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9 décembre 2015 3 09 /12 /décembre /2015 10:11
De la danse à la schizophrénie, parcours à travers l’histoire de l’art et de la psychiatrie.

Vaslav Nijinski, né fin 1889, d’origine polonaise, a été l’un des plus grands danseurs de son époque avec les Ballets Russes. Au début du siècle à Paris, par l’entremise de Diaghilev, ce grand ordonnateur de spectacle, cette célèbre compagnie de danse a cristallisé toutes les forces créatrices du moment. La carrière de danseur et de chorégraphe de Nijinski a duré à peine 10 ans (1908 à 1917). Il a créé des ballets aussi célèbre que Petrouchka, Le Spectre de la rose. Il fut aussi le chorégraphe de quatre ballets : L’après-midi d’un faune, Jeux, Le sacre du printemps et Tills l’espiègle.

L’histoire de Vaslav Nijinski est celle d’un patient souffrant d’une schizophrénie à début dysthymique et à évolution déficitaire. Cette maladie lui a fait traverser la première moitié du vingtième siècle en compagnie des plus grands médecins de l’époque (Bleuler, Adler, Binswanger, Sakel, etc.), connaître la psychanalyse, les cures insuliniques et la psychiatrie institutionnelle. Il est décédé le 8 avril 1950 d’une insuffisance rénale associée à une artériosclérose et une hypertension artérielle. Il est inhumé actuellement au cimetière Montmartre à coté de Vestris, l’autre dieu de la danse.

Nijinski n’a véritablement existé que sur la scène, en dansant. Une fois en coulisse, il redevient un enfant désemparé et inquiet, dépendant de ses accès de colères et de son tempérament irascible et explosif, avec, comme seul intérêt capable de donner sens à sa vie, l’art du ballet.

La technique de la danse classique a permis à Nijinski de structurer une identité fragile qui s’est dissout dans la psychose une fois répudier par Diaguilev, son mentor. Les rôles que Nijinski incarne, tiennent lieu d’identité et permettent au danseur d’exister en le rassemblant. Il cesse alors d’être apathique, nerveux, maladroit, capricieux pour être attractif et poétique. L’ambivalence de son corps (un bas masculin et un haut féminin) reflète l’ambivalence de sa sexualité et sa capacité à cristalliser les fantasmes de sa femme et de son public.

Etre fragile mais extraordinaire danseur, Vaslav Nijinski est devenu éternel dans cet instant de suspension que l’on appelle le ballon, à l’apogée d’un saut, pour devenir plus qu’une étoile, un dieu de la danse.

  • Seznec J-C. : « Vaslav Nijinski : de la danse à la schizophrénie parcours à travers l’histoire de l’art et de la psychiatrie ». Ann Med Psychol 160 :158-62, 2002.
De la danse à la schizophrénie, parcours à travers l’histoire de l’art et de la psychiatrie.

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Published by Jean-Christophe seznec
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