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18 novembre 2015 3 18 /11 /novembre /2015 21:50
Je suis venu car je ne savais pas quoi faire de ma tristesse…

Voici la phrase qu'a dit le petit fils de Georges Wolinski lorsqu'il a été interviewé devant le Bataclan. Les tragiques événements nous ont procuré à tous de très fortes émotions. Ralentissons pour observer que dans cette phrase on ressent que les émotions nous poussent à faire des actions que l'on aimerai utiles ou fonctionnelles. Mais que faire face à une situation si brutale et si violente?

Pour commencer, définissons ce qu'est une émotion.

Une émotion a la fonction de nous informer d'un besoin non satisfait et nous procure l'énergie pour le satisfaire. Par exemple, face à une bête féroce, j'ai peur lorsque mon besoin de sécurité est malmené et cela me donne de l'énergie pour courir plus vite afin de me protéger. Je ressens de la colère lorsque mes droits me semblent bafoués. Lorsque un proche décède, je suis triste car cela m'informe que je dois renoncer à lui dans mon présent. Cela ne veut pas dire que je dois l'oublier mais que je dois juste faire de la place dans mon présent afin d'avoir de l'espace pour vivre ma vie et pour pouvoir le ranger dans mon passé où il demeure désormais.

Ce système émotionnel a été mis en place l'âge préhistorique afin de nous aider à survivre. En effet, il était nécessaire d'anticiper la rencontre avec un tigre au dent de sable, ou autre bestiole de cet acabit, afin de ne pas mourir. Notre cerveau émotionnel nous aide à passer plus vite à l'action afin de nous protéger.

Dans notre époque moderne, on croise rarement des situations qui mettent en péril notre vie. Le plus souvent, nous avons à négocier des situations inconfortables, désagréables, frustrantes, embêtantes, gênantes mais rarement grave (c'est-à-dire mortelle ou source d'handicap). Lorsque je casse mon téléphone, ce n'est pas grave. Je ne risque probablement pas de mourir. C'est peut-être juste très embêtant parce que je n'ai pas l'argent pour m'en payer un autre ou que je perds des photos ou des coordonnées qui me tiennent à cœur.

Ce cerveau émotionnelle qui sert à nous protéger, a été mis en place lorsque l'homme préhistorique vivait dans des groupes de 10 à 20 personnes dans les vastes étendues de la savane. Dans notre époque industrielle qui date de moins de deux cents ans, il a tendance à ce déclencher excessivement. Par exemple, lorsque nous sommes 500 dans le métro et que nous ressentons de l'anxiété. On comprend que nous trouvons souvent infernale de faire les courses au supermarché le samedi matin!

Lors des attentats, notre cerveau émotionnel a été réveillé brutalement. Pour le coup, il y a eu une situation grave et mortelle pour certains. Même si dans la réalité, le nombre de morts est minime par rapport au risque que nous encourons sur les routes, notre cerveau n'a pas apprécié d'être bousculé par les événements qui remet en cause nos repères dans la vie et qui n'ont pas de sens dans le confort de notre quotidien. Notre encéphale, en s'agitant, nous demande de nous adapter. Il nous hurle qu'il y a probablement des besoins non satisfaits à cette heure. Il nous envoient des wagons d'énergie qui ont tendance à principalement une agitation cérébrale faute de savoir quoi faire devant un tel événement. Cependant, dans une telle situation, il n'est pas évident de savoir à quoi nous devons renoncer, comment restaurer notre sécurité ou défendre notre droit face à un danger qui est invisible mais que l'on sent là. Notre cerveau s'agite en nous envoyant des flots de pensées afin de trouver une solution à cette problématique afin que nous redonnions du sens à ce cataclysme et que nous trouvions une posture adaptée qui garantisse notre sécurité. Plus facile à dire qu'à faire!

Alors faute de solution immédiate, nous avons à apaiser notre cerveau émotionnel pour ne pas subir les effets indésirables de son activité : rumination, anxiété, troubles du sommeil, agitation…

Que faire?

Pour cela, nous avons à ne pas nous laisser attraper par ces pensées hameçons qui nous embarquent dans des raisonnements fallacieux, des projections anxieuses ou un imaginaire déconnecté de la réalité. Nous avons à travailler l'ancrage dans cet instant où nous sommes toujours en vie, juste là, afin de choisir le comportement qui nous semble le plus adapté tenant compte de la situation et ce qui est important pour nous. La respiration ventrale (diaphragmatique) permet de faire de la place dans notre ventre afin que l'émotion ne secoue pas notre cerveau comme un pommier. La méditation est un formidable outil pour prendre conscience de ce qui nous arrive, des jugements et des commentaires qui nous envahissent et pour nous connecter à de l'amour de soi et des autres qui seul nous permettra de nous apaiser dans cette tourmente.

Pour recommencer à vivre, il faut repartir dans la vie avec des activités simples du quotidien qui ont encore du sens dans ce désordre : faire à manger, jouer avec ses enfants, marcher, faire son jardin, etc. Des activités qui ne donnent pas à penser et qui mettent au repos notre système émotionnelle de protection.

Ensuite, nous avons probablement à renoncer au monde qui était le notre avant les attentats afin de pouvoir composer avec cette nouvelle donne. En effet, désormais, nous avons à vivre avec le fait que des tarés ont accès à des armes de guerres et peuvent à tout moment s'en prendre à n'importe qui. Quant à restaurer les droits que nous estimons bafouer, c'est un travail plus difficile et à plus long terme.

Que faire avec notre tristesse?

Prendre conscience de ce que nous avons à renoncer. Faire des actes qui ont du sens dans cet instant pour nous. Renouer avec notre groupe d'appartenance que le terroriste a tenté de faire voler en éclat. Se reconnecter à ses valeurs et donner encore plus d'amour aux autres et à soi. Qu'en pensez vous?

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Published by Jean-Christophe seznec
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