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26 février 2016 5 26 /02 /février /2016 14:57
La culpabilité : est-ce bon pour la santé?

La culpabilité est phénomène intérieur composé d'une émotion et d'un flot de pensées qui s'impose à soi lorsque l'on a le sentiment que l'on a eu un comportement, une émotion ou une pensée en contradiction avec une norme morale à laquelle on se réfère. la culpabilité fait suite à un reproche que l'on se fait ou que l'on nous a fait. Elle s'exprime par un sentiment de tension, d'anxiété et d'agitation intérieure désagréable, pouvant être parfois douloureux. Elle fait le lit à la rumination et à la dépression.

En outre, la culpabilité concerne une situation passée que l'on juge dans le présent pour laquelle nous n'avons aucune action possible afin de rejouer celle-ci de façon différente. Certes nous pouvons apprendre de nos erreurs mais faut-il obligatoirement passer par de la souffrance?

Pour ma part, je n'aime pas souffrir gratuitement. Je ne suis pas masochiste et j'ai l'orgueil de penser que je suis suffisamment intelligent pour apprendre et prendre mes responsabilités afin de faire un choix congruent avec mes valeurs et le contexte. Alors, afin de me rapprocher de ce désir de savoir négocier au mieux la vie sans avoir à me rajouter de la souffrance, je me suis posé la question de cette fameuse culpabilité que l'on peut ressentir ou que l'on veut parfois nous faire ressentir.

Un comportement est un acte que l'on fait en réalisant un arbitrage intérieur entre ce qui nous fait plaisir, ce dont nous avons besoin et ce qui est important pour soi tout en tenant compte du contexte. Dans ce contexte, il est inclus nos congénères sur lesquels nos comportement peuvent avoir un impact. Il dépend des informations que nous avons eu ou pris à un instant "t". Il est donc difficile de se reprocher quelque chose ensuite lorsque de nouvelles informations nous amènent à reconsidérer nos choix.

Pour qu'un comportement soit juste, cela demande plusieurs compétences:

- de savoir effectuer un choix et de l'assumer

- de savoir tenir compte de l'autre et d'être capable d'empathie, d'altérité voir d'altruisme.

- de savoir être responsable, indépendant et libre de son choix.

- de savoir accueillir notre imperfection,

- de savoir faire de la place à la tristesse liée aux conséquences de nos choix. En effet, ceux-ci nous emmènent dans une direction et nous avons à renoncer aux autres directions que nous aurions pu prendre avec un notre choix avec parfois du regret.

Toutes ces compétences demandent du temps et un apprentissage pour les obtenir. Aussi, je me demande si la culpabilité, au fond, n'est pas "la police' des enfants pour les aider à grandir et à ressentir leurs responsabilités dans une culture judéo-chrétienne. Elle leur permet de ne pas sortir des clous sous le joug du désir et de la toute puissance. Elle permet au parent de réconforter l'enfant tout en reconnaissant son erreur avec lui.

Culpabilité et immaturité

Si nous extrapolons, est-ce que les adultes qui ressentent de la culpabilité ne sont pas en fait des personnes présentant une certaine proportion à l'égocentrisme et à l'immaturité. La culpabilité serait alors un outil pour éviter de prendre la réelle responsabilité du choix de leurs actes? De plus, se sentir coupable, revêtu d'une certaine dose de victimisation afin de tenter de faire venir un sauveur qui leur dirait que ce n'est pas si grave, ne serait pas une fausse bonne solution pour éviter la tristesse d'un choix malencontreux? Face à quelqu'un qui partage sa culpabilité, il peut-être intéressant de ralentir pour observer ce que cela nous amène à ressentir et de voir si cela nous amène pas à être absorber dans le jeu victime/bourreau/sauveteur?

Culpabilité et manque d'assertivité

Une autre facette de la problématique de la culpabilité est d'oser s'engager sur un chemin personnel et de renoncer à satisfaire totalement les personnes qui nous entourent. En effet, ce qui est important pour nous, ne l'est pas forcément pour les autres. Pour nous rassurer ou pour échapper à l'inconfort de la solitude de notre décision, nous pouvons être tentés de nous appuyer sur le regard d'autrui. Ce n'est pourtant pas très fonctionnel car ce qui est important pour nous ne l'ai pas forcément pour les autres. Nous ne savons pas ce que pense les autres et c'est souvent beaucoup plus trivial que ce que nous imaginons. Enfin, on ne peut empêcher les autres d'avoir des opinions. Nous avons tous des gouts différents. Cette différence ne signifie pas que nos décisions et ce que nous sommes soient sans valeurs. Nos choix nous amènent parfois à déplaire et à avoir à l'assumer. La culpabilité serait dans ce cas une émotion qui vient nous protéger dur risque d'être exclu du groupe par un choix différent du fait d'un manque d'assertivité.

Culpabilité et jugement

La culpabilité est liée à la notion de faute et de condamnation pour celle-ci. Les seules personnes compétents à juger et déclarer qu'il y a faute sont les juges d'état et les arbitres sportifs. Il n'y a pas de norme, juste des règles sportives et des lois. En dehors de ces cadres légaux, nous sommes libres de faire ce que nous voulons du moment que nous en assumons les avantages, les inconvénients, les risques, les coûts et les réactions. A nous d'être vigilant de ne pas mettre l'autre dans une position de jugement. Pour celui-ci, il faut être deux. Celui qui juge et celui qui accepte d'être juger. Nous sommes libres de ne pas instaurer de tribunaux dans notre tête. Cette notion est culturellement lié à notre contexte judéo-chrétien. La philosophie de celle-ci est construite autour du pêché originel d'Eve qui a croqué la pomme qui rend tous les humains responsables de celui-ci. Cette notion a permis à la religion chrétienne de construire un gendarme intérieur afin d'aider les disciples à se discipliner et à ne pas se faire happer par les désirs et les pulsions. Il y a d'autres façons de gérer ces envies. Nous sommes libres de nous émanciper de ce principe.

