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19 janvier 2017 4 19 /01 /janvier /2017 12:08

Pourquoi fait-on du sport ?

 

On fait du sport comme un loisir, pour son bien-être, sa santé, se réaliser, se dépasser, ressentir des sensations fortes, appartenir à un collectif, etc. Cette pratique mélange des enjeux hygiénistes, esthétiques, ludiques et existentielles. Il est de plus en plus utilisé comme un moyen de contrôle de sa machine corporelle afin de lutter contre l'angoisse de mort et entretenir le sentiment de toute puissance.

Le sport de compétition prend de moins en moins de place au fur et à mesure de l'évolution de la société. Les pratiques hors structures se développent ce qui provoque une baisse du suivi médical de celles-ci. Les femmes et les personnes âgées pratiquent de plus en plus de sport et influent sur son évolution. Cette évolution est due au fait que le travail et l'effort font l'objet d'un investissement existentiel moins central dans notre société contemporaine. Il est remplacé par la recherche du plaisir immédiat, l'hygiénisme et l'accès pour tous aux activités sociales. Le sport devient parfois un des éléments d'une orthorexie et rentre enjeu dans la prévention des risques. La société s'est emparée de ses bienfaits dans le but d'encourager la prescription d'une activité physique dans la prévention de pathologies chroniques.

La pratique sportive évolue pour nous proposer un double visage : soit on pratique du sport en salle pour prendre soin de soi, soit on exerce un sport en club pour rentrer dans l'industrie de la compétition. Dans ces deux espaces, il existe peu de place pour le sport ludique et l'être.

Epidémiologie

Il existe peu d'études épidémiologiques sur les troubles psychologiques liés au sport ainsi que sur l'état de santé de ces athlètes après leur reconversion une fois la carrière sportive terminée.

L'étude de Marie Choquet[i], sociologue, au cours de l'enquête ESPAD mené par l'Inserm a fait date en la matière car elle a montré que si la pratique du sport améliorait de nombreuses conduites, son bénéfice s'inversait au dessus de huit heure de sport par semaine. Les filles augmentent leur consommation de tabac, ont plus de troubles du comportement alimentaire et présente une plus grande agressivité verbale. Les hommes ont plus d'agressivité sexuelle, de comportement toxicomaniaque ou d'abus d'alcool.

Les particularités des athlètes[ii]

La pratique du sport de haut-niveau conduit un être humain dans un chemin de vie en marge des personnes de son âge[iii]. En effet, l'athlète rentre dans ce processus à un âge où l'on se construit habituellement dans son milieu social d'origine à travers les sorties du week-end alors que les siens seront emprunts d'ascèse pour potentialiser ses prédispositions.

En plus d'une modification de son espace de vie, ce jeune adulte devra faire avec une modification temporelle. Son point de mire est le plus souvent la compétition du week-end suivant. Cette focalisation temporelle entraine l'athlète vers un lot de questions qui auront un impact sur son sentiment de sécurité : Est-ce qu'il va être sélectionné pour jouer, est-ce qu'il va être bon, est-ce qu'il va faire un résultat, etc. Au final, sa semaine se résume au questionnement intérieur d'être ou de pas être performant à la prochaine compétition. Si il l'est tout va bien, si il ne l'est pas le doute et l'anxiété apparait, réveillant ainsi le cerveau émotionnel qui l'inondera de pensées hameçons source d'une rumination anxieuse ou de somatisations. La blessure est souvent une "solution" pour s'extraire d'une tension insupportable ou d'une fatigue physique ou psychique qui ne lui permet plus de faire face à l'épreuve.

La vie et la carrière d'un athlète de haut niveau suit un rythme et une intensité hors du commun que cela soit physique, temporel, émotionnel ou affectif. Il est dans la recherche permanente de l'amélioration de ses performances. Pour cela, il développe le gout de l'effort, de la volonté et une appétence pour le dépassement de soi. Il possède l'esprit de compétition et la culture de la gagne. Il est difficile pour lui de s'arrêter et de savourer une réalisation. Il passe d'un objectif à un autre projeté dans une quête sans perspective, car "et après…". Après une épreuve passée, il y a toujours un autre challenge à surmonter source possible d'une addiction à la gagne.

