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11 janvier 2017 3 11 /01 /janvier /2017 14:26

Le sport est une activité sociale qui a émergé avec l'arrivée de l'ère industrielle. Son développement, ses valeurs, ses difficultés et ses enjeux épousent l'évolution de la société en y théâtralisant toutes les problématiques. Il est l'expression des mœurs de notre civilisation avec ses avantages, ses inconvénients et sa psychopathologie. C'est un miroir de notre société qui est à l'origine de troubles psychopathologiques culturellement liés et des pathologies liées à l'exercice physique. L'objectif de cet article est de décrire l'aspect contextuel de la psychopathologie du sport et de discerner ce qui est du ressort de l'activité physique et d'une pratique sociale (le sport).

Contexte historique et sociale[i]

Cette pratique sociale n'est pas universelle. Elle est liée à notre histoire moderne. Elle fait l'objet d'une lecture mythologique qui la rattache à différentes périodes comme celles des jeux olympiques grecques. Cependant, sa version moderne trouve son origine dans la seconde moitié du XIXème siècle dans les collèges britanniques de l'Angleterre industrielle. Elle s'est structurée autour de règles universelles.

L'activité sportive prend ses racines dans la recherche de l'affrontement entre les individus et les peuples. La modernisation de la société a tenté de mettre de côté ou de canaliser la violence liée aux comportements de lutte. Cette dimension conflictuelle contre autrui prend parfois la forme d'une lutte contre soi avec tous les risques psychopathologiques que cela génère. La guerre n'appelant qu'à la guerre, les jeux olympiques sont devenus un terrain de "guerre" entre les états où certaines nations peuvent utiliser des moyens quasi militaires pour remporter la victoire en accumulant le plus grand nombre de médaille tout en organisant le dopage de leurs athlètes.

Coubertin a créé le mythe des jeux olympiques et de l'universalisme du sport alors que celui-ci met en contact des personnes dont les intérêts et les enjeux personnels et économiques sont disparates. Cette hétérogénéité des contextes participe notamment au comportement de dopage. En effet la réalité n'est pas la même pour un occidental faisant partie d'une fédération dont l'intérêt du résultat (des médailles), outre la gloire, est d'obtenir des subventions et celui d'un athlète issu d'un pays émergeant où l'enjeu est de révolutionner sa condition sociale.

L'athlète est aussi prisonnier des représentations collectives et économiques du sport. Actuellement, le sport est lié à la société du spectacle avec son lot d'émotions, d'imaginaire et de symboliques. Il raconte et il vend une histoire aux spectateurs mais aussi à soi-même.

Définitions

Derrière ce vocable actuel d'activité sportive se cache deux activités qui ont été longtemps : opposées : le sport et l'activité physique[ii].

L'activité physique correspond à des exercices répétés bénéfiques pour le développement physique et la santé. Elle renvoi à la notion de bien-être et à la nécessité de prendre soin de soi. Elle avait pour Georges Demeny en 1902 la fonction de lutter contre la dégénérescence de la race mais aussi une fonction hygiéniste. Elle contribuait à favoriser des acquisitions intellectuelles. L'activité physique a été développée pour ses vertus éducatives qui ont vu leur paroxysme dans les pays totalitaires. Plus récemment, elle est utilisée à dessein d'embellissement des corps, hygiéniste et à visée hédoniste par les pratiquants.

Le sport est un ensemble d'exercices physiques se présentant sous forme de jeux individuels ou collectifs, pouvant donner lieu à des compétitions. Il est pratiqué en observant certaines règles. Il implique l'appartenance à un club fédéral (licence), une technicité du geste et une habilité motrice qui ne sont pas nécessaires dans l'activité physique. Ce n'est qu'à partir de 1967 que les activités sportives deviennent le support de l'enseignement de l'éducation physique scolaire.

L'entraînement est un programme éducatif mis en place spécifiquement selon la discipline et qui correspond à un volume horaire de travail physique visant au conditionnement total du sportif à sa tâche motrice.

Au final, le terme de sport que l'on connait actuellement supporte plusieurs composantes et valeurs qui peuvent être plus ou moins présentes selon les activités, selon les lieux d'exercices et selon les pratiquants : exécution d'un mouvement, notion d'effort, composante de jeu et de confrontation, recherche d'un résultat ou d'une performance, etc.

L'activité physique était la composante qui prédominait jusqu'à la deuxième guerre mondiale car elle prônait la logique du développement personnel. Après, la deuxième guerre mondiale, avec l'essor des compétitions internationales, le sport a occupé le devant de la scène pour y déplacer le terrain de la guerre entre les peuples. L'athlète de haut-niveau devient le faire valoir d'une nation ou d'un peuple. Au cours des années 90, l'individualisme, l'éclosion de la génération Y et la culture de l'image a remis l'activité physique en avant. Le sport est devenu progressivement une industrie où le héros n'est qu'un produit pour vendre de l'image, une communication mais aussi un terrain d'expérimentation, comme peut l'être l'espace, pour de nouvelles technologies. Cette évolution influe notamment sur les règles des pratiques sportives et sur le vécu et l'équilibre des hommes qui les pratiquent. La société du sport n'est plus un espace d'aventure humaine où l'homme apprend à se connaitre et à s'éprouver mais une société du spectacle et du commerce où l'on vend, selon Brohm[iii], le mythe suivant record=progrès.

 

[i] Pociello C: Sport et société– Approche socio-culturelle des pratiques. Paris : Vigot, 1981. ISBN 2-7114-0822-1

[ii] Bonnet V: Stéréotypage et éthos dans le commentaire sportif : construction et évolution d’un genre. in Boyer, Henri. Stéréotypage, stéréotypes : fonctionnements ordinaires et mises en scène – Perspectives interdisciplinaires, T. 1. Paris : L’Harmattan, 2007 b, p. 47-59

[iii] Brohm Jean-Marie : La machinerie sportive, essai d'analyse institutionnelle, Paris, Anthropos/Economica, 2002

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Published by Jean-Christophe seznec
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