Culpabilité et personnalités pathologiques

Un autre contexte à la culpabilité est lorsque quelqu'un essaie de vous faire ressentir de la culpabilité. Cet injonction peut être une façon de soumettre l'autre. Le problème est-ce soi qui a fait un choix critiquable ou la personne qui tente de nous faire ressentir de la culpabilité en nous jugeant et choisissant de poser au-dessus de nous ?

Je me demande si certaines personnes confrontées, elles aussi, à une problématique infantile (immaturité, toute puissance et égocentrisme) ou à un manque d'estime de soi, ne tentent pas de faire ressentir de la culpabilité à leur entourage afin d'essayer en vain de ne pas ressentir une souffrance existentielle liée à une situation relationnelle (désaccord, frustration, inconfort, embêtement, etc.). Cette posture serait une tentative de lutte à la souffrance inhérente à notre nature d'être humain. Aussi, prenons le temps chacun de regarder comment accueillons-nous le désarroi de l'autre, son imperfection, sa fragilité sans juger, sans commenter et sans lui procurer une double peine, celle de la culpabilité, afin de le soumettre à nos désirs et à nos envie de réassurance et de toute puissance? Comment faisons place à notre inconfort dans une situation relationnelle sans chercher une victoire sur l'autre en le culpabilisant? Finalement culpabiliser l'autre est une façon de refiler à l'autre "la patate chaude" de la responsabilité.

Le comble de cela est certaines personnalités pathologiques comme le psychopathe ou le pervers narcissiques qui utilisent la culpabilité comme une arme projective et de pouvoir. On retrouve dans ces organisations pathologiques de la personnalité souvent une immaturité, un manque d'estime de soi et une alexithymie (difficulté à identifier, différencier et exprimer ses émotions ou parfois celles d'autrui). Ces personnes à la vie fantasmatique pauvre avec comme résultat une pensée utilitaire ont tendance à passer à l'action sur l'autre pour éviter les conflits et les situations intérieures stressantes.

Pour de pas s'engager dans la culpabilité ou la culpabilisation de l'autre, est ce que cela ne demande pas de s'autoriser à ressentir toutes la palette émotionnelle qui nous permettra de prendre les informations afin d'avoir les actions nécessaires pour nous adapter à un contexte?

Lorsque l'on souffre d'alexithymie, culpabiliser l'autre est aussi une façon de se protéger de la dépression. Ressentir de la culpabilité au contact de quelqu'un est une information sur la relation que l'on entretient avec cette personne mais aussi sur sa personnalité. Au lieu de mordre à cet hameçon égocentrique, il est intéressant de ralentir pour observer cette relation, prendre l'information et faire un choix sur la façon de l'aborder.

Point d'orgue

Voici beaucoup de questions sur un sujet sensible et passionnel. En effet, trop de culpabilité est source d'handicap, ne pas en avoir peut faire l'objet de reproche ou prendre le risque d'être étiqueté d'insensible si ce n'est de personnalité pathologique (si ce n'est pas le cas!!! sourire!)…

Je choisi dans cet article d'assumer mon opinion. Qui n'est que la mienne!!!

De culture libertaire, je suis sans dieu ni maitre. Aussi, je n'autorise personne à essayer de me culpabiliser en se mettant au -dessus de moi. Cela ne m'empêche pas de me tromper ou d'être maladroit. Je pense que si on est authentique, mature, responsable et engagé, on n'a pas besoin de la culpabilité et de sa souffrance pour évoluer et apprendre. Il existe suffisamment d'autres émotions qui nous aident à nous ajuster et corriger nos choix. Il existe d'autres possibilités pour entendre la souffrance dont on est peut être à l'origine. Il est possible de faire des démarches actives de réconciliation dans la bienveillance et la mansuétude. La guerre contre soi ou contre les autres n'amènent qu'à la guerre. La culpabilité nous enferrent dans le passé. A nous de tenir compte de celui-ci pour rester dans le présent. La pleine conscience est un merveilleux outil pour nous ajuster au mieux ici et maintenant, pour faire émerger le meilleur de nous même et pour considérer les autres. Plutôt que de culpabiliser, je préfère avoir des actions de paix avec moi-même ou avec les autres. Comme la bienveillance, la gentillesse et l'humanisme sont mes points cardinaux pour diriger mes actions, je dis de façon authentique : que je suis désolé, que j'ai blessé par ignorance ou fait preuve de maladresse. je me sens une âme de débutant qui questionne, qui apprend en permanence et qui tire leçon de toutes choses pour négocier mieux le futur même lorsque je ne le verbalise pas. En tout cas, la pleine conscience me permet de tenir compte de l'autre sans avoir à passer par la souffrance de la culpabilité comme gendarme de mon intériorité. C'est peut-être parce que j'ai ressenti pendant longtemps les affres de la culpabilité sans en voir l'intérêt que j'ai fait l'effort d'aborder différemment la vie. Lorsque je compare, j'ai plus appris depuis et je suis plus heureux.

Qu'en est-il pour vous? Qu'en pensez vous?

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Published by Jean-Christophe seznec
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