Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
20 janvier 2016 3 20 /01 /janvier /2016 10:04
Le sport : un miroir du monde moderne?

L’histoire du sport est récente. Elle l’est encore plus en ce qui concerne le sport féminin et son utilisation dans le cadre de l’éducation physique.

Il est possible de dire que le sport est né au XIXième siècle en Angleterre à la suite du développement industriel et qu’il a été ensuite développé par les Français. Initialement conçu comme un passe-temps, le sport est devenu, au cours du XXième siècle, l’une des activités sociales de l’homme moderne. Né dans la société libérale et parlementaire, il s’est diffusé en à peine cent ans sur l’ensemble de la surface du globe. Le sport a offert aux multinationales de nouvelles aires de développement et un grand réservoir de consommateur. L’organisation des jeux olympiques en 1996 à Atlanta, ville du siège de Coca cola, et en 2008 en Chine, sans aucune considération pour les enjeux politiques et humains de cette décision comme l’ont montré les évènements autour du Tibet, montre l’importance que donnent les instances olympiques à ces considérations économiques.

Il a cristallisé tous les enjeux de civilisation du monde moderne : La question de l’identité, le phénomène de la médiatisation et de la société du spectacle, la place de la femme dans la société et la place de l’homme dans le système économique, Le positionnement de l’homme en lien avec le développement des technologies et de la science, etc.

Le sport a été initialement conçu comme une distraction pour les gens de la haute société. Il est devenue ensuite une activité sérieuse puis une activité industrielle. Les compétitions n’étaient qu’un prétexte pour s’affronter ou pour s’éprouver de façon ludique. Le gain n’était que symbolique. Lorsque les coupes puis les primes sont arrivées, ce n’étaient que des bénéfices secondaires par rapport aux titres et au mythe olympien. Ces gains financiers n’étaient qu’une façon de mettre « un peu de beurre dans les épinards ». Le développent de la société capitaliste a fait que le beurre semble être devenu plus important pour certains que les épinards…

Le XIXième siècle et surtout le XXième siècle a été le théâtre d’un développement sans précédent du pouvoir économique, du pouvoir industriel, du désir et de la revendication populaire au droit à l’ascension social au sein de notre société, posant ainsi la question de la place de l’homme par rapport à l’économie et la technologie mais aussi celle du sens de ce développement. Le sport a cristallisé ces enjeux de société et a constitué un bon terrain d’expression à ces questions. Devant l’absence de cadre symbolique fort et stable, le sport s’est développé en générant une spiritualité qui s’est structuré en « religion » avec ses symboles, ses rites, ses sacrifices, ses saints, ses croyances, ses apôtres et ses fidèles.

Cette religiosité du sport, à partir d’un simple passe-temps de lord anglais, a été possible du fait de la misère symbolique à laquelle notre société a été confrontée au décours du XXième siècle, idée que développe Stiegler dans sa réflexion sur les comportements sociaux de nos congénères. Ce développement est lié à l’émoussement des religions traditionnelles qui n’ont pas su développer une spiritualité congruente au développent économique et à une absence de spiritualité laïque pour donner du sens à cette réalité de l’homme moderne. La vacuité spirituelle de la société industrielle a permis l’éclosion de rites païens qui se sont organisées notamment autour du sport et de ses nouvelles idoles.

Le sport, initialement un passe-temps pour une élite anglaise, est devenu progressivement l’une des formes principales de socialisation de l’agressivité. Par contre, la culture de l’affrontement existait depuis le début de l’histoire des hommes :

  • Le Pancrace est un exercice gymnique mêlant lutte et pugilat en Grèce antique pouvant aboutir les concurrents à s’étriper, se crever les yeux, s’éventrer.
  • Les tournois du moyen-âge donnaient la possibilité de se massacrer ludiquement.
  • La soule, a été un jeu populaire qui permettait aux habitants de plusieurs villages de se confronter violement. Ce sport a ensuite évolué pour donner le football et le rugby. Le football a pu apparaître en Angleterre en se pacifiant par la naissance d’une réglementation et d’un esprit chevaleresque dans les collèges anglais que l’on nommera ensuite le fair-play.
  • La corrida est un rite issu du culte du taureau que l’on retrouve en inde, en Égypte (Apis) ou comme chez les Romains (La religion de Mithra). Les forces du bien incarnées par l’habit de lumière (comme dans la religion dualiste de la Perse) affrontent les forces des ténèbres que symbolisent le taureau. Cette lutte participe à un imaginaire collectif à travers le besoin qui les anime d’exorciser l’agressivité et la violence qu’ils portent en eux dans ce sacrifice sanglant.

Le christianisme a longtemps lutté contre cette célébration du corps. Il a réussi à mettre fin aux jeux du cirque car il était inconcevable que des hommes étant à l’image de Dieu sur terre y fussent mutilés ou tués. Dans l’esprit chrétien, il était difficile de séparer le corps de l’âme. Le corps est au service de celle-ci ce qui a permis malgré tout le développement d’autres jeux au moyen âge.