La vie de l'athlète s'organise autour de cycles courts que cela soit dans la durée (carrière, les contrats de travail, etc.) ou à travers la temporalité des objectifs avec des résultats rapides demandés. Il doit aussi gérer un environnement avec des intérêts parfois divergents entre l'entraineur, les partenaires de jeu, les sponsors, l'agent, les conseillers, la famille et des proches, etc. Le corps de l'athlète fini par ne plus lui appartenir et la blessure peut être une façon de se réapproprier celui-ci en coupant la relation fusionnelle avec l'entourage sportif.

Ce parcours s'entame à l'adolescence avec beaucoup de personnes qui s'occupent du sportif au risque de le maintenir dans une dépendance et une immaturité. Chaque personne de son environnement s'investit dans le potentiel de reconnaissance et de succès que l'athlète représente pour s'accomplir personnellement. Toute sortie de route ou anicroche est vécue de façon démultipliée en fonction du nombre de personnes investies dans sa performance rendant la prise de distance et la digestion difficile.

Dans cet environnement d'assistance, le sportif n'a pas besoin de penser, d'autres le font pour lui, il a juste à "faire". La confrontation à la réalité (obstacle, blessure, non sélection, frustration, etc.) réveille souvent la machine à penser. N'ayant pas eu l'apprentissage d'apprivoiser cette production en étant cocooné dans le monde simple de la performance (tu t'entraines, tu fais et tu as le résultat), l'athlète se retrouve débordé par celles-ci ce qui peut nourrir un doute ou une anxiété.

Le suivi longitudinal des sportifs de haut niveau[iv]

Face à la vulnérabilité observée des athlètes, les instances ont choisi de mettre en place des mesures de surveillance à l'aide d'un suivi longitudinal psychologique. La surveillance médicale réglementaire (SMR) concerne les sportifs sur la liste ministérielle des athlètes de haut niveau ou ceux en filière d'accès au haut-niveau. Il s’agit d’une série d’examens médicaux obligatoires pour l’inscription sur les listes ministérielles de sportifs de haut-niveau (espoirs, jeunes, seniors et élites) ou pour l’intégration d’une filière d’accès au haut-niveau. Tous les sportifs en pôle sont concernés. La SMR est régie par les articles L.3621-2 et R.3621-3 du code de la santé publique et vise à assurer au mieux la préservation de la santé des sportifs au regard de leur pratique intensive.

Deux bilans médicaux (« Visite Médicale ») doivent être réalisés chaque année. Il comprend  un entretien avec un médecin du sport, un examen physique, des mesures anthropométriques, un bilan diététique, des conseils nutritionnels et un bilan psychologique. Le bilan psychologique est réalisé par un médecin ou un psychologue sous la responsabilité du médecin coordinateur du plateau technique. Il est effectué une fois par an pour les majeurs et deux fois par an pour les mineurs.

L'objectif de ce bilan est de  :

• Détecter des difficultés psychopathologiques et des facteurs personnels et familiaux de vulnérabilité et de protection.

• Prévenir des difficultés liées à l’activité sportive intensive.

• Orienter vers une prise en charge adaptée si besoin. » Le cabinet se propose donc de mettre en place une démarche de bilans psychologiques.

La difficulté de ce bilan est qu'il n'est pas toujours effectué par des professionnels en psychopathologie et ne prend pas en compte tous les sportifs qui font du sport en amateur qui ne sont pas toujours dans des structures sportives malgré parfois un grand volume de pratique. En outre, il ne concerne pas les sportifs professionnels qui sont du ressort de la médecine du travail. Le SMR acte cependant le fait que la pratique d'une activité physique intense peut être source d'effets indésirables et nécessite un accompagnement notamment psychologique.

 

[i] Choquet et al :  « Jeune sport conduites à risque » de l’équipe santé de l’adolescent : Unité de recherche Inserm n°472, Paris : 1998.

[ii] Seznec JC dans "Act - Application thérapeutique" coordonnée par Seznec JC Dunod édition (2016) 282-296

[iii] Carrier C: Le champion, sa vie, sa mort : psychanalyse de l'exploit. Bayard 2002.

[iv] Seznec JC : Le suivi psychologique de sportifs de haut-niveau : enjeux et réalité. Annales médico-psychologique 166 (2008) 833-837

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Published by Jean-Christophe seznec
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