup plus que la population générale (50 à 50H) par semaine mais restaient maitre de leur travail.
  •  De nombreux médecins libéraux à la retraite continuait à exercer par vocation et par passion (20% des médecins en activités sont des retraités).
  • Les médecins libéraux travaillaient quasi bénévolement pour les hôpitaux à travers des vacations en contrepartie de formations et d’échanges intellectuels avec leurs confrères hospitaliers.
  • Les étudiants en médecine travaillaient à l’hôpital pour une bouchée de pain en échange de la formation qu’ils recevaient.
  • Les médecins libéraux touchaient des indemnités maladies qu’après trois mois d’arrêt maladie.
  • Etc.

Cet équilibre a été rompu par différentes lois émises par Alain Juppé, Roselyne Bachelot, Xavier Bertrand. Le coup de grâce ayant été donné par Marisol Touraine avec la loi santé malgré la ferme opposition de la majorité des soignants. Ces lois ont engendré une dérive administrative et industrielle de la gestion de la santé. L’état jacobin a repris le pouvoir de la santé pour organiser une gestion comptable sans prendre en compte l’avis des médecins et des besoins de santé. Les médecins qui sont formés pour être des « généraux de la santé » se sont vu imposer de devenir des soldats « aux ordres » des agences de santé et selon les normes de la sécurité sociale, notamment au niveau tarifaire. Ceux qui sortent du rang font l’objet de procès quasi staliniens. L’Etat, en tirant la couverture à elle, a déstabilisé le système, à provoquer une raréfaction de l’offre de soin et à transformer les patients en des consommateurs de soin. Dans ce nouveau système :

  • Les médecins, s’ils sont traités comme des employés de santé, ne veulent plus travailler 60H alors qu’ils peuvent être au 35 H dans les structures d’Etat ou être mieux rémunéré à l’étranger. La France est l’avant dernier pays, en terme de rémunération, en Europe.
  • Les médecins retraités ne veulent plus exercer car celuici n’est devenu que contraintes administratives et entraves à l’art de la médecine.
  • L’Etat, pour faire des économies, a supprimé les vacations hospitalières des médecins libéraux et donc diminué l’offre de soin aux plus démunis.
  • Les jeunes médecins ne veulent plus s’installer et prendre le risque d’avoir des indemnités maladies au bout de trois mois. 8% des jeunes internes veulent s’installer.
  • Une crise des vocations est apparue. 20% des étudiants en médecine renoncent à leur vocation au cours de leurs études. 30% des postes de médecins hospitaliers sont vacants.
  • Les médecins ne se retrouvent plus dans un exercice médical contraint (cf ROSP), administratif et comptable. De plus en plus partent à l’étranger, changent de métier ou pratiquent une médecine en marge de la sécurité sociale en s’investissant dans les médecines alternatives, l’hypnose, etc. Quelques soit l’effet réel de ces thérapies, ces soignants recherchent surtout une qualité relationnelle qu’ils ne trouvent plus dans la médecine classique. En effet, à 23 euros la consultation, pour vivre, un médecin doit voir un patient toutes les 7 mn. En si peu de temps, il ne peut que faire une ordonnance, ce qui est insatisfaisant pour lui tout comme pour les patients, et pour se faire réprimander par la sécurité sociale parce qu’il prescrit trop.
  • 40% des médecins sont en Burn out. 20% des étudiants en médecine disent avoir eu des idées suicidaires. Les médecins se suicident deux fois plus que la population générale.
  • Les patients sont devenus des consommateurs de soin. Ils vont voir leur médecin parce qu’ils ont le droit et consomme du soin en dénaturant la relation médecinmalade essentielle à l’efficacité du soin. Une partie des déserts médicaux sont dus aux rendez-vous non assurés par les patients. Les relations médecin-patient sont de plus en plus tendus. Il existe de plus en plus d’agression et de moins en moins de respect.

 

Notre système de santé est au bord du gouffre. La France a reculé de 20 places ces dernières années dans la qualité des soins qu’elle propose. Dans certaines régions, les français sont confrontés à une perte de chance de soin et à des risques mortels. L’espérance de vie a baissé pour la première fois en France l’année dernière. Il est de plus en plus difficile de trouver un médecin ou des soins de qualités. Malgré l’urgence de la situation, nos candidats politiques continuent à émettre des propositions sans dialoguer avec les médecins et sans tenir compte de leur besoin et de leur situation. Il s’agit toujours de propositions descendantes digne de notre système jacobin. Quelles sont les propositions les plus fréquentes :

  • Construire des maisons de santé. Il en existe déjà de très nombreuses. Elles sont la plupart vides de médecin car les contraintes pour y exercer sont aversives. On peut en construire autant que l’on veut mais cette mesure sera inefficace faute de médecins.
  • Rendre obligatoire l’installation des médecins dans certaines régions pour en finir avec les déserts médicaux. La France entière est désormais en désert médical, le plus grand étant Paris et la région parisienne. Ces dernières années, il n’y a eu aucune installation de médecin généraliste à Paris.
  • Faire payer leurs études aux médecins. L’état fait déjà d’énormes économies en employant pendant 6 ans les futurs médecins généralistes et 7 ans les spécialistes au cours de leur externat et internat pour effectuer des tâches administratives et de soin pour un salaire très bas.
  • Fonctionnariser les médecins. Il faudra deux à trois médecins pour remplacer un médecin qui travaille 40 à 60 H et nous en manquons déjà.
  • Augmenter le numérus clausus. Il faut 10 ans environ pour former un médecin or nous en avons besoin maintenant. En outre, 20% d’entre eux quittent médecine en chemin.

Cet obscurantisme dogmatique de nos candidats à l’élection présidentielle va précipiter la France dans une grave crise sanitaire. Aucune de ses mesures ne sera significative sans médecin. Or les médecins, par leur insertion dans la collectivité, participe grandement à la paix sociale. La population risque de réagir violemment faute de pouvoir satisfaire leurs besoins de soin. Enfin faute de trouver réponse dans la médecine classique, la population risque d’aller chercher des réponses dans des techniques de soin marginales et s’exposer à la mainmise par des gourous ou des scandales sanitaires faute de techniques évaluées. Il y a urgence que nos politiques, les médias et la population prennent conscience de la situation sanitaire de la France et de sortir de ces solutions stéréotypées très Yaka Faukon !

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Published by Jean-Christophe seznec
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