Le développent de cette forme de civilisation (le sport) propre à l’homme moderne occidental s’est voulu œcuménique et universaliste ce qui a engendré une force de développement planétaire de ce modèle. Les apôtres de ce modèle ne se sont, semble-t-il pas, beaucoup posé la question de l’impact de la culture du sport sur d’autres modèles de sociétés et sur les autres peuples. Quel accueil, quelle appropriation peuvent se faire de ce passe-temps d’Occidentaux et de cette socialisation de l’agressivité, des pays dont l’économie ou le modèle social ne peut pas se permettre d’avoir le même détachement aux vues des retombées économiques de ces événements internationaux sportifs ?

Le sport a été pour l’homme un nouveau champ d’exploration. En effet, l’homme occidental, après avoir exploré la planète et repousser ses limites géographiques, a pu poursuivre son goût de l’aventure en s’explorant lui-même en parallèle de son exploration technologique. Il s’est cependant trouvé face à une difficulté : le pouvoir technologique a cette capacité de repousser les limites humaines au-delà des limites naturelles, engendrant ainsi des questions autour de la place de l’homme vis-à-vis de ces nouvelles technologies. Le développement technologique avec l’apparition du chronomètre a développé une avidité prométhéenne insatiable.

« Plus fort, plus vite, plus loin. »

Mais jusqu’où… et pourquoi ?

Est-ce que la technologie est au service des hommes ou l’homme est un faire-valoir technologique à travers le sport ?

Cette maxime n’est pas sans poser certaines questions.

Le succès d’une poignée d’athlètes ne doit pas faire oublier les échecs d’une grande majorité de jeunes sportifs qui auront passé une enfance de travail, occultant parfois les besoins de jeu pour des sports à début précoce comme le tennis ou la gymnastique, confrontés à la dureté de leur entraînement, à l’ambition de leur environnement aiguillonnés par une possible réussite.

Le développement du vélo a, initialement, bien épousé les enjeux du début de la société industrielle. Le vélo a permis à l’homme de se déplacer, de pouvoir accéder à un travail plus éloigné, de quitter son village, de lui permettre d’être autonome pour découvrir son environnement et d’avoir une certaine communion avec celui-ci. Il a permis aux masses populaires d’accéder aux bienfaits de la technologie avec la « petite reine » et de pouvoir en faire aussi un passe-temps. Des valeurs telle que le travail, ont pu être magnifiées dans le cyclisme. Le vélo porte le mythe que l’effort et le travail personnel sont récompensés par une victoire. Le vélo symbolise l’ascension sociale en permettant aux gens du bas d’accéder à un statut du fait de leurs victoires. Le vélo a donc été pendant de longues années en adéquation avec les mythes de la société de l’homme moderne ce qui lui a permis d’être l’un des sports majeurs du XXième siècle.

Cependant certains éléments de la civilisation du sport ont évolué. L’homme actuelle n’est plus en symbiose avec son économie, le monde politique et les intérêts de ces holding internationales. La réalité actuelle, pour des industries sportives et médiatiques dont le but est avant tout mercantile et pour des pays qui se confrontent sur le champ sportif afin d’évaluer leurs modèles politiques, sociales et économiques, est bien loin de celle de l’ouvrier d’autre fois qui essayait, en s’éprouvant avec abnégation dans le cyclisme, de faire évoluer sa condition. La dimension symbolique du sport avec ses vertus éducatives, morales, éthiques a été progressivement sacrifié sur l’autel de la compétition et de l’argent où la logique pour organiser des compétitions semblent plus suivre les déplacements de la croissance et des richesses qu’un quelconque idéal sportif.

De nombreuses questions se posent donc :

  • Quel est la place du sport dans la société actuelle ?
  • Quel est la place de l’homme dans le sport ?
  • Quel est la juste place du gain, de l’argent, du trophée dans le sport mais aussi de l’image ?
  • Quel est le sens de cette pratique sociale ?
  • Comment concilier les intérêts de groupes industriels, médiatiques et politiques et celui des sportifs ?
  • Comment concilier les intérêts d’institutions ou de groupements internationaux à des individus ?
  • Quels symboles se cristallisent dans le sport ?
  • Quels sont les valeurs de la société actuelle dont pourrait se nourrir le cyclisme du XXIe siècle comme il a su se nourrir des valeurs du XXième siècle (travail, sacrifice, effort, développement industriel, héroïsme, aventure) en faisant tout son succès populaire ?
  • Quel changement le cyclisme doit-il opérer pour continuer d’avoir une histoire au sein de l’histoire des hommes du XXIe siècle ?
  • Le cyclisme doit-il être à la traîne des évolutions de notre société ou peut-il être moteur de son évolution comme au XXième siècle en permettant l’émancipation des hommes ?

Partager cet article

Repost 0
Published by Jean-Christophe seznec
commenter cet article

commentaires